29/05/2017

Roman policier : Araignée cachée et secrets enfouis avec Fred Vargas

 


Adamsberg est de retour en France. Après ses aventures glaciales en Islande, il est appelé en urgence par ses hommes. Une histoire de femme renversée par une voiture. Accident ? Crime finalement. Une première énigme résolue en quelques pages et grâce à une poignée de gravillons par ce policier hors normes imaginé par Fred Vargas, prêtresse du crime et reine des ventes à chaque nouveauté.
Adamsberg est pourtant un Béarnais très commun perçu en ces termes par une mamie spécialiste en araignées : « Un petit homme brun, mince, et des muscles tendus comme du nerf de bœuf. Une tête... mais qu’est ce qu’on pouvait bien dire de sa tête ? Toute irrégulière, les pommettes saillantes, les joues creuses, un nez trop grand, busqué, et un sourire pas droit qui faisait plaisir à voir ». Le sourire d’Adamsberg, voilà sans doute son secret.
Un roman de Fred Vargas ce sont toujours d’étonnantes circonvolutions au début pour planter décor et intrigue. Tout commence quand le policier remarque qu’un de ses hommes, Mercadet, passionné par les animaux, passe de longues heures à se renseigner sur les araignées recluses. Ces bestioles vivent enfouies dans des murailles. Peureuses, elles ne se montrent jamais. Mais en cet été caniculaire, les morsures se multiplient. Et surtout, trois personnes trouvent la mort après leur rencontre avec la recluse. Trois hommes très âgés, plus de 80 ans.
Épidémie ? Coïncidence ? Et si il y avait une affaire criminelle derrière tout cela ? Adamsberg suit son intuition, fouille, gratte, explore et découvre que ces trois hommes, tous de la région de Nîmes, se connaissaient. Depuis très longtemps pour deux d’entre eux. Ils ont vécu dans une institution pour orphelins et y ont fait les 400 coups. Mais est-ce que cela suffit pour ouvrir une véritable enquête criminelle ?
■ Immondes blaps
Dans un premier temps le commissaire présente ses soupçons à ses hommes. Une petite partie le suit. La majorité refuse de se lancer dans une affaire un peu trop tirée par les cheveux. Notamment son adjoint, le très lettré Danglard, comme s’il voulait casser l’harmonie de la brigade, prendre le pouvoir en écartant ce chef trop ténébreux et imprévisible. C’est un des attraits du roman, en plus de l’intrigue, cette lutte de pouvoirs inexplicable dans un premier temps car Danglard doit beaucoup à son chef.
Après, on se laisse emporter par cette histoire de vengeance complexe, entre la « bande des mordus », les « violées » et le « gang des recluses ». Adamsberg doit se lancer dans une course contre la montre et protéger des blaps (on ne vous dira pas ce que c’est, découvrez-le...), un comble pour le commissaire.
➤ « Quand sort la recluse », Fred Vargas, Flammarion, 21 €


17/01/2017

Roman : Aveuglement du petit copropriétaire

Avec sa verve habituelle, Philippe Ségur raconte les déboires d’un couple dans « Extermination des cloportes ».

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Don Dechine, professeur de lycée, a le secret espoir d’écrire un roman. Pas n’importe lequel, le chef-d’œuvre qui lui vaudra direct le Nobel de littérature. Don Dechine s’y croit un peu. Beaucoup même. Ce n’est pas la modestie qui l’étouffe. Dans son appartement de la ville de Nî- mes, il vit avec sa femme Betty, gentille demoiselle qui espère elle aussi faire carrière dans l’éducation nationale. Encore faut-il qu’elle passe son doctorat.

Le roman de Philippe Ségur, professeur de droit constitutionnel et de philosophie politique à l’université de Perpignan, déroute dans les premières pages. Don et Betty sont pleins de bonnes volontés. Ils planifient leur travail comme des enfants sages et vertueux. Mais rapidement les engrenages se grippent. Et ils finissent dans le canapé à regarder les sept saisons des Soprano, tout en dégustant du Maury, vin préféré du héros et cité une bonne dizaine de fois dans le roman. Tout change quand Don, un matin, se réveille avec la bizarre impression d’avoir des cloportes dans l’œil. Des bestioles noires qui se baladent devant lui, perturbant sa vue. Une idée kafkaïenne parfaitement amenée par l’auteur jusqu’à la révélation du toubib de famille : Don souffre de la maladie de Fuchs.

A moyenne échéance il deviendra aveugle. Il n’existe pas de traitement. Peut-être une opération, mais Don refuse. « Je préférais continuer d’élever des cloportes et regarder le monde derrière ma vitre sale. » La comédie va-t-elle sombrer dans le mélodrame ? Pas du tout. N’oubliez pas que c’est Philippe Ségur qui est aux manettes. L’humour l’emporte toujours avec cet auteur à l’optimisme chevillé au corps.

■ « Granch » rêvé

Don fait comme si de rien n’était, cache même ses problèmes de vision à sa douce Betty. Pourtant il l’adore : « Avec Betty, nous faisons tout ensemble. Le travail, les courses, le sport et même l’amour. C’est dire si nous sommes proches. » Une bonne partie du roman raconte les aléas de la copropriété. Don et Betty affrontent le syndic qui veut leur faire payer des charges considérables. Ils décident alors de vendre et d’acheter un « granch » (une grange transformée en ranch…) à la campagne. Des passages très édifiants sur les pratiques des banques et autres assurances où on croit dé- celer du vécu.

Un roman vivifiant en ces sombres heures d’une société trop souvent ré- signée et manquant cruellement de fantaisie.  

➤ « Extermination des cloportes », Philippe Ségur, Buchet Chastel, 18 €