28/03/2017

De choses et d'autres : Elève Macron, au piquet !

« Elève Macron, au piquet ! » La formation de banquier peut mener à la présidence de la République, mais n’est pas la panacée en géographie. Emmanuel Macron en a sorti une belle ce weekend.
Alors que les journalistes l’interrogent sur son sentiment face à la crise et la grève générale en Guyane, il répond, sérieux, « bloquer le fonctionnement de l’île ne peut être une réponse apportée à la situation. » Petit rappel : le département, frontalier avec le Brésil et le Surinam, n’est pas une île. Comment expliquer cette erreur ? Les fans ont compris « île de Cayenne », expression utilisée pour désigner l’agglomération. Un peu tiré par les cheveux. J’opterai plutôt pour une généralisation de ce que l’on désigne comme les « poussières de l’empire », ces territoires perdus sur les océans. Iles minuscules, derniers vestiges d’une puissance coloniale. La Réunion où il tenait meeting justement, Tahiti, Wallis, la Guadeloupe, Miquelon… toutes des îles. Sauf justement la Guyane. Le piège !
Ce n’est pas la première fois que le candidat d’En Marche trébuche en géographie. Dans son livre programme, il situait Villeurbanne en région lilloise.
A la place de ses soutiens, je me méfierais de ses prochains voyages. S’il vient à Perpignan, le terrain est miné. Il est capable de dire que la population est fière de la reconnaissance de sa langue… l’occitan. Ou pire, que Barcelone est la capitale de l’Espagne. Gare à la troisième erreur élève Macron, vous risquez le redoublement.
(Chronique parue le 28 mars en dernière page de l'Indépendant) 

24/03/2017

De choses et d'autres : l'Eden français


Et si toutes les solutions à nos problèmes se trouvaient dans les émissions de télé- réalité ? Celles du genre de Survivor, devenue Koh Lanta en France. En Angleterre, ils ont poussé le concept encore plus loin. Eden, dans un coin retiré d’Ecosse, suivait la vie d’un groupe coupé du monde pendant une année complète. Ils viennent de mettre fin à l’expérience. Avec une surprise au bout du suspense : l’émission n’a pas rencontré le succès escompté et n’est plus diffusée depuis six mois. Channel 4 a quand même continué à tourner mais n’en diffusera qu’un résumé programmé « prochainement ».
La campagne de la présidentielle avec ses coups bas, révélations et attaques incessantes me rappelle par moment un mauvais épisode de Koh Lanta. Pour mettre fin à ce chaos électoral, pourquoi ne pas larguer les 11 finalistes sur une île déserte et les laisser se débrouiller entre eux quelques mois. Hamon signera-t-il enfin l’alliance avec Mélenchon ? Macron, sans ses soutiens, retombera de son piédestal, bon élève en théorie mais incapable de scier une branche ou d’attraper le moindre poisson. Marine Le Pen, trop autoritaire, risque de se retrouver bannie du groupe en quelques heures. Fillon, en teeshirt et bermuda, rencontrera l’unique l’occasion de vivre tel un simple quidam.
Et tous ne viseront qu’un but : devenir meilleur pote avec Jean Lasalle, le seul capable de traire une brebis, et Philippe Poutou, ouvrier adroit de ses mains.

23/03/2017

De choses et d'autres : La banque trace la route

Il ne faut pas désespérer des banquiers. Ils peuvent toujours s’amender et choisir une nouvelle voie. Je ne parle pas des employés de banque, ceux qui subissent les remontrances au comptoir ou des gestionnaires de comptes, obligés de conseiller une centaine de clients dont un bon tiers se retrouve régulièrement à dé- couvert. Non un banquier, souvent « d’affaires », est cet homme en costume trois pièces qui parle toujours gros sous et dont l’unité de calcul est le K€ pour les moins ambitieux, le milliard pour les hauts placés. Emmanuel Macron en constitue un parfait exemple, qui a gagné en quelques années à la banque Rothschild autant que dix smicards en une vie de dur labeur. Certains à gauche éprouvent quelques réticences à lui accorder leur confiance. Pourtant il n’est pas le premier à changer d’orientation professionnelle. 


Le regretté Henri Emmanuelli, homme de gauche tonitruant et intransigeant avec les puissances de l’argent, a entamé lui aussi sa carrière à la banque Rothschild. A 24 ans il rejoint l’établissement, y reste neuf ans avant d’être élu député. Je ne pense pas que Macron devienne, comme le « patron des Landes », un « rouge » qui terrifiait en son temps les « sociaux-mous » du PS. Mais allez savoir. 


Et puis on trouve de tout chez les anciens banquiers. De Georges Pompidou à François-Xavier Demaison, qui quitta son costume de financier pour se glisser dans celui de comique. La reconversion mène à tout je vous dis. 

20/03/2017

De choses et d'autres : Initiales et slogans


La semaine dernière, Florian Philippot du Front national a osé cette étrange analyse politique : « Ce slogan En Marche est aussi ses initiales personnelles. C’est un petit côté mégalo. EM, Emmanuel Macron, En Marche. » On est loin des programmes, tout dans l’ego. Si on va au bout de l’idée, les autres candidats auraient peut-être intérêt à se montrer un peu plus « mégalos » et nommer aussi leur mouvement en s’appuyant sur leurs initiales. Pour Florian Philippot, il me vient bien une idée mais il devrait se faire anoblir...
Marine Le Pen, au lieu du Bleu Marine (qui au passage est lui aussi un peu mégalo) aurait dû opter pour le Mouvement de Libération du Peuple. Ou, plus hard et annonciateur de son action si elle est élue : Marine Les Punira. Jean-Luc Mélenchon au lieu d’Insoumis aurait pu taper dans Jeunes en Lutte pour le Marxisme. Benoît Hamon, vainqueur surprise de la primaire, peut se contenter d’un seul mot : « BienHeureux ».
Reste le cas François Fillon et ses initiales FF. Les plus patriotiques se souviendront des Forces Françaises (libres) chères aux Gaullistes. Ceux qui ne voient que l’homme suspecté de détournement d’argent public pensent immédiatement à Fédé- ration du Fric ou Fondation pour ma Famille. Mais ce qui lui irait comme un gant est à trouver dans le cinéma américain. François Fillon, FF comme Fast and Furious. Des films avec de grosses bagnoles (il adore) et des gangsters (il connaît déjà les juges). Fast and Furious comme sa campagne, attention au carambolage.
En bonus, FF dans un bolide :


Fillon pilote la Peugeot 908 par FrancoisFillon

14/03/2017

De choses et d'autres : Et alors ?

« Se faire tailler un costard », « prendre une veste »… la dernière mésaventure de François Fillon et ses costumes taillés sur mesure, habituellement hors de prix mais gratuits pour lui, prête à rire. Jusqu’à sa réponse hier matin dans une interview aux Échos : « Un ami m’a offert des costumes. Et alors ? »
Tout tient dans le « et alors ? » désinvolte. Comme ce présent allait de soi pour le député de Paris. Il brigue la présidence de la République, mais ne semble vraiment pas vivre dans le même pays que ses électeurs. Combien de personnes en France comptent dans leurs intimes des amis si généreux qu’ils leur offrent des vêtements taillés sur mesure ? Comme ça, juste par gentillesse ? Sans prendre trop de risque, je peux affirmer qu’on en dénombre moins que de doigts dans une main.
Des fleurs, des bonbons, un livre ou une cravate, d’accord. Mais des costumes à plus de 6 000 euros pièce, cela ne relève pas de la rareté mais carrément de l’exceptionnel, genre cocher les bons numéros du loto deux fois dans la semaine…
L’anecdote est à rapprocher avec une autre saillie médiatique d’il y a quelques mois. Emmanuel Macron, en visite dans l’Hérault, apostrophé en pleine rue par deux syndicalistes en T-shirt, sort cette réplique qui lui colle encore aux basques : « La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ». Voilà peut-être toute la différence entre le programme des deux candidats : pour l’un son costume on se l’achète, pour l’autre on se le fait offrir. 
 
(Chronique parue le 14 mars en dernière page de l'Indépendant)

07/03/2017

De choses et d'autres : Peinture politique


L’affaire prête à rire tant elle est anecdotique face aux véritables scandales de cette campagne présidentielle. Pourtant elle est symptomatique d’une certaine ambiance, d’un bruit de fond lancinant sur une défiance généralisée envers les politiques, tous les politiques.
A Paris, dans le 8e arrondissement, la mairie organise dans ses locaux un salon des artistes. Parmi les nombreuses toiles présentées, un portrait signé Marie Dague. Celui d’un jeune homme de face, petite mèche, yeux bleus et nez aquilin. Plusieurs visiteurs reconnaissent Emmanuel Macron, le candidat d’En Marche ! L’artiste proteste. Ce visage est issu de son imagination. Il y a certes un petit air de ressemblance mais rien de flagrant. Cela devient plus croquignolesque quand une adjointe à la maire Les Républicains décide de faire du zèle et ordonne qu’on retire le tableau des cimaises, comme s’il s’agissait d’un vulgaire affichage sauvage ou de pub subliminale. Les antagonismes sont tels en ce moment que même un portrait présentant un vague air de déjà-vu avec un candidat (pas de son camp, cela va de soi), pousse de zélés censeurs à s’arroger le droit de décrocher, ne pas montrer, de cacher, une œuvre d’art. 
Oui on en est là... aujourd’hui, en 2017 en France. Et il reste encore sept semaines de campagne avant le premier tour. 50 jours de coups fourrés, peaux de bananes et autres boules puantes certainement conservées en réserve par certains. Sans compter les bourdes et dérapages des candidats eux-mêmes. 

12/12/2016

De choses et d'autres : Macron, le hurleur du centre

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L’image d’Olivier Legrais (@legraiso) sur Twitter est parfaite : samedi en meeting devant des milliers de supporters, Emmanuel Macron c’était « Lecanuet sous Guronsan® ». Explication pour les moins de 60 ans, Jean Lecanuet a inventé le terme « centrisme mou ». Exactement il l’a longtemps incarné tant ses positions oscillaient entre indécision et manque de panache. Macron en est le digne héritier, mais sous Guronsan®, produit essentiellement consommé par des bacheliers persuadés qu’il leur permettra de résister aux deux semaines de révisions intensives inversement proportionnelles à leur manque d’attention des huit mois précédents.

Les images de la fin du meeting ont tourné en boucle sur tous les réseaux sociaux. « Il se prend pour Jésus ? », « c’est un télévangéliste ? », « mais qu’est-ce qu’il a pris ? » étaient les commentaires récurrents d’internautes interloqués. Les plus moqueurs ont ressorti des extraits de film comme « Braveheart » ou « Le loup de Wall Street » sous-entendant que Macron joue beaucoup moins bien que Mel Gibson ou DiCaprio. Les parodies ont proliféré, les railleries aussi sur sa voix criarde et son final vociféré. Prestation qui inspire au Stagiaire de BFMTV sur son compte Twitter parodique : « La femme de Macron lui demande de renoncer à la présidentielle tant que sa voix n’aura pas fini de muer. »

Bref, si le candidat le plus centriste se révèle à ce point exalté, cette présidentielle promet. 


fin meeting Macron

31/05/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Le costard de Macron

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Homme de l'ombre durant ses jeunes années, Emmanuel Macron, une fois bombardé ministre de l'Économie par François Hollande, a-t-il succombé à l'appel des sirènes de la médiatisation ? Non seulement il lance son propre mouvement "En marche !", mais en plus il se targue d'aller au contact du peuple. A ses risques et périls comme la semaine dernière à Lunel. Le beau gosse, chouchou des sondages (des sondeurs plus exactement), tombe le masque en pleine rue. Abordé par des manifestants hostiles à la loi travail, à bout d'argument, le ministre ose cette réplique digne des pires moments de la lutte des classes : "Vous n'allez pas me faire peur avec votre tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler." Sortie de route directe. La phrase à ne pas dire. Surtout quand on appartient à un gouvernement se revendiquant toujours de gauche.

Le fameux "costard" de Macron symbolise à merveille la fracture entre la grande majorité et cette petite élite, inamovible, qui roule tantôt pour un camp, tantôt pour l'autre. Mais toujours vêtu de ce même costume de luxe, image désuète d'une prétendue réussite.

La triste réplique pleine de suffisance de Macron a bien évidemment été moquée sur les réseaux sociaux. D'autant plus que les militants d'"En marche !", samedi, pour leur première sortie officielle, offraient des tee-shirts aux badauds. Franchement, de costumes, des cravates à la limite, auraient été plus en accord avec les déclarations de leur mentor. Ce qui s'appelle se faire tailler un costard.

 

18/02/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Aux ploucs de province

capdevielle, macron, parlement, paris, ploucsL'unité nationale a vécu. Même dans les rangs des députés socialistes, elle vole en éclat. L'extrême difficulté pour le gouvernement de faire adopter la loi Macron en est le dernier exemple.

Mais le psychodrame était pourtant prévisible. Certaines interventions d'élus de gauche au moment des débats donnaient déjà le ton. Pas forcément les frondeurs, les jusqu'auboutistes qui rêvent d'un destin à la Syriza. Non, il suffisait d'écouter les élus de la base, les anonymes plus souvent dans leurs permanences que sur les plateaux de télévision. Colette Capdevielle est députée des Pyrénées-Atlantiques. A priori, elle est favorable à cette loi Macron. Par contre, elle n'a pas du tout supporté la façon dont certains ténors ont présenté les choses.

Dans son intervention, reprise par La Chaîne Parlementaire, elle a mis toutes ses tripes de provinciale exaspérée par ces bêtes caricatures. "Je suis un petit peu fatiguée que l'on vienne me dire aujourd'hui ce que doit être mon dimanche". Et de lister les activités préconisées par certaines bonnes consciences comme "la spiritualité, la vie associative, culturelle, familiale, politique et sportive". "Je suis un petit peu fatiguée également, poursuit la parlementaire basque, que l'on vienne me dire qu'aller au marché n bio, bien sûr n le dimanche, c'est tout à fait convenable. Par contre, ces provinciaux et ces ploucs de province, eux, ils vont dans les jardineries et les supermarchés, et ce ne serait pas bien. Franchement, je le dis, j'en ai assez, véritablement assez d'entendre cela."

Rassurez-vous Mme Capdevielle, vous n'êtes pas la seule !


Travail du dimanche : le coup de gueule de... par LCP

18/09/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Voyage, voyage

« La France est malade » selon Emmanuel Macron, jeune ministre de l'Économie. Malade de ses privilèges surtout. En pleine grève Air France, souvenons-nous de la bombe lâchée il y a un an par les syndicats de la compagnie aérienne : Carla Bruni voyage à l'oeil. Un trajet aller-retour Parisn - New York, certainement pas en classe touriste puisque le billet atteint la somme astronomique de 8295 euros. Rien d'anormal, le service communication d'Air France explique : « il est de tradition que les anciens présidents de la République et leur famille puissent bénéficier des facilités de transport dans la classe de réservation la plus élevée ». Le fait que Carla Bruni soit riche à millions ne semble pas jouer... Nicolas Sarkozy a lui aussi le droit de voyager sur Air France sans bourse délier. Un privilège dont il n'abuse pas. Point par modestie ou volonté d' épargner à l'État de casquer pour son billet. Non, quand il participe à une conférence richement payée programmée à l'autre bout du monde, il préfère utiliser des jets privés. Les juges l'ont récemment découvert alors qu'ils enquêtaient sur une société de Stéphane Courbit. Cet ami de longue date (présent le soir du Fouquet's) se charge des déplacements de l'ancien président. Entre copains, cela se fait. Un peu comme du co-voiturage pour nantis, à 100 000 euros la virée... Oui la France est malade. Malade de ces hommes et femmes qui vivent en dehors des contingences matérielles. Ils n'ont plus aucun contact avec la réalité, incapables de vivre normalement, portés par une unique obsession, le pouvoir et l'entourage du pouvoir. 

Chronique "De choses et d'autres" parue jeudi 18 septembre en dernière page de l'Indépendant.