18/01/2017

Cinéma : Une jeunesse en mal d'envol dans "Corniche Kennedy" de Dominique Cabrera

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CORNICHE KENNEDY. Ils sont jeunes, Marseillais et vivent dans l’insouciance. Seule distraction, plonger dans la mer, à quelques centimètres des rochers. Dangereux mais si grisant.

 

 

Marseille, sa lumière, sa jeunesse et la Méditerranée. Dominique Cabrera a planté ses caméras sur la corniche, pour saisir ces moments magiques, ceux du passage de l’adolescence à l’âge adulte. De Marseille, l’actualité nous donne l’image d’une ville gangrenée par la violence et les trafics. Une réalité montrée aussi dans ce film aux lectures multiples. A la base, tout débute par des cris. De joie. Des jeunes, entre 16 et 20 ans, s’élancent de la route et plongent dans la mer. Une dizaine de mètres de hauteur, des risques fous.

De la terrasse de sa villa, Suzanne (Lola Creton) les regarde. Elle ne devrait pas. Dans une semaine elle passe le bac et doit réviser. Mais la fille des beaux quartiers n’en peut plus de rester enfermée. Elle prend son sac de plage et va se mêler à la bande qui bronze sur les rochers après leurs sauts. Un premier contact rugueux, mais quand elle accepte de sauter malgré son vertige tétanisant, avec l’aide de Mehdi (Alain Demaria) et Marco (Kamel Kadri), non seulement elle se sent revivre mais découvre avec émerveillement cette insouciance, prémices des amours de jeunesse. Terminées les révisions, Suzanne traîne de plus en plus avec Marco et Mehdi, écumant les « spots » jusqu’aux plus dangereux et vertigineux.

■ Acteurs de leurs vies

Le film, entièrement tourné en extérieur, est une ode à la vie au grand air et à Marseille. Mais si l’eau de la Méditerranée est claire, sur terre, tout est plus trouble. Marco, sans emploi, vivote en rendant des services à un truand. Il conduit des voitures, transporte de la drogue sur de courtes distances. Et devient une cible pour les policiers qui veulent faire tomber le gros caïd. Une policière (Aïssa Maïga) va tenter de le retourner.

Une intrigue policière pour faire monter la tension. Car à Marseille, dès qu’on ne marche pas droit, on risque de se faire « rafaler », mot tristement devenu courant dans le langage des jeunes. On apprécie dans ce long-métrage, en plus des décors d’une rare beauté, l’interprétation des jeunes, toujours juste.

Si Lola Creton est une actrice professionnelle, ce n’est pas le cas de ses deux amoureux. Marseillais, plongeurs aguerris, ils ont été contactés par la réalisatrice quand elle faisait des repérages. Ils ont cette spontanéité qui donne une incroyable force à des scènes a priori banales. 

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Roman solaire

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Maylis de Kerangal semble la romancière à la mode actuellement dans le cinéma français. Après « Réparer les vivants », « Corniche Kennedy » est à son tour adapté avant la sortie, dans quelques mois de « Naissance d’un pont » (prix Médicis 2010) adapté par Julie Gavras. De ce roman sur Marseille et sa jeunesse, la réalisatrice a gardé le côté solaire du roman. « La fidélité au roman ne s’exprime pas sur le plan du scénario mais dans les énergies primitives du texte qui se retrouvent à l’écran » a noté Maylis de Kerangal dans des notes de productions.

Les différences sont pourtant nombreuses, le commissaire de police devient une femme dans le film et la relation amoureuse entre la jeune bourgeoise et un des « sauteurs » du roman est plus compliquée au cinéma car Suzanne n’arrive pas à choisir entre les deux amis. On peut donc relire le roman paru en poche chez Folio sans hésitation.

 

18/06/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Les immondes du foot

Je n'ai rien contre le football en soi. Mais plus le temps passe, plus je constate que seul le ballon est exempt de reproches. Chaque jour de l'Euro apporte son lot de déconvenues. Bagarres entre supporters, gestes équivoques de joueurs : les scandales s'accumulent au contraire des beaux gestes. Ne revenons pas sur le supposé bras d'honneur de Pogba, accordons lui le bénéfice du doute même si les images exhumées par la télé belge ne laissent que peu d'équivoque sur l'intention première.

Non, la plaie du football, ce sont les supporters. Ces hordes ne respectent plus aucune limite dès lors qu'elles se rassemblent en bande. Dernier exemple en début de semaine à Lille. Des dizaines de fans de l'équipe anglaise, attablés aux terrasses des cafés, ingurgitent des bières en quantité astronomique. Arrivent trois enfants roms mendiant quelques sous. La scène, filmée par des touristes, est édifiante. Immonde aussi. Les supporters jettent des piécettes dans la rue et rient en encourageant les enfants à se battre pour les ramasser. D'autres poussent un petit Rom de 7 ans à boire une bière contre quelques euros.

Mais qui sont ces monstres qui s'amusent à humilier des gamins ? On en espérerait presque que des hooligans russes débarquent par surprise et leur inculquent un peu de gentillesse à grands coups de pied dans le fondement. Bien que ces mêmes Russes, une fois torse nu, dévoilent leur vrai visage en arborant des tatouages de croix gammées.

Non, décidément, pour l'instant, il y a quelque chose de pourri dans le royaume de l'Euro.

03/06/2016

DVD et blu-ray : restauration de chefs-d'œuvre

Nouvelles technologies, nouvelles découvertes. Les avancées en matière de restauration des copies de films argentiques permettent de sortir des versions numériques quasiment à l'identique. Un plaisir supplémentaire pour redécouvrir ces chefs-d'œuvre du cinéma. En ce début juin, on a le choix avec une sélection de titres français chez Pathé et un film américain pour Wild Side.

pathé, tourneur, justin, marseille, wild side, falaise mystérieuseDans la continuité du plan de restauration de son catalogue, Pathé s'est engagé dans un vaste plan de restauration des classiques de son catalogue. Les trois œuvres emblématiques de Julien Duvivier, "La Belle Équipe", "La Fin du Jour" et "Voici le temps des assassins", font parties de cette nouvelle vague de sorties en DVD et Blu-ray. L'occasion également de prendre une bouffée d'accent provençal avec "Tartarin de Tarascon", comédie jubilatoire de Raymond Bernard orchestrée par Marcel Pagnol ainsi que le chef-d'œuvre de Maurice Tourneur, "Justin de Marseille", film de gangsters marseillais comme il n'en existe pas ailleurs. Ce dernier prouve que les récents règlements de compte dans la ville ne sont que les rééditions des tensions ancestrales, quand Justin tentait de faire régner sa loi face aux agissements des Italiens...

pathé, tourneur, justin, marseille, wild side, falaise mystérieuseAutre style avec "La falaise mystérieuse" de Lewis Allen avec Ruth Hussey et Ray Milland. Ce film date de 1944 et mélange comédie et fantastique. Au cours d'un séjour dans les Cornouailles, Roderick Fitzgerald et sa sœur Pamela achètent, pour une somme dérisoire, une superbe maison surplombant une falaise. Ils s'y installent, mais dès la première nuit, leur sommeil est troublé par les sanglots mystérieux d'une femme. Le coffret contient blu-ray et DVD accompagné d'un long entretien de Christophe Gans sur la genèse du film et ses influences sur le genre des "films de fantômes" et des autres cinéastes (dont Hitchcock). Sans oublier un livre richement illustré de Patrick Brion. Parfait pour redécouvrir un film très en avance sur son temps.

 

29/05/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Marseille culte

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Sans être abonné à Netflix ni avoir vu les deux premiers épisodes de la série diffusés en prime time sur TF1, je peux affirmer avec certitude que "Marseille" deviendra un programme culte. Il suffit de voir quelques extraits méchamment distillés par des "admirateurs" au second degré. Si j'en crois ces petites vidéos, il y est essentiellement question de sexe, d'ambition et d'accent.

Présenté comme la "House of cards" à la frenchie, Marseille est plutôt un mix de "Plus belle la vie" chez les bourgeois et d'une pagnolade du temps des Raimu et autres Fernandel. Si Depardieu en politique bien installé n'en fait pas des tonnes, on ne peut pas en dire autant de Benoît Magimel, qui de l'avis de tous les critiques, est la véritable vedette de l'histoire. Attraction plus exactement.

Affublé d'un accent du sud assez changeant, il surjoue en permanence et passe son temps à grimacer. Grimace quand il prépare un coup tordu. Grimace quand il "honore" une collaboratrice entre deux rendez-vous. Grimace quand il se baigne. Le tout avec des dialogues dignes des plus grands textes surréalistes. "C'est moi qui vais t'enculer avec une poignée de graviers en prime", "À part ma queue, qu'est-ce que tu veux ?" sans oublier celle qui, si vous ne prenez pas au second degré, risque de vous faire tomber au trente-sixième dessous. Magimel, nu dans une piscine, caresse un opposant politique tout aussi dénudé et lui demande, angélique, "Vous trouvez pas ça bizarre... qu'on se touche le zob en parlant de Picasso ?"

Toute la série y est résumée : vulgaire, improbable et irrésistiblement comique.

03/06/2015

BD : Retour en Arménie

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Récemment, l'Arménie a célébré le centenaire du début du génocide par la Turquie. De très nombreux chefs d'État, dont François Hollande, étaient présents à Erevan. Pour mieux comprendre cette tragique page de l'histoire européenne, ce reportage dessiné est essentiel. Laure Marchand et Guillaume Perrier sont deux journalistes spécialistes de l'Arménie. Ils ont longtemps vécu à Istanbul et dans cet album dessiné par Thomas Azuélos, ils retracent le voyage de Christian Varoujan Arin, un militant français de la cause arménienne. Installé à Marseille, il n'a jamais osé retourner sur la terre de ses ancêtres. Ce périple, sur les traces de son passé, donne la parole à ceux qui sont restés en Turquie. Les descendants des hommes et femmes qui ont participé au massacre racontent leur malaise. Varoujan rencontre aussi les petits-fils des rares survivants, obligés de se convertir à l'Islam, en train de redécouvrir leurs origines malgré la chape de plomb que l'état turc veut toujours maintenir sur ces événements. Entre espoir et douleur, un voyage qui ne peut laisser indifférent.

 

« Le fantôme arménien », Futuropolis, 19 €

 

12/03/2015

BD : Trafic d'armes à Marseille avec Léo Loden

 

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Si cet album n'était pas paru le 21 janvier, on aurait pu soupçonner les auteurs d'avoir tenté de surfer sur l'actualité toute chaude du début de semaine. Manuel Valls est annoncé à Marseille. Lundi matin, quelques heures avant son arrivée, des tirs de kalachnikov retentissent dans une cité. La 23e aventure de Léo Loden, le privé marseillais, débute presque de la même manière. Un marchand d'armes est abattu sur le parking d'une cité. Sur le port, un container bourré d'armes de guerre suscite bien des convoitises. Simple coïncidence pour les scénaristes, Arleston et Nicoloff. Les faits divers à base de kalachnikov sont monnaie courante depuis quelques années. Sur cette base, les auteurs ont rajouté une gentille caricature des milieux syndicaux portuaires et tenté de mettre en lumière la difficile coexistence dans les cités entre forces de l'ordre autoritaires et responsables religieux modérés. Le tout dessiné par Serge Carrère qui se bonifie avec l'âge. Il dessine les « tronches » à la perfection avec un petit côté Conrad indéniable.

 

« Léo Loden » (tome 23), Soleil, 10,95 €

 

01/01/2015

Livre : Sous la ville rouge

frégni, marseille, folioCharlie Hasard, le personnage principal de « Sous la ville rouge » de René Frégni rêve de devenir écrivain. Passionné de boxe, vivant reclus dans son petit appartement marseillais, il espère le coup de fil de la maison d'édition parisienne. Mais il ne reçoit que des lettres types de refus... Charlie s'obstine, relance, réécrit. Il est au bord du suicide quand enfin il reçoit le coup de fil salvateur. Mais il faut passer le filtre du comité de lecture. Un veto annihile tous les espoirs de Charlie. Le personnage imaginaire n'a pas de seconde chance. Et il décide de dire sa façon de penser à ce tueur de talents. Avec ses poings de boxeur. L'écriture de René Frégni, tranchante, aiguisée, dissèque les illusions de son héros. Jusqu'à la folie.(Folio, 5,60 €)

 

21:43 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : frégni, marseille, folio

03/12/2014

Livre : Marseille la cosmopolite

A Marseille, rien n'est comme ailleurs. Dans la police par exemple, un flic a pour prénom Yugurthen. Bertrand du Chambon nous raconte son histoire.

 

yugurthen, bertrand du chambon, marseille, seuilA moitié juif, à moitié arabe (berbère exactement) : Yugurthen Saragosti est un cas à part. Policier à Marseille, il est souvent en duo avec Volpellio, plus classique dans sa vie et ses apparences. Gros, gras, fan de l'OM, d'origine Corse, il est sans cesse sur la corde raide entre légalité et magouille avec d'anciens truands. Pourtant la paire fonctionne bien et les résultats sont souvent là.

La première enquête de ce policier que l'on espère récurrent débute par la découverte d'un cadavre. Classique. Un « nonide » dans le jargon de la maréchaussée. Un non-identifié qui se révèle être un jeune beur, pauvre. Qui a pu le massacrer dans le quartier des Arnavaux. Et pourquoi ? Yugurthen s'intéresse d'autant à cette affaire qu'il reconnaît le mort. Il s'appellait Sadak et venait du Nord de la France. Il espérait repartir du bon pied à Marseille après quelques malheurs familiaux. Yugurthen a été son bienfaiteur durant quelques mois. Il l'a hébergé et aidé comme il a pu. Et puis Sadak a disparu. Il semblait aller mieux et avait trouvé du réconfort dans les bras d'une certaine Nadia.

Notre flic atypique va donc creuser cette affaire, sans jamais révéler à sa hiérarchie qu'il connaissait bien la victime. Sadak a vécu un grand amour avec une jeune femme. Ils ont eu un bébé. Mais quelques jours après la naissance, il est mort. Depuis lors, Sadak sombre. Rejetté par la femme qu'il aime, il devient SDF. Nadia doit certainement savoir ce qu'il faisait avant de mourir. Surprise, Nadia n'est pas une femme mais un travesti. Bien connu des milieux échangistes de Marseille. Et depuis quelques temps, elle se vendait avec un jeune homme qui ressemble étrangement à Sadak. L'affaire se corse. Du beau monde risque d'être mouillé.

 

Coup de foudre au volant

Bertrand du Chambon, dont c'est le premier polar, a un style étonnamment riche et varié. Si Yugurthen a des réflexions à la limite de la philosophie, ses camarades (dont le fameux Volpellio) sont beaucoup plus terre-à-terre pour ne pas dire triviaux. Cela n'empêche pas notre policier de jouer le joli-coeur. Notamment quand il croise la route d'une mignone automobiliste. « Des cheveux châtain foncés, bien lisses et tirés en arrière avec quelques chose de flou, de floconneux... Des yeux vert d'eau soulignés d'un mascara sombre, des paupières un peu plissées, coquines. Un petit nez retroussé. Une bouche assez large, pulpeuse, faite pour le sourire et le baiser. » Coup de foudre dans les embouteillages marseillais, très présents dans le roman. Elle se nomme Mélodie et sera d'une grande utilité dans l'enquête. Mais l'auteur semble l'avoir inventée surtout pour pimenter son récit de quelques scènes qui auraient eu leur place dans les San-Antonio, quand l'autre célèbre flic français de la littérature policière enchaînait les aventures toutes plus chaudes les unes que les autres. Il est comme ça Yugurthen (et c'est pour ça qu'on l'aime tant) : philosophe et égrillard.

 

« Yugurthen », Bertrand du Chambon, Seuil, 18 €

 

22/07/2014

BD : Droit au but, le minot a grandi

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Si la coupe du monde nous a fait vibrer, notamment les plus jeunes, c'est on ne peut plus normal. Avant de passer en équipe nationale, les joueurs se font une réputation et un palmarès en clubs. Prenez Valbuena par exemple. S'il n'avait pas brillé avec l'Olympique de Marseille, comment ce joueur « format poche » aurait-il pu accéder au plus haut niveau ? La série « OM droit au but ! » raconte en filigrane cette belle aventure. Nino est un minot de Marseille. Il se passionne pour les résultats de son équipe fétiche. Joue un peu, progresse et finalement intègre l'équipe des jeunes de l'OM. Son évolution est le fil rouge de la série dessinée par Garréra sur des scénarios d'Agnello et Davoine. Le 11e tome, « La victoire au bout des crampons » montre Nino devenu capitaine de l'équipe et pièce maîtresse pour aller au bout du rêve, la finale du tournoi Football Génération. Mais il risque de manquer les derniers matches car le coach des pros, José Anigo, l'a repéré et voudrait lui donner une chance au plus haut niveau. Et pas contre n'importe quel club : le Barça en personne. Nino va donc se frotter à Messi et Neymar, le temps d'un match d'anthologie.

 

« Droit au but » (tome 11), Hugo, 10,45 €

 

07/12/2013

Pieds-noirs et racisme : la BD coup de poing signée Fred Neidhardt

La bande dessinée « Les pieds-noirs à la mer » de Fred Neidhardt, auteur montpelliérain, est un regard cru et réaliste sur un milieu qui a bercé son enfance. L'auteur est en dédicace aujourd'hui samedi 7 décembre à Narbonne.

Attention titre trompeur. « Les pieds-noirs à la mer » n'est pas une BD humoristique sur les pratiques estivales des expatriés. L'expression est à prendre au premier degré et elle fleurissait sur certaines banderoles de la CGT sur le port de Marseille en 1962. La ville dirigée par Gaston Deferre ne voulait pas de ces « colonisateurs ». « A la mer » voulait dire « jeté à la mer » avec leurs maigres affaires. Lâchés par De Gaulle, mal accueillis en métropole, la communauté disséminée un peu partout en France, il n'est pas étonnant qu'avant de s'intégrer dans ce quasi nouveau pays ils aient développé une certaine aigreur. Pour certains, les plus âgés notamment, cela s'est transformé en racisme ordinaire. Contre les Arabes essentiellement.

« Je ne l'ai pas vécu directement mais par procuration, explique Fred Neidhardt, le scénariste et le dessinateur de cette BD publiée chez Marabout. Je suis né quatre ans après l'indépendance de l'Algérie. Mais quand j'étais ado c'était le sujet de dispute fréquent dans la famille. » Ses parents ont échoué à Lille. Ses grands-parents ont eu plus de chance et sont restés à Marseille.

Le pépé raciste

L'album, en partie autobiographique, raconte la fugue de Daniel, étudiant de 19 ans. En désaccord avec ses parents (passionné de BD, il veut faire les Beaux-Arts alors qu'eux insistent pour qu'il poursuive des études scientifiques) il débarque en pleine nuit chez ses grands-parents.

Accueilli à bras ouverts, l'ambiance est vite plombée par les jugements à l'emporte-pièce de l'aïeul. Daniel est très partagé : « Il est raciste, il déteste les Arabes... Il aime pas les Noirs, les Juifs... lui qui est marié à une Juive. Mais c'est quand même mon pépé. Je l'aime quand même. » C'est ce grand écart sentimental que Fred Neidhardt raconte avec brio. « Pieds-Noirs et Arabes ont beaucoup de choses en commun. Quand j'étais gamin c'est quelque chose qui m'a toujours interloqué. Tu as ta grand-mère qui médit des Arabes et puis dès qu'elle a un truc à dire qui jaillit du cœur, elle le dit en arabe. Ce cas particulier permet de montrer toute l'absurdité du racisme ». Daniel, un peu naïf, va tenter de jouer le conciliateur dans le psychodrame qui frappe sa famille.

Un de ses cousins a quitté le cocon familial et s'est installé avec une jeune Française, Khadija, d'origine Kabyle. Les tentatives de rapprochement seront vaines, preuve qu'il est des blessures inguérissables.

Mais le message du livre est aussi plein d'espoir. Les générations suivantes tourneront la page. Naturellement, ou en le mettant noir sur blanc comme l'a fait Fred Neidhardt. Un auteur qui signe son œuvre de maturité et apprécie les séances de dédicaces car il y rencontre beaucoup de fils de Pieds-Noirs se reconnaissant dans le portrait de Daniel. « Et on arrive à en parler sereinement, ce qui n'est toujours pas le cas en famille... »

« Les Pied-Noirs à la mer » de Fred Neidhardt, éditions Marabout, 13,50 €

Fred Neidhardt est en dédicace aujourd'hui samedi 7 décembre à la librairie BD & Cie, 60 rue Droite à Narbonne, de 15 à 19 heures. Fabrice Tarrin sera également présent.