17/02/2016

BD : Vengeance acérée

 

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L'histoire débute comme une aventure presque classique. En 1983, trois Européens se rendent sur un petit archipel indonésien pour y réaliser un documentaire sur la pêche traditionnelle. Léo, sa femme Isa et leur ami Bernard sont des militants écologiques avant l'heure. Ce film permettra de dénoncer l'exploitation excessive des ressources halieutiques. Les locaux pêchent à l'explosif, tuant toute vie dans le lagon, les coraux aussi. Léo est le plus engagé, le plus vindicatif. Sa femme Isa profite plus du cadre. Enceinte de sept mois, elle se baigne avec plaisir dans les eaux turquoises, filmant les tortues Luth. Mais alors qu'elle se baigne dans le lagon, un immense crocodile de plus de six mètres de long, n'en fait qu'une bouchée. Le roman graphique, de balade au soleil et plaidoyer écologique, se transforme en drame puis en vengeance redoutable. Léo va tenter de tuer le monstre. En vain. La suite de l'histoire se déroule de nos jours. Léo, est de retour sur l'île. Il vient solder ses comptes. La vengeance n'en sera que plus acérée. Stéphane Piatzszek écrit un scénario alternant beauté des lieux, analyse politique (montée de l'intégrisme islamique, indépendance larvée) et intrigue quasi policière. Le tout est dessiné par Jean-Denis Pendanx en couleurs directes. Les trois planches finales, après une incroyable montée de la tension, sont de véritables tableaux. A ne pas manquer.

« Le maître des crocodiles », Futuropolis, 20 euros

 

20/10/2015

BD : Chevalier aux visions

 
Guillermo G. Escalada ne va se faire des amis dans le milieu de la bande dessinée. Cet Espagnol a un talent tel, qu'il devrait automatiquement provoquer le suicide des deux-tiers de la profession. Comment oser tracer le moindre trait après avoir vu une seule des cases de l'album « Le chevalier à la licorne » ? Je caricature mais c'est pourtant l'impression qui domine après avoir refermé cette BD écrite par Stéphane Piatzszek. Que cela soit dans les scènes de bataille comme dans celles plus oniriques, la puissance du trait d'Escalada saute aux yeux. Certaines planches muettes méritent d'être exposées dans les plus grands musées. Bon arrêtons de nous esbaudir sur le graphisme et penchons nous sur l'histoire. Bingo, c'est aussi du très bon. Le chevalier Hospitalier Juan de la Heredia, lors de la bataille de Crécy, pour sauver le roi de France, lui donne son cheval. Il se retrouve seul, à pied, entouré de dizaines de soldats ennemis. Un carnage. Il en sortira pourtant vivant, tué puis ressuscité par une licorne blanche. Il sombre dans la folie et part à la recherche de cet animal légendaire. Attention, chef-d'oeuvre.

 

« Le chevalier à la licorne », Soleil Quadrants
 
 

04/05/2015

BD : Tragédie banlieusarde

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Plongée au cœur de la noirceur de la misère banlieusarde dans le second épisode de ce roman graphique aux accents de tragédie. Moudy et Alex, le Noir homosexuel et le Blanc introverti, sont devenus amis sur leur travail : un centre de tri des ordures. Deux jeunes paumés dans la grise crise économique. Quelques petites combines leur permet de s'en sortir. Mais quand Alex fait une grosse bêtise, ils fuient et se réfugient dans une ancienne barre d'immeuble promis à la démolition. Là, ils croisent la route de Samir, petit trafiquant de cigarettes et autres produits « tombés du camion ». Un trio qui a besoin de se refaire une santé et de repartir à zéro. Ils imaginent donc un casse qui leur permettra enfin d'être à armes égales avec les autres, les privilégiés... Cette seconde parie, toujours écrite par Piatzszek et dessinée par Cinna, est essentiellement consacrée à l'irruption dans la bande de la belle et rebelle Cheyenne, une Gitane experte en ouvertures illicites de serrures en tous genres. Samir craque pour la jolie voleuse. Un côté romantique entre deux écorchés de la vie qui renforce la tragédie qui rode.

 

« Ordures » (tome 2), Futuropolis, 17 €

 

07:08 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinna, piatzszek, futuropolis, ordures

18/03/2014

BD : Débrouille et embrouilles dans "Ordures" de Piatzszek et Cinna,

 

Piatzszek, cinna, futuropolis

Ils sont rares les scénaristes de BD qui ont tout bon. Un sans faute et même un certain crescendo dans les trouvailles, l'univers. Stéphane Piatzszek fait partie de cette infime minorité. Son Commandant Achab va compter dans les séries policières et sa nouvelle création, « Ordures », avec Olivier Cinna, est largement du niveau de leur première collaboration « Fête des morts ». Ces « Ordures » ce sont les matières premières du travail de Moudy, le Noir, et Alex, le Blanc. Ils sont employés dans un centre de tri de déchets en banlieue parisienne. Moudy, qui aime les garçons, ne supporte plus la promiscuité du foyer de travailleurs immigrés. Il décide de squatter une immense usine vouée à la démolition dans une semaine. Tel Di Caprio sur le Titanic, il se sent le roi du monde dans ce « loft » de 20 000 m2. Le duo va croiser la route de Samir, un petit Arabe qui survit en vendant des cigarettes de contrebande. Toute la misère sociale de la France des années 2000 est résumée dans ces 72 pages en noir et blanc. Sa violence aussi, entre réseau islamiste, bande de roms et répression policière. Une histoire âpre, au ton juste, même si la Justice en est totalement absente.

 

« Ordures » (tome 1), Futuropolis, 17 €

 

07:42 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : piatzszek, cinna, futuropolis

23/11/2013

BD : La vague des fantômes dans Tsunami de Pendanx et Piatzszek

Tsunami, indonésie, pendanx, piatzszek, futuropolis

Alors que les Philippines peinent à se relever du passage dévastateur du typhon Hayien, Piatzszek et Pendanx reviennent sur un autre drame qui a durablement endeuillé cette région de l'Asie. Le 26 décembre 2004 une vague gigantesque submergeait l'Indonésie. Des milliers de morts. Une aide internationale souvent impuissante. Parmi le centaines de médecins venus soigner les blessés, une toubib française Elsa Mataresse. Quelques mois après son arrivée sur les lieux du drame, elle disparaît. De nos jours, son jeune frère, se lance à sa recherche. Il va remonter la trace de sa sœur jusqu'à ce chapelet de petites îles qui auraient tout du paradis perdu si elle n'avaient servi de vaste fosse commune aux centaines de corps dérivant au fil des courants. Superbe création que ce Tsunami. Le récit de Piatzszek alterne parfaitement vues touristiques actuelles et souvenirs du temps de la dévastation. Le petit Français va rencontrer d'autres « fugitifs » sur son chemin, d'autres écorchés à la recherche de cette inaccessible quête... Il parviendra cependant à s'apaiser car les morts, même quand il sont légion, ne veulent pas de mal aux survivants. Une belle parabole sur l'intérêt de profiter de la vie, là, maintenant.

 

« Tsunami », Futuropolis, 20 €


07/02/2013

BD : le commandant Achab, un flic tenace

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Maigret n'a qu'à aller se rhabiller. Les nouveaux flics ont un peu la même dégaine bonhomme, mais ce n'est qu'une apparence. Prenez le commandant Cohen, surnomme Achab, il a une jambe de bois, une mauvaise humeur permanente à peine atténuée par sa forte consommation de cannabis. Achab est en vacances. Il décide de passer quelques jours au Havre en compagnie de son adjoint, Karim. Il tente de résoudre une vieille histoire de trahison. Mais quand son supérieur apprend sa présence dans la ville normande, il lui ordonne d'enquêter sur le meurtre, tout chaud, du maire de la ville. Les voilà embarqués dans une histoire de tueur en série aux motifs obscurs. Stéphane Piatzszek, le scénariste, renouvelle le genre avec brio. Douay, au dessin, apporte juste la petite touche de noirceur rendant le tout encore plus crédible.

« Commandant Achab » (tome 3), Casterman, 13,95 €


25/11/2011

Amour et flingues dans "Le temps de vivre" de Piatzszek et Séra chez Futuropolis

 

Piatzszek, Séra, Le temps de vivre, Futuropolis

Piatzszek, Séra, Le temps de vivre, FuturopolisImpossible de faire plus sombre que la nouvelle BD écrite par Stéphane Piatzszek. Après « Fête des morts », déjà assez gratinée côté pessimisme, voici « Le temps de vivre ». On pourrait d'ailleurs prolonger le titre pour qu'il soit plus explicite : « Le temps de vivre... est court avant de mourir. » Séva vit de petits boulots pas toujours très honnêtes, jamais bien payés. La discipline dans laquelle il excelle ne lui sert plus : tireur d'élite. Séva aime Mona, la patronne d'un café de cette banlieue sans âme. Mais Mona est toujours sous la coupe de Mario, le père de sa fille, Agathe. Mario est un voyou de la vieille époque. Il est sur le point de passer la main. Les bandes de jeunes des cités se sentent de plus en plus à l'étroit. Ils veulent « acheter » le secteur de Mario. Un marché de dupes. Mario sait qu'il a toutes les chances d'être abattu une fois la transaction effectuée. Il demande donc à Séva de le protéger, lui promettant à la clé un pactole pour qu'il puisse aller s'installer au Sud avec Mona et Agathe. Cette intrigue, complexe, aux nombreux rebondissements, est illustrée par Séra. Fonds noirs, grandes cases, dessins pleine page, il rend l'ambiance encore plus trouble. Plus qu'une simple BD, un roman graphique, mais noir, très noir.

 

« Le temps de vivre », Futuropolis, 20 €


11/07/2011

"Fête des morts" : horrible tourisme sexuel au Cambodge

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Piatzszek, Cinna, Futuropolis, fête des morts, Cambodge, tourisme sexuelLe Cambodge, après avoir été mis en coupe réglée par les Khmers rouges, a retrouvé la liberté. Un nouvel eldorado pour certains profiteurs. Ainsi le tourisme sexuel est devenu une véritable industrie dans plusieurs régions. La police locale reçoit le renfort de quelques fonctionnaires européens, notamment pour faire la chasse aux pédophiles. Cette histoire glauque, écrite par Stéphane Piatzszek, est sans concession. On suit un policier français, Serge, dans son combat très dérisoire contre cette horreur. Un homme en colère mais également usé. Il n'a visiblement plus rien en Europe et n'est pas insensible aux charmes des femmes du cru. Il trouve un peu de réconfort dans les bras d'une prostituée, tout en s'infiltrant dans un réseau de pédophiles. Il assiste, écœuré, à la mise aux enchères du pucelage d'une fillette de 8 ans. La goutte d'eau qui va lui faire péter les plombs et le transformer en justicier sans pitié. Un long récit à ne pas mettre entre toute les mains, dessiné par Olivier Cinna au trait sombre faisant parfois penser aux ambiances de José Muñoz, illustrateur d'Alack Sinner.

« Fête des morts », Futuropolis, 18 €