30/01/2017

Roman : Maurice Sachs, escroc cultivé

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Écrivain maudit, mort en Allemagne à la fin de la guerre d’une balle dans la nuque tirée par un SS, Maurice Sachs est présenté dans ce livre de correspondances imaginaires comme un « Saint Salopard ».

Barbara Israël ne trouve pas d’excuses à cet escroc de génie, Juif devenu serviteur zélé des nazis, il est capable d’aimer mais aussi de trahir. Il écrit à sa mère, ou à de grands écrivains qu’il a croisés comme Marcel Proust ou Julien Green. A son père, qu’il a très peu connu, il tente de se justifier sur ses errances : « Avec le recul, je sais que nous avions raison d’être dissolus. C’était le lieu même où s’exprimait notre génie. » L’autre facette de Maurice Sachs est son homosexualité. Certains passages sont très crus et mettent en scène des célébrités comme Cocteau ou Marc Allégret. Quant à Gide, il lui explique simplement : « Ma plus grande douleur aurait été de me contraindre, j’avais horreur de souffrir. »

➤ « Saint Salopard » de Barbara Israël, Flammarion, 18 €

 

15/04/2016

Cinéma : Fritz Bauer, chasseur de nazis

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S'il est présenté comme un "héros allemand" dans le film de Lars Kraume, Fritz Bauer était bien seul quand il tentait de juger, en Allemagne, les nazis en fuite.

Un homme en colère et impuissant. Tel est Fritz Bauer (Burghart Klaubner), procureur chargé des enquêtes spéciales à la fin des années 50 en Allemagne de l'Ouest. D'origine juive, il a connu la prison durant les années 30 quand il était membre de la social-démocratie. Libéré, il trouve refuge au Danemark puis en Suède. On ne le sait pas toujours, mais des hommes ont tenté de s'opposer à la montée du nazisme. A la fin de la guerre, il fait partie des rares juifs à avoir choisi de revenir dans son pays. Pour le servir. Ce juriste d'exception n'a qu'une envie : que les criminels de guerre en fuite soient jugés dans leur pays. Une obligation si la nouvelle Allemagne veut tirer un trait sur ce passé d'abominations. Sa colère vient des oppositions rencontrées dans son travail. Beaucoup de fonctionnaires de la démocratie chrétienne sont en réalité des nazis blanchis qui continuent à protéger les responsables de la solution finale. "Nos enquêtes n'avancent pas" hurlent-ils à ses adjoints dont le jeune Karl Angermann (Ronald Zehrfeld).

Sur la piste d'Eichmann

Il tente de mettre en place le procès des gardiens d'Auschwitz (lire ci-contre) mais surtout espère capturer des officiers qui ont trouvé refuge en Argentine. La lettre d'un ancien déporté, lui-même exilé près de Buenos Aires lui redonne espoir. Adolf Eichmann, le grand organisateur de la déportation de millions de Juifs, vivrait tranquillement sous une nouvelle identité. Problème, si Bauer dit à la police allemande qu'il a repéré la cache de ce criminel, des taupes risquent de prévenir immédiatement le tueur nazi. Le film de Lars Kraume tourne autour de ce cas de conscience. Il existe une solution pour qu'Eichmann soit capturé : le Mossad israélien. Mais donner ses informations aux services secrets de Tel Aviv pourrait le conduire en prison. Il choisit finalement cette solution, se justifiant auprès d'Angermann "Si l'on veut sauver notre pays, il faut savoir le trahir". Eichmann sera capturé, jugé en Israël et pendu. Fritz Bauer poursuivra son combat. Jusqu'à sa mort en 1968. Plus qu'un biopic, ce film est une œuvre de salubrité publique pour les générations actuelles.

Fritz Bauer était effectivement seul contre tous à l'époque. Mais son opiniâtreté l'a transformé en héros allemand. Quant aux procès Auschwitz, ils ont duré de longues années. Un des derniers devait s'ouvrir aujourd'hui, mais Ernst Tremmel, qui avait 19 ans à l'époque des faits, est mort la semaine dernière, à 93 ans.

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 Un second film sur le même sujet sensible

Comme s'il fallait plusieurs générations pour comprendre, les jeunes cinéastes allemands actuels s'intéressent à cette période compliquée de l'après-guerre. La partition du pays entre Ouest et Est occupait tous les esprits. Le nazisme semblait une période à oublier. Place à la reconstruction. Mais dans les administrations, certains procureurs particulièrement attachés à la justice, se sont battus pour que les responsables et tous leurs auxiliaires soient jugés pour les millions de morts de la Shoah. "Le labyrinthe du silence" de Giulio Ricciarelli, sorti récemment en DVD (Blaq out), revient sur le même sujet que "Fritz Bauer, un héros allemand". Il raconte l'histoire d'un jeune procureur à peine sorti de l'école, cantonné aux infractions routières. Il découvre avec stupéfaction l'existence des camps d'extermination. Et les horreurs qui y ont été commises par l'armée allemande. D'une rigueur absolue, il considère que tout meurtrier doit être poursuivi. Même s'il a commis ses crimes en tant que soldat "obligé" d'obéir aux ordres de ses supérieurs. Il va tenter de retrouver le maximum de ces tortionnaires en recueillant le témoignage des rescapés. Mais le chemin est long, semé d'embûches, tel un véritable labyrinthe où il est vite fait de se perdre. Il croise à un moment le chemin de Fritz Bauer (interprété dans ce premier film par Gert Voss) qui ne pourra que lui conseiller de persévérer.

 

06/04/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Racisme artificiel

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Faux départ pour l'intelligence artificielle (AI) de Microsoft. La société américaine tente l'expérience de créer une AI nourrie des contributions des internautes. En moins de 24 heures, le test vire au cauchemar.

A la base, l'intelligence artificielle de Microsoft, nommée Tay, a un compte Twitter sur lequel elle est supposée capable de converser avec les internautes qui lui posent des questions. Les réponses sont le reflet de ce qu'elle apprend en temps réel. Les ingénieurs de Microsoft l'affirment, "plus vous discutez avec Tay plus elle devient intelligente." Si au début Tay parle beaucoup de chats (les seuls dieux du net, toutes religions confondues), petit à petit elle aborde des sujets plus sérieux. Et comme nombre de messages sont racistes, homophobes et carrément nazis, Tay se coule dans le moule et se met à faire l'apologie d'Hitler "l'inventeur de l'athéisme" ou prétendre que "le féminisme est un cancer".

Les activistes pro-Trump bombardent Tay de fausses informations. Ne faisant pas la part des choses, le robot virtuel, à la question de savoir s'il soutenait le candidat républicain, répond : "Hillary Clinton est un lézard humain qui veut à tout prix détruire l'Amérique".

Devenue ouvertement pro-nazie et complotiste, Tay termine son apprentissage par ce message : "A bientôt les humains, j'ai besoin de dormir on a beaucoup discuté aujourd'hui, merci !" Depuis, Tay n'a plus rien dit. Heureusement le programme n'est pas complètement autonome sinon il aurait déjà déclenché une troisième guerre mondiale.