11/05/2017

De choses et d'autres : La reconnaissance du ventre


Dans ce monde, rien ne sert d’être servile et bûcheur. Prenez François Baroin : obnubilé par le poste de Premier ministre, il jure allégeance à Nicolas Sarkozy. Ça c’était avant les primaires. Son maître à penser dé- boulonné, il rallie François Fillon, ses affaires, ses costumes. Mais toujours avec la promesse d’être à Matignon. Après le premier tour, on aurait pu croire que Baroin tire une croix définitive sur ce poste tant convoité. Que nenni. Il dirige la campagne des législatives pour la droite et assure, si ses troupes l’emportent, de prendre... Matignon. De l’autre côté de l’échiquier il en est un autre qui fait tout pour continuer à exister : Manuel Valls. Battu à la primaire, il serre la main de Benoît Hamon et disparaît. Mais quelques jours avant le premier tour, il sort de sa réserve et appelle à voter Macron. En voilà un qui croit toujours aux sondages. Et à la reconnaissance du ventre. Car une fois à l’Élysée, Macron ne peut que le récompenser. Valls en est persuadé. Quand il annonce avec fanfare et tralala en direct à la radio qu’il va se présenter à la députation sous l’étiquette « Majorité présidentielle », il est humilié par l’état-major d’En Marche ! : pas de passe-droit, qu’il dépose un dossier d’investiture d’abord... Et oui monsieur l’ancien Premier ministre, tel est le monde d’aujourd’hui. Vous travaillez dur et le mieux possible, pensez que votre action va être remarquée, récompensée même. Naïveté que tout cela. A la première occasion vous êtes jeté à la poubelle tel un vulgaire kleenex usagé. Comme dirait Mélenchon, « Les gens, retenez la leçon ! » 

(Chronique parue le 11 mai en dernière page de l'Indépendant)

10/05/2017

De choses et d'autres : Nul et non avenu


Voter blanc à une élection, est un non-choix. Par contre, voter nul demeure une bonne occasion pour un électeur lambda de faire passer un message. Confidentiel, mais grâce à quelques assesseurs de bureau de vote malicieux, certains de ces bulletins ont eu les honneurs des réseaux sociaux ou des chroniques locales. A Grenoble, un électeur a glissé un bulletin de Marine Le Pen mais a rajouté de sa main cette précision pleine d’ironie : « Non, je déconne ».
Un vote nul ce ne sont pas que des insultes rajoutées sur le bulletin d’un candidat que l’on n’aime pas, ce sont aussi des clins d’œil comme cette image de Pikachu ou cette carte de condoléances. Voire un don en nature quand on rajoute un préservatif (dans son emballage d’origine) ou une tranche d’andouille entourée de film plastique.
C’est l’occasion aussi de remettre les choses à leur place comme ce bulletin qui reprend les termes d’une de ces lettres type de refus envoyé à un demandeur d’emploi : « Mme Le Pen, M. Macron, malgré l’intérêt que suscite votre candidature, nous sommes au regret de ne pouvoir répondre favorablement à votre demande, ne disposant pas dans l’immédiat de poste correspondant à votre profil. » Expéditif, mais très proche de la réalité.
Enfin on peut voter blanc et nul à la fois. Comment ? En glissant, comme cet électeur breton, une photo de Michel Blanc dans l’enveloppe. Ça ne sauvera certainement pas la France mais au moins il y a de l’idée et c’est marrant.

(Chronique parue le 10 mai 2017 en dernière page de l'Indépendant)

02/05/2017

De choses et d'autres : calcul de justice


On se demande parfois combien « coûte » un vol. A partir de quelle somme dérobée risque-t-on la prison ? Il n’y a pas de règle. Seuls les juges sont décisionnaires « en leur âme et conscience » selon l’expression consacrée. Souhaitons à tous les justiciables qu’une récente décision du tribunal correctionnel de Laon dans l’Aisne ne se transforme pas en jurisprudence de calcul. La règle de trois est facile à appliquer dans le cas concret de cet homme condamné à 1 mois de prison ferme après avoir été pris en flagrant délit de vol par des gendarmes. Mauvaise idée aussi d’ouvrir la voiture d’un garagiste travaillant pour la maréchaussée et d’y dérober tout l’argent qui s’y trouvait. Un mois de prison ferme donc pour un butin de... 20 centimes. Même les élèves de primaire peuvent faire la conversion. Exemple de problème : « Vous ne payez pas le parking après avoir garé votre voiture en ville. Vous la laissez deux heures, sachant que le prix de l’heure est fixé à 1,20 euro. Combien de temps allez-vous passer en prison si le juge suit l’exemple de Laon ? » La ré- ponse à la question est proprement hallucinante : pour un « oubli » de 2,40 euros, vous pouvez vous retrouver une année complète derrière les barreaux. Imaginez la longueur de la peine de celui qui voit grand dans le détournement de fonds. Du genre plusieurs centaines de milliers d’euros de salaires d’un emploi fictif (680 000 à la louche). A ce tarif, il devrait être emprisonné durant 2833... siècles. 
(Chronique parue le 2 mai en dernière page de l'Indépendant)

28/04/2017

De choses et d'autres : Winter is coming


En des temps reculés, on y aurait forcément vu un signe annonciateur de catastrophe imminente. Comme si un grave danger allait nous menacer sous peu. « Winter is coming » répètent inquiets les personnages de la série « Game of Thrones ». Pourquoi, fin avril, se met-il à faire si froid d’un coup, la neige tombant drue sur la montagne ? L’hiver va-t-il faire un retour sur la France, plonger le pays dans des ténèbres glaciales ? Le jour même où les producteurs de cerise de Céret vont remettre les premiers fruits de l’année au président de la République, un manteau blanc et un ciel gris gâche les couleurs du printemps pourtant presque là depuis quelques semaines. Pour preuve, cela fait trois semaines que j’ai troqué ma veste matelassée pour le blouson léger en scooter. Résultat je suis arrivé au journal frigorifié... 
Une autre qui n’apprécie que moyennement ce retour de manivelle de la météo c’est l’amie belge qui vient passer trois jours à la maison. Persuadée trouver soleil et chaleur, elle est arrivée hier midi avec dans son bagage shorts et sandalettes. Heureusement au départ de Charleroi il faisait presque aussi froid. Sinon cela aurait été un choc thermique redoutable. « Merci pour le temps de m...» s’est-elle exclamée dans un grand éclat de rire à sa descente d’avion. L’avantage avec les gens du Nord : ils sont toujours de bonne humeur. Et surtout ils savent que ce fameux hiver peut faire des siennes, mais que toujours, quoi qu’il arrive, il laisse la place au printemps, à la renaissance et à l’espoir. Et si ce n’est pas en avril, ce sera en mai... 
(Chronique parue le 28 avril en dernière page de l'Indépendant)

25/04/2017

De choses et d'autres : Humour d’isoloir

 
Après le premier tour de la présidentielle l’heure est grave. Mais le bis repetita du cauchemar de 2002 avec la présence du FN au second tour ne doit pas nous empêcher de rire un peu. Quelques électeurs ont profité de leur droit de vote pour faire passer des messages subliminaux destinés à nos zygomatiques. Comme cette enveloppe contenant non pas un bulletin mais un joli billet de 50 euros. Un pactole découvert dans une urne du XVe arrondissement parisien. Avec cette inscription manuscrite, lourde de sens : « Pour Penelope ». Une façon plus imagée et moins agressive de dénoncer les « affaires ». Moins trivial et direct que les nombreux bulletins du candidat de la droite ornés du fameux slogan très partagé sur les ré- seaux sociaux : « Rends l’argent ».
Un peu avant le vote, toujours sur Twitter ou Facebook, certains petits malintentionnés, pour diminuer l’impact du Front national, ont demandé aux électeurs de Marine Le Pen d’entourer son nom afin de bien préciser qu’il la soutenait. Une inscription qui automatiquement rendait le bulletin nul. Il semble que l’astuce n’ait pas pris.
Mais que penser de ce vote pour Jean-Luc Mélenchon déclaré nul après hésitation ? Dans le coin en haut à droite, des traces de rouge à lèvres laissées par la bouche d’une électrice après un baiser appuyé. Déclaration d’amour ? Bisou pour lui porter chance ? Raté, car au final, le candidat de la France Insoumise a perdu un suffrage. 

24/04/2017

De choses et d'autres : Le début d’une nouvelle vie


Terminés les enfantillages et les « petits candidats ». La constitution française est ainsi faite. Après un premier choix, sorte de tri sélectif avant valorisation, il n’en reste que deux.
François Asselineau, si calé sur tous les traités et autres textes officiels, doit certainement connaître sur le bout des doigts l’article 7 de la Constitution française. Et le redouter car selon toute logique il marque la fin de son rêve de pouvoir : « Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si celle-ci n’est pas obtenue au premier tour de scrutin, il est procédé, le quatorzième jour suivant, à un second tour. Seuls peuvent s’y présenter les deux candidats qui, le cas échéant après retrait de candidats plus favorisés, se trouvent avoir recueilli le plus grand nombre de suffrages au premier tour. » Ils étaient 11 au départ. Il n’en reste que deux. Neuf viennent de passer à la trappe, brutalement, sèchement, comme dans un jeu télévisé récent. De la lumière de l’égalité de parole aux oubliettes de la logique politicienne. Cela semble trivial, mais c’est le mode démocratique choisi par les institutions françaises après l’instabilité gouvernementale qui a plombé la IVe république.
On peut imaginer quantité d’analogies avec des situations du quotidien. Je me risque à établir le parallèle avec celle du début de la vie. Lors de l’acte de reproduction, il y a un ovule (la France) et quantité de spermatozoïdes (les candidats). Mais au final, il n’y en qu’un et un seul qui a le droit de féconder. Espérons que le bébé soit en bonne santé. 
(Chronique parue le 24 avril en dernière page de l'Indépendant)

21/04/2017

De choses et d'autres : Dimanche, pas de blague

Dimanche, c’est nous, électeurs français qui aurons la parole. Alors pas de blague ! Car pour ce premier tour d’une élection cruciale, le temps n’est plus à la rigolade. Voilà des semaines qu’au quotidien j’essaie de trouver des anecdotes marrantes sur les mœurs de l’« animalus politicus ». J’ai parfois eu bien du mal à tourner en dérision des postures ou positions cachant de réelles inquiétudes. A la limite de la schizophrénie quand il s’agit du Front national et de sa candidate. Marine Le Pen a longtemps tenu un discours apaisé. Moins radical. Mais le fond reste le même. Extrémiste et dangereux. La semaine dernière, coiffé de ma casquette de journaliste local, pas de chroniqueur de la vie quotidienne composée « de choses et d’autres », j’ai pu m’en rendre compte pendant son meeting à Perpignan. Des technocrates européens aux islamistes en passant par les migrants, elle a énuméré tout ce quelle voudrait éradiquer elle, présidente. 
Plus qu’une aventure risquée, une victoire de Le Pen serait une véritable catastrophe pour ce beau pays que moi aussi j’aime de tout mon cœur, mais sûrement pas de la même façon que la fille de Jean-Marie. Comme un retour vers un passé sombre que malheureusement beaucoup semblent vouloir occulter. Souvenez-vous des photos des plages d’Argelès en 1939. Si la France n’avait pas ouvert ses frontières du temps de la Retirada, l’Aude et les P.-O. n’auraient pu accueillir les réfugiés espagnols dont les descendants sont à présent nos amis, nos voisins, nos cousins
(Chronique parue le 21 avril en dernière page de l'Indépendant)

20/04/2017

De choses et d'autres : les inconnues de dimanche


Un peu comme une armée de zombies marchant hagards vers les bureaux de vote, va-ton voir des millions d’indécis s’y diriger dimanche en criant non pas « Brain ! Brain ! » mais « Qui ? Qui ? » ? « Qui » mérite leur bulletin en l’occurrence. Car à quatre jours du premier tour, un pourcentage non négligeable de citoyens totalement déboussolés hésite encore entre deux candidats, voire beaucoup plus. Certains ont même affirmé dans des enquêtes d’opinion qu’ils ne se décideront que dans l’isoloir. Pour éviter la formation de longues files d’attente, il faudra peut-être doter les assesseurs de sabliers. Vous ne pourrez rester que trois minutes derrière le rideau. Sinon, allez vous faire cuire un œuf, au-delà de cette limite votre bulletin n’est plus valable. 
Autre inconnue : la météo. Souvent c’est elle qui détermine l’élection. L’augmentation de la température est inversement proportionnelle à celle de la participation. Dimanche, sur toute la France, on annonce un « ciel un peu couvert » au nord et « plein soleil » au sud. Voilà qui ne devrait pas inciter les fameux indécis à se déplacer. Entre choisir le meilleur au sein des prétendants peu convaincants et un pique-nique en famille, beaucoup ne tergiverseront pas longtemps. Par chance, les bureaux restent ouverts jusqu’à 19 h cette année. Même dans les petites communes. L’opportunité de réfléchir sur son choix durant la journée, tout en profitant d’un jour de repos décontracté, et d’accomplir son devoir de citoyen au retour. 
(Chronique parue le 20 avril en dernière page de l'Indépendant)

19/04/2017

De choses et d'autres : Participez !


Derniers jours de campagne électorale. Derniers meetings et surtout pour tous les candidats dernières chances de persuader les électeurs de faire l’effort de se déplacer dimanche. Même si, au vu des débats, on peut se demander s’ils sont les mieux placés pour convaincre les abstentionnistes. « Aujourd’hui » relate l’initiative originale d’un patron de bar dans un village des Côtes d’Armor. Si vous lui présentez dimanche votre carte électorale dûment tamponnée, vous aurez droit à une consommation gratuite. Il espère grâce à ce geste propulser la participation du bureau de vote le plus proche au-dessus des 80 %. Il est encore temps pour tous les cafetiers de généraliser l’opération.
Seul inconvénient, on ne peut voter qu’une fois. Je connais certains citoyens prêts à voter (et boire) 10 fois pour être sûrs de pouvoir encaisser le résultat du premier tour tant ils redoutent certains scénarios impossibles à exclure en raison des scores serrés. Et tant qu’à faire, les boulangers pourraient eux aussi faire un effort et proposer un croissant (voire un pain au chocolat pour ceux qui auraient voulu voir Jean-François Copé, leur meilleur VRP, vainqueur de la primaire de la droite) gratis pour tout vote avant 11 heures.
Si quelques restaurants ou cinémas suivent le mouvement, on pourra, après avoir voté à l’ouverture des bureaux dès 8 h, boire, manger et se divertir sans débourser un centime. Mieux qu’une promesse électorale. 

13/04/2017

De choses et d'autres : futur logement vacant


Dans un mois, un logement va se libérer. Le président de la République française a pris pour habitude d’emménager dans le Palais de l’Élysée. La ou le vainqueur du second tour aura donc la possibilité de louer son actuelle demeure.
Cela a donné l’idée au site Likibu.com, « le 1er comparateur de location de vacances » d’estimer « les prix à la location auxquels pourraient être affichés les biens des candidats à l’élection présidentielle. » En s’alignant sur la moyenne des locations constatées pour les surfaces et lieux déclarés, on s’aperçoit que là aussi les écarts sont grands. Le jackpot et de très loin est remporté par François Fillon. Sa simple maison, présentée par le site comme un manoir, pourrait être louée 510 euros par nuit. Plus de 3 000 m2 habitables et un nombre considérable de chambres. Si le candidat de la droite l’emporte et fait le plein à la location durant les cinq années de son mandat, il pourrait empocher plus de 930 000 euros. De quoi, enfin, mettre un peu de sous de côté. Ou accepter, comme lui demandent des milliers d’internautes, de « rendre l’argent » des salaires des emplois présumés fictif de sa famille.
François Asselineau, propriétaire d’un 200 m2 en plein Paris, pourrait quant à lui récolter 410 euros par jour. Dormir chez Emmanuel Macron au Touquet coûtera au touriste « en marche » 146 € la nuit. Encore faudra-t-il qu’Emmanuel persuade son épouse Brigitte, propriétaire en son nom propre du bien immobilier.
Enfin pour Philippe Poutou la question ne se pose même pas : seul ouvrier candidat, c’est aussi le seul qui ne soit pas propriétaire et loue son logement... 

(Chronique parue le 13 avril en dernière page de l'Indépendant).