14/04/2016

BD : Lucky Luke, 70 ans et plusieurs vies

Sur son cheval Jolly Jumper, il sillonne l'Ouest américain depuis 70 ans. Toujours seul à la fin de ses albums,ce cowboy a longtemps fumé cigarette sur cigarette. Désormais il mâchonne une brindille et continue ses aventures malgré la mort de son créateur, Morris. Lucky Luke, l'homme aux 70 vies.

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Selon la légende, il tire plus vite que son ombre. Lucky Luke, avec Tintin et Astérix, est un des rares personnages de bande dessinée à être connu de tout le monde. Pour ses 70 ans, il franchit un nouveau cap avec la parution de deux albums hommage. L'opportunité pour des auteurs affirmés de s'approprier le héros et d'en donner leur vision. Premier à dégainer, Matthieu Bonhomme. Il est presque à l'origine de l'opération. "Cela fait presque dix ans que je demande aux éditions Lucky Comics s'il est possible de faire un 'Lucky Luke vu par...' comme c'est le cas avec Spirou, se souvient l'auteur d'Esteban et de Texas Cowboys. Il y a deux ans, j'ai vraiment insisté. Par chance la maison d'édition réfléchissait à l'anniversaire des 70 ans. Ensuite c'est allé très vite." Une année de dessin et voilà 'L'homme qui tua Lucky Luke' dans toutes les bonnes librairies.

Vers plus de simplicité

Résolument réaliste, cette version étonne par sa maîtrise mais aussi sa fidélité à la personnalité du cowboy. L'action se déroule dans une petite ville minière. Le shérif, légèrement demeuré, est secondé par ses deux frères, beaucoup plus futés. Lucky Luke ne compte rester qu'une nuit. Mais les habitants lui demandent de rester pour retrouver une cargaison d'or volée. Une mission que Lucky Luke accepte, malgré l'hostilité des frères. L'enquête progresse, jusqu'à ce fameux duel, dessiné et mis en scène tel un film de Sergio Leone. Le scénario imaginé par Matthieu Bonhomme tourne en réalité autour de l'arrêt du tabac par le héros. "Quand j'ai eu l'autorisation de reprendre Lucky Luke, c'est la première chose que j'ai demandé 'Lucky Luke a-t-il le droit de fumer ?'» La réponse négative, arrange bien le dessinateur qui en profite pour expliquer comment et pour quelles raisons très humaines il arrête le tabac. Ce rêve de gosse permet aussi au jeune dessinateur de rendre hommage à Morris, un auteur qui l'inspire depuis son enfance.

Et quand il termine son école d'art et se dirige vers la BD, il rouvre des Lucky Luke pour trouver des solutions : "c'est génie, il a tout compris. Il faut aller vers plus de simplicité, l'évidence et le graphisme comme il le fait.» Même s'il regrette d'avoir dû abandonner le cowboy solitaire, Matthieu Bonhomme savait que ce ne serait que cette reprise ne durerait que le temps d'un album. "J'ai d'autres projets, notamment un nouveau cycle d'Esteban qui ne se passe pas en Patagonie" se justifie-t-il.

Maintenant, ce Lucky Luke différent est parti à l'assaut des librairies avant l'arrivée de la véritable nouveauté, en novembre, scénarisée par Jul et toujours dessinée par Achdé puis en janvier 2017 de la version humoristique de Bouzard. A 70 ans, Lucky Luke n'a pas fini de faire parler de lui.

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 Programme éditorial copieux

Pour les éditions Lucky Comics, l'anniversaire du héros de Morris repris par Achdé au dessin est un événement d'importance qui dure toute l'année. Un programme éditorial très chargé lancé en décembre avec le beau livre 'L'art de Morris' accompagnant l'exposition d'Angoulême. Pour Philippe Ostermann, directeur général des éditions Dargaud, cette monographie est "une exégèse de Morris et de son apport au 9e art. On peut y voir des œuvres de 1947 à 2000." Des réflexions sont en cours pour continuer à faire vivre cette exposition en dehors de la capitale de la BD.

Nouveauté en novembre

En janvier dernier, relance du fonds avec la sortie de 10 albums mythiques de la série pour la somme de 7 euros. Une opération petit prix à l'opposée de l'édition en version très grand format et luxe de 'Phil Defer' datant de 1956, véritable petit bijou vendu 99 euros, bénéficiant d'une reproduction exacte des planches d'origine. Seconde étape, la sortie de deux albums de Lucky Luke vu par... Matthieu Bonhomme tire le premier alors que Guillaume Bouzard propose sa vision humoristique de l'Homme qui tire le plus vite que son ombre en janvier 2017. Un album très attendu car, de l'aveu du directeur de Dargaud, le créateur de Plageman "est allé très loin dans le style parodique et 'montypythonesque'" En attendant, Le 4 novembre exactement, les millions de fans retrouveront un nouvel album dessiné par Achdé (repreneur officiel de la suite de Morris, choisi par ce dernier), mais cette fois sur un scénario de Jul, le créateur de 'Silex and the city'. "Le choix de Jul est issu d'une discussion commune, selon Philippe Ostermann. Il a une immense admiration pour Goscinny et Lucky Luke. Comme il travaille avec nous depuis très longtemps, cela s'est fait en toute confiance." Mais il a dû cependant composer avec certaines contraintes comme une pagination imposée et l'obligation d'être tout public. "C'était un défi pour lui de faire de la très grande BD classique lisible par les adultes comme les enfants." Un album qui sera très certainement en tête des ventes au moment de faire un cadeau de fin d'année.

Enfin, dernier étage de la fusée, la réédition des intégrales des albums de Morris, dans une nouvelle version, enrichie de cahiers thématiques.

"L'homme qui tua Lucky Luke", Lucky Comics, 14,99 euros

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Morris, la carrière d'un géant du 9e art

70 albums, 3 000 planches. Maurice de Bevere, dit Morris, n'a quasiment jamais ralenti sa production durant toute sa carrière. Jeune apprenti dessinateur, il intègre le studio de Jijé, animateur de Spirou à la fin de la guerre. Ce maître du dessin, pouvant passer du comique au réaliste avec une rare dextérité, tente l'aventure aux USA. Il part avec femme et enfants, sans oublier dans ses bagages ses deux jeunes assistants : Morris et Franquin. Le périple outre-atlantique vire au cauchemar. Tous se retrouvent finalement au Mexique. Franquin rentre le premier en Europe, Jijé tente de s'établir à Mexico et Morris, file à New York. Il y restera longtemps, rencontrant un autre francophone passionné de BD : Goscinny. On ne le sait pas toujours, mais plusieurs albums de Lucky Luke ont été dessinés en Amérique. Les planches rejoignaient Bruxelles par bateau. Certaines s'égarant en chemin... De retour en Europe, avec Goscinny, Morris quitte Spirou pour Pilote. Lucky Luke devient de plus en plus célèbre, l'égal d'Astérix. Tout en multipliant les dérivés (Rantanplan notamment), Morris surveille les adaptations à la télé. Et contrairement à Hergé, il voudra que son héros lui survive.

 

 

13/04/2016

BD : L'art de Morris

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Un génie du trait juste et du mouvement. Le dessin de Morris, de pataud à ses débuts, s'est rapidement affirmé pour devenir une référence dans le style franco-belge. Pour les 70 ans de son seul et unique personnage, le festival d'Angoulême a présenté une exposition de grande ampleur avec pas moins de 150 planches et dessins originaux. L'occasion de voir l'évolution de l'art de Morris au fil des décennies. Cette exposition inaugurée en janvier dernier à la Cité internationale de la Bande dessinée d'Angoulême est toujours visible et ce jusqu'au 18 septembre. Pour l'accompagner, le beau livre sobrement intitulé "L'art de Morris" retrace sa carrière et ses influences, sous un écrin luxueux sur plus de 300 pages richement illustrées. Avec des interventions savantes de Jean-Claude Menu et du dessinateur Blutch.

"L'art de Morris", Lucky Comics, 45 euros

 

10/05/2012

"Gringos locos" : trois Belges en vadrouille

 

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En 1948, craignant une troisième guerre mondiale nucléaire en Europe, le dessinateur Jijé décide de s'expatrier aux USA en compagnie de toute sa famille. Il emporte dans ses bagages deux jeunes auteurs, Morris et Franquin. Ce périple totalement délirant fait partie de la légende de la BD franco-belge. Ce trois génies ne parviendront pas à se faire embaucher par les studios Walt Disney et trouveront une porte de sortie au Mexique, continuant leurs séries respectives (Spirou, Lucky Luke) depuis Tijuana. Yann, le scénariste, a cette idée d'album en tête depuis des années. Il a collecté les anecdotes de la bouche même de Franquin. Dessinée par Schwartz, cette épopée est très romancée. Un peu trop au goût des héritiers qui ont bloqué la parution de l'album, puis obtenu le rajout d'un texte présentant « leur vérité ». Un complément documentaire qui enrichit cet album événement, très attendu et particulièrement réussi.

 

« Gringos locos », Dupuis, 14,95 €


 

18/11/2010

Un Lucky Luke très politique

 

Lucky Luke 4.jpg

Espionnage, fichage, chantage : la nouvelle aventure de Lucky Luke a un air étrangement d'actualité. Le cowboy imaginé par Morris et repris graphiquement par Achdé affronte dans cet album le redoutable Pinkerton. Le célèbre détective privé semble pourtant lui aussi du bon côté de la Justice. Il démarre très fort en capturant les Dalton et en démantelant un gang de faux-monnayeurs. Mais ce n'est que façade. Pinkerton n'a qu'une ambition : devenir l'homme de confiance du président Lincoln. A la clé, les juteux contrats de sécurité que l'Etat ne manquera pas de lui commander... Toute ressemblance avec une actualité récente, tant en France qu'aux Etats-Unis n'est pas un hasard. Cette aventure de Lucky Luke est scénarisée par un duo d'auteurs n'ayant pas peur de dénoncer. Tonino Benacquista s'est associé à Daniel Pennac pour signer cette histoire qui fait référence aux grandes trouvailles de Goscinny. Une très bonne surprise après les titres en demi-teinte de Laurent Gerra.

"Lucky Luke" (tome 4), Lucky Comics, 9,95 €