07/04/2017

BD : Beauté hypnotique

 


A Paris en 1918, Camille élève seule sa fille, tuberculeuse. Le père n’est pas rentré de la guerre. Il n’est pas mort au combat. Fusillé pour insubordination. Pas de pension pour la veuve. Quand elle perd son emploi d’ouvrière, elle n’a plus le choix. Pour payer un séjour dans un sanatorium, elle décide d’utiliser ses dons d’hypnotiseuse pour détrousser un bourgeois. Arrêtée par la police, elle finit dans un asile d’aliéné et en voulant sauver une femme meurtrie par la perte de son enfant, elle intègre un groupe d’anarchistes en passe de commettre un attentat contre Clemenceau. La petite histoire des gens normaux rejoint la Grande histoire des célébrités dans cette série écrite par Galandon et dessinée par un virtuose du pinceau, Attila Futaki, Hongrois ayant déjà collaboré sur de nombreux comics, de Conan à Percy Jackson.
➤ « Hypnos », Le Lombard, 13,99 € 


07/03/2017

De choses et d'autres : Peinture politique


L’affaire prête à rire tant elle est anecdotique face aux véritables scandales de cette campagne présidentielle. Pourtant elle est symptomatique d’une certaine ambiance, d’un bruit de fond lancinant sur une défiance généralisée envers les politiques, tous les politiques.
A Paris, dans le 8e arrondissement, la mairie organise dans ses locaux un salon des artistes. Parmi les nombreuses toiles présentées, un portrait signé Marie Dague. Celui d’un jeune homme de face, petite mèche, yeux bleus et nez aquilin. Plusieurs visiteurs reconnaissent Emmanuel Macron, le candidat d’En Marche ! L’artiste proteste. Ce visage est issu de son imagination. Il y a certes un petit air de ressemblance mais rien de flagrant. Cela devient plus croquignolesque quand une adjointe à la maire Les Républicains décide de faire du zèle et ordonne qu’on retire le tableau des cimaises, comme s’il s’agissait d’un vulgaire affichage sauvage ou de pub subliminale. Les antagonismes sont tels en ce moment que même un portrait présentant un vague air de déjà-vu avec un candidat (pas de son camp, cela va de soi), pousse de zélés censeurs à s’arroger le droit de décrocher, ne pas montrer, de cacher, une œuvre d’art. 
Oui on en est là... aujourd’hui, en 2017 en France. Et il reste encore sept semaines de campagne avant le premier tour. 50 jours de coups fourrés, peaux de bananes et autres boules puantes certainement conservées en réserve par certains. Sans compter les bourdes et dérapages des candidats eux-mêmes. 

07/01/2017

De choses et d'autres : Terreur urbaine

rats, paris, extermination, peur, phobieLes images font peur. J’imagine l’effroi de ceux qui se retrouvent véritablement devant de telles scènes. Certains parcs et jardins de la ville de Paris sont littéralement envahis par les rats. Des dizaines de rongeurs, aux longues queues si repoussantes, se promènent en toute impunité à quelques mètres d’enfants jouant au ballon ou de personnes âgées qui prennent un bain de soleil sur un des bancs mis à leur disposition dans ces havres de verdure. Le rat a mauvaise presse. Depuis la nuit des temps. Tant qu’il reste dans les égouts, loin de notre champ de vision, pas de problème. Mais s’il s’enhardit au point d’aller voir ce qu’il y a dans votre panier de pique-nique, cela s’apparente à une scène de film d’horreur. Depuis les premières épidémies de peste, ces animaux effraient. A juste titre car ils transportent quantité de maladies.

Et ce n’est pas en vous mordant (tous mes poils se hérissent en écrivant cette phrase) qu’ils sont les plus dangereux. Le vrai fléau reste leur urine qu’ils ont la fâcheuse tendance à répandre un peu partout pour marquer leur territoire. Ce nouveau mode de vie des rats, au grand air, est donc un réel danger sanitaire. Pour les enfants notamment. Conséquence les parcs sont fermés et les rats exterminés. Comme pour les huîtres (lire cette même chronique hier), il n’y a pas une seule association de protection des animaux qui s’insurge. Comme quoi l’empathie a aussi ses limites et un bon rat sera toujours soit invisible, soit mort. 

04/10/2016

Rentrée littéraire : Envoûtante histoire d'amour sous la plume de Serge Joncour

À Paris, l'amour peut frapper partout, à tout moment. Dans 'Repose-toi sur moi' Serge Joncour raconte l'histoire de Ludovic et Aurore.

Provincial, ancien joueur de rugby, Ludovic en impose. Racée et raffinée, Aurore est une créatrice qui a réussi. Ils vivent à Paris. A la même adresse. Un immeuble symbole de cette différence de milieu qui normalement devrait inexorablement les éloigner l'un de l'autre. Aurore, mariée, mère de deux adorables enfants, a emménagé dans un immense appartement rénové avec vue sur la cour arborée. Un luxe dans la capitale. Ludovic occupe un studio dans le bâtiment du fond, vétuste, mal isolé. Lui aussi a vue sur la cour, les arbres et l'appartement d'Aurore. Serge Joncour, avec une patience infinie, plante le décor et modèle le caractère de ses deux personnages principaux. Il y en a pour tous les goûts. Aurore, créatrice d'une ligne de vêtements, est une de ces executive woman symbole de la réussite de la France. Mariée à un Américain gravitant dans la finance, elle devrait être pleinement épanouie. Mais sa société, après de belles années prospères, rencontre quelques difficultés. Son associé et ami semble jouer un double jeu. Cela la tracasse au plus haut point. Et surtout, le soir, quand elle rentre chez elle, deux corbeaux la narguent. Ils ont pris possession de la cour et des arbres, chassant les gentilles tourterelles. Ludovic la voit paniquer dans le noir.

Aide mutuelle

La peur, Ludovic connaît. Ce trentenaire, originaire des Pyrénées, a laissé la ferme de ses parents à sa jeune sœur pour tenter sa chance à Paris. Pas par ambition. Juste pour oublier sa femme, son seul amour, emportée par un cancer. Sa carrure, sa sérénité et son calme lui permettent de faire un métier difficile. Il est chargé d'aller réclamer une ultime fois, avant poursuites judiciaires, des dettes auprès de débiteurs indélicats. Entre compassion et intimidation, il utilise toute son énergie. Le soir, il tente de tout oublier dans ce studio impersonnel. Et remarque Aurore. Pour elle, pour cette femme qu'il voit vivre dans son grand appartement, il va tuer les deux corbeaux. Et lui offrir une plume des victimes. Choc de culture, de civilisations, de sensibilités dans cette histoire d'amour peu banale. Un romancier quelconque aurait transformé cette idylle en un roman sirupeux, profitant des passages au "pays" pour décrire cette campagne si belle et des scènes susceptibles d'être racontées avec luxe de détails comme la beauté des tissus chamarrés.... Mais Serge Joncour aime le réalisme. L'exploitation agricole est en pleine mutation, les pesticides tuent toute vie. L'entreprise d'Aurore est un nid de crabes, la patronne doit sans cesse se battre contre ses fournisseurs, français et asiatiques. En les faisant s'aimer, l'auteur transpose un peu de leur monde dans celui de l'autre. Ils peuvent ainsi s'aider et dire à tour de rôle cette phrase qui résume le roman et toute vie à deux épanouie : "Repose-toi sur moi".

"Repose-toi sur moi" de Serge Joncour, Flammarion, 21 €

 

DE CHOSES ET D'AUTRES : Kim, une dernière couche

kim kardashian, bijoux, bague, vol, braquage, paris

 Vous en avez avalé toute la journée d'hier à la radio puis à la télévision, et ce matin dans les pages "Société" de l'Indépendant. Pour une fois, je suis bien content d'être placé en dernière page du journal pour vous causer une ultime fois de Kim Kardashian et de son magot. La "star" américaine s'est donc fait braquer en pleine nuit à Paris. Envolés les bijoux. On ne devrait pas en rire, mais pour une fois qu'il arrive quelque chose de non scénarisé à l'avance à cette experte en médiatisation, elle devrait être contente. Toute la popularité de la famille Kardashian tient à cette propension à interpréter des rôles, supposés réels, mais qui en vérité sont des compositions. Un petit talent d'actrice pour Kim, quelques implants, des poses osées et des robes carrément indécentes suffisent à la transformer en bête de foire planétaire. Avec ses 84 millions d'abonnés à Instagram, 48 à Twitter et 29 à Facebook, elle s'est transformée en gondole publicitaire. Elle monnaye son image avec une rare efficacité. Ce qui a peut-être tenté les voleurs. Quelle idée de poser si fièrement avec sa bague de 4 millions au doigt ? Une fois sur place, les braqueurs ne se sont pas demandés longtemps ce qu'ils devaient emporter.

Ils ont également dérobé deux téléphones portables à la pauvre Kim. J'imagine tous les trésors enfermés dans les entrailles numériques des appareils. Selfies, numéros privés, conversations enregistrées, petites vidéos... Certes, on pourrait apparenter leur avidité à du recel, mais les rédactions des journaux people du monde entier sont déjà sur les dents.

23/09/2016

BD : Dans les rues malfamées de Paris avec "L'apache et la cocotte"

 

glénat,apache,cocotte,betbeder,duphot,paris

Au début du XXe siècle, « monter » à Paris était souvent la seule solution aux jeunes des campagnes françaises. Ange, Auvergnat bon teint, accumule les bêtises dans la ferme familiale. Obligé de quitter le pays, il monte à Paris se mettre sous l'aile d'un oncle, bougnat. Le gamin va découvrir un monde différent, avec ses codes, sa violence et ses interdits. D'entrée il tente d'intervenir dans une dispute dans la rue. Cléo, jeune prostituée, se fait houspiller par son souteneur. Il en sera quitte pour une bonne dérouillée. Stéphane Betbeder, dans cette scène clé, se fait rencontrer pour la première fois ses deux personnages principaux qui donnent son nom à la série « L'apache et la cocotte ». Ils se retrouveront, s'aimeront mais ne trouveront jamais la paix et le bonheur. Ange se transforme en petit truand, Cléo en favorite d'une courtisane de luxe, maladivement jalouse. Une plongée dans le passé parisien dessiné par Hervé Duphot.

«L'apache et la cocotte» (tome 1), Glénat, 14,50 €

 

 

20/06/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Paris est définitivement trop loin de la province

paris,amazon,scooter,vélibIl se passe beaucoup de choses à Paris. Un Parisien reste un urbain comme un autre qui a cependant droit à beaucoup plus d'égards que les simples provinciaux. Paris, ville culture, ses centaines de librairies. Toutes les nouveautés sont disponibles, ce qui n'est pas le cas par chez nous où certains livres trop "pointus" ne franchissent pas le périphérique.

Pourquoi alors proposer à Paris le service de livraison Amazon en une heure ? Le Parisien est-il si fainéant pour ne plus se déplacer ? Car le géant de la distribution en ligne, en plus des bouquins, propose de l'alimentaire et du frais. Bref, avec un peu de wifi et un compte en banque bien approvisionné, on peut rester cloîtré chez soi sans manquer de quoi que ce soit. D'un autre côté, si les Parisiens ne sortent plus, la ville n'en sera que plus agréable pour les touristes.

Toujours à Paris, un nouveau moyen de locomotion va tenter de s'imposer : le scooter électrique en libre-service. Comme les Vélib, sans l'exercice physique. Idéal pour les dépressifs suicidaires prêts à affronter les hordes de 4 x 4 composant l'essentiel du trafic. Le scooter à Paris, en été ça passe. Mais cet hiver, qui osera monter sur des engins ouverts à la pluie et au froid.

Avec un peu de chance, quand ils seront délaissés par les Parisiens, ces engins seront rapatriés chez nous, dans ces villes du Sud qui bénéficient de 300 jours d'ensoleillement par an. Car nous, on n'habite pas à la capitale, mais on est bronzé toute l'année et naturellement.

07:12 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, amazon, scooter, vélib

19/06/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : De mères à maires

rome, paris, maire, hidalgo, raggiMême si, au final, le règne du mâle est loin d'être terminé, dans le symbole, les mentalités changent. En Europe, pour être maire d'une grande ville, mieux vaut depuis quelques années être également mère de famille. Après Paris et Anne Hidalgo, d'autres grandes capitales sont tombées dans l'escarcelle des femmes. Madrid et Barcelone ont profité de la vague Podemos pour renouveler le personnel politique et le genre dominant.

Ce week-end c'est en Italie que les femmes ont pris le pouvoir. Virginia Raggi pour le mouvement populiste "cinq étoiles" se retrouve à la tête de Rome. Juste retour des choses quand on sait que la ville est née, selon la légende, grâce à Romulus et Remus, sauvés par une louve. Et Virginia Raggi a tout de la louve. Aimante avec ses enfants, sans doute, elle peut mordre aussi. Jeune avocate, brillante et au charme certain, elle risque de marquer la ville éternelle de son empreinte. Un renouvellement complet des pratiques très machos de la classe politique italienne. Il suffit de se souvenir sur quels critères Berlusconi choisissait ses ministres femmes pour comprendre l'évolution des mentalités. Des mensurations parfaites valaient plus qu'une ou un CV prestigieux.

Plus près de nous, Carole Delga dirige la région. Seul membre du gouvernement originaire de l'Aude et des P.-O. la ministre Ségolène Neuville. Reste le titre suprême, la présidence de la République. Mais là, vu les candidats aux différentes primaires, inutile de rêver à une présidente en 2017.

07:05 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rome, paris, maire, hidalgo, raggi

20/02/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Paradoxe parisien

A chacune de mes courtes escapades à Paris, je sacrifie au rituel du café en terrasse. Le plaisir de siroter un "petit noir" en observant cette faune incroyable de la capitale pour le provincial que je resterai toujours.

D'ordinaire, il faut jouer des coudes pour trouver une place. Le froid combiné au souvenir encore présent du 13 novembre semblent avoir rebattu les cartes. Par contre, ce qui n'a pas changé c'est le prix prohibitif de ces quelques centilitres de nectar odorant. Entre trois et quatre euros, le "kawa" devient un véritable luxe.

Comme de bien entendu, j'en profite pour en griller une sous les convecteurs à gaz tournant à plein régime. Je demande un cendrier à la serveuse. "Désolée, la mairie de Paris nous a interdit les cendriers. Il paraît qu'ils peuvent se transformer en projectile en cas de bagarre." Face à mon air interloqué elle continue "Jetez votre mégot par terre, je passerai le balai... »

Paris sera toujours aussi paradoxal. Si un cendrier peut se transformer en arme, alors pourquoi continuer à servir des bières pression dans des chopes encore plus "contondantes" qu'un petit cendrier si elles sont lancées avec détermination et dextérité. Cette décision ne serait-elle pas plutôt destinée à ostraciser encore plus les fumeurs ? Car la municipalité a également décidé de verbaliser les jets de mégots sur la voie publique. 68 euros le PV. Mais en l'absence de cendriers, que faire du reste de sa cigarette ? Suggestion : que chaque paquet "neutre" soit équipé d'un cendrier portatif.

Cinéma : Faire son deuil avec lenteur dans « Ce sentiment de l’été »

 

sentiment,été,hers,berlin,paris

Un beau matin d'été. Un jeune couple se réveille. La femme se lève. L'homme se rendort. Sasha part travailler. Lawrence (Anders Danielsen Lie, photo) reste au lit. Ils vivent à Berlin. Elle traverse une partie de la ville, va à son atelier et une fois son labeur terminé, rentre chez elle. En chemin, au milieu d'une pelouse, elle s'écroule. Cinq jours plus tard, Sasha est morte. Lawrence débute son long travail de deuil.

Film sur la mort, le chagrin et la renaissance, « Ce sentiment de l'été » de Mikhaël Hers impose rapidement son rythme, ses silences, son image. Voyage introspectif dans l'âme des survivants, il décortique ce sentiment d'absence quand un être cher part. Car Sasha est morte à 30 ans. Sans avoir réalisé ce qu'elle rêvait, seule et avec l'homme qu'elle aimait. Un amour réciproque. Lawrence est comme perdu, absent, comme abandonné. Heureusement les parents de Sasha prennent la paperasse administrative en main. Aux obsèques, une simple soirée à discuter de la morte, il y a aussi Zoé (Judith Chemla), la jeune sœur de Sasha. Elle lui ressemble énormément. Trop pour Lawrence qui ne peut s'empêcher de la revoir sous ses traits. Une année plus tard, on retrouve Zoé à Paris. Elle vit désormais seule, élevant tant bien que vaille son fils. Lawrence vient passer quelques jours, il se rapproche de Zoé avec pour seul sujet de conversation Sasha. L'un comme l'autre vivent encore dans le souvenir de la morte. La troisième partie se déroule à New York. Lawrence, Américain, est revenu chez lui. Il aide sa soeur dans un magasin d'antiquités. Il commence à sortir la tête de l'eau. Toujours en plein été, Zoé arrive. Ils vont encore mieux apprendre à se connaître et s'entraider pour définitivement tourner la page. Ce film, d'une grande tendresse, loin d'être triste, est en réalité une ode à la vie. La mort a touché Lawrence et Zoé. Mais ne les a pas coulés. Il faut du temps pour colmater les brèches. Une fois les peines du cœur réparées, la navigation peut reprendre.

 

 

11:12 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sentiment, été, hers, berlin, paris