28/04/2017

De choses et d'autres : Winter is coming


En des temps reculés, on y aurait forcément vu un signe annonciateur de catastrophe imminente. Comme si un grave danger allait nous menacer sous peu. « Winter is coming » répètent inquiets les personnages de la série « Game of Thrones ». Pourquoi, fin avril, se met-il à faire si froid d’un coup, la neige tombant drue sur la montagne ? L’hiver va-t-il faire un retour sur la France, plonger le pays dans des ténèbres glaciales ? Le jour même où les producteurs de cerise de Céret vont remettre les premiers fruits de l’année au président de la République, un manteau blanc et un ciel gris gâche les couleurs du printemps pourtant presque là depuis quelques semaines. Pour preuve, cela fait trois semaines que j’ai troqué ma veste matelassée pour le blouson léger en scooter. Résultat je suis arrivé au journal frigorifié... 
Une autre qui n’apprécie que moyennement ce retour de manivelle de la météo c’est l’amie belge qui vient passer trois jours à la maison. Persuadée trouver soleil et chaleur, elle est arrivée hier midi avec dans son bagage shorts et sandalettes. Heureusement au départ de Charleroi il faisait presque aussi froid. Sinon cela aurait été un choc thermique redoutable. « Merci pour le temps de m...» s’est-elle exclamée dans un grand éclat de rire à sa descente d’avion. L’avantage avec les gens du Nord : ils sont toujours de bonne humeur. Et surtout ils savent que ce fameux hiver peut faire des siennes, mais que toujours, quoi qu’il arrive, il laisse la place au printemps, à la renaissance et à l’espoir. Et si ce n’est pas en avril, ce sera en mai... 
(Chronique parue le 28 avril en dernière page de l'Indépendant)

25/04/2017

De choses et d'autres : Humour d’isoloir

 
Après le premier tour de la présidentielle l’heure est grave. Mais le bis repetita du cauchemar de 2002 avec la présence du FN au second tour ne doit pas nous empêcher de rire un peu. Quelques électeurs ont profité de leur droit de vote pour faire passer des messages subliminaux destinés à nos zygomatiques. Comme cette enveloppe contenant non pas un bulletin mais un joli billet de 50 euros. Un pactole découvert dans une urne du XVe arrondissement parisien. Avec cette inscription manuscrite, lourde de sens : « Pour Penelope ». Une façon plus imagée et moins agressive de dénoncer les « affaires ». Moins trivial et direct que les nombreux bulletins du candidat de la droite ornés du fameux slogan très partagé sur les ré- seaux sociaux : « Rends l’argent ».
Un peu avant le vote, toujours sur Twitter ou Facebook, certains petits malintentionnés, pour diminuer l’impact du Front national, ont demandé aux électeurs de Marine Le Pen d’entourer son nom afin de bien préciser qu’il la soutenait. Une inscription qui automatiquement rendait le bulletin nul. Il semble que l’astuce n’ait pas pris.
Mais que penser de ce vote pour Jean-Luc Mélenchon déclaré nul après hésitation ? Dans le coin en haut à droite, des traces de rouge à lèvres laissées par la bouche d’une électrice après un baiser appuyé. Déclaration d’amour ? Bisou pour lui porter chance ? Raté, car au final, le candidat de la France Insoumise a perdu un suffrage. 

24/04/2017

De choses et d'autres : Le début d’une nouvelle vie


Terminés les enfantillages et les « petits candidats ». La constitution française est ainsi faite. Après un premier choix, sorte de tri sélectif avant valorisation, il n’en reste que deux.
François Asselineau, si calé sur tous les traités et autres textes officiels, doit certainement connaître sur le bout des doigts l’article 7 de la Constitution française. Et le redouter car selon toute logique il marque la fin de son rêve de pouvoir : « Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si celle-ci n’est pas obtenue au premier tour de scrutin, il est procédé, le quatorzième jour suivant, à un second tour. Seuls peuvent s’y présenter les deux candidats qui, le cas échéant après retrait de candidats plus favorisés, se trouvent avoir recueilli le plus grand nombre de suffrages au premier tour. » Ils étaient 11 au départ. Il n’en reste que deux. Neuf viennent de passer à la trappe, brutalement, sèchement, comme dans un jeu télévisé récent. De la lumière de l’égalité de parole aux oubliettes de la logique politicienne. Cela semble trivial, mais c’est le mode démocratique choisi par les institutions françaises après l’instabilité gouvernementale qui a plombé la IVe république.
On peut imaginer quantité d’analogies avec des situations du quotidien. Je me risque à établir le parallèle avec celle du début de la vie. Lors de l’acte de reproduction, il y a un ovule (la France) et quantité de spermatozoïdes (les candidats). Mais au final, il n’y en qu’un et un seul qui a le droit de féconder. Espérons que le bébé soit en bonne santé. 
(Chronique parue le 24 avril en dernière page de l'Indépendant)

21/04/2017

De choses et d'autres : Dimanche, pas de blague

Dimanche, c’est nous, électeurs français qui aurons la parole. Alors pas de blague ! Car pour ce premier tour d’une élection cruciale, le temps n’est plus à la rigolade. Voilà des semaines qu’au quotidien j’essaie de trouver des anecdotes marrantes sur les mœurs de l’« animalus politicus ». J’ai parfois eu bien du mal à tourner en dérision des postures ou positions cachant de réelles inquiétudes. A la limite de la schizophrénie quand il s’agit du Front national et de sa candidate. Marine Le Pen a longtemps tenu un discours apaisé. Moins radical. Mais le fond reste le même. Extrémiste et dangereux. La semaine dernière, coiffé de ma casquette de journaliste local, pas de chroniqueur de la vie quotidienne composée « de choses et d’autres », j’ai pu m’en rendre compte pendant son meeting à Perpignan. Des technocrates européens aux islamistes en passant par les migrants, elle a énuméré tout ce quelle voudrait éradiquer elle, présidente. 
Plus qu’une aventure risquée, une victoire de Le Pen serait une véritable catastrophe pour ce beau pays que moi aussi j’aime de tout mon cœur, mais sûrement pas de la même façon que la fille de Jean-Marie. Comme un retour vers un passé sombre que malheureusement beaucoup semblent vouloir occulter. Souvenez-vous des photos des plages d’Argelès en 1939. Si la France n’avait pas ouvert ses frontières du temps de la Retirada, l’Aude et les P.-O. n’auraient pu accueillir les réfugiés espagnols dont les descendants sont à présent nos amis, nos voisins, nos cousins
(Chronique parue le 21 avril en dernière page de l'Indépendant)

20/04/2017

De choses et d'autres : les inconnues de dimanche


Un peu comme une armée de zombies marchant hagards vers les bureaux de vote, va-ton voir des millions d’indécis s’y diriger dimanche en criant non pas « Brain ! Brain ! » mais « Qui ? Qui ? » ? « Qui » mérite leur bulletin en l’occurrence. Car à quatre jours du premier tour, un pourcentage non négligeable de citoyens totalement déboussolés hésite encore entre deux candidats, voire beaucoup plus. Certains ont même affirmé dans des enquêtes d’opinion qu’ils ne se décideront que dans l’isoloir. Pour éviter la formation de longues files d’attente, il faudra peut-être doter les assesseurs de sabliers. Vous ne pourrez rester que trois minutes derrière le rideau. Sinon, allez vous faire cuire un œuf, au-delà de cette limite votre bulletin n’est plus valable. 
Autre inconnue : la météo. Souvent c’est elle qui détermine l’élection. L’augmentation de la température est inversement proportionnelle à celle de la participation. Dimanche, sur toute la France, on annonce un « ciel un peu couvert » au nord et « plein soleil » au sud. Voilà qui ne devrait pas inciter les fameux indécis à se déplacer. Entre choisir le meilleur au sein des prétendants peu convaincants et un pique-nique en famille, beaucoup ne tergiverseront pas longtemps. Par chance, les bureaux restent ouverts jusqu’à 19 h cette année. Même dans les petites communes. L’opportunité de réfléchir sur son choix durant la journée, tout en profitant d’un jour de repos décontracté, et d’accomplir son devoir de citoyen au retour. 
(Chronique parue le 20 avril en dernière page de l'Indépendant)

19/04/2017

De choses et d'autres : Participez !


Derniers jours de campagne électorale. Derniers meetings et surtout pour tous les candidats dernières chances de persuader les électeurs de faire l’effort de se déplacer dimanche. Même si, au vu des débats, on peut se demander s’ils sont les mieux placés pour convaincre les abstentionnistes. « Aujourd’hui » relate l’initiative originale d’un patron de bar dans un village des Côtes d’Armor. Si vous lui présentez dimanche votre carte électorale dûment tamponnée, vous aurez droit à une consommation gratuite. Il espère grâce à ce geste propulser la participation du bureau de vote le plus proche au-dessus des 80 %. Il est encore temps pour tous les cafetiers de généraliser l’opération.
Seul inconvénient, on ne peut voter qu’une fois. Je connais certains citoyens prêts à voter (et boire) 10 fois pour être sûrs de pouvoir encaisser le résultat du premier tour tant ils redoutent certains scénarios impossibles à exclure en raison des scores serrés. Et tant qu’à faire, les boulangers pourraient eux aussi faire un effort et proposer un croissant (voire un pain au chocolat pour ceux qui auraient voulu voir Jean-François Copé, leur meilleur VRP, vainqueur de la primaire de la droite) gratis pour tout vote avant 11 heures.
Si quelques restaurants ou cinémas suivent le mouvement, on pourra, après avoir voté à l’ouverture des bureaux dès 8 h, boire, manger et se divertir sans débourser un centime. Mieux qu’une promesse électorale. 

13/04/2017

De choses et d'autres : futur logement vacant


Dans un mois, un logement va se libérer. Le président de la République française a pris pour habitude d’emménager dans le Palais de l’Élysée. La ou le vainqueur du second tour aura donc la possibilité de louer son actuelle demeure.
Cela a donné l’idée au site Likibu.com, « le 1er comparateur de location de vacances » d’estimer « les prix à la location auxquels pourraient être affichés les biens des candidats à l’élection présidentielle. » En s’alignant sur la moyenne des locations constatées pour les surfaces et lieux déclarés, on s’aperçoit que là aussi les écarts sont grands. Le jackpot et de très loin est remporté par François Fillon. Sa simple maison, présentée par le site comme un manoir, pourrait être louée 510 euros par nuit. Plus de 3 000 m2 habitables et un nombre considérable de chambres. Si le candidat de la droite l’emporte et fait le plein à la location durant les cinq années de son mandat, il pourrait empocher plus de 930 000 euros. De quoi, enfin, mettre un peu de sous de côté. Ou accepter, comme lui demandent des milliers d’internautes, de « rendre l’argent » des salaires des emplois présumés fictif de sa famille.
François Asselineau, propriétaire d’un 200 m2 en plein Paris, pourrait quant à lui récolter 410 euros par jour. Dormir chez Emmanuel Macron au Touquet coûtera au touriste « en marche » 146 € la nuit. Encore faudra-t-il qu’Emmanuel persuade son épouse Brigitte, propriétaire en son nom propre du bien immobilier.
Enfin pour Philippe Poutou la question ne se pose même pas : seul ouvrier candidat, c’est aussi le seul qui ne soit pas propriétaire et loue son logement... 

(Chronique parue le 13 avril en dernière page de l'Indépendant).

10/04/2017

De choses et d'autres : Seule la victoire compte


La politique, comme le sport, est une histoire de classement. Une seule place importe : la première. Si au soir du 23 avril prochain, ils ne restent plus que deux en lice - la course par élimination laissera 9 candidats sur le bord de la route - la victoire ne sera en aucun cas fêtée par celui qui, deux semaines plus tard, terminera second. Cruauté de la démocratie et de la majorité, une fois que les urnes ont parlé, un peu moins de la moitié des voix exprimées, celles qui se sont portées sur le perdant, partent à la poubelle et le vaincu aux oubliettes. 
Cela explique sans doute l’acharnement de certains (Mitterrand et Chirac) à se représenter jusqu’à l’obtention de la place tant convoitée. Car à la différence du sport, les occasions de monter au sommet du podium sont beaucoup plus rares en politique, surtout dans une élection présidentielle. 
Hier, Lewis Hamilton a remporté le grand prix de Chine. Il devait être content, mais ce n’est qu’un début. Il gagnera d’autres courses en 2017 et même les années prochaines. L’USAP a battu le Racing à Narbonne. Espoir d’un côté, désespoir de l’autre. Néanmoins rien n’est encore joué pour la qualification ou la descente. 
Au marathon de Paris, l’exploit de Paul Lonyangata et Purity Rionoripo doit surtout à leur situation particulière. Habitués des médailles, chacun devait certainement être plus heureux de la victoire de l’autre. Normal, quoi de plus sympa que de gagner la même compétition que son ou sa compagne. Dommage que l’on ne puisse pas voter pour la première dame, voilà qui pimenterait encore plus cette élection. 
(Chronique parue le 10 avril en dernière page de l'Indépendant.)

07/04/2017

De choses et d'autres : Final à l’arrière-plan


Ce débat à 11 avant le premier tour, inédit, mérite un ultime commentaire. Non sur le plan politique, de moins en moins important malheureusement, mais sur les conclusions, dernier message diffusé à plus de minuit. Face à la caméra, les candidats ont quitté l’improvisation pour tenter de délivrer une péroraison convaincante.
Premier choc avec Marine Le Pen. Pas tant son discours que la personne à l’arrière-plan. Une dame aux cheveux gris peu souriante. Le flou de la profondeur fait qu’elle ressemble trait pour trait à Penelope Fillon. Un sosie, embauché par le Front National pour déstabiliser le candidat Les Républicains ? Non, mais encore une histoire de famille puisqu’il s’agit de Marie-Caroline Le Pen, grande sœur de Marine. Fâchée avec le père, l’aînée a renoué avec sa cadette au point de s’asseoir au premier rang.
J’ai tenté d’écouter ce qu’a dit François « en vertu de l’article XX de la constitution » Asselineau. Mais mon attention a été accaparée par un jeune placé derrière lui, petite barbe bien taillée. Il semble souffrir d’une maladie rare, genre syndrome de la Tourette version clin d’œil. Ses paupières ne cessaient de s’ouvrir et se fermer deux à trois fois par seconde. Inoffensif, mais totalement fascinant.
Benoît Hamon s’est essayé à la poé- sie pour énumérer la diversité des Français qu’il veut rassembler, les Bretons, les Catalans, ceux qui viennent du pays Dogon, des « rives du fleuve Sénégal » ou qui ont « laissé derrière eux l’odeur du jasmin d’Alger ».
Enfin, respect à la « figurante » derrière Emmanuel Macron, au sourire figé du début à la fin, tête penchée, telle une Madone écoutant religieusement son mentor. 
(Chronique parue le 7 avril en dernière page de L'Indépendant)

06/04/2017

De choses et d'autres : Se retrousser les manches


Long ce débat à 11. Très long. Mais pour les chaînes d’info, notamment BFMTV, il fallait continuer dans la foulée à le transformer en événement historique et dé- crypter immédiatement les interventions des uns et des autres. Un « After débat » avec en plateau des journalistes politiques habitués des projecteurs.
Parmi eux, Anna Cabana du Journal du Dimanche n’a pas caché sa stupéfaction face à l’attitude de Philippe Poutou. On sentait que la désinvolture du candidat du NPA, son vocabulaire, jusqu’à ses vêtements l’ont heurtée. On peut ne pas être d’accord avec les propositions d’un candidat. Mais pourquoi juger son apparence plutôt que son programme ? Anna Cabana n’a pas aimé que Poutou ne participe pas à la photo de famille. « Et alors ? » pourrait-il répondre comme d’autres. S’est-il rendu sur le plateau pour se retrouver immortalisé à côté de Marine Le Pen comme Nathalie Arthaud qui doit maudire le tirage au sort ? Sûrement pas. Elle stigmatise le fait qu’il ne porte pas de veste. Voire de costume. Attention, sujet sensible.
Enfin elle a osé cette incroyable critique en affichant une moue de dégoût très perceptible : « Il s’est retroussé les manches ». Rappelons à Mme Cabana que Philippe Poutou, ouvrier, incarne la signification de l’expression. Souvent sur un chantier ou une chaîne de production, on doit effectivement se retrousser les manches. Un monde abstrait pour des journalistes politiques totalement coupés des réalités. 
(Chronique parue le 6 avril en dernière page de L'Indépendant)