18/05/2017

Cinéma : Monica Bellucci se met à nue

 


Elle illuminera ce soir de sa grâce et de sa beauté la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes. Monica Bellucci est une icône du cinéma moderne. Une actrice internationale, une star dans toute sa splendeur. Mais derrière l’image parfaite, il y a une femme. Sensible. Intelligente.
Guillaume Sbalchiero, journaliste et écrivain, a voulu aller plus loin que les apparences. Un jour il a sollicité un entretien avec la comédienne. À son grand étonnement, elle a accepté. Elle s’est livrée un peu la première fois. Mais comme elle a accepté d’autres rendezvous (sept au total) elle a totalement cassé l’armure pour se livrer. « Rencontres clandestines » est le récit de ces entretiens, sur plusieurs années, avec quelques pages de liaison où l’interrogateur raconte les circonstances des rencontres et sa vision de ce travail de fond. Un texte magnifique, d’une grande profondeur parfois, qui nous apprend beaucoup sur cette femme libre, mère, épouse et muse de grands cinéastes.
Difficile de tirer des extraits tant tout est intéressant ; mais on peut mettre en lumière cette réponse sur une question portant sur son « raffermissement de caractère » : « Je souffre d’un sentimentalisme exacerbé. Je pardonne beaucoup. Trop... Certaines personnes en ont profité. J’essaie désormais d’être sentimentale sans tomber dans le piège du sentimentalisme ». Ou cette pirouette sur la vieillesse, sur l’âge qui fait que l’on est « moins désirée » : « Je ne sais pas... Il y a toujours de bons gérontophiles ! »
➤ « Rencontres clandestines » entre Monica Bellucci et Guillaume Sbalchiero, éditions l’Archipel, 15 €

12/12/2016

Fred Hidalgo raconte 30 années d’amitié avec Jean-Jacques Goldman

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Il se présente comme un « faiseur de chanson ». Pas compositeur, ni parolier. Encore moins interprète. Jean-Jacques Goldman est un simple « faiseur de chanson ». Mais le meilleur. Depuis des années. Devenu vedette un peu par hasard, il a longtemps été considéré comme un simple voire vulgaire « chanteur à midinettes ». Fred Hidalgo, créateur du mensuel spécialisé « Paroles et musique », avoue ne pas avoir immédiatement accroché aux premiers tubes. « On était plus Balavoine, voix grave » explique-t-il. Mais quand la grande presse se déchaîne contre ce chanteur dont leur fille, adolescente, leur rabâche les oreilles, il se décide à lui consacrer un dossier. « Je découvre un personnage intéressant et cultivé » se souvient celui qui va finalement devenir ami avec le chanteur et entreprendre une longue correspondance de 30 ans entre réflexions professionnelles sur le milieu et choses de la vie quotidienne. C’est cette matière qu’il a utilisée pour écrire de longs passages de son « Jean-Jacques Goldman confidentiel » paru le mois dernier. « Nous avons fait un vrai travail journalistique, avec longue interview, témoignages de proches et analyses des chansons. » Résultat Jean-Jacques Goldman apprécie et sera toujours fidèle à Fred Hidalgo et ses aventures de presse (création de Chorus après la fin de Paroles et Musiques). Au point qu’en 2005, lors d’une longue interview à Marseille, le chanteur qui n’est plus remonté sur scène depuis fin 2002 et n’a pas sorti de nouvel album glisse à Fred sa décision d’arrêter sa carrière. Définitivement. Un « J’arrête » qui a beaucoup fait parler à l’époque.

■ Cap vers Londres

Seule concession, « JJG » continue les Enfoirés, donnant de son temps à l’organisation du spectacle au point que parfois il dort carrément dans la salle lors des répétitions. Mais même ça c’est trop. Touché par la polémique de l’an dernier sur la nouvelle chanson des Enfoirés (presse et réseaux sociaux l’accusent d’être réactionnaire), il abandonne l’œuvre chère à Coluche. Fred Hidalgo revient longuement sur cet épisode dans le livre. Par contre il n’y a pas la décision de Goldman de quitter Marseille pour aller habiter à Londres. Encore une fois le journaliste défend la star. Pas d’exil fiscal selon lui, c’est une idée ridicule, simplement « il veut que ses trois filles soient bilingues, il désire s’éloigner des Enfoirés en 2017 et surtout vivre dans un pays où il peut se balader en tout anonymat. » Continuer cette nouvelle vie qu’il s’est choisie en 2002, de père disponible et présent, d’époux attentionné. D’homme normal en résumé. Loin de la gloire et de la célébrité qu’il n’a jamais désirée.

 ➤ Fred Hidalgo a également publié « La mémoire qui chante », livre sur une cinquantaine de chanteurs francophones qui comptent (dont Cali ou Jordi Barre) en vente sur son site sicavouschante.over-blog.com

 

 

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Une chanson par titre de chapitre

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Le pavé de 560 pages de Fred Hidalgo sur Jean-Jacques Goldman est construit autour de chapitres qui ont tous pour titre le nom d’une chanson. Même le titre est inspiré d’une composition, « Confidentiel » dans l’album « Non homologué » paru en 1985. De « A nos actes manqués » à « Une autre histoire », ce sont les 30 années de relation professionnelle et d’amitié que l’ancien journaliste raconte. Toujours à la première personne, de façon très subjective. « Il faut que je m’implique, je suis incapable de faire autrement » explique Fred Hidalgo, sommité dans le monde de la chanson française. Ça tombe bien, Jean-Jacques Goldman, avare de confidences, n’a pas voulu collaborer directement à la rédaction du livre. Tout en faisant une entière confiance à l’auteur qui a puisé dans la longue et ininterrompue correspondance (sans oublier les interviews officielles) pour décrypter les grandes étapes de sa carrière. Notamment quand il annonce son intention de ne plus faire de scène. Ni de sortir d’album. De se donner une seconde chance d’élever les enfants de sa seconde épouse. Modeste et normal, telle est l’image de Jean-Jacques Goldman qui ressort de cette biographie lumineuse.

● Jean-Jacques Goldman confidentiel » de Fred Hidalgo, l’Archipel, 23 €

 

06/07/2016

Livre : Nice, la rouge

 

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Patrick Raynal refait vivre Nice en mai 68. Quand les étudiants « rouges » tentaient de faire exploser tous les carcans.

 

Nice, sa Promenade des Anglais, ses retraités, son vote à droite. La riante ville du Sud n'est pas réputée pour ses velléités révolutionnaires. Pourtant, en mai 68, là aussi une poignée de jeunes idéalistes ont longtemps cru pouvoir changer la société française en profondeur. « Une ville en mai » de Patrick Raynal, roman noir, revient sur cette période au cours de laquelle une poignée de gauchistes a occupé l'université. Tout l'intérêt du livre réside dans la vision des différents protagonistes de l'action. Des « vieux de la vieille », totalement allergiques à cette liberté débridée. Le narrateur, Frédéric, a quitté Nice depuis 10 ans. Il revient en France (après dix années passées en Afrique) car sa fille Sophie, âgée de 18 ans, a disparu depuis trois mois. Il découvre, à son grand désespoir, qu'elle faisait partie des meneurs de la révolte estudiantine. Frédéric, en témoin extérieur, n'en croit pas ses yeux. Car Nice est encore plus embourgeoisée qu'à son départ il y a une décennie. Et de se demander comment ces étudiants « pouvaient-ils songer un seul instant à faire la révolution dans une ville qui, depuis plus de quatre-vingts ans, se figeait les traits à grands coups de truelle de fond de teint ? »

Pancrazi aussi recherche la demoiselle, par ailleurs petite amie officielle du leader de la révolte, Figasso. Ce commissaire des Renseignements généraux tente de surveiller le bouillon de culture de la fac. Ancien résistant, fidèle à de Gaule, il n'a qu'une envie : mettre au pas ces fils de petits-bourgeois en mal de sensations fortes. Tout se complique quand un prof, réputé pour se idées d'extrême-droite, est retrouvé mort dans le port. Les étudiants ont-ils dérapé ? La disparition de Sophie est elle liée à ce meurtre ? Non seulement le roman est passionnant par son intrigue, mais il offre aussi et surtout une grosse bouffée de nostalgie, tant aux soixante-huitards qu'aux tenants de l'ordre gauliste.

« Une ville en mai », Patrick Raynal, L'Archipel, 18 euros

 

 

 

 

 

09/10/2013

Fred Hidalgo sur les traces de Brel, l'aventurier

Fred Hidalgo, après plusieurs décennies à la tête de magazines sur la chanson francophone, profite de sa retraite en Roussillon pour raconter les dernières années de Jacques Brel, l'anonyme des îles Marquises. 

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Pas évident d'écrire un livre sur un géant de la chanson comme Jacques Brel. Tout a été dit et Fred Hidalgo, créateur des magazines « Paroles et Musiques » et « Chorus » en sait quelque chose. Il a édité une des biographies les plus complètes, « Grand Jacques » de Marc Robine, sans compter les multiples dossiers dans ses magazines. Dans « Jacques Brel, l'aventure commence à l'aurore », Fred Hidalgo, qui n'a pas eu le bonheur de rencontrer l'artiste mort le 9 octobre 1978, apporte un éclairage nouveau sur les dernières années du chanteur du « Plat Pays » et des « Marquises ».

Durant près de trois ans, Jacques Brel a vécu en anonyme dans la petite et sauvage île de Hiva Oa, poussière de cet archipel perdu dans l'immensité du Pacifique Sud. « Il venait de traverser la moitié du Pacifique, raconte Fred Hidalgo. Epuisé, il jette l'ancre dans la baie et tombe sous le charme de l'île. » Dégoûté du bateau, il abandonne son tour du monde débuté en 1974 et s'installe dans une petite maison en compagnie de sa compagne Maddly. En se rendant à la poste du village pour récupérer son courrier en poste restante, il prend conscience avoir enfin trouvé l'endroit où il ne sera plus harcelé par les paparazis. Pour preuve, le postier ne le connaît pas et lui demande ses papiers d'identité pour lui remettre son courrier. Enfin anonyme.

L'idée du livre est venue à Fred Hidalgo après avoir publié quelques notes sur son blog. Tout a débuté à Paris, aux Trois Baudets en septembre 2010. Fred et son épouse Mauricette, fêtent leurs nominations dans dans l’Ordre National du Mérite et dans l’Ordre des Arts et des Lettres en compagnie d'amis artistes. Antoine, le chanteur voyageur, les invite en Polynésie. Les époux Hidalgo, contraint à la retraite après l'arrêt de leur trimestriel « Chorus » ont enfin du temps de libre. Et envie de fêter leurs 40 ans de mariage par un voyage exceptionnel. En 2011, ils passent un mois en Polynésie. A Tahiti et aux Marquises. Voilà comment cette balade d'agrément se transforme en enquête sur les traces de Brel à l'autre bout du monde.

Fred Hidalgo recueille les témoignages des Marquisiens qui n'ont pas connu le chanteur mais l'homme serviable et enthousiaste, toujours partant pour rendre service. « Là-bas, il a eu une vie exceptionnelle, à la Don Quichotte, son héros de toujours, constate Fred Hidalgo. Il a revalidé sa licence de pilote, a acheté un bimoteur et l'a mis au service des Marquisiens. » Il faisait chaque semaine le lien avec Papeete, la capitale, pour rapporter médicaments, courrier et biens culturels. « Il a projeté des films en plein air à Hiva Oa. En faisant payer une somme symbolique car il estimait que tout travail artistique méritait un salaire. Il avait même en projet la création d'un spectacle avec des stars, toujours dans cette petite île des Marquises. »

Toutes ces anecdotes et information, Fred les partage sur son blog. Un feuilleton qui grossit, se structure. Bref, la matière pour un livre, bourré d'informations, mais écrit de façon subjective. Cela donne ces 380 pages denses et émouvantes, enrichies de plusieurs photos de Jacques Brel dans son petit paradis marquisien. Un voyage, une aventure, dans les pas d'un géant trop tôt disparu.  

« Jacques Brel, l'aventure commence à l'aurore », L'Archipel, 21 euros

 

 

 

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Retraite en Roussillon

 Fred Hidalgo se partage encore entre sa maison de Corbère-les-Cabanes et celle en région parisienne. Mais ce fils de réfugié espagnol (passé par les camps d'Argelès) a semble avoir trouvé son île à lui au pied du Montou. Après une école de journalisme, il part pour l'Afrique, déjà en compagnie de son épouse Mauricette, pour créer un quotidien au Gabon puis relancer un journal à Djibouti. Dix années sous les tropiques et retour en France pour lancer un mensuel sur la chanson francophone. Ce sera « Paroles et Musiques » durant une dizaine d'années suivi par « Chorus », véritable bible de la chanson durant près de 15 ans. En parallèle, Fred a édité nombre de livres sur les chanteurs, de Brassens à Trenet en passant par toute la jeune génération (Goldman, Souchon...). Ce passionné de San-Antonio (il connaissait personnellement Frédéric Dard) a toujours su que l'écriture serait son meilleur moyen d'expression. Le livre sur Jacques Brel en est le parfait exemple. Et déjà une autre idée trotte dans la tête de Fred. En 1986, il a accompagné Claude Nougaro dans sa tournée en Afrique. Pourquoi ne pas raconter ce périple au Congo, Cameroun, Niger... Juste avant son départ pour New York et au moment de sa rencontre avec Hélène, à l'île de la Réunion. Anecdotes, photos et écrits du poète toulousain viendront enrichir un projet en bonne voie.

En attendant, vous pouvez retrouver régulièrement Fred Hidalgo sur son blog* et le 9 octobre sur France Bleu Roussillon où il racontera au micro de Philippe Anglade les dernières années de Brel.

* http://sicavouschante.over-blog.com/