21/12/2017

Des idées cadeaux de films, séries et coffrets...

L’hiver est terminé

Pour ceux qui ont raté le phénomène « Game of Thrones » ces dernières années, voilà l’occasion parfaite de tout découvrir d’un coup. Les sept saisons dans un gros coffret, pour des heures et des heures de plongée dans cet univers violent et inquiétant. Avec en plus quantité de bonus. Et si vous êtes attentif, vous pourrez reconnaître certains lieux de tournage, notamment Gérone en Catalogne.
➤ Coffret Game of Thrones, Warner home vidéo, environ 100 €
Parisiennes


Elles sont cinq. Cinq femmes dans Paris. Valeria Bruni-Tedeschi, Anaïs Demoustier, Naidra Ayadi, Lou Roy-Lecollinet, Zabou Breitman interprètent ces Parisiennes modernes qui vivent, aiment, jouissent et se posent des questions. Ludique et passionnant.
➤ "Paris, etc », Studiocanal
Frenchy-space


Tiré de la BD de Christin et Mézières, l’adaptation de Valérian par Luc Besson est une superbe réussite. Effets, spéciaux, humour, 3D, monstres... Le film n’a rien à envier aux superproductions américaines. A déguster dans son canapé à la vitesse de la lumière.
➤ « Valérian », EuropaCorp
Bébél éternel

Jean-Paul Belmondo (qui pourrait de nouveau tourner prochainement), a longtemps assuré ses cascades lui-même. Ce coffret reprend six de ses films les plus mouvementés dont « L’alpagueur » tourné en grande partie à Perpignan. Du cinéma efficace et spectaculaire.
➤ « Belmondo cascadeur », Studiocanal
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Entre cape, épée et comédie US

S on nom s’est peu à peu effacé de la mémoire collective mais André Hunebelle n’en reste pas moins un grand réalisateur français du XXe siècle. Si la trilogie Fantômas et OSS 117 sont ses films les plus populaires, le cinéaste a aussi révélé Louis de Funès (il lui a donné son premier rôle dans Taxi, Roulotte et Corrida), Bourvil, Jean Marais (avec qui il a tourné « Le Miracle de Loups » dans la Cité de Carcassonne) et même le scénariste et dialoguiste Michel Audiard. Pathé ressuscite deux de ses œuvres issues de sa période de cape et d’épée : « Les Trois Mousquetaires » et « Le Capitan ». Les Trois Mousquetaires est un véritable monument de la littérature française. En 1953, André Hunebelle en fait une adaptation drôle et musclée sur des dialogues de velours. Il faut dire que le scénario est signé Michel Audiard.
Un an après avoir réalisé Le Bossu, André Hunebelle signe Le Capitan en 1960, adapté du roman éponyme de Michel Zévaco, avec la même équipe à succès. Le réalisateur retrouve en effet Jean Marais et Bourvil dans des rôles similaires avec, en prime, Guy Delorme, éternel méchant des films de cape et d’épée, aussi bien chez Hunebelle que chez Bernard Borderie. Une fois encore, le casting est épatant. Jean Marais apporte une touche d’émotion et de justesse à son rôle. Coloré, historiquement fidèle et majestueusement décoré, Le Capitan est une pépite du genre. Vif, rocambolesque et rythmé, le film joue sur les scènes d’action et d’aventure qui se succèdent avec panache.

Qui se souvient de Preston Sturges ? Pas assez de cinéphiles malheureusement alors voilà l’occasion de se replonger dans l’œuvre de ce grand maître de la comédie hollywoodienne, artiste avant-gardiste enfin célébré à sa juste valeur par un objet d’exception ! Ce coffret reprend six trésors restaurés et présentés pour la première fois en HD. Sarcastique dans « Le Gros Lot » avec Dick Powell, Jimmy MacDonald rêve de remporter le gros lot du concours de slogans. Ses collègues lui font croire qu’il a gagné… Il se lance alors dans de folles dé- penses pour ravir sa famille et sa fiancée. Romance dans « Un cœur pris au piège » avec Barbara Stanwyck et Henry Fonda. Après un voyage en Amazonie, Charles Pike, riche héritier, rencontre sur le bateau du retour une femme fatale en quête de mari, Jean Harrington. Elle va bientôt jeter son dévolu sur lui.
Dans le coffret vous retrouverez un livre exclusif grand format (24x30cm à l’italienne) de 188 pages, rassemblant à la fois un texte in- édit de Philippe Garnier (ainsi que des textes sur chacun des films), la biographie de Preston Sturges signée Marc Cerisuelo et un album photo dédié à chacun des films, tiré d’archives rares.
➤ Coffret Hunebelle, Pathé.
➤ Coffret Preston Sturges, Wild Side Vidéo

06/12/2017

Cinéma : "Les Gardiennes", femmes et piliers de la civilisation

 

 


LES GARDIENNES. Xavier Beauvois raconte la guerre 14-18 des femmes restées à l’arrière.


En pleine célébration du centenaire de la guerre 14-18, les films sur cette immense boucherie se multiplient. Après « Au revoir là- haut » de Dupontel, place aux « Gardiennes » de Xavier Beauvois. Point commun entre les deux films, il s’agit d’adaptations de romans et ce ne sont pas les combats qui sont au centre de l’histoire, mais leurs conséquences.


Quand des millions de Français ont rejoint le front, la fleur au fusil, à l’arrière seules les femmes et les anciens sont restés pour faire tourner les fermes et entreprises. Persuadés d’une victoire rapide, cette situation s’est compliquée quand les poilus se sont enlisés dans les tranchées. Le film raconte comment des femmes ont dû se retrousser les manches et faire le travail des absents. Dans cette grosse exploitation agricole avec culture de céréales et élevage de vaches laitières, il ne reste plus que deux femmes pour tout faire. Hortense (Nathalie Baye) et sa fille Solange (Laura Smet) labourent, sèment et récoltent. Un travail harassant qui est normalement effectué par le fils d’Hortense et le mari de Solange. Mais ils sont tous les deux mobilisés.
Alors la patronne se résout à embaucher. Mais plus un seul homme valide n’est disponible. Elle prend donc la jeune et serviable Francine (Iris Bry). Elle deviendra essentielle à la bonne conduite de la ferme. Orpheline, elle a l’impression de se découvrir une famille. D’autant que quand le fils revient pour une permission, ils tombent amoureux. Mais la guerre n’est pas terminée et les trois femmes vont encore rester longtemps seules à gérer la ferme.

■ Trois femmes, trois parcours
Trois femmes sont au centre de ce film réalisé par un homme, mais coécrit avec sa femme, Marie-Julie Maille, également monteuse et actrice. La plus vieille, gardienne des traditions, n’a qu’un but : que tout redevienne comme avant. Sa fille, dont le mari est prisonnier, incarne ces femmes qui, face à l’adversité, s’affirment et prennent de l’assurance. C’est elle qui va moderniser l’exploitation, abandonnant les bœufs pour des tracteurs. Une moderne qui s’ignore. La troisième, Iris, est celle qui va le plus s’affirmer. Naïve, confiante, elle devra pourtant assumer ses choix, se moquant du « qu’en dira-t-on » pour s’épanouir. Le film est ancré dans cette terre de France, parfois féconde, trop souvent boueuse. Réalisation classique, naturaliste, exceptées deux scènes remarquables : le rêve d’un Poilu lors de sa permission, tuant des ennemis sans visages et le ballet de deux mains amoureuses sur les pierres millénaires d’un dolmen. Le tout sur la musique de Michel Legrand.
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Xavier Beauvois dans le texte

Sur la différence entre comédien et acteur : « Le comédien c’est celui qui a fait des études qui a pris des cours de théâtre et qui va se branler la tête à la cantine pour savoir comment il va jouer son personnage. Tandis que l’acteur c’est quelqu’un qui va être le personnage. Moi quand j’ai affaire à un comédien il dégage, je ne veux que des acteurs. Un mec comme Depardieu il va toucher les couilles du photographe de plateau mais dès qu’on dit « Moteur », il va être son personnage. C’est pour ça que je ne vais jamais au théâtre. »
Sur l’adaptation des romans au cinéma. « Si j’ai lu un livre, je ne vais pas voir l’adaptation. Chacun de nous devient metteur en scène en lisant un roman. On va imaginer une fille qui n’aura rien à voir avec celle proposée par le cinéaste. Forcément quand vous allez voir le film vous êtes confronté avec quelqu’un qui a un autre fantasme qui ne va pas forcément vous plaire. En général, on est déçu. »
Le roman qu’il aimerait adapter : « Les mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar. L’intelligence des Romains c’est que quand ils envahissaient un pays, un type du pays pouvait devenir empereur. Hadrien était Espagnol. Ils amenaient du progrès les Romains, ils étaient beaucoup plus malins que ces crétins de Français en Algérie. »
Sur la lenteur de ses films : « Faut pas compter sur moi pour mettre la caméra à l’épaule et faire semblant de la branler pour faire jeune. Ça non, ça va pas le faire. Je ne supporte pas. Le pire pour moi c’est Jason Bourne. Le mec il est à Berlin, on cligne des yeux il est à Rome puis Istambul. Insupportable. »
Tourner avec sa fille de 5 ans : « Elle me disait ‘Oui chef, oui patron’, elle se foutait clairement de ma gueule. »
 ➤ « Les Gardiennes », drame, de Xavier Beauvois (France, 2 h 14) avec Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry

03/06/2016

DVD et blu-ray : restauration de chefs-d'œuvre

Nouvelles technologies, nouvelles découvertes. Les avancées en matière de restauration des copies de films argentiques permettent de sortir des versions numériques quasiment à l'identique. Un plaisir supplémentaire pour redécouvrir ces chefs-d'œuvre du cinéma. En ce début juin, on a le choix avec une sélection de titres français chez Pathé et un film américain pour Wild Side.

pathé, tourneur, justin, marseille, wild side, falaise mystérieuseDans la continuité du plan de restauration de son catalogue, Pathé s'est engagé dans un vaste plan de restauration des classiques de son catalogue. Les trois œuvres emblématiques de Julien Duvivier, "La Belle Équipe", "La Fin du Jour" et "Voici le temps des assassins", font parties de cette nouvelle vague de sorties en DVD et Blu-ray. L'occasion également de prendre une bouffée d'accent provençal avec "Tartarin de Tarascon", comédie jubilatoire de Raymond Bernard orchestrée par Marcel Pagnol ainsi que le chef-d'œuvre de Maurice Tourneur, "Justin de Marseille", film de gangsters marseillais comme il n'en existe pas ailleurs. Ce dernier prouve que les récents règlements de compte dans la ville ne sont que les rééditions des tensions ancestrales, quand Justin tentait de faire régner sa loi face aux agissements des Italiens...

pathé, tourneur, justin, marseille, wild side, falaise mystérieuseAutre style avec "La falaise mystérieuse" de Lewis Allen avec Ruth Hussey et Ray Milland. Ce film date de 1944 et mélange comédie et fantastique. Au cours d'un séjour dans les Cornouailles, Roderick Fitzgerald et sa sœur Pamela achètent, pour une somme dérisoire, une superbe maison surplombant une falaise. Ils s'y installent, mais dès la première nuit, leur sommeil est troublé par les sanglots mystérieux d'une femme. Le coffret contient blu-ray et DVD accompagné d'un long entretien de Christophe Gans sur la genèse du film et ses influences sur le genre des "films de fantômes" et des autres cinéastes (dont Hitchcock). Sans oublier un livre richement illustré de Patrick Brion. Parfait pour redécouvrir un film très en avance sur son temps.

 

23/12/2015

Un patrimoine cinématographique à redécouvrir

Restaurations remarquables de chefs-d'œuvre du cinéma français.

christian-Jaque, le vigan, disparus, pathé, goupi, pere noel, véryLe cinéma, heureusement, ne se résume pas à des blockbusters. Inventé en France, il a longtemps permis à des artistes de s'exprimer simplement, avec leur cœur et leur âme. Pathé, fort d'un catalogue grandiose, s'est lancé dans la restauration de quelques œuvres légendaires de la production hexagonale. Cinq titres viennent d'être dévoilés, trois des années 40, deux autres plus récents avec Alain Delon en vedette. "Les disparus de Saint-Agil", "L'assassinat du Père Noël" et "Goupi mains rouges" ont pour point commun qu'il s'agit de l'adaptation de romans de Pierre Véry. L'écrivain français, spécialiste du genre fantastico-policier, a mis sa plume au service des meilleurs cinéastes de l'époque.

Christian-Jaque signe peut-être son chef-d'œuvre avec "Les disparus de Saint-Agil". Une histoire palpitante, une bande de gosses d'une rare spontanéité (dont Mouloudji à la voix trainante et dans des rôles de figuration Aznavour et Reggiani) et deux stars de l'époque : Michel Simon et Erich Von Stroheim. Dans ce pensionnat pour garçons, les trois membres de la société secrète des "Chiche-capons" complotent. Leur but : aller en Amérique. Mais en pleine nuit, dans la salle de sciences naturelles, un homme mystérieux apparaît dans l'ombre d'un squelette. Dans les bonus, en plus d'un reportage très complet sur le processus de restauration, Noël Véry, fils du scénariste, mène plusieurs entretiens avec des spécialistes de la littérature populaire, Pierre Tchernia et Robert Rollis dont c'était le premier rôle.

Occupation

Réalisé en pleine occupation allemande, "L'assassinat du Père Noël" est le premier film produit par la Continental, la société française voulue par Goebbels. Toujours Christian-Jaque à la réalisation sur une histoire de Pierre Véry, mais avec Harry Baur en vedette. Entre conte et intrigue policière, l'histoire se déroule aux alentours de Noël, dans un village de montagne isolé par de fortes chutes de neige. Superbes images et décors dignes de la Belle et la Bête rattrapent ce film un peu suranné.

christian-Jaque, le vigan, disparus, pathé, goupi, pere noel, véry"Goupi mains rouges" de Jacques Becker est une satire du monde paysan. Tourné vers la fin de la guerre, il met en vedette Fernand Ledoux mais surtout Robert Le Vigan. Ce spécialiste des seconds rôles (il est également à l'affiche des deux précédents films) interprète Goupi Tonkin, un colon nostalgique de l'Indochine à l'esprit dérangé. Robert Le Vigan, certainement un des plus grands acteurs français du XXe siècle. Sa carrière a cependant été brève. Promis au plus bel avenir, il a fait les mauvais choix durant l'Occupation. Non seulement il a accepté de tourner pour les Allemands, mais il a participé à nombre d'émissions de Radio Paris au cours desquelles il a déversé son fiel antisémite. Il fuit en Allemagne après le débarquement puis il est capturé et jugé. Condamné à dix ans de travaux forcés, il rejoindra l'Argentine au milieu des années 50 où il vivra pauvrement jusqu'à sa mort dans la misère en 1972. Ces trois films permettent de le redécouvrir dans toute sa démesure, notamment quand il est face à Michel Simon dans les "Disparus" où il livre une composition inquiétante et glaciale.

"Les Disparus de Saint-Agil", "L'assassinat du Père Noël" et "Goupi Mains rouges", Pathé, 19,99 euros chaque coffret DVD + blu-ray.

 

01/11/2015

DVD : Un coffret exhaustif pour toute l'originalité de Jane Campion

8 films, une série TV et 7 courts-métrages, le tout en 12 DVD.


Rares sont les cinéastes qui parviennent, dès leurs premières œuvres, à imposer un style, un ton, un univers. La marque des très grands, des visionnaires qui ne font pas simplement du cinéma mais participent à une grande œuvre, un tout cohérent. Jane Campion fait indéniablement partie de cette petite catégorie. Le coffret reprenant l'intégralité de ses réalisations en est la preuve évidente. La cinéaste néo-zélandaise, devenue mondialement connue avec La leçon de piano, a tenté d'apprendre son métier dans une école de cinéma australienne. Tenté seulement car elle regrette rapidement le conservatisme de ses professeurs.


Adorable Sweetie

Dans un entretien, repris en bonus dans un DVD, elle avoue qu'elle n'y a rien appris. Par contre elle a utilisé abondamment les structures et la pellicule mise à sa disposition. Cela donne quelques courts-métrages, jusqu'ici inédits en DVD, à découvrir. Des travaux d'école très aboutis comme le dérangeant A girl's own story, fondateur des thèmes de prédilection de Jane Campion (la sexualité, l'adolescence, le portrait de femmes) ou Peel, auréolé de la palme d'or du court-métrage à Cannes en 1986, quatre années après sa réalisation. Cette intégrale permet de retrouver dans des formats remastérisés les grands succès de Jane Campion mais aussi ses premiers films, plus déjantés, moins romantiques.
En fait il suffit de regarder Sweetie, premier long-métrage de la réalisatrice, pour comprendre que son originalité ne peut que conquérir un large public. Le dérouter aussi tant les thèmes abordés sont dérangeants. Sweetie c'est une jeune femme un peu folle, obèse et colérique, persuadée qu'elle a du talent et que bientôt elle sera une star mondiale. Elle débarque chez sa sœur, calme, posée, tentant de mener une "vie normale". La folie destructrice de Sweetie fait de ce film une boule d'énergie pure. Avec dans le rôle-titre Genevieve Lemon, devenue depuis une des actrices fétiche de Jane Campion.
L'intégrale offre également la première saison de Top of Lake, la série d'Arte. Dans les paysages extraordinaires de cette Nouvelle-Zélande réaliste (et qui n'a rien à voir avec celle de Peter Jackson), on se passionne pour cette histoire de fillette enceinte, de communauté de femmes brisées et de flic à fleur de peau au lourd passé. Productrice et réalisatrice (de quelques épisodes), Jane Campion a retrouvé Gerard Lee, son compagnon des premiers jours pour écrire cette saga dans la droite ligne de son univers. Incontournable.

'Intégrale Jane Campion', Pathé, 99,99 € le coffret DVD, 120 € le coffret blu-ray

24/03/2015

DVD : Comment choisir sa vie ?

Incapable de vivre sa vie, un homme vole celle des autres dans « Un illustre inconnu », porté par Mathieu Kassovitz.

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Transparent, solitaire, timide et taiseux : Sébastien Nicolas est l'archétype de l'homme effacé que personne ne remarque. Derrière ses grandes lunettes de vue, il observe le monde, son agitation, ses plaisirs. Lui est incapable de vivre normalement, comme paralysé par son apparence. Alors cet agent immobilier terne et docile, a trouvé un dérivatif à sa non-vie : il s'approprie celle des autres.

Interprété par Mathieu Kassovitz, le personnage principal du film de Matthieu Delaporte, a aménagé sa cave en laboratoire de transformation.

ilustre inconnu, pathé, kassovitz, delaporteIl observe, écoute sa future proie puis se glisse dans ses habits. Postiche et prothèses en latex lui permettent de ressembler comme deux gouttes d'eau à ces hommes dont il envie la vie. Il se transforme en fleuriste, marié, un enfant, fan de Gad Elmaleh et alcoolique repenti.

Le jeu est excitant, mais dangereux. Sébastien tente de tout arrêter mais replonge quand il croise la route d'un célèbre violoniste à la retraite. Voilà l'existence dont il aurait rêvé. La tentation est trop forte.

 

La magie du maquillage

Interprétant les deux rôles principaux, Mathieu Kassovitz réalise une performance digne des grands acteurs américains. Il change de personnalité au gré de ses déguisements, modifie sa voix, sa démarche. Mais au fond de lui il reste le même être torturé, incapable de trouver sa place.

Et quand tout se met à déraper, il se sent acculé, perdu. A moins que cela soit là la véritable chance de sa vie. D'une autre vie exactement, celle dont il pourrait enfin orienter les choix.

 

 

Présenté comme un thriller « machiavélique », « Un illustre inconnu » est surtout une fable sur le destin. Peut-on l'infléchir ? Le modifier ? Transformer sa vie en œuvre de bonté alors qu'on est plongé dans un abîme de noirceur ? Sébastien Nicolas a-t-il droit à une seconde chance ?

Le DVD s'agrémente d'un making of assez complet avec interview du réalisateur et de l'acteur principal ainsi que quelques scènes coupées précédées dles explications de Matthieu Delaporte et du scénariste-producteur Alexandre de la Patelière. Mais le plus intéressant reste le reportage sur les effets spéciaux. On découvre comment on transforme Sébastien Nicolas en violoniste plus vieux de 20 ans. Un bel hommage à ces artistes de l'ombre que sont les maquilleurs.

Michel Litout

 

« Un illustre inconnu », Pathé Vidéo, 14,99 euros. 

 

23/10/2014

DVD : Jeunes à la dérive dans « Palo Alto »

 

 

Dans la catégorie « Je suis fils de... et je fais ce que je veux » Palo Alto remporte tous les oscars possibles et imaginables. La réalisatrice, Gia Coppola est la petite fille de Francis et la nièce de Sofia, Jack Kilmer, l'interprète principal, le fils de Val et Emma Roberts, la vedette féminine, la nièce de Julia. Du très lourd au niveau patronyme. Et de quoi parle la jeunesse dorée d'Hollywood quand elle décide de passer derrière et devant la caméra ? De leur vie de pauvre petits adolescents riches et cyniques. « Palo Alto » est un film désenchanté sans la moindre lueur d'espoir. Teddy (Jack Kilmer), un peu poète, subit la mauvaise influence de Fred, aux idées bêtes et destructrices. Il est amoureux d'April (Emma Roberts), gentille fille effacée, joueuse de foot amoureuse de son entraîneur (James Franco) qui n'hésite pas à en profiter. Et puis il y a Emily (Zoe Levin). Elle a le beguin pour Fred. Mais ce dernier, odieux, n'y voit qu'une poupée gonflable idéale pour assouvir ses envies de sexe. La caméra, aussi déshumanisée que leurs existences, suit ces jeunes entre parties alcoolisées, réunions familiales et délires solitaires dans leurs chambres rose bonbon. On ne sait que penser en regardant ces jeunes à la dérive. La réalisatrice a-t-elle voulu dénoncer cette non-vie ou au contraire la présenter au public, comme une sorte d'autobiographie avant l'heure ? Difficile de rentrer dans ce monde tant il semble à des lieues de la vraie vie. Pourtant il existe et tend à devenir la norme dans tous les pays industrialisés et développés. Mais cela n'empêche pas d'avoir le regard d'un voyeur involontaire, témoins d'un univers qui nous est totalement étranger et que pour rien au monde on voudrait laisser à nos enfants.

« Palo » Alto », Pathé, 19,99 euros

 

 

29/08/2014

DVD : Le cauchemar Hollywood dans "The Canyons" avec Lindsay Lohan

 

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Dans « The Canyons », Paul Schrader montre la face immonde du cinéma américain.

 

 

La filmographie de Paul Schrader, vieux routier du cinéma américain, ne fait pas dans l'eau de rose. De Américan Gigolo, La féline au préquel de l'Exorciste, il a quantité de thrillers, films d'horreur et même érotiques à son actif. Quand il parvient à mettre sur pied le projet d'un film sur les dessous d'Hollywood avec l'écrivain Bret Easton Willis (American Psycho) au scénario, on se doute que ce sera noir et incisif. « The Canyons », en grand partie auto-produit par les deux hommes, est pour beaucoup un faux film d'auteur. En raison une distribution assez singulière. Pour interpréter le couple vedette le choix se porte sur Lindsay Lohan, actrice pestiférée abonnée aux tabloïds à scandale et James Deen, uniquement connu dans l'industrie du porno. Pourtant l'un comme l'autre sont excellents dans ces rôles d'une rare noirceur. Christian (James Deen) est un riche fils à papa. Il ne sait pas quoi faire de son argent. Alors il décide de financer un film d'horreur porté par Gina, son assistante. Au moment du casting, Tara (Lindsay Lohan) ancienne actrice et petite amie de Christian, donne son avis. Elle choisit Ryan, le petit ami de Gina. Le film débute par un repas au restaurant entre les deux couples. Ryan remercie Christian. Ce dernier s'en moque absolument. Il se contente d'expliquer au jeune acteur qu'il aime « partager » Tara avec des inconnus contactés par l'intermédiaire d'un site de rencontre. L'opposition est flagrante entre un couple jeune et rangé et un autre extraverti et atypique. La suite du film est à l'avenant. James Deen joue à la perfection cet homme froid et sans sentiment, amoureux de Tara, mais incapable de l'aimer simplement. Tara elle profite ouvertement du système. Sorte de prostituée de luxe, elle se rattrape en passant ses journées oisives au bord de la piscine ou à faire du shopping.

L'ambiance du film est souvent malsaine, oppressante. Les scènes de sexe sont très soft, l'érotisme laissant souvent la place à une esthétique porno. Pourtant « The Canyons » a une sorte de charme envoûtant. Dans la réalisation crépusculaire et aussi dans le désespoir de tous les protagonistes. Au début Hollywood fait rêver. Mais très vite cela se transforme en cauchemar sans fin.

« The Canyon », Pathé Vidéo, 19,99 euros

 

 

20/08/2014

DVD : L'étrange enfance de Jodo

 

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Tocopilla, petite ville côtière chilienne entourée de désert sert de décor au film « La danza de la realidad » d'Alejandro Jodorowsky. Le gourou de la la psychomagie avait délaissé la caméra ces vingt dernières années pour se consacrer essentiellement aux scénarios de ses multiples séries de bande dessinée (Bouncer, La caste des Meta-barons ou l'Incal).

S'il a choisi cette ville isolée et quasi sinistrée, c'est parce qu'il y a vu le jour à la fin des années 20. Le film se veut une autobiographie imaginaire. Il se met en scène, gamin trop bon (il donne ses chaussures neuves à plus pauvre que lui) mais exclu car Juif.

 

 

Le film est essentiellement consacré aux parents de Jodo. Jaime, le père (interprété par Brontis Jodorowsky, le propre fils du réalisateur), commerçant révolutionnaire vivant dans le culte de Staline, impose une éducation à la dure à son fils unique. Il quittera Tocopilla pour tenter d'assassiner le dictateur au pouvoir, se fera capturer et torturer.

danza realidad; chili, enfance, jodorowsky, pathéSara, la mère (Pamela Flores) est encore plus extravagante. Elle ne s'exprime qu'en chantant, montre sans cesse son énorme poitrine et croit dur comme fer à certaines formules magiques permettant de guérir la peste avec de l'urine ou de se rendre invisible dans des lieux publics. Foisonnant, inquiétant, poétique mais aussi parfois choquant, ce testament de Jodo (il a plus de 80 ans, même qu'il n'en paraît pas plus de 60...) a tout de l'expérience mystique filmique. On n'en sort pas indemne car tout n'est pas du domaine du cartésien.

 

« La danza de la Realidad », Pathé, 19,99 €