30/04/2017

BD : Petite fille deviendra grande geisha

 


Le Japon a lui aussi connu sa révolution culturelle. Moins brutale que dans la Chine de Mao, mais aux conséquences radicales pour toute une partie de la population. Pas de revirement politique, mais simplement une modernisation de la vie quotidienne impliquant l’abandon de traditions séculaires. L’histoire de Setsuko Tsuda, petite fille de 8 ans, débute en 1912. Son père, samouraï déchu, quitte la campagne pour la grande ville. Là, incapable de nourrir sa famille, il vend Setsuko à une maison de geisha. La gamine au visage disgracieux et aux allures sauvages deviendra Kitsune, la renarde. Utilisée comme bonne à tout faire les premières années, elle va révéler un don pour le shamisen, cet instrument de musique typique. La première partie raconte sa dure vie dans un milieu où les femmes ne sont que des jouets pour les hommes. Le dessin en noir et blanc de Christian Durieux (sur un scénario de Perrissin) rend cette œuvre aussi délicate qu’un air joué sur cette guitare si particulière.
➤ « Geisha ou le jeu du shamisen » (tome 1), Futuropolis, 19 €

06/01/2016

DVD : Des bruits de la vie au son électro

Zac Efron en DJ surdoué dans 'We are your friends' film musical moderne.

zac efron, dance, electro, musique, studiocanalLes amateurs de musique techno vont adorer ce film de Max Joseph. Pas forcément pour la bande son, de qualité, mais pour l'image résolument positive d'une mode musicale trop souvent décriée. Qui dit musique techno dit drogues, raves sauvages, excès... Aux USA, cela permet aussi à ces magiciens de l'assemblage de sons de bâtir des fortunes en faisant danser des milliers de jeunes et moins jeunes dans des clubs spécialisés ou en plein air. Cole Carter (Zac Efron) est un passionné. Il ne vit que pour la musique électronique. Il mixe et compose sur son vieil ordinateur. Avec ses copains, il tente de percer. Mais la lutte est rude.

Un tournage cool

Sa chance tourne quand il croise la route de James (Wes Bentley), une célébrité de la scène électro californienne. Ils vont travailler ensemble et le petit jeune va rapidement égaler voire dépasser la vedette. Une histoire d'ascension sociale basique, avec des hauts, des bas, une petite critique sociale, un embryon de romance et une scène finale qui rattrape largement les quelques longueurs et lourdeurs de l'ensemble. On vibre sur l'élaboration de ce morceau qui permettra à Cole de passer un cap. Professionnellement et humainement.

Zac Efron est crédible en DJ même si parfois il semble un peu trop « propre ». Dans les bonus du DVD et du blu-ray un reportage explique comment le jeune acteur s'est transformé en véritable DJ, prenant des cours et investissant dans du matériel pour se mettre à niveau. Quelques reportages courts donnent aussi un aperçu de l'ambiance très cool du tournage où la musique était toujours présente.

« We are your friends », Studiocanal, 14,99 euros

 

06/10/2015

Roman : Bêtes de scène dans "Mémoires fauves" de René Guitton

La jeune compagne d'une rock-star tombe amoureuse du vieux directeur artistique du label. Ménage à trois musical dans « Mémoires fauves » de René Guitton.

 

mémoires fauves, rené, guitton, calmann-lévy, musiqueRoman choral, « Mémoires fauves » de René Guitton débute par le coup de foudre d'un homme qui ne croit pourtant plus en l'amour. Michel Beaumont, directeur respecté d'un label de musique, est l'antithèse des artistes qu'il chapeaute. A eux la lumière et l'exposition médiatique, à lui la coulisse, le travail ingrat sans la moindre reconnaissance du public. Mais c'est dans son tempérament. Il est la « force tranquille » d'un milieu trop fougueux et pressé. A l'image de Fauves, le phénomène rock du moment. Ce jeune chanteur, originaire du Proche-Orient (Egypte et Liban), est devenu en quelques années la voix de sa génération. Une personnalité engagée, rebelle, sans cesse sur la brèche pour défendre les faibles, les pauvres. Fauves ne travaille pas pour Michel mais a tenu absolument à le rencontrer pour lui « vendre » son nouveau projet. Avec sa compagne, Aurélie, grand reporter elle aussi habituée aux pages People des magazines, il veut donner la parole aux animaux. Enregistrer partout sur la planète les cris de ces espèces menacées et les orchestrer pour en faire une symphonie sauvage.

Au cours de l'entretien, le jeune chanteur s'enflamme et explique d'où lui vient ce nom atypique : « Si je m'appelle Fauves, c'est pour leur rendre hommage, les rappeler à l'esprit de ceux qui les détruisent. Fauves au pluriel parce que je suis pluriel moi-même à travers tous les fauves que je porte en moi et représente, tous les fauves à la fois, avec la force des uns, la férocité des autres, leur fragilité et leurs craintes aussi. Je rugis leur rage à la face des humains, et rugirai encore et toujours leur mémoire, pour briser l'instinct des hommes. » Une sacrée profession de foi pour un homme à fleur de peau. Mais cela ne touche pas Michel, habitué aux caprices et lubies de certaines personnalités un peu trop investies. Il refuse. Sec et cassant. Sans détour. Fin de l'entretien. Fauves est furieux, Aurélie gênée.

 

Récit puissant

Cette dernière, dès le lendemain contacte Michel pour s'excuser. Ils déjeuneront ensemble et ce qui devait arriver arriva : le vieux (il a 55 ans) directeur casanier tombe sous le charme de la jeune, ravissante et brillante journaliste. Qui elle non plus n'est pas insensible au charme suranné et très cultivé du beau gosse grisonnant. Arrivé à ce point du roman, on se demande pourquoi René Guitton a passé toutes ces pages à décrire Fauves, le cocu de l'affaire. Tout simplement car le chanteur cache bien son jeu. Il n'est pas dupe et ses sens en éveil devinent l'amour naissant entre Aurélie et Michel.

La dernière partie du roman change totalement de registre. On entre dans le journal intime du chanteur, dans ses mémoires, autre version d'une vérité cachée. La relation amoureuse à la guimauve s'efface pour un texte d'une rare puissance. Fauves se raconte et son verbe emporte tout sur son passage. Des mémoires que l'on n'est pas prêt d'oublier.

Michel Litout

 

« Mémoires fauves », René Guitton, Calmann-Lévy, 18 €

 

16/03/2015

Cinéma : Comment reconstruire sa famille

 

dernier coup de marteau,musique,delaporte,romain paul,gadebois,hesme,pyramide

Le jeune héros du « Dernier coup de marteau », film d’Alix Delaporte tourné près de Montpellier, tente de sauver sa mère et de retrouver son père.

Romain Paul. Retenez son nom, ce jeune acteur a une belle carrière devant lui. Découvert par Alix Delaporte, cet adolescent a une incroyable intensité dans le regard. C'est la principale raison qui a poussé la réalisatrice du film « Le dernier coup de marteau » de le retenir pour le rôle titre de son second long-métrage.

Victor, 13 ans, vit seul avec sa mère Nadia dans une caravane plantée à l'année en bord de Méditerranée. En stop, il se rend à Montpellier pour assister aux répétitions d'un concert de musique classique.

 

Père absent

Le chef, Samuel Rovinski (Grégory Gadebois) est le père de Victor. Une histoire d'amour très lointaine avec Nadia (Clotilde Hesme). Le père et le fils ne se sont jamais rencontré. Le premier face-à-face entre eux est très tendu. A ses proches professionnels, Samuel nie être le père de cet adolescent. Point. Reprise des répétitions.

Ce film sensible et d'une beauté lumineuse (les couleurs de la Méditerranée sont parfaitement mise en images) repose à 90 % sur les frêles épaules de Romain Paul. Présent dans quasiment tous les plans, c'est lui qui sert de relais entre ce couple séparé qui refuse de se retrouver. Victor tente de savoir si le retour de son père dans la région est lié à la maladie de sa mère. Atteinte d'un cancer, elle dépérit à vue d'oeil, refusant de prolonger un traitement trop lourd. Mais Samuel n'est au courant de rien. Son concert à Montpelier n'est qu'une date de plus dans son planning très chargé de chef d'orchestre réputé.

Partagé entre l'envie de sauver sa mère et de retrouver son père, Victor, en pleine adolescence, découvre en plus les premiers émois amoureux avec sa jeune voisine, Luna (Mireia Vilapuig), une Espagnole survivant sur la plage au sein de sa famille nombreuse. Trois pistes pour une avenir non tracé.

Loin d'être moralisateur ou chargé de pathos, ce film est d'une extrême réalité. Alix Delaporte a volontairement laissé toutes les fins ouvertes. Victor, quel que soit son destin, ses choix, sa vie, restera un gamin lumineux qui rayonnera longtemps dans la mémoire des spectateurs chanceux de ce film tout en nuances.

08/02/2013

Chronique : R.I.P. le CD

Exit le CD. Le fossoyeur du vinyle et de la cassette n'a pas régné longtemps sur le monde de la musique. Une étude récente de la société Gfk montre que le CD ne représente plus que 24 % de l'écoute moyenne de musique.

Radio et télévision font la course en tête (50 %) et la musique dématérialisée représente plus d'un quart avec 26 %. Téléchargement légal et streaming ont pris le dessus. Essentiellement sur des ordinateurs. Le phénomène ne peut que s'amplifier avec le succès des smartphones et des tablettes...  Dans les années 80, le CD était devenu l'arme ultime du mélomane. Enfin un support pour profiter parfaitement du travail de l'artiste, de l'arrangeur et du producteur. Inusable, il semblait être appelé à durer des siècles. Moins de 20 ans plus tard, la rondelle de plastique brillant est complètement obsolète. Juste bonne à accrocher aux branches des arbres fruitiers pour effrayer les oiseaux... 

Si vous êtes de la génération CD et que vous regrettez ses emballages  impossibles à ouvrir, soyez patients. Dans quelques années, il devrait revenir sur le devant de la scène. Du moins si l'histoire se répète. Les derniers chiffres de ventes aux USA montrent une baisse de 13 % pour les CD, une  augmentation de 14 % pour le numérique et l'explosion (+ 17%) des ventes de... vinyles. La bonne vieille galette noire et craquante fait un retour en force dans les rayons. Des rééditions mais aussi quelques nouveautés.

Donc, en 2030, le CD sera de nouveau tendance ! 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant.

22:43 Publié dans Humeur, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cd, vinyles, musique