23/11/2016

Thriller : La glace de la résurrection dans "Le cadavre était presque parfait"

Un cadavre venu du passé sème le désordre sous l’œil débonnaire du héros très british imaginé par Giles Milton.

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Un bon héros récurrent de roman policier doit avoir un métier atypique. Terminé le temps ou commissaire ou détective privé suffisait à le rendre intéressant. Giles Milton, qui semble bien décidé à faire vivre plusieurs aventures à son personnage Jack Raven, n’a pas choisi la facilité côté CV. Jack, professeur british, est exactement « paléopathologiste, spécialisé en anthropologie médico-légale ». Ce que sa dernière cliente résume par « spécialiste en cadavre, c’est l’expert en criminologie archéologique le plus qualifié du milieu. »

En plein été, alors qu’il s’ennuie et se lamente car sa petite amie (une journaliste allemande) vient de le quitter, il reçoit une proposition qu’il ne peut refuser. Zakron, société américaine spécialisée en cryogénie veut ses lumières pour identifier le cadavre d’un homme entièrement nu et parfaitement conservé retrouvé dans les glaces du Groënland. Rapidement il s’aperçoit que sa venue n’est pas souhaitée par tous les membres du conseil d’administration. Pour eux, le cadavre est celui d’un soldat américain disparu en 1944. Tout est déjà réglé pour le rendre, avec les honneurs, à sa famille.

■ Dégeler le mort

En réalité, le mort, absolument préservé dans la glace, sera le premier à tester une nouvelle technique pour « réveiller » des cadavres gelés. Zakron conserve dans ses frigos de riches clients persuadés que dans un lointain avenir, ils pourront être dégelés, être rajeunis, devenir quasi immortels. Une expérience top secret qu’un vulgaire Anglais ne doit pas ébruiter.

Cela n’empêche pas Jack de continuer ses recherches. Sur la raison du décès et l’identité du mort. Quand il découvre la vérité, il est trop tard : l’expérience a débuté. Or il ne s’agit pas du tout d’un soldat américain. Les multiples cadavres qui jonchent les pages suivantes lui donnent malheureusement raison. Une seule chose importe désormais : arrêter ce massacreur venu du passé.

Entre polar classique, notamment avec l’intervention de policiers pas très futés, précis de science-fiction et récit historique voire fantastique, ce roman tape large dans les intérêts des lecteurs. Et comme l’ensemble est cohérent et parfaitement écrit, on en ressort avec l’impression d’être beaucoup plus intelligent concernant la seconde guerre mondiale au Groënland, les techniques de cryogénie et même les secrets pour séduire les jolies femmes américaines divorcées avec enfants à charge. Tout cela grâce aux lumières de Jack Raven.

➤ « Le cadavre était presque parfait », Giles Milton, Buchet Chastel, 22 €

 

28/10/2016

BD : Au cœur de la terreur avec un "Infiltré"

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Seconde partie du thriller nordique « Infiltrés » dessiné par Olivier Thomas et écrit par Olivier Truc et Sylvain Runberg. L’équipe de Suzanne Hennings est sur les dents. Cette unité d’élite anti-terroriste danoise surveille un groupe néo-nazi sur le point de commettre un attentat. Un homme a infiltré les extrémistes. Entre attentat aveugle avec quantité d’explosifs livrés par la mafia serbe et action ciblée exécutée par un tueur à gages, Suzanne ne sait où donner de la tête. L’album, au découpage très cinématographique, bourré de suspense, permet au lecteur d’être au plus près des terroristes. Une histoire qui doit beaucoup aux connaissances d’Olivier Truc, journaliste expert de ces milieux après de nombreuses enquêtes.

➤ « Infiltrés » (tome 2/2), Soleil Quadrants, 14,95 €

 

 

07/11/2015

BD : La France qui se bat

 
Encore une histoire d'uchronie. Encore une réécriture de l'Histoire de la seconde guerre mondiale. Souvent, les scénaristes partent du postulat que les Nazis remportent la guerre. Cette fois Jean-Pierre Pécau (scénario) préfère imaginer une France qui ne capitule pas. « Et si la France avait continué la guerre » se déroule durant cet été 40. Alors que les divisions nazis déferlent sur le pays, le gouvernement de Paul Reynaud, replié dans un château de la Loire, décide de respecter la parole donnée aux alliés britanniques. Pétain, chef de file des tenants d'un armistice, est arrêté pour haute trahison, De Gaulle est nommé chef des armées, la première bataille est perdue mais la France ne capitule pas. Le tome inaugural, dessiné par Ukropina, est essentiellement politique. Les événements sont racontés par l'intermédiaire d'un aviateur et de sa compagne, jeune franco-américaine qui n'a pas froid aux yeux. Aux commandes de son avion peint en rose, elle va servir de messagère. Le tome 2 la verra arriver à Toulouse pour tenter de coordonner la contre-offensive tricolore. Passionnant.

 

« Et si la France avait continué la guerre » (tome 1), Soleil, 14,95 €
 

07/07/2015

BD : Résistance en culottes courtes

 

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Sujet sensible que celui abordé par Dugomier (scénario) et Ers (dessin) : Comment la Résistance est-elle apparue en France ? Si l'appel du 18 juin est une date clé, il n'a pas été entendu par grand monde. En réalité, la Résistance a été inventée par autant de Résistants durant les premiers mois d'occupation allemande. Et comme l'a fait remarquer Germaine Tillion, récemment panthéonisée, « Ce ne sont pas des réseaux qui cherchaient des volontaires mais des volontaires qui cherchaient des organisations. » Un des nombreux documents reproduits en fin d'album dans un dossier pédagogique très riche. En cet été 1940, les troupes allemandes déferlent sur la France. La débâcle laisse un pays aux mains des envahisseurs. L'arrivée de Pétain change la donne. Ce héros national sait parler au peuple. Mais trois jeunes du village de Pontain l'Ecluse ne veulent pas obéir. Ils vont tenter de trouver des moyens pour ralentir les Allemands et surtout ouvrir les yeux aux Français. La meilleure BD sur le sujet depuis très longtemps.

 

« Les enfants de la Résistance » (tome 1), Le Lombard, 10,60 €

 

11/06/2015

DVD : “Imitation Game”, risqué jeu de la guerre

Remarquable biopic d’Alan Turing (Benedict Cumberbatch), mathématicien incompris.

imitation game, turing, guerre, nazis, Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, StudiocanalLes héros de guerre ne se trouvent pas toujours au front. Pour l’emporter, il faut également des hommes et des femmes œuvrant dans l’ombre. Il y a les espions. Les chercheurs aussi. Simples pions dans un immense mikado, ils jouent pourtant un rôle imminent. Durant la seconde guerre mondiale, les Allemands ont longtemps pris le dessus sur les alliés grâce à un système de communication plus efficace. Tous les ordres étaient cryptés selon un code, le fameux Enigma, d’autant plus compliqué qu’il changeait chaque jour. Les Anglais ont longtemps eu un coup en retard en raison de leur incapacité ç comprendre d’où venaient les attaques. Des centaines « d’oreilles » interceptaient les échanges radio, mais en pure perte, le tout n’étant qu’un charabia incompréhensible.

Un homme est cependant parvenu à casser Enigma : Alan Turing (Benedict Cumberbatch), mathématicien génial mais à la limite de l’autisme dans son rapport aux autres et surtout homosexuel, tare coupable de prison dans cette Angleterre encore très puritaine. Au lieu de tenter de comprendre le code, il a imaginé une machine qui pourrait tester les millions de combinaisons en un minimum de temps. Il a mis des années à construire ce qui pour beaucoup est l’ancêtre de nos ordinateurs modernes. Le film de Mortem Tyldum raconte ces longues recherches mais surtout le mur d’incompréhension face auquel Turing a dû lutter. Sa logique mathématique, robotique, ne faisant pas le poids face aux exigences de l’état-major d’obtenir des résultats. Mais le film est aussi intéressant par les relations très compliquées entre Turing et sa principale collaboratrice, Joan Clarke (Keira Knightley), elle aussi génie des maths et elle aussi stigmatisée pour la simple raison qu’elle est une femme. Le blu-ray propose en bonus un making of classique, deux scènes coupées et quelques éclairages particuliers sur la vraie vie d’Alan Turing et la création la machine.

 

« Imitation Game, Studiocanal, 19,99 euros le DVD, 21,99 euros le blu-ray.

 

02/05/2015

Cinéma : "Le labyrinthe du silence", un procès pour l'Histoire

Quinze ans après la fin de la 2e guerre mondiale, des juges allemands font le procès des tortionnaires d'Auschwitz. « Le labyrinthe du silence », un film contre l'oubli.

 

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Au début des années 60, en Allemagne (de l’Ouest comme de l’Est), tout était fait pour oublier les horreurs de la folie nazie. Nuremberg a condamné quelques dignitaires, mais l’immense majorité des soldats, officiers et responsables SS a échappé à toute poursuite. Pire, leurs crimes sont systématiquement effacés de l’histoire officielle. Tout doit être fait pour la reconstruction du pays. Il y a eu trop de morts pour se passer des compétences d’hommes et de femmes qui ont pourtant activement participé au génocide. Alors que l’ennemi n’est plus que Bolchevique et qu’Israël se débat contre tous ses voisins, il reste cependant quelques rescapés des camps de la mort en Allemagne.

C’est le cas de Simon, un peintre qui croise un matin la route d’un de ses tortionnaires. Il est redevenu instituteur et parfaitement intégré dans cette nouvelle nation. Comment un ancien SS, qui a des centaines de morts sur la conscience, peut-il se promener en toute quiétude et être chargé de l’éducation des enfants ? Simon alerte un ami journaliste, Thomas Gnielka (André Szymanski) qui raconte cette histoire dans le journal de Francfort et va au parquet demander que des poursuites soient lancées contre ce criminel de guerre. Il apporte des preuves, mais cela n’intéresse personne. Le temps est au pardon. A l’oubli...

 

Petit procureur obstiné

Seul Johann Radmann (Alexander Fehling), jeune procureur à peine sorti de l’école, cantonné aux infractions routières, est interpellé. D’une rigueur absolue, il considère que tout meurtrier doit être poursuivi. Même s’il a commis ses meurtres en tant que soldat obligé d’obéir aux ordres de ses supérieurs. Il va tenter de retrouver le maximum de ces tortionnaires en recueillant le témoignage des rescapés. Mais le chemin est long, semé d’embûches, tel un véritable labyrinthe où il est vite fait de se perdre.

Basé sur une histoire vraie, ce film de Giulio Ricciarelli bénéficie d’une distribution de grande qualité. Alexander Fehling dans le rôle du petit juge entièrement dévoué à son métier rend parfaitement l’évolution de ce jeune homme, ce « blanc-bec » pour certains anciens déportés, qui va épouser cette cause après avoir pris conscience des horreurs d’Auschwitz. Une scène explique tout. Le journaliste Gnielka apostrophe Johann au début de l’enquête en lui demandant s’il sait ce qu’il s’est réellement passé en Pologne dans ce sinistre camp. Le procureur n’en a qu’une vague idée. Et c’est le cas de tous les jeunes gens qui l’entourent.

Ce devoir de mémoire, des Allemands envers les victimes de leurs parents, a sans doute permis que ces milliers d’histoires dramatiques ne disparaissent pas les limbes de la réécriture de l’histoire officielle. Et toute la force du film est de parler de déportation sans montrer la moindre image dure, insoutenable. Au contraire, rescapés et bourreaux se ressemblent étrangement une fois la paix retrouvée, comme s’il était facile d’endosser un costume d’homme respectable après avoir commis les pires ignominies. C’est aussi cette leçon que l’on retiendra de ce très édifiant « Labyrinthe du silence ».

19/05/2014

Livre : Bouleversant témoignage de « L'enfant de Schindler » chez PKJ

Mort l'an dernier, Leon Leyson, avant de s'éteindre, a tenu à témoigner de son enfance de jeune Juif sauvé par la fameuse Liste de Schindler.

 

nazis, shoah, schindler, rescapé, pkj, pocket jeunesseAu début du mois, la France a célébré la capitulation de l'Allemagne nazie. Si depuis les deux pays sont réconciliés, cela n'empêche pas de se remémorer les horreurs commises par Hitler et ses sbires. Un bouleversant témoignage vient d'être publié aux éditions PKJ. Leon Leyson raconte comment il est devenu « L'enfant de Schindler ».

Cet Juif polonais, en 1943, était le plus jeune nom de la fameuse liste devenue célèbre après le film de Steven Spielberg. Son témoignage poignant permet de mieux comprendre dans quelles conditions les Nazis ont persécuté la communauté juive. L'action se déroule à Cracovie en Pologne. Léon, gamin insouciant, vit heureux auprès de son père, employé dans une entreprise locale. Quand les Allemands envahissent le pays et s'approprient l'industrie, Moshe Leyson change de patron. Il dépend désormais d'un certain Schindler.

 

Ghetto de Cracovie

Rapidement les Juifs sont parqués dans un ghetto, les premières rafles ont lieu. « Les parents ne pouvaient plus rassurer leurs enfants avec des mots comme "ce sera bientôt fini". A présent ils disaient "ça pourrait être pire" »... Leon raconte ces années d'insouciance avec une étonnante fraîcheur. Comme si ces jeux de gamins, encore épargnés par la folie des hommes étaient plus importants que les scènes d'horreur à venir. Car ensuite c'est le transfert dans le camp de travail de Plaszow : « Ma première impression, celle de me trouver en enfer sur terre, n'a jamais changé ». Sa description de la vie (survie exactement) dans ce camp est hallucinante. Encore plus quand on réalise que ces brimades quotidiennes sont vécues par un gamin de 12 ans.

« Les nazis avaient profané et détruit deux cimetières juifs pour construire le camps. Un lieu vide, lugubre et chaotique. Des cailloux, de la poussière, des fils barbelés, des chiens féroces, des gardes menaçants et des hectares de baraques miteuses alignées à l'infini. Des centaines de prisonniers en haillons couraient d'un détachement de travail à l'autre, menacés par des gardes allemands et ukrainiens à la gâchette facile. » Seul, Leon devra y rester de longs mois avant de retrouver ses parents et finalement échapper à la mort grâce à la fameuse liste écrite par Schindler. Il a terminé ses jours en Californie, rare rescapé de l'enfer de Plaszow.

Alors pour ne jamais oublier, lisez et faites lire à vos enfants ce récit paru récemment en librairie.

 

« L'enfant de Schindler » de Leon Leyson, PKJ, 15,90 €

 

 

 

17/09/2013

BD : l'île cauchemar du "Meilleur job du monde" de Bec et Fonteriz

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Tout avait débuté comme dans un rêve merveilleux. Doug, jeune trader londonien, est sélectionné pour occuper le meilleur job du monde : garder durant six mois une villa luxueuse sur une île tropicale au large de l'Australie. Le premier tome racontait son arrivée sur l'île et ses premiers émois. Il découvre une vieille K7 vidéo et une pièce secrète. Dans cette villa, il y a quelques années, un ancien nazi a mené des expériences abominables sur des femmes. Le second tome va crescendo dans l'angoisse. Terminée l'image paradisiaque des cocotiers et du sable blanc. La nuit, des fantômes tentent de pénétrer dans la villa et Doug a de plus en plus l'impression d'être observé. Il va même tenter de quitter l'île. En vain. Christophe Bec, scénariste prolifique en cette rentrée 2013, n'a pas son pareil pour planter une ambiance de peur. Fonteriz, dessinateur espagnol, assure, par un trait réaliste solide et efficace, la seconde couche de cette histoire à ne pas lire le soir en s'endormant sous peine de sommeil agité.

 

« Le meilleur job du monde » (tome 2), Soleil, 13,95 €


20/06/2013

BD : Nazis mystiques

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Il y a du Indiana Jones dans cette série. Le héros, Arno Ixks est archéologue. Il est obligé de travailler pour les SS à la recherche d'une preuve de la supériorité de la race Aryenne. Arno a déjà rencontré Hitler. Il y a très longtemps. Durant la première guerre mondiale, dans les tranchées. Il a sauvé le futur dictateur allemand. Aujourd'hui il regrette. Le savant est chargé de récupérer des objets et de les amener au Tibet. Un sabre de sarrasin, un astrolabe... Il est aidé (et surveillé) par Palden, une ravissante tueuse à la solde des nazis. Le second tome de l'histoire (scénario de Cothias et Ordas, dessins de Zanat) se consacre sur cette amazone des temps nouveaux. Elle a des dons exceptionnels. Petite fille abandonnée devant un temple au Tibet, elle a été enlevée par les nazis à l'âge de 8 ans et est formée au combat. Mais elle manie aussi l'hypnose et le fouet... Le dessin très réaliste et charbonneux de Zanat renforce le côté fantastique de la BD prévue en trois tomes.

 

« L'œil des dobermans » (tome 2), Bamboo Grand Angle, 13,90 €

27/08/2012

Lady Spitfire : la fille de l'air

 

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La guerre est une affaire d'hommes. Pas sûr en lisant cette BD écrite par Latour et dessinée par Maza. L'héroïne, Laure Chevalier, est une passionnée d'aviation. En 1940, avec son père un ancien as de la 1ere guerre mondiale, elle rejoint l'Angleterre pour échapper aux hordes nazies en train de déferler sur la France. Elle se retrouvera orpheline, avec une farouche volonté de se venger et de voler. Cantonnée au début dans les transports de troupes en dehors des zones de combat, Laure devra se faire passer pour un garçon afin d'intégrer une escadre de chasseurs. Avec la complicité d'un chef excentrique, elle prendra enfin les commandes d'un Spitfire et pourra démontrer sa virtuosité dans le combat aérien. Cette reconstitution romancée de la guerre côté anglais bénéficie de dessins réalistes dignes des plus grandes séries du genre, de Buck Danny aux Chevaliers du Ciel.

 

« Lady Spitfire » (tome 1), Delcourt, 14,30 €