29/04/2017

BD : De la beauté de la simple lumière


Juste retour des choses, les peintres célèbres sont de plus en plus au centre d’albums de BD où les dessinateurs d’aujourd’hui peuvent rendre hommage à leurs grands maîtres. Deux Espagnols, Salva Rubio pour le scénario et Efa pour la mise en images, racontent dans ce roman graphique de plus de 110 pages la vie de Claude Monet. La narration très linéaire et chronologique se révèle idéale pour expliquer le combat de toute une vie vers la simplicité de la lumière. Le jeune Claude Monet, incompris, créateur du mouvement des impressionnistes, a beaucoup galéré avant de trouver son cadre idéal, à Giverny. Un dossier en fin d’album permet d’expliquer les références de certaines cases, avec en vis-à-vis les œuvres qui ont inspiré les auteurs. Superbe objet qui donne envie de redécouvrir un artiste essentiel dans l’histoire de la peinture.
➤ « Monet, nomade de la lumière », Le Lombard, 17,95 € 

11:07 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : monet, efa, rubio, peintre, lombard

04/04/2017

BD : Le mystère du peintre catalan

 


La Catalogne aime ses peintres. La région est un creuset de talents, certains immensément célèbres à l’image de Dali, d’autres tombés dans l’oubli comme Vidal Balaguer. Ce fils de pharmacien de Sabadell a vécu à Barcelone à la fin du XIXe siècle. Un surdoué, incapable de vivre de son art car il ne voulait pas vendre ses toiles. « Natures mortes » raconte la fin de sa vie, aussi mystérieuse que son œuvre. Vidal, comme nombre d’artistes à cette époque, a une muse. Son modèle, Mar, qui est en couverture de l’album écrit par Zidrou et dessiné par Oriol. Mar a disparu du jour au lendemain. Depuis Vidal déprime. Il est passé par l’École de la Llotja où il se lie d’amitié avec un certain Picasso. Dans son appartement encombré de peintures inachevées, il vivote en acceptant les commandes de commerçants. Il dessine des oranges, de la butifarra. Ce qu’il ne comprend pas, c’est qu’une fois la peinture achevée, les objets disparaissent. Pris d’un doute, il va dans un parc et peint un arbre. Le lendemain, comme les natures mortes ou sa muse, il n’existe plus. Une malédiction d’un genre nouveau qui donne l’occasion à Zidrou d’expliquer la disparition du personnage principal en décembre 1899. Entre fantastique, poésie et désespoir, ce roman graphique se prolonge par une exposition, en mai prochain à Barcelone, des 11 toiles retrouvées du peintre maudit.
➤ « Natures mortes », Dargaud, 14,99 €

22/11/2016

Littérature : Philippe Claudel originel

 

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Court roman paru en 2001, « Au revoir Monsieur Friant » de Philippe Claudel est une pépite d’émotion et de style. Le lauréat du Renaudot et du Goncourt des lycéens explique avoir écrit de texte après avoir remporté quelques succès publics, comme pour se rassurer sur sa capacité à écrire naturellement. En racontant la vie d’Emile Friant, peintre originaire de Nancy du début du XXe siècle, il met surtout en scène sa grand-mère adorée et sa propre jeunesse. Douceur de la jeunesse, exaltation de l’adolescence, premières amours (« Les amours juvéniles entretiennent des parentés avec les grandes diarrhées et comme pour elles, heureusement, peu de choses suffit à les faire passer »), on trouve tout l’univers personnel si intense de l’auteur des « Âmes grises » et du « Rapport de Brodeck », merveilleusement adapté en bande dessinée par Manu Larcenet.

➤ « Au revoir Monsieur Friant », Philippe Claudel, Stock, 13,50 €

 

24/08/2016

BD : Renoir et ses deux muses

 

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La collection « Les grands peintres » loin d'être une simple encyclopédie, permet à des auteurs de BD de proposer des regards originaux sur ces maîtres du passé. Dodo et Ben Radis se penchent sur Renoir. Mais au lieu de raconter linéairement la vie d'un des précurseurs de l'impressionnisme, le couple parle des modèles. Pour peindre, un artiste a besoin d'une muse, d'un modèle qui l'inspire. Renoir en a eu deux qui ont beaucoup compté. En 1893, en pleine remise en question de son style, il reçoit la commande de deux toiles. Suzanne Valandon posera pour « Danse à la ville », Aline Charigot pour « Danse à la campagne ». L'histoire de ces deux toiles, les rivalités des deux femmes et l'amour très partagé de l'artiste est au centre de cet album d'une grande érudition. On croise également dans ces pages Satie, Cézanne et Monet en plein déménagement vers Giverny.

« Renoir », Glénat, 14,50 €

 

09:14 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : renoir, peintre, dodo, glénat, ben radis

14/12/2015

BD : Bosch, peintre démoniaque

 
Les historiens ne savent pas grand chose de la vie de Hiéronimus Bosch. Le peintre flamand a pourtant marqué l’art de son époque. Ses tableaux, foisonnants de démons et autres monstres hybrides digne des pires cauchemars ont fasciné ses contemporains et les générations suivantes. Il intègre logiquement la collection “Les grands peintres” et c’est Griffo qui s’est frotté à son univers démoniaque. Le dessinateur de Giacomo C abrodé une double histoire sur les peurs de l’artiste. Le jeune apprenti, pour faire cesser ses cauchemars, décide d’(enfermer les créatures qui le hante sur ses tableaux. Mais ces dernières parviennent à s’échapper. Il va devoir demander de l’aide pour mettre au point un “fixateur”. En parallèle, une jeune conservatrice de la ville de Gand, entreprend de restaurer un tableu de Bosch, retire ce vernis magique et se retrouve envahie à son tour par les monstres. Un album essentiellement graphique, les inventions de Bosch s’accordant parfaitement avec l’univers de Griffo.

 

"Les grands peintres : Bosch", Glénat, 14,50 euros.
 

08:46 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bosch, griffo, peintre, glénat

21/05/2015

BD : Manara raconte la vie du Caravage, peintre visionnaire

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Milo Manara, selon un autre dessinateur sûrement moins doué dans la représentation réaliste des femmes, n'est qu'un « dessinateur de vagin ». Exit l'anatomie, Manara ose enfin quitter son genre de prédilection pour aborder la biographie dessinée. Il s'attaque à son maître, Le Caravage, celui qu'il considère comme son saint protecteur. En 1592, ce jeune peintre débarque à Rome. Il veut vivre de son art et tente de se faire repérer par un maître qui lui permettra de s'exprimer dans son atelier. Passionné de réalisme, il peint les femmes comme personne. Mais ce petit nouveau semble faire un peu trop d'ombre aux notables. Il doit se contenter au début de s'échiner sur de très peu passionnantes guirlandes destinées aux grandes toiles. Heureusement un mécène lui donne sa chance et il pourra composer des tableaux pour les églises de Rome. Manara décrit minutieusement le processus de création du Caravage. Il cherche des modèles et les met en scène comme un cinéaste. Il apporte beaucoup de soin au choix de ses personnages féminins. Cela donne la partie humaine de la BD, la relation tendue entre le peintre et une flamboyante prostituée, idéale dans le rôle de la Vierge. Au grand désespoir des religieux de l'époque. La belle Anna, à la croupe gracieuse et généreuse, permet à Manara de dessiner une nouvelles fois ces courbes qu'il maîtrise parfaitement.

 

« Le Caravage » (tome 1), Glénat, 14,95 €

 

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19/03/2015

Cinéma : mensonges et création dans "Big Eyes", le nouveau film de Tim Burton

 

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Être ou se rêver artiste : ce dilemme est au centre du nouveau film de Tim Burton retraçant l'incroyable imposture artistique des époux Keane.

Le biopic est devenu un genre à part entière du cinéma contemporain. Il se concentre dans deux directions bien définies : la vie d’une célébrité connue de tous (Yves Saint-Laurent, Truman Capote, Steve Jobs) ou d’un inconnu qui mérite d’être remis en lumière. Walter et Margaret Keane, les personnages principaux de « Big Eyes » de Tim Burton sont passés par tous les statuts d’un bon biopic. Inconnus à leurs débuts, ils sont devenus de véritables stars dans leur domaine, puis sont redescendus de leur piédestal rattrapés par leur escroquerie. Cette histoire de mensonges et de création ne pouvait qu’inspirer Tim Burton, lui qui s’est déjà illustré en revisitant l’œuvre et la carrière d’Ed Wood, le « plus mauvais cinéaste de tous les temps ».

 

Du scandale Keane, le réalisateur en a surtout conservé la problématique du mythomane pervers narcissique, capable de placer la femme qu’il aime sous sa coupe au point de transformer toute son existence en un mensonge sans fin.

A la fin des années 50, divorcer, même aux États-Unis, n’est pas chose aisée. Surtout si c’est l’épouse qui décide d’abandonner le foyer. Margaret (Amy Adams) quitte son mari et père de sa fille Jane. Elle rejoint une amie à San Francisco et décroche un petit job dans une fabrique de meubles. Mais son ambition, c’est de vivre de sa peinture. Dotée d’un bon coup de crayon, elle passe ses dimanches dans un parc à monnayer ses portraits exécutés au fusain en quelques minutes. Des sommes dérisoires, mais qui permettent à cette femme seule de maintenir la tête hors de l’eau. Elle tente aussi de vendre ses tableaux, des portraits d’enfants, de face, tristes et aux grands yeux sans lesquels on a l’impression de se noyer. C’est dans ce parc qu’elle rencontre Walter Keane (Christoph Waltz), grand baratineur devant l’Éternel, barbouilleur de scènes typiques des rues de Paris.

 

Vente directe

Agent immobilier dans le civil, il séduit sans peine Margaret, l’épouse alors qu’il tente en vain de percer sur le marché de l’art. Meilleur publiciste que peintre, il a l’idée de s’affranchir des galeries en exposant ses croûtes dans un club de jazz. Paris ne rencontre pas beaucoup de succès, mais les enfants aux « Big Eyes » de Margaret interpellent, elle qui a décidé de signer ses toiles de son nom de femme mariée : Keane. Une erreur fatale.

Walter, constatant le succès de ces compositions étranges et fascinantes, prétend en être l’auteur. Margaret, comme tétanisée, accepte de lui laisser endosser les honneurs, elle, dans le grenier, à l’abri des regards, se contentera de peindre des centaines de portraits rapportant des milliers de dollars.

Le film est fascinant dans la description méthodique de l’enfermement de Margaret dans le mensonge. Elle voudrait dire la vérité, mais redoute que sans le bagou de Walter, ses œuvres ne se vendent plus. Or, ce qui lui importe le plus, c’est d’offrir une certaine sérénité matérielle à sa fille. Dans le rôle de Walter, Christoph Waltz fait une composition très convaincante. Ivre de célébrité, il quitte la réalité, s’enfermant lui aussi dans un déni complet. Une œuvre, deux auteurs, un scandale : Tim Burton transforme le tout en un film touchant et attachant.

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L'art au féminin

 

big eyes, tim burton, amy adams, keane, peintre, weltzEn filigrane du film « Big Eyes », Tim Burton a également abordé le problème de la création artistique au féminin. Parmi les arguments de Walter pour convaincre sa femme de continuer de signer ses toiles de son seul nom, sans son prénom, la difficulté pour une femme d'être reconnue par la critique. Dans les années 60, le milieu de l'art est dominé par les hommes. C'est toujours vrai, mais moins flagrant. Pourtant les peintures des « Big Eyes » sont d'une facture complètement à l'opposé du monde de Walter Keane. Il a beau dire qu'il ne fait que reproduire les visages des enfants victimes de la guerre (un bobard parmi tant d'autres), ce n'est pas du tout crédible.

Margaret Keane, après avoir divorcé, s'est lancée dans un long et difficile procès pour récupérer son honneur. Certes elle a menti durant des années, cautionnant l'histoire mise au point par son mari pour gagner le maximum avec les toiles et les reproductions, mais elle a finalement gagné. Une évidence pourtant compliquée à démontrer.

Aujourd'hui elle est toujours en vie. Une vieille dame qui continue à peindre ses chers enfants et qui fait une petite apparition dans le film de Tim Burton.

09/11/2013

BD : Une croûte au Musée du Louvre grâce à Etienne Davodeau

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En signant un partenariat avec les éditions Futuropolis, le Musée du Louvre entend ouvrir ses murs à cet art, plus populaire, qu'est la bande dessinée. Si Yslaire ou De Crécy signent un bel hommage au classicisme, Étienne Davodeau s'est intéressé aux coulisses de l'institution. Dans ce roman graphique de plus de 130 pages, il parle de croûte, de peintres du dimanche, d'agent de sécurité et de fabricants de meubles. Fabien, le héros, gardien depuis 15 ans au Louvre, va rencontrer la famille de sa fiancée Mathilde, provinciale montée à Paris.

790251_03.jpgDans cette France profonde il va devoir affronter les clichés (« Assis toute la journée, il faut une volonté d'acier pour pas s'endormir : ») et surtout être chargé de faire entrer au Louvre « Le chien qui louche », l'unique toile de l'aïeul, Gustave Benion, peinte en 1843. Comment la croûte d'un peintre du dimanche pourrait-elle être exposée à côté du « Radeau de la méduse » ? Une société secrète va pourtant faire le nécessaire pour que l'œuvre de Gustave Benion, soit accrochée aux murs du Louvre, en hommage à « ceux qui ont peint sans rencontrer la reconnaissance, les approximatifs des bords de rivières et autres aquarellistes des galeries marchandes... » Une ode humaniste aux artistes sans prétention.

 

« Le chien qui louche » Étienne Davodeau, Futuropolis et Louvre Éditions, 20 €