15/03/2017

De choses et d'autres : France 2, télé frileuse


Ça ne rigole plus sur France 2. Plus du tout même pour Mathieu Madénian et Thomas VDB. Les deux compères, présents depuis octobre dans la défunte émission de fin d’après-midi AcTualiTy, devaient continuer leur programme court tous les soirs après le journal télévisé. Une exposition maximale pour une pastille humoristique très appréciée sur internet. Et puis patatras. Au dernier moment, la direction décide de les déprogrammer. Et quand je dis au dernier moment, c’est véritablement dans l’urgence car la décision a été prise deux heures avant la première diffusion, directement par Delphine Ernotte, la présidente de France Télé- vision.
Les deux copains ne se démontent pas et publient un sketch sur Twitter, dans l’esprit de ce qu’ils font habituellement. Ils s’y étonnent que l’argument principal de leur éviction serait que la direction ignorait qu’ils parlent politique et qu’en cette période de campagne électorale, mieux vaut ne pas prendre le risque de se fâcher avec un candidat. Surtout celui ou celle qui pourrait dans six semaines se retrouver à l’Elysée, serais-je tenté d’ajouter.
À se poser des questions sur le management de la chaîne. Car la politique, Madénian et Thomas VDB l’abordent deux fois sur trois dans les 120 messages déjà diffusés à l’antenne, sans le moindre problème jusqu’à présent. Réponse sèche sur Twitter de la PDG (même si elle est agrémentée d’un smiley clin d’œil) : « Je vous dois la vérité : vous ne me faites pas rire... » Peut-être préfère-t-elle Jean Roucas et le Bébête Show ? 

13/12/2016

De choses et d'autres : Questionnement final

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Si Marchais n’a pas eu sa peau et ne l’a jamais fait taire, Bruno Le Maire a osé se rebeller lors du 3e débat de la primaire de la droite. Une remise en place sèche et nette qui n’est pas passée inaperçue. Finalement ce sont les audiences qui auront eu raison du marathonien de l’interview politique, de l’insubmersible journaliste Jean-Pierre Elkabbach.

A 79 ans et après plus d’un demi-siècle de présence quasi continue à la radio ou la télévision, le champion de l’analyse de la Ve république n’officiera plus en direct le matin sur Europe 1 dès le mois prochain. Les mauvais résultats de la matinale nécessitent une réforme. Il est le premier à en faire les frais. Une mise au placard, pour beaucoup d’observateurs, d’un homme qui n’a pas su prendre la mesure du renouvellement politique de ces derniers mois. Mais attention, il n’a pas encore dit son dernier mot et restera à l’antenne chaque samedi et dimanche, à 8 h 20, toujours dans sa discipline favorite : l’interview politique.

Régulièrement moqué par Nicolas Canteloup dans sa Revue de Presque pour la doudoune qu’il quittait rarement, Jean-Pierre Elkabbach n’appréciait pas les allusions de l’humoriste à propos de ses séjours réguliers dans un palace au Maroc. Il aura désormais encore plus de temps pour aller se ressourcer dans cette Afrique du Nord qu’il n’a jamais oubliée (il est né à Oran) et qui reste encore très présente dans son cœur. 

15/11/2016

De choses et d'autres : Quand Alain Juppé manie l’ironie après sa sortie sur le Prisunic

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Dimanche, invité sur France 3, Alain Juppé a commis une bourde énorme, colossale, quasiment éliminatoire dans la course à la présidence tant elle est révélatrice de son incompétence. Pour parler du revenu universel il ose cette comparaison : « Est-ce que tout le monde va le toucher, de madame Bettencourt jusqu’à la vendeuse de Prisunic ? » Oui, vous avez bien lu : Prisunic ! Immédiatement les gardiens de la modernité s’offusquent. Quel homme politique prétendant devenir président cite des magasins qui n’existent plus depuis 15 ans ? Totalement hors sol. Car oui, sur les réseaux sociaux, le débat se résume à des détails de cet acabit (cf les chocolatines).

Le maire de Bordeaux, si souvent brocardé pour son grand âge et son sérieux de croque-mort réplique en maniant une ironie digne d’un maître es communication. Hier matin sur RTL, après avoir admis qu’il ne se rend plus au Prisunic mais au Monoprix faire ses courses, il se lance dans un véritable sketch pince-sans-rire : « Je bats ma coulpe. J’ai fait une énorme connerie. C’est épouvantable. Ça disqualifie ma candidature à la présidence de la République, je le reconnais volontiers. »

Se moquer des moqueurs, quelle jolie réaction. Car à la fin de son intervention il en rajoute une couche : « Quand on est maire depuis vingt ans, on sait ce que c’est que - pardon, à nouveau, les supérettes de proximité. Mais c’est peut-être pas comme ça que ça s’appelle... » 

12/11/2016

De choses et d'autres : Précis de « gentillesses » politiques

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Le capitaine Haddock aurait fait un excellent homme politique. Du moins dans sa propension à insulter à tout-va à l’aide de jurons très imagés.

L’insulte en politique compte une longue histoire racontée avec force exemples édifiants par Bruno Fuligni dans un dictionnaire dont la nouvelle édition, « Spécial présidentielle 2017 », vient rafraîchir les mémoires. On ira avec délectation vers les entrées des possibles présidentiables comme Nicolas Sarkozy (« Pas méchant mais pas d’allure. En fait il est bien plus fade qu’on ne le croit » Ségolène Royal) ou Alain Juppé (« C’est Fabius en pire. Ce dernier avait un soupçon de sensibilité, l’autre je ne le pense pas » Nicolas Sarkozy).

Plus loin dans le temps, député puis sénateur des Pyrénées-Orientales, Jules Pams faisait les frais de la verve de Clemenceau : « Pams, ce n’est pas un nom, c’est un bruit ». On notera d’ailleurs qu’au début du XXe siècle, les insultes étaient très virulentes. De même le dénigrement antisémite n’était pas une légende, pour preuve les propos de Léon Daudet sur Léon Blum ou de Charles Maurras sur Abraham Schrameck, particulièrement nauséabonds.

➤ « Petit dictionnaire des injures politiques », L’Editeur, 19 €

 

27/09/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Votes primaires

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Pour la première fois de son histoire, la droite française se lance dans des primaires pour désigner son candidat à la présidentielle. De Gaulle doit bien ricaner dans sa tombe. Preuve que les idées de démocratie participative ne cessent de progresser, les chantres de l'homme providentiel se tournent aux aussi vers une désignation plus transparente.

Avec pas mal de risques. De scission dans un premier temps. On ne s'affronte pas durant deux mois pour se rabibocher trois jours plus tard en ayant oublié toutes les vacheries balancées en public. Si Juppé l'emporte, que vont faire les soutiens de Sarkozy, beaucoup plus nombreux que ceux du maire de Bordeaux ?

A l'inverse, Juppé battu osera-t-il se rallier au panache du maire de Pau et monarque du Béarn ? Autre difficulté en vue, la validité des résultats. Pas à cause de procurations douteuses (elles sont tout simplement interdites) mais par la volonté affichée de militants de gauche d'aller voter, juste pour faire barrage à l'ancien président. Il leur en coûtera deux euros, mais ils estiment que c'est le prix à payer pour éviter le retour de Nicolas Sarkozy, encore plus détesté à gauche depuis qu'il marche ouvertement sur les plate-bandes du Front national.

Résultats contestables aussi avec les votes probables de certains soutiens de François Hollande beaucoup plus machiavéliques. Eux, au contraire, vont se déplacer pour aider Nicolas Sarkozy à l'emporter, adversaire le plus à la portée de l'actuel président. Un sacré micmac pour désigner celui que tous les sondages donnent comme futur président de la République.

19/11/2014

BD : La fin de la prohibition

 

 

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Ceux qui pensent lire un roman graphique copieux sur la fin de la prohibition de l'alcool aux USA dans les années 30 en seront pour leur frais. « Legal » de Cédric Gouverneur (scénariste) et Amazing Ameziane (scénario et dessin) est en fait un ouvrage de politique fiction. Les deux auteurs imaginent comment la légalisation du cannabis en France pourrait radicalement transformer notre société. Un nouvel accident vient endeuiller la ville de Nanterre. Après de multiples règlements de comptes entre bandes rivales pour la maitrise du trafic de drogue, c'est un go-fast qui est à l'origine d'une collision. En percutant un bus scolaire, des dizaines de jeunes meurent en victimes collatérales de cette course sans fin à l'approvisionnement. Le maire de gauche, soutenu par l'Élysée, tente une expérience de légalisation du cannabis dans sa commune pour mettre fin au trafic. La BD alterne entre plongée dans les dédales du grand banditisme mondial et les arcanes de la politique locale. C'est parfois très documenté mais aussi passionnant car l'intrigue repose sur le parcours de trois « héros » : une jeune conseillère en communication du maire, un dealer un peu révolutionnaire et un ex-tautard prêt à tout pour s'en sortir et ne pas plonger. Étonnant, mais en refermant le bouquin on se surprend à l'interroger « Pourquoi pas ? »

« Legal », Casterman, 22 €

 

 

 

24/09/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : associations hétéroclites

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Au gré de mes pérégrinations sur le net, je tombe sur ce blog assez génial associant livres et alcools. Un lecteur averti publie une photo pour chaque livre lu. Par exemple, le remarquable roman "Ecrits fantômes" de David Mitchell (chez Points) est à savourer avec le goût d'une Torra, bière corse parfumée à l'arbouse. Certains livres vous percutent à tel point qu'ils ne nécessitent pas d'alcool. "La conjuration des imbéciles", chef d'œuvre de John Kennedy Toole, ne supporte que du jus de clémentine.

Ces idées d'associations sont déclinables à l'infini. Il suffit de choisir deux catégories suffisamment riches pour s'ouvrir de nouveaux horizons. Par exemple, cinéma et politique, un film et un politicien. Les choix pour François Hollande : "Les parapluies de Cherbourg" ou le guilleret "Chantons sous la pluie". Les racines ibériques de Manuel Valls le destinent naturellement à "Matador" de Pedro Aldomovar.

Dans l'opposition, vu la conjoncture, Nicolas Sarkozy me fait immédiatement penser, retour oblige, à ce film français des années 80 avec Jerry Lewis en vedette : "Par où t'es rentré, on t'a pas vu sortir ?". Alain Juppé s'accommoderait bien d'un film avec Schwarzenegger. Pas pour leurs musculatures, assez peu comparables, mais pour le côté "Je suis une star, terminés les seconds rôles".

Cécile Duflot, tant par son apparence que son caractère, ferait une remarquable "Hulk" française. Mais le mieux loti reste DSK. Il a droit à son propre film inspiré de ses démêlés judiciaires

En bonus, le bêtisier du film de Philippe Clair :

10/05/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Démocratie extensive à l'épreuve des Européennes

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Ces élections européennes s'annoncent sous les meilleurs auspices ! Pas au niveau de la participation ni de l'intérêt des électeurs (malheureusement) mais à celui de la diversité des listes en lice. Si aux municipales, je me plaignais de ne pas avoir de choix (une seule liste en course, celle du maire sortant réélu avec 100 % des voix...), cette fois il y en a pléthore. 25 listes dans la circonscription du Sud-Ouest. En Ile-de-France, ils font mieux avec 32 étiquettes.

En plus des partis classiques, de gauche à droite, on trouve quelques "perles", de celles qui font la joie et le bonheur des gloseurs de choses et d'autres dans mon genre. Certains candidats s'affichent ouvertement hors normes comme le "Parti faire un tour" (le Pffft !) ou la liste "Cannabis sans frontières".

Plus près de chez nous, que peut donc bien proposer le "Programme libertaire pour une Europe exemplaire contre le sexisme et la précarité" ? Réponse dans sa profession de foi : "Nous ne violons pas", "Les faibles nous protégeons"... Sans oublier l'essentiel "Nous ne tuons pas". Au rang des aberrations, saluons les Royalistes et les partisans du vote blanc. Les premiers proclament un slogan très soixante-huitard : "Ils vous promettent la lune, exigez le soleil". Les seconds ne craignent pas la contradiction : pour soutenir le vote blanc, ils impriment leurs propres bulletins...

Plus exactement, c'est vous qui les imprimez depuis leur site internet, de même que toutes ces petites listes qui ont rarement les moyens de financer leur campagne. Mais si elles passent les 3 %, ce sont elles qui seront remboursées !

11/03/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Politique, nom féminin

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La parité dans les élections, parfait. Reste que cela ne changera pas la mentalité des sexistes. Et comme par hasard, c'est parmi les élus que cette parité, nécessaire pour permettre enfin aux femmes d'accéder au pouvoir, passe le moins.

Pour les sceptiques, ceux qui sont persuadés d'une cabale menée par les féministes toujours promptes à jouer les victimes d'un système machiste, un site internet permet de prendre la juste mesure de la misogynie ambiante. Intitulé "Et sinon, je fais de la politique", il recense, à l'initiative de Karima Delli, députée européenne "plusieurs remarques, réflexions, ou autres 'blagues'. Anodines pour les uns, légères pour les autres, elles s'avèrent simplement sexistes, machistes et parfois insultantes."

Petit florilège. A la fin d'une réunion tardive : "Alors maintenant, tu vas rentrer chez toi, faire des coquillettes au gruyère à ton mari ?" Au cours d'une réunion publique : "Je vote pour ton candidat si tu me montres tes seins." Dans une rencontre entre élus : "T'as été élue grâce à la parité ou une promotion canapé ?" Enfin cette appréciation : "Elle bosse bien, elle est redoutable, et en plus elle est jolie…" Franchement, à la place des femmes politiques qui prennent ça avec humour (ce qui prouve une fois encore leur intelligence), j'aurais répliqué, dans l'ordre : "Tu sais faire cuire des coquillettes, toi ?" "Mes seins, eux, ne font pas de politique" "Et toi, sur le quota beauf ou débile ?" "Tout le contraire de toi qui est fainéant, mou et particulièrement repoussant."

J'en viens à regretter le panachage aux municipales. J'aurais rayé avec plaisir un nom sur deux. Les hommes, évidemment...

Chronique "De choses et d'autres" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant. 

30/01/2014

BD : regretté temps du politiquement très incorrect de Reiser et du Hara Kiri de Cavanna et Choron

Notre bonne société n'a pas toujours été policée et aseptisée. Dans les années 60, 70 et 80, l'humour n'avait pas de limites. Exemples avec ces deux beaux livres sur la revue Hara Kiri et l'un de ses piliers, Reiser.

 

reiser, hara kiri, humour, sexe, politique, censureSi le samedi soir vous vous gondolez en découvrant les faux reportages du Groland sur Canal+, sachez qu'ils n'ont rien inventé. Ce sont les dignes héritiers des « horribles » de Hara Kiri. Le journal « bête et méchant », dans une époque où la censure veillait encore sur le contenu des journaux, a brisé un nombre considérable de tabous. Car la meilleure façon de combattre le racisme, la violence faite aux femmes ou l'extrémisme religieux (voire la religion tout court...) reste et restera toujours d'en rire.

Cette époque bénie du temps du politiquement incorrect vous pouvez en revivre la substantifique moelle dans un ouvrage luxueux de 330 pages paru cette semaine chez Glénat. Une petite préface de Cavanna (le grand créateur avec Choron) pour contextualiser le tout et place aux dessins. Fred, Gébé, Chaval, Topor, Wolinski.

La ligne éditoriale oscille entre provocation gratuite et poésie absurde. Les journaux sont vendus presque à la sauvette. Au début des années 60, le Gaullisme impose une chape de plomb sur l'information. Heureusement les mœurs évoluent, Hara Kiri est à la pointe. L'arrivée de Reiser ou de Cabu donnent un coup de fouet aux dessins d'humour, caustiques, acides. Ensuite cela va aller crescendo dans la provocation. Willem, Kamagurka vont apporter une vision étrangère.

A côté des fausses pubs regorgeant de femmes nues, le dessin d'humour va un peu perdre de son importance. Mais c'est quand même dans ces croquis ou histoires courtes que l'on retrouve toute la méchanceté du titre.

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Reiser, le meilleur

On y retrouve bien sûr quantité de dessins de Reiser. Il signe la couverture de ce beau livre sur Hara Kiri mais aussi celle ce celui qui lui est entièrement consacré. Cela fait 30 ans que l'inventeur du Gros dégueulasse a lâché la rampe. Un foutu cancer. Il a dessiné durant plus de 20 ans. Et comme il produisait énormément, Jean-Marc Parisis, son biographe, a dû beaucoup éliminer pour ne garder que le plus parlant de l'œuvre si diversifiée d'un génie : du Reiser visionnaire et écologiste avant l'heure (il vénérait le Soleil et son énergie) au Reiser fou des femmes, sachant si bien rendre toute leur beauté, en un trait rond et simple, à des fesses plus vraies que nature. Anarchiste avant tout, il aimait la vie. On découvre aussi le Reiser intime et torturé dans des croquis jamais publiés, bribes d'idées, symptômes dépressifs d'un homme inquiet. Et puis comme c'est un beau livre, au format généreux et à la réalisation soignée, ne manquez pas les pages en couleurs. Il posait sa peinture comme il dessinait : rageusement. Des aquarelles d'une rare beauté, même si ce sont deux chiens qui forniquent...

Aujourd'hui Hara Kiri n'existe plus et Reiser est mort, comme si notre envie de transgression avait disparue. L'époque est tiède. Alors en vieux combattants de l'immonde, savourons ce que les artistes et humoristes contemporains ne peuvent même plus imaginer réaliser !

Michel Litout

« La gloire de Hara Kiri », collectif, Glénat, 35 €

 

« Reiser », Glénat, 45,50 €