12/05/2017

"Alien", la terreur ultime

On ne soulignera jamais assez combien « Alien » de Ridley Scott a marqué l’histoire du cinéma et toute une génération.

Sorti en 1979, ce film a révolutionné les films de science-fiction et d’horreur à la fois. Il a également permis à nombre de cinéastes de trouver une légitimité à soigner l’aspect artistique de leurs réalisations. Car contrairement aux séries B de l’époque ou les space-opéra de plus en plus en vogue, Alien est avant tout une œuvre picturale originale et unique. Avec beaucoup de suspense et d’angoisse, mais ce qui reste, c’est l’univers graphique d’ensemble. La créature et les décors du vaisseau à l’abandon, sont issus du cerveau torturé du peintre suisse Giger. Un mélange de vivant et de ferraille, avec bave et lames de rasoir. Un cauchemar vivant.
Mais il ne faut pas oublier que d’autres graphistes ont participé à la création des décors. Dont Moëbius, alias Jean Giraud responsable du design des scaphandres. Un premier film au succès mondial (près de 3 millions d’entrées en France) suivi de trois suites confiées à de grands réalisateurs (Cameron, Fincher et Jeunet). Ridley Scott, après nombre de tergiversations, a accepté de lancer la production d’un préquel (une histoire se déroulant avant le récit original).


Pas véritablement présenté comme un film de la saga Alien, « Prometheus » sorti il y a cinq ans, est aussi une histoire de huis clos. Sur une planète, un vaisseau d’exploration est à la recherche des traces d’une civilisation extraterrestres. Ils réveillent quelque chose de véritablement inquiétant. Un film tourné en numérique et en 3D, visuellement parfait, éblouissant par bien des aspects mais avec pas mal d’interrogations au final. Normal car Prometheus n’est en réalité que la première partie des explications.
Il faut se projeter quelques années plus tard pour retrouver de nouvelles ruines et faire le lien avec Alien. « Covenant » est le chaînon manquant que tous les fans se délecteront de décrypter après avoir vu et revu, en DVD ou en VOD, les différents chapitres de la franchise. 

25/12/2010

Arzak, le Phœnix

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Jean Giraud, alias Gir, alias Moebius est un créateur qui sans cesse a su se remettre en question. Tout en arpentant avec succès les chemins de la BD commerciale (Blueberry, l'Incal) il a conservé l'envie de laisser libre cours à sa main, l'autorisant à tracer des histoires ou personnages issus du plus profond de son inconscient. C'est ainsi qu'est né le Major Fatal ou les personnages d'Arzak. Dans la postface de ce luxueux album il explique qu'en se mettant lui-même en scène dans « Inside Moebius », il s'est retrouvé interpellé par ses personnages. « Et que réclamaient-ils à longueur de pages à mon avatar impuissant ? La vie ! » Arzak est donc devenu l'arpenteur, sorte de justicier de la planète Tassili, chargé de protéger les Wergs et de trouver l'anomalie. Il sera confronté à des chasseurs de primes sans pitié, des rebelles sanguinaires et des fouines des sables agressives. Et sera surtout le personnage central d'un décor magnifique, un désert sans fin, hostile et écrasé de luminosité.

« Arzak, l'arpenteur », Moebius productions et Glénat, 18 €

 

10:04 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : giraud, moebius, arzak, glénat

19/12/2010

Moebius métallique

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Au cours du tournant des années 1970, Jean Giraud alias Gir, jusque-là auteur classique d'un western traditionnel, s'invente une nouvelle personnalité, celle de Moebius, et prend une part majeure dans la révolution qui touche la bande dessinée adulte, sous l'influence de l'underground américain et de la vague de la "contre culture". Cofondateur du magazine Métal Hurlant et des Humanoïdes Associés, Moebius change profondément l'esthétique de la science-fiction et les modes narratifs du genre bande dessinée. Avec Arzach, Le Major Fatal et des dizaines d'histoires (La Déviation, Cauchemar Blanc), l'œuvre de Moebius aura un retentissement mondial. Dans ce gros album de 420 pages, vous pourrez retrouver ces BD mythiques, affranchies de toute contrainte. Des classiques ainsi que des récits courts, moins connus, voire oubliés.

« Moebius Œuvres ». Les Humanoïdes Associés. 99 euros

09:29 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : moebius, humanos, métal hurlant

05/04/2009

Mes BD souvenirs (7)

metal_noel.jpgEn cette année 1976, j'ai multiplié les chocs graphiques. Et découvert des univers que je ne soupçonnais pas. Exemple les BD publiées dans Métal Hurlant. Le mensuel de science fiction, créé par Moebius, Druillet et Dionnet, alternait déjà récits classiques, souvent en hommage à un âge d'or révolu, et séries résolument futuristes et novatrices. Là aussi c'est une couverture de Solé, un Père Noël évidemment, qui m'a donné l'envie de posséder le numéro de décembre 1976. J'avais feuilleté un peu les précédents numéros, mais de savourer tranquillement ces 100 pages a radicalement changé ma vision de la BD. C'était l'époque où Moebius laissait dériver son imagination au gré des errances de Jerry Cornélius. Un Garage Hermétique qui l'était souvent pour moi aussi mais à la virtuosité graphique inégalée. Et cette pointe de folie qui donnait l'impression qu'on comprenait où l'auteur voulait nous conduire alors qu'en fait ce dernier ne le savait pas du tout...

masse.jpgIl y avait déjà Serge Clerc (mais pas encore Chaland), Montellier, Margerin, Pétillon et Masse. Les histoires de ce dernier me laissaient très perplexe. Dessiné avec une application laborieuse, tout en gros nez et lunettes rondes, ces récits complets présentaient des mondes inquiétants, en marge, où tout un chacun se questionnait. J'étais très réceptif à ces personnages tortueux car très mal à l'aise dans ma peau à l'époque. Masse a toujours été un auteur incompris. Il a d'ailleurs depuis arrêté la BD. Il a également collaboré à (A Suivre) (voir la couverture ci-contre datant de 1984). Certaines de ses histoires se passaient dans une foule compacte où les protagonistes, serrés comme des sardines, suivaient le mouvement, perdant totalement leur libre arbitre. Je me reconnaissais complètement dans ces personnages et cette situation. Depuis, j'ai horreur de la foule.

metal_voss.jpgDans Métal Hurlant, les dessinateurs de grand talent pullulaient. Si je n'ai jamais accroché à Druillet, par contre je restais des heures devant les planches de Caza, Voss, Macedo ou Jeronaton. Des spécialistes d'un certain réalisme académique, au service d'une imagination débridée. J'ai été un fidèle inconditionnel de la revue. Suivant tous les délires de Philippe Manœuvre. J'avais même réussi à compléter ma collection. Quand la revue a cessé de paraître, en 1987 au numéro 133, il ne m'en manquait qu'une poignée. Métal en quelques années et à peine plus de 100 numéros avait durablement marqué la BD européenne. Je les avait tous regroupés dans un gros carton. Il y a trois ans, au cours d'un énième déménagement, vers la Martinique cette fois, n'ayant pas pu mettre ce carton dans le container, je le laissais en dépôt dans le studio d'un ami. Ce dernier, devant déménager dans l'urgence, sans ouvrir le carton, l'a déposé dans la rue pour s'en débarrasser. D'autres cartons ont suivi, notamment ceux contenant mes fascicules de Tintin des années 1974 à 1980. Quand il m'a appris cela au téléphone, j'ai quasiment tourné de l'œil. Aujourd'hui, près de quatre ans plus tard, j'ai fait mon deuil. Et je me dis qu'un jour, chez un bouquiniste, je trouverai un très beau lot de Métal ou de Tintin, en parfait état...
Si c'est avec Métal Hurlant que je suis véritablement devenu un collectionneur, par la suite ce sont de très nombreux titres que je suivais régulièrement, grossissant sans cesse les cartons de mes déménagements...
(A suivre dimanche prochain)

16/08/2006

Cet été, bronzez en « intégrale »

Les intégrales BD sont de plus en plus présentent dans les rayons des librairies. Réservées aux fêtes, elles paraissent également en été.

Prolonger la vie d'une série BD : les éditeurs sont toujours à la recherche de solutions pour bonifier leur fond. Les intégrales, d'objet luxueux et encombrant, sont devenues des suites logiques et très recherchées aux best-sellers de ces dernières années. Les éditons Dupuis ont été pionnières dans ce format différent, notamment au niveau de la pagination. On se souvient des collections comme « Tout Jijé » ou « Tout Gil Jourdan ». Généralement c'était l'occasion de redécouvrir des albums indisponibles depuis de longues années. Changement de cap maintenant avec la publication d'intégrales en parallèle à la série classique d'albums de 48 pages. Toujours chez Dupuis cette année vous pouvez commencer la collection des aventures de Yoko Tsuno dans ce format qui a également l'avantage d'offrir de nombreux bonus. Classés par thèmes, les huit volumes annoncés débutent par un voyage « de la Terre à Vinéa ». Trois aventures très science-fiction pour la jeune électronicienne japonaise imaginée par Roger Leloup. En plus d'un long texte sur la genèse de la série, plusieurs dessins pleine page s'intercalent dans le récit. (Dupuis, 16 €)
Les éditions Dargaud aussi intensifient leur publication d'intégrales avant les vacances. En juillet il y en a pour tous les goûts. « La Croix de Cazenac » propose le cycle du Loup avec les albums 4, 5 et 6. En bonus une histoire courte de 6 planches signée Boisserie et Stalner. (Dargaud, 29 €). Les amateurs de science fiction décalée accueilleront avec toujours autant de plaisir le tome 9 de l'intégrale du Vagabond des Limbes de Godard et Ribéra. (Dargaud, 16 €). Enfin ne manquez pas le western atypique de la regrettée Laurence Harlé dessiné par Michel Blanc-Dumont. Jonathan Cartland avait des airs d'écologie avant l'heure. Ce troisième et ultime tome reprend les titres « Les survivants de l'ombre », « L'enfant lumière » et « Les repères du Diable ». Une série majeure que tout amateur de BD réaliste doit avoir dans sa bibliothèque. (Dargaud, 23 €).

Spécial plage....
Autre type de gros bouquin fleurissant l'été sur le sable chaud les recueils de tomes 1, sous couverture souple et à petit prix. « Les Humanos à la plage », inventeurs du concept, proposent l'édition "spéciale plage" des albums « Sanctuaire », de Christophe Bec, dessinateur aveyronnais,  « Lune d’ombre », « Après l’Incal » et « La Danse du temps ». De plus une édition pour les plus jeunes reprend les titres « Gargouilles », « Piccolo », « L’enfant de l’Orage » et « Koma ». (Les Humanoïdes Associés, 14 €).
C'est également l'occasion de retrouver les oeuvres immortelles du plus grand auteur français de tous les temps. Moebius a débuté le Garage hermétique et les aventures du Major Fatal juste pour lui, comme pour se défouler la main après des années et des années de Blueberry au scénario rigoureusement construit. Découvertes par Dionnet dans un tiroir, le rédacteur en chef de Métal Hurlant a publié ces premières planches et ajoutant un judicieux « A suivre ». Résultat Moebius a signé une des sagas de SF les plus délirantes de tous les temps, 120 pages en noir et blanc rééditées dans cette version bénéficiant d'une explication de texte de l'auteur lui-même. Il prévient le lecteur, « Le Garage hermétique n'est pas une oeuvre fermée. Elle recèle des ouvertures et des correspondances vers d'autres systèmes. » (Les Humanoïdes Associés, 15,50 €).