12/06/2017

De choses et d'autres : Merci, vous êtes "à vomir"

La défaite est parfois difficile à avaler. Dans le cas d’Henri Guaino, elle provoque de sérieux problèmes gastriques.

Pour preuve, dimanche soir, en direct sur un plateau télé pour commenter les résultats des législatives et de sa sévère défaite (4,5 % dans la 2e circonscription de Paris) il a cette saillie définitive : « L’électorat qui a voté est, à mes yeux, à vomir. »
Pas très sympa pour les forces vives de la démocratie. Certes, ne se sont déplacés, selon Henri Guaino, que les « bobos d’un côté qui sont dans l’entresoi » et « la bourgeoisie traditionnelle de droite qui va à la messe, envoie ses enfants au catéchisme » et vote pour un type qui « a triché par tous les moyens ».

  • Il se retire de la vie politique

Les électeurs « à vomir » ne le regretteront pas. A l’opposé, il y a les perdants qui ont compris que ce sont les choses de la vie. Parfois ça passe, d’autres ça casse. Prenez Élisabeth Guigou. Ancienne ministre, cadre du Parti socialiste, elle est éliminée dès le premier tour ?
Mais ce n’est pas une raison pour elle de fustiger les électeurs. Au contraire, elle constate tout simplement qu’une « page se tourne ». « Merci à tous les militants, électeurs et amis. Une page se tourne. Je suis fière de tout ce que nous avons accompli ensemble », a-t-elle tweeté.
Encore plus classe, Benoît Hamon. Déjà sèchement battu à la présidentielle, vilipendé part son propre camp, il n’a pas hésité à se lancer dans une nouvelle campagne éprouvante. Député sortant, élu local, il connaît bien sa circonscription. Mais cela n’a pas suffi. Les a-t-il vomis comme Henri Guaino ? Non il a tweeté « Ce fut un honneur de les représenter » pendant cinq ans. Contrairement à Guaino, il est jeune. On le retrouvera dans cinq ou dix ans.


(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 12 juin 2017)

09/05/2017

BD : Pigalle, sa nuit et ses cadavres

 


Nostalgie quand tu nous tiens. Noël Simsolo ne cache pas son amour du cinéma noir des années 50. Dominique Hé, lui, est un adepte de la ligne claire. Ensemble ils ont déjà signé une série se déroulant à Hollywood au milieu du XXe siècle. Ils récidivent avec « Les miroirs du crime », mais en version française puisque l’essentiel de l’intrigue se déroule dans les cabarets de Pigalle. Guy Natale, patron de « La Perle Noire », flirte avec le monde du crime tout en conservant une relative honnêteté. En clair, il refuse de prostituer ses danseuses et de vendre de la drogue. Une intégrité qui n’est pas du goût des nouveaux caïds du quartier. Il échappe à un guet-apens, sauvé par un clochard. Guy prend soin de son « ange gardien » et va devoir mener une lutte sans merci contre des tueurs sans foi ni loi. Difficile combat dans lequel il recevra l’aide d’un policier cachant son jeu. Il mène une vendetta contre le chef de gang qui en veut à Natale. Ambiance film noir dans cette BD prévue en deux parties. On croise d’ailleurs le cinéaste JeanPierre Melville dans un cabaret et même Léo Malet, en plein repérage pour son nouveau roman policier qui verra l’éclosion d’un célèbre détective privé français. Nostalgie...
➤ « Les miroirs du crime » (tome 1), Glénat, 13,90 €

26/04/2017

Cinéma : Musique contre horreurs nazies dans le film "Django"

DJANGO. Musique tzigane et jazz manouche face à la persécution par les nazis. 


L a salle est guindée. Sérieuse. Dans le parterre, des civils français. Aux balcons les officiers allemands. Tous attendent la prestation de Django Reinhardt et sa formation le Hot Club de France. Nous sommes à Paris en 1943. La France est occupée par l’armée allemande. Elle règne en maître sur la capitale. Les rafles ont débuté. Juifs, homosexuels, militants politiques et gitans sont les premiers visés. Django, manouche d’origine belge, est un musicien reconnu. Il déplace les foules. Encore plus depuis que les interprètes américains ont quitté l’Europe en guerre.


Dans ce monde de violence, sa musique est une formidable échappatoire pour ceux qui le peuvent. Lui est en dehors de tout. Seules comptent sa guitare, sa musique, sa femme Naguine (Beata Palya) et sa mère Negros (Bimbam Merstein). Sur scène, il se transforme, fait swinguer sa guitare, entraîne le public dans des rythmes inconnus. Et malgré la tristesse d’un pays à terre, un petit espoir renaît, quelques notes de musiques envoûtantes pour faire oublier le quotidien composé de bombardement, de rafles et de rationnement. Résultat le public se lève, se trémousse, danse...
Le film d’Etienne Comar, jusqu’à présent scénariste, montre comment on peut accepter quelques minutes d’insouciance dans un long cauchemar grâce à la beauté de la musique. Mais la réalité rattrape tout le monde. Même Django, persuadé pourtant de pouvoir échapper à tout en raison de son talent. Quand les autorités allemandes dé- cident qu’il doit se produire à Berlin, devant les troupes pour remonter le moral des soldats du front de l’est, des amis lui conseillent de ne pas s’y rendre. Au motif qu’il risque ne plus jamais revenir.
■ Fuite vers la Suisse
Ce refus est le début de ses ennuis. La gestapo découvre tout à coup qu’il est gitan. Une « sous-race » selon la terminologie aryenne. Ne se sentant plus en sécurité, il profite des réseaux de sa maîtresse Louise de Clerk (Cécile de France) pour tenter de rejoindre la Suisse. Avec femme et mère, il se rend incognito à Thonon-les-Bains et attend dans une grande villa puis dans la roulotte de « frères » manouches, le signal de la résistance.
Ce biopic, fortement romancé, n’est pas un résumé savant de la vie de ce musicien d’exception. Seulement une petite partie de sa vie, au moment où il comprend que même avec des doigts de fée courant sur le manche d’une guitare et une parfaite maîtrise du rythme, un gitan reste un gitan pour les Allemands racistes. Aveugle face à cette réalité, il va la deviner petit à petit durant sa cavale pour finalement la subir de plein fouet, obligé de fuir en plein hiver à travers les montages pour sauver la vie de sa famille.
Porté par Reda Kateb, le film, en plus d’une impression de vérité absolue, est parsemé de morceaux de musique qui le transforment parfois en superbe concert filmé. Et comme à l’époque, les rythmes jazz et manouche mélangés donnent une furieuse envie de taper du pied en mesure pour les discrets, de se lever de son siège et de danser pour les plus audacieux.

07/04/2017

BD : Beauté hypnotique

 


A Paris en 1918, Camille élève seule sa fille, tuberculeuse. Le père n’est pas rentré de la guerre. Il n’est pas mort au combat. Fusillé pour insubordination. Pas de pension pour la veuve. Quand elle perd son emploi d’ouvrière, elle n’a plus le choix. Pour payer un séjour dans un sanatorium, elle décide d’utiliser ses dons d’hypnotiseuse pour détrousser un bourgeois. Arrêtée par la police, elle finit dans un asile d’aliéné et en voulant sauver une femme meurtrie par la perte de son enfant, elle intègre un groupe d’anarchistes en passe de commettre un attentat contre Clemenceau. La petite histoire des gens normaux rejoint la Grande histoire des célébrités dans cette série écrite par Galandon et dessinée par un virtuose du pinceau, Attila Futaki, Hongrois ayant déjà collaboré sur de nombreux comics, de Conan à Percy Jackson.
➤ « Hypnos », Le Lombard, 13,99 € 


07/03/2017

De choses et d'autres : Peinture politique


L’affaire prête à rire tant elle est anecdotique face aux véritables scandales de cette campagne présidentielle. Pourtant elle est symptomatique d’une certaine ambiance, d’un bruit de fond lancinant sur une défiance généralisée envers les politiques, tous les politiques.
A Paris, dans le 8e arrondissement, la mairie organise dans ses locaux un salon des artistes. Parmi les nombreuses toiles présentées, un portrait signé Marie Dague. Celui d’un jeune homme de face, petite mèche, yeux bleus et nez aquilin. Plusieurs visiteurs reconnaissent Emmanuel Macron, le candidat d’En Marche ! L’artiste proteste. Ce visage est issu de son imagination. Il y a certes un petit air de ressemblance mais rien de flagrant. Cela devient plus croquignolesque quand une adjointe à la maire Les Républicains décide de faire du zèle et ordonne qu’on retire le tableau des cimaises, comme s’il s’agissait d’un vulgaire affichage sauvage ou de pub subliminale. Les antagonismes sont tels en ce moment que même un portrait présentant un vague air de déjà-vu avec un candidat (pas de son camp, cela va de soi), pousse de zélés censeurs à s’arroger le droit de décrocher, ne pas montrer, de cacher, une œuvre d’art. 
Oui on en est là... aujourd’hui, en 2017 en France. Et il reste encore sept semaines de campagne avant le premier tour. 50 jours de coups fourrés, peaux de bananes et autres boules puantes certainement conservées en réserve par certains. Sans compter les bourdes et dérapages des candidats eux-mêmes. 

07/01/2017

De choses et d'autres : Terreur urbaine

rats, paris, extermination, peur, phobieLes images font peur. J’imagine l’effroi de ceux qui se retrouvent véritablement devant de telles scènes. Certains parcs et jardins de la ville de Paris sont littéralement envahis par les rats. Des dizaines de rongeurs, aux longues queues si repoussantes, se promènent en toute impunité à quelques mètres d’enfants jouant au ballon ou de personnes âgées qui prennent un bain de soleil sur un des bancs mis à leur disposition dans ces havres de verdure. Le rat a mauvaise presse. Depuis la nuit des temps. Tant qu’il reste dans les égouts, loin de notre champ de vision, pas de problème. Mais s’il s’enhardit au point d’aller voir ce qu’il y a dans votre panier de pique-nique, cela s’apparente à une scène de film d’horreur. Depuis les premières épidémies de peste, ces animaux effraient. A juste titre car ils transportent quantité de maladies.

Et ce n’est pas en vous mordant (tous mes poils se hérissent en écrivant cette phrase) qu’ils sont les plus dangereux. Le vrai fléau reste leur urine qu’ils ont la fâcheuse tendance à répandre un peu partout pour marquer leur territoire. Ce nouveau mode de vie des rats, au grand air, est donc un réel danger sanitaire. Pour les enfants notamment. Conséquence les parcs sont fermés et les rats exterminés. Comme pour les huîtres (lire cette même chronique hier), il n’y a pas une seule association de protection des animaux qui s’insurge. Comme quoi l’empathie a aussi ses limites et un bon rat sera toujours soit invisible, soit mort. 

04/10/2016

Rentrée littéraire : Envoûtante histoire d'amour sous la plume de Serge Joncour

À Paris, l'amour peut frapper partout, à tout moment. Dans 'Repose-toi sur moi' Serge Joncour raconte l'histoire de Ludovic et Aurore.

Provincial, ancien joueur de rugby, Ludovic en impose. Racée et raffinée, Aurore est une créatrice qui a réussi. Ils vivent à Paris. A la même adresse. Un immeuble symbole de cette différence de milieu qui normalement devrait inexorablement les éloigner l'un de l'autre. Aurore, mariée, mère de deux adorables enfants, a emménagé dans un immense appartement rénové avec vue sur la cour arborée. Un luxe dans la capitale. Ludovic occupe un studio dans le bâtiment du fond, vétuste, mal isolé. Lui aussi a vue sur la cour, les arbres et l'appartement d'Aurore. Serge Joncour, avec une patience infinie, plante le décor et modèle le caractère de ses deux personnages principaux. Il y en a pour tous les goûts. Aurore, créatrice d'une ligne de vêtements, est une de ces executive woman symbole de la réussite de la France. Mariée à un Américain gravitant dans la finance, elle devrait être pleinement épanouie. Mais sa société, après de belles années prospères, rencontre quelques difficultés. Son associé et ami semble jouer un double jeu. Cela la tracasse au plus haut point. Et surtout, le soir, quand elle rentre chez elle, deux corbeaux la narguent. Ils ont pris possession de la cour et des arbres, chassant les gentilles tourterelles. Ludovic la voit paniquer dans le noir.

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La peur, Ludovic connaît. Ce trentenaire, originaire des Pyrénées, a laissé la ferme de ses parents à sa jeune sœur pour tenter sa chance à Paris. Pas par ambition. Juste pour oublier sa femme, son seul amour, emportée par un cancer. Sa carrure, sa sérénité et son calme lui permettent de faire un métier difficile. Il est chargé d'aller réclamer une ultime fois, avant poursuites judiciaires, des dettes auprès de débiteurs indélicats. Entre compassion et intimidation, il utilise toute son énergie. Le soir, il tente de tout oublier dans ce studio impersonnel. Et remarque Aurore. Pour elle, pour cette femme qu'il voit vivre dans son grand appartement, il va tuer les deux corbeaux. Et lui offrir une plume des victimes. Choc de culture, de civilisations, de sensibilités dans cette histoire d'amour peu banale. Un romancier quelconque aurait transformé cette idylle en un roman sirupeux, profitant des passages au "pays" pour décrire cette campagne si belle et des scènes susceptibles d'être racontées avec luxe de détails comme la beauté des tissus chamarrés.... Mais Serge Joncour aime le réalisme. L'exploitation agricole est en pleine mutation, les pesticides tuent toute vie. L'entreprise d'Aurore est un nid de crabes, la patronne doit sans cesse se battre contre ses fournisseurs, français et asiatiques. En les faisant s'aimer, l'auteur transpose un peu de leur monde dans celui de l'autre. Ils peuvent ainsi s'aider et dire à tour de rôle cette phrase qui résume le roman et toute vie à deux épanouie : "Repose-toi sur moi".

"Repose-toi sur moi" de Serge Joncour, Flammarion, 21 €

 

DE CHOSES ET D'AUTRES : Kim, une dernière couche

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 Vous en avez avalé toute la journée d'hier à la radio puis à la télévision, et ce matin dans les pages "Société" de l'Indépendant. Pour une fois, je suis bien content d'être placé en dernière page du journal pour vous causer une ultime fois de Kim Kardashian et de son magot. La "star" américaine s'est donc fait braquer en pleine nuit à Paris. Envolés les bijoux. On ne devrait pas en rire, mais pour une fois qu'il arrive quelque chose de non scénarisé à l'avance à cette experte en médiatisation, elle devrait être contente. Toute la popularité de la famille Kardashian tient à cette propension à interpréter des rôles, supposés réels, mais qui en vérité sont des compositions. Un petit talent d'actrice pour Kim, quelques implants, des poses osées et des robes carrément indécentes suffisent à la transformer en bête de foire planétaire. Avec ses 84 millions d'abonnés à Instagram, 48 à Twitter et 29 à Facebook, elle s'est transformée en gondole publicitaire. Elle monnaye son image avec une rare efficacité. Ce qui a peut-être tenté les voleurs. Quelle idée de poser si fièrement avec sa bague de 4 millions au doigt ? Une fois sur place, les braqueurs ne se sont pas demandés longtemps ce qu'ils devaient emporter.

Ils ont également dérobé deux téléphones portables à la pauvre Kim. J'imagine tous les trésors enfermés dans les entrailles numériques des appareils. Selfies, numéros privés, conversations enregistrées, petites vidéos... Certes, on pourrait apparenter leur avidité à du recel, mais les rédactions des journaux people du monde entier sont déjà sur les dents.

23/09/2016

BD : Dans les rues malfamées de Paris avec "L'apache et la cocotte"

 

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Au début du XXe siècle, « monter » à Paris était souvent la seule solution aux jeunes des campagnes françaises. Ange, Auvergnat bon teint, accumule les bêtises dans la ferme familiale. Obligé de quitter le pays, il monte à Paris se mettre sous l'aile d'un oncle, bougnat. Le gamin va découvrir un monde différent, avec ses codes, sa violence et ses interdits. D'entrée il tente d'intervenir dans une dispute dans la rue. Cléo, jeune prostituée, se fait houspiller par son souteneur. Il en sera quitte pour une bonne dérouillée. Stéphane Betbeder, dans cette scène clé, se fait rencontrer pour la première fois ses deux personnages principaux qui donnent son nom à la série « L'apache et la cocotte ». Ils se retrouveront, s'aimeront mais ne trouveront jamais la paix et le bonheur. Ange se transforme en petit truand, Cléo en favorite d'une courtisane de luxe, maladivement jalouse. Une plongée dans le passé parisien dessiné par Hervé Duphot.

«L'apache et la cocotte» (tome 1), Glénat, 14,50 €

 

 

20/06/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Paris est définitivement trop loin de la province

paris,amazon,scooter,vélibIl se passe beaucoup de choses à Paris. Un Parisien reste un urbain comme un autre qui a cependant droit à beaucoup plus d'égards que les simples provinciaux. Paris, ville culture, ses centaines de librairies. Toutes les nouveautés sont disponibles, ce qui n'est pas le cas par chez nous où certains livres trop "pointus" ne franchissent pas le périphérique.

Pourquoi alors proposer à Paris le service de livraison Amazon en une heure ? Le Parisien est-il si fainéant pour ne plus se déplacer ? Car le géant de la distribution en ligne, en plus des bouquins, propose de l'alimentaire et du frais. Bref, avec un peu de wifi et un compte en banque bien approvisionné, on peut rester cloîtré chez soi sans manquer de quoi que ce soit. D'un autre côté, si les Parisiens ne sortent plus, la ville n'en sera que plus agréable pour les touristes.

Toujours à Paris, un nouveau moyen de locomotion va tenter de s'imposer : le scooter électrique en libre-service. Comme les Vélib, sans l'exercice physique. Idéal pour les dépressifs suicidaires prêts à affronter les hordes de 4 x 4 composant l'essentiel du trafic. Le scooter à Paris, en été ça passe. Mais cet hiver, qui osera monter sur des engins ouverts à la pluie et au froid.

Avec un peu de chance, quand ils seront délaissés par les Parisiens, ces engins seront rapatriés chez nous, dans ces villes du Sud qui bénéficient de 300 jours d'ensoleillement par an. Car nous, on n'habite pas à la capitale, mais on est bronzé toute l'année et naturellement.

07:12 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, amazon, scooter, vélib