11/08/2011

"Clopinettes" de Gotlib et Mandryka chez Dargaud : délires seventies

Gotlib, Mandryka, Clopinettes, Dargaud

Gotlib, Mandryka, Clopinettes, DargaudDans les années 70, alors que les journaux pour jeunes étaient les seuls débouchés pour les dessinateurs de BD, certains, visiblement marqués par l'esprit de mai 68, tentaient de casser les codes. Pilote, dirigé par Goscinny, était en pointe et comptait dans son équipe ce qui fera la crème de la BD adultes quelques années plus tard, de Brétecher à Druillet en passant par Moebius, Mandryka et Gotlib. Ce sont des œuvres de jeunesse de ces deux derniers qui sont exhumées par les éditions Dargaud. « Clopinettes », séries de gags ou d'histoires courtes, sont parues entre 1970 et 1973. Un dessin de Mandryka s'affranchissant totalement du style franco-belge et des textes de Gotlib d'une rare loufoquerie. Pour cette édition ultime, les deux auteurs qui ont fait pas mal de chemin depuis (ils ont créé L'Echo des savanes première formule) offrent 33 pages inédites dont 16 dessinées pour cet album. Fables express, non-sens absolu, calembours tirés par les cheveux : si vous êtes hermétique à « l'humour glacé et sophistiqué » dixit les auteurs, passez votre chemin.

 

« Clopinettes », Dargaud, 19,95 €

 

09:28 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gotlib, mandryka, clopinettes, dargaud

29/03/2009

Mes BD souvenirs (6)

echo biceps sein.jpgEncore adolescent de la campagne, sans conscience politique ni ouverture au monde, j'ai en grande partie découvert la vie dans les BD. Pour jeunes dans un premier temps. Du premier degré, très agréable, idéal pour mon envie d'évasion d'un quotidien qui me semblait forcément étroit. Interne, dans un lycée technique donc fréquenté par 98 % par des mâles acnéiques, rapidement les discussions ont porté essentiellement sur le sexe. Un sujet sur lequel j'avais tout à apprendre. Et ce n'est pas auprès des nombreux obsédés avec qui je partageais le dortoir que je me suis éveillé mais en lisant des revues dont je n'imaginais même pas l'existence trois mois plus tôt : L'Echo des Savanes, Pilote ou Fluide Glacial.
Le mercredi, je trainais dans les librairies et maisons de la presse. Pour acheter Spirou et découvrir quantité d'autres titres. Certains, au début, me brûlaient les doigts car les couvertures étaient particulièrement suggestives. Gros seins, verges en érection, les mœurs étaient libres et s'affichaient. Premier gros choc avec l'Echo des Savanes. Je me décidais d'acheter un exemplaire en cette fin d'année 76 en raison d'un dessin de Solé. Un body-builder, tous muscles dehors, gonflait un biceps en forme de sein. A l'intérieur, tout me semblait extraordinaire.
malice.jpgL'œil attiré par les dessins plus classiques, je dévorais une parodie d'Alice au pays des merveilles de Wallace Wood. « Malice au pays des merveilles » mettait en scène une héroïne aux formes de femme épanouie, entièrement nue. Quand elle se penchait pour cueillir une fleur, un lapin libidineux au sexe énorme la prenait par derrière. J'apprenais par la suite le parcours compliqué et la fin tragique de ce dessinateur talentueux de Mad. Marcelé aussi dessinait des femmes aux formes épanouies, moins fermes mais tout aussi suggestives. Au sommaire également une histoire complète de Jack Palmer, première époque. Dans les numéros suivants, je plongeais dans l'histoire la plus parano de toute la BD : « L'hôpital » de Ted Benoit. Il était loin de Blake et Mortimer à l'époque. Un malade, hospitalisé pour un petit bobo, en sortait, plusieurs mois plus tard, amputé de divers membres. J'avoue n'avoir rien compris aux BD de Mandryka, le rédacteur en chef de l'époque.
echo punk.jpgL'Echo des Savanes qui l'année suivante ouvrait ses pages aux punks de Bazooka. Là non plus ne je comprenais pas tout (voire rien du tout, car finalement il n'y avait peut-être rien à comprendre...) mais cela me plaisait. Je m'intéressais à autre chose qu'à la ligne claire... Au lycée, loin de la cellule familiale, je lisais ces BD underground, audacieuses, dures et osées. De retour à la maison, les week-ends, je reprenais mon habit de petit garçon, rêvant sur des histoires plus classiques, presque plus de mon âge. Je ne les rejetais cependant pas, ce n'était pas un style à la place d'un autre. En fait je cumulais, rallongeant sans cesse mes lectures (je continuais à lire un ou deux romans par semaine), découvrant alors que mon nom me collais de plus en plus à la peau : oui je serai celui qui « lit tout ».
En même temps que l'Echo des savanes, je découvrais les autres titres de Bd adultes. Chacune dans son genre, toutes aussi passionnantes les unes que les autres. Avec une petite préférence pour Métal Hurlant et sa SF très novatrice.
(A suivre dimanche prochain)

24/08/2008

Gotlib, le maître



Alors que tous les médias célébraient les 40 ans des événements de Mai 68, un autre anniversaire, presque aussi important, a failli passer inaperçu. Heureusement, les éditions Dargaud ont un peu de mémoire et ont décidé de célébrer les 40 ans de la Rubrique à brac en demandant à quelques cadors de la BD de s'essayer au plaisir de l'histoire courte pédagogique et divertissante. Mais le problème avec Gotlib, c'est qu'il a définitivement arrêté de dessiner. Cela permet de faire un clin d'œil en couverture de l'album précisant que ce collectif est réalisé « par tous les caïds de la bédé (sauf Gotlib) ». Dans ces 64 pages très diverses on retrouve les noms de successeurs naturels come Dupuy & Berberian ou Lindingre et Julien CDM, des copains comme Bilal, Tardi ou Mézières, des fidèles de la période Fluide Glacial comme Binet, Maester, Edika, Solé ou Léandri. La couverture est de Zep qui signe également deux planches mettant en scène le maître en personne qui juge les planches du jeune Suisse, multi millionnaire avec son héros Titeuf. Un album qui nous donne également l'occasion de retrouver avec plaisir la signature de Mandryka.
« Rubrique abracadabra », Dargaud, 13 €