29/12/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Endirait un mot

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J'ai beau jouer au mec qui aime les films, les trucs et les modes de jeunes, je n'en reste pas moins un vieux con. Dépassé, périmé, obsolète. Mon demi-siècle passé à ramer sur cette planète m'épuise, me brouille l'esprit.

Parfois j'ai l'impression d'être comme Mitterrand quand il a sorti le célibrissime « bléca » à Mourousi pour faire encore mieux que « chébran »... Sur Twitter je tombe de plus en plus sur des messages totalement incompréhensibles pour la vieille branche que je suis devenue. Me reviennent en mémoire les courriers de quelques lecteurs se plaignant de ma propension à parler de « bluetooth » alors qu'ils ne savent pas de quoi je peux bien causer.

Je me sens aussi démuni qu'eux en tentant de découvrir la signification du verbe « endirer » qui revient avec insistance dans les messages des utilisateurs de moins de 20 ans. Mais que veut dire une certaine Nadeege quand elle publie « Je vient de me réveille, j'ai les yeux shouter endirait une bourrée » ? Ou quand Safinou explique « Chu poser par terre dans la cuisine à Oumy endirait chu une vagabon » ?

 

Perplexe, je cherche la signification d'endirer dans le dictionnaire. Rien... Sur le net par contre, je découvre comment le conjuguer (nous endirerons au futur simple). Mais une note précise que de « ce verbe peut ne pas exister. » Et finalement l'illumination me vient. Il suffit de lire les messages à voix haute pour comprendre que « endirait » n'est que la déformation de « on dirait ». Nino Ferrer et son « Endirait le Sud » doit se retourner dans sa tombe.

 

01/04/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : SMS et orthographe

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Halte aux idées reçues. Le langage SMS ne nuit pas à l'orthographe des jeunes. Au contraire, affirment des chercheurs français en conclusion d'une étude récente menée sur 4524 SMS rédigés par 19 jeunes âgés de 12 ans, qui n'avaient jamais possédé ou utilisé de téléphone mobile avant le début de l'expérimentation.

En réalité, le nombre de fautes dans les SMS est directement proportionnel au niveau en orthographe. Ceux qui utilisent le plus de « textismes » (ces abréviations phonétiques très pratiques pour raccourcir les messages) sont plutôt ceux qui possèdent un bon bagage. Et les chercheurs d'expliquer que les SMS, au lieu de représenter une menace sur le résultat des jeunes Français, constituent une « occasion nouvelle et supplémentaire de pratiquer l'écrit. » Et carrément de suggérer que les SMS soient « utilisés comme support d'apprentissages scolaires ».

Pourquoi pas ? Soyons modernes que diable ! Les professeurs, au lieu de déchiffrer des manuscrits raturés et tachés, rendus en retard pour cause de tendinite du poignet, recevront les devoirs directement sur leur smartphone, parfaitement lisibles. Terminés les longueurs et hors sujet, au risque d'exploser les forfaits. Certes il conviendra de former les enseignants les plus rétifs à ces nouveaux codes.

Mais si les profs savent traduire « outil scripteur » en stylo, « référentiel bondissant » en ballon ou « apprenant » en élève (exemples les plus frappants du jargon technocratique de l'Éducation nationale), le langage SMS, à côté, c'est vraiment trop simple.

Chronique "De choses et d'autres" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant. 

27/12/2013

DE CHOSES ET D'AUTRES : Ô, temps, Au temps, Autant... pour moi

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Le site parodique « Le Gorafi » regorge d'informations loufoques mais totalement crédibles. En lisant l'article sur la polémique autour de l'orthographe de l'expression « Au temps pour moi/Autant pour moi », non seulement je ris, mais il me remet en mémoire une violente algarade familiale.

Selon un sondage (totalement bidon), « au travail, les Français perdent entre 2 heures et demie et 3 heures à se chamailler pour savoir qui a raison sur l'orthographe de l'expression autant pour moi/au temps pour moi. »

Il y a quelques mois, mon épouse, fine lettrée et respectueuse des directives de l'Académie française, dans une lettre à ses parents, ponctue une de ses phrases par « Au temps pour moi. » Courroux de sa mère au téléphone : « Il faut écrire autant pour moi. Ton professeur de français a dû se retourner dans sa tombe ! » Sûre de son fait, ma tendre et chère, vigilante relectrice de ces chroniques avant parution, explique les origines militaires et musicales de l'expression et n'en démord pas.

L'altercation s'envenime et frôle le « Defcon 2 » (soit à dix secondes du déclenchement du feu nucléaire). La fin des hostilités intervient quand mon épouse, magnanime, admet que les deux orthographes sont autorisées.

La suite de la conversation, plus consensuelle, se contente de la météo. « Quel temps fait-il au bord de la Méditerranée ? » demande ma belle-mère. Et c'est reparti : Le Gorafi termine son article en soulignant que « la majorité des Français dépenseraient un autre quart de leur durée de présence au travail à rechercher sur Internet l'orthographe de Méditerranée ».

Chronique "De choses et d'autres" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant.