04/05/2017

Thriller : Quand Sire Cedric fait dans le démoniaque montpelliérain

 


Il s’agit d’avoir le cœur bien accroché pour lire les cinq pages du prologue de ce thriller de Sire Cedric, Toulousain qui place l’intrigue « Du feu de l’enfer » dans l’Hérault. De nuit, une jeune femme fuit dans le parc d’une grande propriété. Nue. Affolée. Elle est rattrapée par un homme, nu lui aussi, mais le visage caché par une « tête de bouc. Cornes recourbées. Oreilles pointues. Poils épais. Une tête monstrueuse, démesurée par rapport à sa silhouette. » L’inconnue n’échappe pas à son poursuivant, personnification du diable. Premier cadavre de ce roman haletant. Ce n’est que le début.
Les cadavres, constituent le quotidien de Manon Virgo, l’héroïne du roman. Son fonds de commerce même ! Elle est diplômée de thanatopraxie et pratique en indépendante pour plusieurs entreprises de pompes funèbres. Un métier atypique, qui rebute le commun des mortels, mais une véritable révélation pour la jeune femme. Elle est le dernier interlocuteur d’hommes et de femmes qui viennent de perdre la vie. Avant de leur rendre beauté ou normalité pour les proches, elle aime leur parler, comme s’ils l’entendaient.
Manon va se retrouver malgré elle embarquée dans cette histoire satanique. A cause de son frère, Ariel. Limite zonard, instable, il a accepté d’aider son copain garagiste spécialisé dans le maquillage des voitures volées. Un soir, il dérobe une belle berline dans le parc d’une propriété à l’abandon supposée accueillir des parties fines entre notables de la région. Et dans le coffre, Ariel a récupéré une valise contenant un masque. Du type de celui utilisé par le tueur du prologue...
■ Terreur absolue
Ariel, jeté dehors par sa petite amie, trouve refuge dans l’appartement de Manon. Le lendemain, le voisin du dessus est retrouvé mort, les veines tranchées. Suicide, dé- cide rapidement la police locale. Mais un nouvel arrivé dans la brigade, Raynal, tente de creuser un peu plus. Il plaît bien à Manon ce flic atypique, qui se mouille pour elle quand elle découvre que le garagiste, copain d’Ariel, vient d’être assassiné. Elle décide de rendre la valise aux supposés amateurs de parties fines mais découvre, en plus de traces évidentes d’orgies, des cadavres de chiens. Elle se renseigne sur le net et trouve de nombreux articles sur le bétail mutilé, dont un fait divers, relaté dans l’Indépendant, « où pas loin de Perpignan un promeneur avait trouvé des chiens égorgés sur un terrain vague. L’article évoquait des actes de zoophilie sur ces bêtes » D’autres sites parlent de « messes noires » avec sacrifices d’animaux.
Le roman, après un début sanglant, met un peu de temps à se décanter. Pour mieux connaître les tourments de Manon. Son métier aussi. L’arrivée du policier, point romantique obligé, distrait un moment le lecteur. Mais quand les véritables méchants entrent en jeu, Sire Cedric atteint son meilleur niveau. Car l’écrivain français, aux faux airs de gothique, excelle dans la description des pires abominations. Le lecteur qui aime à se faire peur est servi avec « Du feu de l’enfer », les pages sont gorgées de sang, d’entrailles fumantes, de coups de théâtre, de trahisons et de rédemption. 
"Du feu de l'enfer", Sire Cédric, Presses de la Cité, 21,50 €

21/07/2016

Livre : En attendant la lumière sur Eden

Le second tome du récit de SF de Chris Beckett poursuit l'exploration d'une civilisation renaissante sur une planète sans soleil. Eclairant.

 

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En imaginant « Dark Eden », Chris Beckett a marqué des points dans l'imaginaire des passionnés de science-fiction. Un peu comme Robert Charles Wilson et son « Darwinia », tel un dieu, il a créé de toutes pièces un monde dans lequel les humains peuvent vivre tout en étant totalement déboussolés. Eden, planète inconnue au centre du premier roman (parution chez Pocket) et du suivant, « Les enfants d'Eden », est plongée dans le noir. Pas de soleil pour lui apporter lumière et vie. Pourtant il existe une atmosphère, un climat tempéré, de la végétation et une faune importante. Toute la vie de la planète vient de la lave de ses entrailles. Les arbres en tirent leur sève, la transforme en feuilles ou fruits lumineux. Les animaux aussi, tels certains poissons des abysses terriens, fabriquent leur propre lumière.

 

A la base, un vaisseau spatial s'écrase sur ce monde entre ténèbres et brillances. Des astronautes survivent. Lassés d'attendre en vain des secours, ils recréent une société, ont des enfants. Qui eux mêmes ont d'autres descendants. Bref, c'est l'histoire d'Adam et Eve qui se répète. Mais en vrai, problèmes de consanguinité non évacué. Quelques générations plus tard, la communauté se sépare. Certains veulent explorer la planète, d'autres préserver les acquis. « Les enfants d'Eden » se déroule après le grand schisme entre les partisans de David et de John raconté dans le premier tome. On suit l'envie de nouveauté de la jeune fille nommée Etoile. Repérée par le descendant direct de John, elle devient la porteuse de l'anneau. Une simple bague, dernier vestige de la toute première femme d'Eden, Angela, devenue Gela au fil du temps.

En autarcie

Chris Beckett délaisse un peu la flore et la faune pour se consacrer sur les personnages. Entre croyances moyenâgeuses, interprétations aléatoires du passé et lutte du pouvoir, on assiste à une redite en accéléré de tous les maux de la regrettée Terre. Étoile, trop naïve, se retrouve entraînée dans une fuite en avant où les forces du passé ne supportent pas les idées nouvelles de justice et d'égalité. Un petit précis de politique qui aborde sans tabou l'eugénisme, le machisme ou tout simplement la démocratie, si dangereuse dans certaines société trop habituées à subir au lieu de décider.

Ce n'est pas forcément optimiste pour notre propre monde. Pour Chris Beckett, le salut semble définitivement dans le repli sur soi, dans de petites communautés vivant en autarcie. Un grand plaidoyer contre la mondialisation...

« Les enfants d'Eden » de Chris Beckett, Presses de la Cité, 22 €.

 

19/05/2016

Thriller : Le passé se Corse dans "Le temps est assassin" de Michel Bussi

'Le temps est assassin', nouveau thriller de Michel Bussi se déroule en Corse, île du silence et des secrets.

Michel Bussi est le premier à tirer. Dans la catégorie "thriller pour l'été", son nouveau titre, "Le temps est assassin" part avec une longueur d'avance. Il n'en a pourtant pas besoin tant ce roman haletant et plein de rebondissements a toutes les chances de plaire à des milliers de lecteurs et de lectrices avides de suspense et de dépaysement. L'action se déroule en Corse, dans la presqu'île de la Revellata, à quelques encablures de Calvi. Une zone protégée, sauvage et authentique. Il n'y a qu'un camping dans cette nature préservée.

La famille Idrissi y a ses quartiers d'été. Paul, originaire de la région, y passe son mois de vacances en compagnie de sa femme et de ses deux enfants adolescents, Nicolas et Clotilde. Ce 23 août 1989, au soir, ils partent assister à un concert de polyphonies corses. Sur les routes en lacets, la Fuego rouge faut une embardée. La famille est décimée. Seule Clotilde s'en sort.

27 ans plus tard, la même Clotilde revient au Camping. Mariée, fille d'une adolescente, elle ose enfin revenir sur les lieux du drame. Mais rapidement elle va retrouver quelques fantômes qu'elle pensait oubliés. Le roman alterne entre cet été 2016 et celui de 1989.

Le lecteur découvre le drame qui s'est joué à l'époque en lisant le journal intime de Clotilde, 15 ans à l'époque. Les amours de vacances, le charme du beau Natale, pêcheur ami des dauphins, la beauté effrontée de l'Italienne de la bande, l'Allemand introverti, le jeune Corse prétentieux. Flirts de jeunesse mais aussi grandes tromperies autour du couple des parents. Rapidement Clotilde a la certitude que ce n'était pas un accident. La voiture a été sabotée.

Le roman devient vite addictif grâce à l'excellente description des doutes de Clotilde. Tant l'adolescente, rebelle, gothique que la mère de famille, désormais assagie mais toujours prête à tenter l'impossible pour retrouver les frissons de son amour de jeunesse. En y rajoutant un peu de préservation du patrimoine et de tradition, Michel Bussi signe un grand roman, à la chaleur moite et très sombre, malgré le soleil éblouissant de l'île de Beauté.

"Le temps est assassin" de Michel Bussi, Presses de la Cité, 21,50 euros

 

20/12/2015

Livre : Double vue

Un peu de fantastique, un serial killer plus classique, un couple d'écorchés : Sire Cédric manie à merveille ses ingrédients pour mitonner un excellent thriller.

 

avec tes yeux, presses de la cité, sire cédricL'auteur toulousain a un nom étrange : Sire Cédric. Comme ses bouquins, à cheval entre plusieurs genre. Il aime insuffler une bonne dose de fantastique dans ses thrillers de facture classique. « Avec tes yeux », son dernier titre paru, édité pour la première fois aux Presses de la Cité, joue à merveille avec les codes du genre. Un gros bouquin de 550 pages qui met un peu de temps à se lancer car les actions sont indépendantes les unes des autres dans la première partie.

D'un côté Thomas, webmaster plombé par de trop longues insomnies, de l'autre Nathalie, jeune gendarme, cantonnée à des tâches administratives dans une brigade de la région parisienne. Thomas, qui vient de se faire larguer par sa copine, décide en désespoir de cause de consulter un hypnotiseur. Une séance serait peut-être la solution à ses nuits blanches qu'il passe à discuter sur internet avec des inconnus. Mais cela se passe très mal. Plongé dans l'inconscience, il se réveille en sursaut persuadé d'être attaqué par un monstre inhumain. « Doté de deux énormes cornes de bouc qui jaillissent de part et d'autre de son crâne. Sa peau est grise, purulente. Ses yeux trop grands, trop ronds. Et sa bouche n'est pas une bouche. C'est une gueule animale, disproportionnée, aux crocs taillés en pointe, qui luit de gouttelettes de bave. » Après un tel cauchemar, on n'a plus trop envie de se rendormir...

 

La première arrestation de la gendarme

Et quelques heures plus tard, il a de nouvelles visions horribles, une femme attachée qui se fait torturer, lacérer. Et bouquet final énucléé. Le plus horrible, il a l'impression d'être dans le corps du tueur.

avec tes yeux, presses de la cité, sire cédricNathalie connait cette pauvre victime. C'est sa voisine. Elle passe devant sa maison tous les matins lorsqu'elle va courir dans les bois environnants. Quand Thomas, de plus en plus perturbé par ses visions, retrouve la maison de la jeune femme, il découvre que ses prétendues hallucinations sont tout à fait réelles. Il sort en catastrophe de la villa et tombe sur Nathalie qui l'interpelle immédiatement. Sa première arrestation, elle en rêvait, elle l'a fait. Dans le genre rencontre « amoureuse » on fait mieux. La suite du roman alterne les points de vue de Thomas, de Nathalie, du mystérieux tueur et d'une quatrième personne qui entre un peu plus tard dans le jeu, un hacker informatique qui va se révéler très utile à Thomas. Adepte des théories du complot, il va découvrir que son ami est en relation psychique avec un tueur qui a déjà sévi dans les parages. Démasquer le serial killer permettra à Thomas de se faire totalement innocenter. Une hypothèse que réfute Nathalie, persuadée qu'il est complice.

Sire Cédric signe un thriller palpitant, dont on a décroche difficilement. Si le personnage de Thomas semble un peu caricatural, par contre les autres intervenants sont criants de vérité, du tueur au hacker en passant par Nathalie, si faible et peu sûre d'elle même. Un joli portrait de femme qui pourrait bien déboucher sur une série avec personnage récurrent.

Michel Litout

« Avec tes yeux », Sire Cédric, Presses de la Cité, 21,50 €

 

 

24/05/2015

Thriller : A l'école du meurtre avec "Leçons d'un tueur" de Saul Black

Enfant maltraité, Xander King devient un serial killer redoutable. Son itinéraire sanglant est retracé par Saul Black dans ce thriller d'une rare maestria.

 

saul black, leçons d'un tueur, presses de la citéSaul Black a mis tous les ingrédients classiques du thriller américain contemporain dans son roman « Leçons d'un tueur ». Le tueur dérangé, la pléiade de victimes, la fillette innocente, la flic alcoolique et même l'écrivain dépressif. Un puzzle qu'il assemble parfaitement dans une intrigue complexe et palpitante. La quintessence du livre qu'on ne peut plus refermer dès qu'on a eu le malheur d'en lire les premières pages.

L'entrée en matière est directe. Rowena, une jeune mère de famille, se remettant de la perte de son mari et père de ses enfants, vit seule dans une maison isolée. Son adolescent écoute de la musique dans sa chambre à l'étage, Nell, 10 ans, joue dans le jardin qui jouxte des bois. Elle n'a pas le temps de regretter de ne pas avoir fermé les portes à clé quand deux hommes débarquent dans sa maison. Xander et Paulie. Un duo de tueurs en série, sillonnant les USA dans un camping-car à la recherche de leurs proies. Le premier enseigne au second ses techniques de chasse et de meurtre. Rowena sera leur 9e victime.

Xander tuera également l'ado, mais Nell parvient à fuir dans la forêt. Paulie la poursuit, mais la fillette réussit à franchir un ravin et malgré une cheville cassée atteindre l'entrée de la demeure d'Angelo, écrivain dépressif qui semble attendre la mort dans cette cabane perdue dans ces forêts enneigées. Le récit se scindera alors en trois parties distinctes. La suite du périple de Xander, l'attente du vieillard et de la fillette dans le froid et l'enquête de Valerie, la policière en charge de l'enquête.

 

Course contre la montre

Saul Black (pseudonyme de Glen Duncan, auteur anglais pour l'instant plus spécialisé dans le fantastique, notamment « Le dernier loup-garou ») après ce départ bourré d'adrénaline, ralentit l'action pour mieux détailler la psychologie des différents protagonistes. Notamment Valerie, minée par cette enquête qui n'avance pas. Elle est sur la mauvaise pente. Les fantômes des victimes hantent ses courtes nuits. Pour dormir elle n'a plus d'autre solution que de boire quantité de vodka. Quand Carla, une jeune enquêtrice rejoint son équipe, elle se doute que ce n'est pas pour lui donner un coup de main mais pour l'évaluer discrètement. Cette opposition va donner une dimension supplémentaire à l'enquête classique.

Plus dérangeants les passages dans lesquels l'auteur expliquent les pratiques des tueurs (il faut parfois s'accrocher tant les détails sont immondes) et surtout comment ils en sont arrivés à ces extrémités. Puis le duo enlève une jeune Anglaise et la retient prisonnière dans leur base arrière. Le roman devient encore plus oppressant. Valerie, malgré la pression inquisitrice de Carla, jette ses dernières forces dans l'enquête car pour la première fois elle a la possibilité de sauver une vie.

Le final, comme dans un bon film (il ne serait pas étonnant d'ailleurs que ce récit soit adapté en thriller hollywoodien), se déroule dans la cabane des bois avec pour enjeu la vie de la petite Nell. Une grande réussite, de bout en bout.

 

« Leçons d'un tueur », Saul Black, Presses de la Cité, 22 €

 

09/03/2014

Livres : Un accident à solder avec "Par la grande porte" de David Carnoy

Richard Forman, après avoir croupi sept années en prison, cherche à se réhabiliter. Ce n'est pas lui qui conduisait la voiture tueuse. Reste à le prouver.

 

carnoy, par la grande porte, presses de la citéUn thriller dans le milieu des nouvelles technologies n'est pas forcément réservé aux geeks. Au contraire, « Par la grande porte » le roman de David Carnoy montre que ces petits génies sont comme tout le monde. Ils ont leurs défauts, leurs faiblesses, leurs lâchetés. Perdre une vie dans un jeu vidéo n'a que peu d'importance. Dans la vraie vie, les conséquences se payent souvent en années derrière les barreaux.

Prenez Richard Forman. Jeune ingénieur promis à un bel avenir dans la Silicon Valley, il a tout gâché le soir de la remise des diplômes. A la fête, il boit. Trop, beaucoup trop. Tant et si bien qu'il ne se souvient plus de rien. La police le retrouve au volant d'une Cadillac, son ami Mark McGregor sur le siège passager. Ils découvrent aussi deux cadavres sous la voiture qui vient de brûler un feu rouge. Deux femmes, innocentes, qui étaient au mauvais endroit au mauvais moment.

 

Fiancée infidèle

Ce fait divers date de sept ans. Le lecteur ne le sait pas immédiatement. Car le roman débute par un meurtre, un vrai. Beth, l'ancienne fiancée de Richard, découvre son mari mort à l'entrée du garage. La scène du crime est décrite par Madden, le flic chargé de l'enquête. « Sa tête est plaquée au sol dans une mare de sang. Le nez et la pommette semblent avoir pris un coup de plein fouet, et il a une énorme entaille à la base du cou, sur la droite juste au-dessus de la clavicule. On en voit clairement trois autres assez profondes. Un foutu bordel se dit Madden ». Or, le mort, n'est autre que Mark McGregor, l'ami de Richard. Et comme ce dernier est sorti de prison depuis quelques mois, il se retrouve rapidement sur la liste des suspects. Et le mobile est simple : la vengeance. Car au cours du procès, Richard a prétendu ne pas s'être assis à la place du conducteur. Il pense y avoir été glissé après l'accident. Par Mark. Les jurés en ont décidé autrement.

Condamné, il est abandonné, Beth, sa fiancée l'oublie et finit par tomber dans les bras de Mark. Qui l'épouse. Cela fait, au final, suffisamment de raisons à Richard pour en vouloir à mort à Mark.

Dans ce roman, qui prend le temps de présenter longuement les personnalités des différents protagonistes, Richard reste un mystère. Il semble assez paranoïaque. Mais on le serait à mois si l'on avait passé sept ans en prison pour un crime que l'on est certain ne pas avoir commis. Vont se greffer sur l'enquête trois personnages supplémentaires. Ashley, jeune collègue de Richard, téméraire et curieuse. Carolyn, avocate en arrêt maladie (elle boit trop et cherche à faire un bébé toute seule). Et surtout Bender, journaliste blogueur, imbu de sa personne, toujours bien informé, prêt à tout pour un scoop qui lui donne le beau rôle. Il semble caricatural mais est certainement très proche de la réalité journalistique de la Californie actuelle. Une fois les pions en place, David Carnoy déploie son intrigue et ses multiples rebondissements, toujours avec le personnage insaisissable de Richard au centre. Le tout en musique, le héros gagnant sa vie en imitant Frank Sinatra dans des clubs...

Michel LITOUT

 

« Par la grande porte » de David Carnoy, Presses de la Cité, 22 €

 

27/10/2013

Livres : Grosses pointures pour jeunes lecteurs

Harlan Coben et Elizabeth George, stars du thriller américain, se tournent vers un nouveau public composé d'adolescents et de jeunes adultes.

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La première, Elizabeth George, a pour héroïne Becca, une jeune Américaine de 16 ans, en fuite, dotée d'un pouvoir lui permettant d'entendre les pensées (les murmures) des gens qu'elle croise. Le second, Harlan Coben, raconte les péripéties de Mickey, 16 ans également, apprenti détective comme son oncle Myron, un des personnages récurrents du célèbre romancier américain. Ils ne se rencontrent pas, mais visent le même public : les jeunes adultes. Une cible commerciale alléchante aux USA, au point que deux des poids lourds de l'édition abandonnent leurs fans habituels pour tenter une incursion sur ce marché. Moins violent et sexuellement explicite, plus fleur bleu, ces thrillers bénéficient du grand savoir-faire de deux artisans talentueux. Les jeunes adoreront, les adultes regretteront une certaine fadeur de l'ensemble, autocensure américaine oblige.

« Saratoga Woods », le précédent roman d'Elizabeth George, racontait la fuite et l'installation de la jeune Becca sur Whidbey, une île de la côte ouest, là où la romancière est installée depuis des années. On retrouve Becca, se cachant de son beau-père, tentant de suivre une scolarité normale malgré son don (lire les pensées des gens) et le fait qu'elle vive dans une cabane au fond des bois. La petite communauté est en émoi. Nera, une femelle phoque au pelage étonnamment noir, vient de faire son apparition. L'animal, emblème de l'île, ne vient d'habitude qu'au printemps. Pourquoi est-elle en avance ? Les guetteurs s'interrogent et Annie, une scientifique, tente d'approcher l'animal pour lui prélever un bout d'ADN et découvrir qu'elle est sa véritable race.

La lutte de pouvoir autour de Nera constitue l'intrigue principale du roman, mais le lecteur sera peut-être plus sensible aux déboires de Becca et de Jenn, sa meilleure ennemie. Deux adolescentes, aux caractères bien trempés, hésitantes à faire le grand bond dans la vraie vie. Becca, amoureuse de Derric, le voit s'éloigner en raison de ses mensonges, Jenn, coincée dans une famille pauvre et nombreuse, tente de se forger un avenir plus prospère. Une jeunesse américaine décrite avec justesse par une romancière abandonnant temporairement son étiquette de « Reine du crime ».

 

L'autre Bolitar

Le crime, Harlan Coben le connait parfaitement. Lui aussi a vendu des millions d'exemplaires de ses romans policiers. Lui aussi a décidé d'écrire pour les jeunes. À 16 ans, Mickey Bolitar a déjà vécu son lot de tragédies : la disparition de son père, les difficultés de sa mère à surmonter le choc, l'installation chez son oncle Myron avec qui il ne s'entend pas. Des questions sur le passé de ses parents et sur ce qui est vraiment arrivé à son père le taraudent. Et le cauchemar ne s'arrête pas là. Ce matin, ce sont les policiers qui le réveillent pour lui apprendre une terrible nouvelle : son amie Rachel a été prise dans une fusillade. Il doit absolument découvrir ce qui lui est arrivé. Pour cela, il peut compter sur le soutien de l'énigmatique Ema et du déjanté Spoon. Mais Mickey sait aussi que la curiosité se paie cher. A quelques secondes près, tout peut basculer.

Comme son oncle Myron, personnage emblématique des romans d'Harlan Coben, Mickey ne renonce jamais. Il le prouve dans ces 300 pages bourrée de péripéties.

 

« L'île de Nera », Elizabeth George, Presses de la Cité, 19 €

 

« A quelques secondes près », Harlan Coben, Fleuve Noir et PKJ, 18,90 € 


05/08/2013

Livre : Sang et or en Guyane

 

Un village perdu au fond de la forêt guyanaise. La lie de l'humanité s'y retrouve et l'appât de l'or fait disjoncter les consciences.

 

humbert, guyane, caïman, presses de la citéIl n'existe plus beaucoup d'endroits sur la planète où la nature a gardé sa pureté originelle. La forêt amazonienne est un de ces sanctuaires. Mais plus pour longtemps. A Brésil la déforestation est intensive. Et même la Guyane française, pourtant mieux protégée, subit de plein fouet les dégâts causés par les Garimpeiros, les orpailleurs clandestins, polluant les cours d'eau à grand renfort de mercure.

« Le bar du Caïman Noir », roman de Denis Humbert a pour cadre ce département français du bout du monde et plus spécialement la commune de Regina, au sud de Cayenne, loin de la rutilante et moderne base de Kourou. Regina, moins de 600 habitants disséminés sur une superficie largement supérieure au plus grand département de France métropolitaine.

Construit comme une symphonie à plusieurs voix, le récit est raconté en grande partie par le médecin du secteur, le docteur Charpentier, jeune toubib en rupture. Il a accepté ce poste pour mettre un océan entre lui et la ville de province où il aurait dû reprendre le cabinet de son père. Aussi pour tenter d'oublier la femme qui l'a quitté.

 

Paradis originel

Les premiers temps, il s'est laissé grisé par cette impression de bout du monde où tout est possible. « En se posant ici, il avait cru à une rémission. Au début, il s'était dit que le paradis, ce délicieux fantasme, avait dû ressembler à cet endroit. Il était finalement possible de s'immerger dans une nature retrouvée; l'eau, l'air, la forêt inviolée, les oiseaux et les fleurs, la lourde chaleur de matrice originelle, les milliers d'espèces d'insectes et de plantes encore inconnues. » Rapidement il redescend sur terre. « Il avait découvert derrière le décor luxuriant suffisamment de souffrance et de misère pour nourrir son goût de sacrifice et son besoin d'expier les fautes qu'il n'avait pas commises. » Très torturé le médecin. Et les événements qui vont agiter Regina ne vont rien arranger.

En plus du toubib, l'auteur suit les destins de Thomas, un métro, magouilleur de première, porte-flingue de politiques corrompus. Il s'est fait prendre la main dans le sac. Ses appuis lui ont permis de changer d'identité. Mais exit les strass et signes de richesse. Il vivote à la tête de ce bar miteux ou sa serveuse, Sofia, une Brésilienne en situation irrégulière, arrondit les fins de mois en se prostituant. Caporal Bob, ancien légionnaire, assure le service d'ordre.

Frantz est un métis indien. Il vit dans sa tribu à une heure de pirogue par le fleuve. Mais il voit son peuple s'éteindre, bouffé par la télévision et le poison déversé par les orpailleurs dans le fleuve. Toxines que les enfants ingurgitent quotidiennement en mangeant les poissons pêchés. Tous les intervenants se retrouvent pour la scène finale. Sanglante et violente.

Pour donner un peu plus de corps à cette tragédie forestière, l'auteur y a rajouté deux personnages extérieurs : une scientifique et un consultant en entreprise. Ils font un peu cheveu sur la soupe. Mais Denis Humbert semblait vouloir insuffler un note d'espoir et d'amour dans ce décor moite et désespérant de réalisme.

Michel LITOUT

 

« Le bar du caïman noir », Denis Humbert, Presses de la Cité, 19 €


07/06/2013

Livres : Anges déchus à la manœuvre avec John Connolly aux Presses de la Cité

 

Charlie Parker, le détective créé par John Connolly, trouve de nouveau des anges déchus sur son chemin. Du fantastique effrayant.

 

john connolly, charlie parker, fantastique, polar, thriller, bois, maine, presses de la citéLe Maine, charmant état du nord est des USA, est célèbre pour ses forêts. De belles étendues, encore sauvages, regorgeant de gibier. Ces bois deviennent le lieu de toutes les peurs quand ils tombent entre les mains d'écrivains talentueux. C'est dans le Maine que Stephen King situe ses romans les plus horribles. C'est aussi dans le Maine que s'est retiré Charlie Parker, le détective privé imaginé par John Connolly. L'ancien flic, traumatisé par l'assassinat de sa femme et sa fille, vivote dans la ville de Portland. Il va rarement dans les bois. Pourtant dans ce thriller plus fantastique que policier, il va devoir affronter les créatures réfugiées dans ces lieux isolés.

 

L'avion et la fillette

Tout débute par la découverte d'un avion. L'épave d'un avion exactement. Un petit bimoteur en train d'être mangé par la végétation et absorbé par les marécages de la forêt impénétrable de Falls End, petite ville au bout de l'état du Maine, à quelques encablures du Canada. Deux chasseurs, Harlan et Paul, poursuivant un cerf blessé, s'égarent et tombent sur cet appareil dont la disparition n'a jamais été signalée. A l'intérieur, ils trouvent une grosse quantité d'argent et une liste énigmatique, Mais pas de cadavres. Ils constatent également que le siège passager était occupé par quelqu'un d'entravé. Les menottes ont cédé au moment du crash. L'homme, ou la femme, semble avoir pu s'enfuir. Surpris par la nuit, les deux chasseurs décident de passer la nuit à l'intérieur de la carlingue. Une nuit inoubliable pour les deux hommes. Ils sentent une présence et finissent par entrevoir une fillette. A moins que cela ne soit dans un rêve. « Une petite fille dont il ne voyait pas clairement le visage dansait dans les bois. Elle s'approchait du feu, plongeait le regard dans la fumée et les flammes, examinait les deux hommes, s'enhardissait et venait plus près, jusqu'à ce qu'elle tende la main et touche le visage de Harlan. Il émanait d'elle une odeur de pourriture. » Prenant leurs jambes à leur cou, ils rejoignent la civilisation et utilisent l'argent discrètement pour améliorer leur quotidien.

 

Méchant Collectionneur

Des années plus tard, sur son lit de mort, Harlan raconte cette histoire à ses enfants devenus adultes. Il leur demande de contacter le détective Charlie Parker pour enquêter sur l'avion. Reste à savoir pourquoi. L'auteur ne dévoile pas immédiatement le lien entre l'avion et le héros. Ce sera le fruit d'un enquête parsemée de cadavres.

La liste, des noms connus et moins célèbres, semble être au centre de toutes les convoitises. Charlie Parker retrouve de vieilles connaissances, les anges déchus. Ces créatures maléfiques œuvrent dans la coulisse pour faire triompher le Mal. Mais elles doivent se méfier du camp du Bien. Parker sera un allié précieux, cependant plus timoré que le bras armé des bons : un tueur en série d'un rare sadisme, le Collectionneur fumeur invétéré répandant sans son sillage une forte odeur de nicotine.

Logiquement, l'explication finale se déroule dans les bois, près de l'avion et de la fillette. Un roman fantastique transpirant la peur à chaque page. Pas sûr qu'il favorise le tourisme dans l'Etat du Maine...

Michel LITOUT

 

« La colère des anges », John Connolly, Presses de la Cité, 22 €


13/03/2013

Livre : Piégés à La Réunion avec "Ne lâche pas ma main" de Michel Bussi

L'île de l'océan Indien est le cadre spectaculaire du thriller haletant « Ne lâche pas ma main » de Michel Bussi.

 

La Réunion, Michel Bussi, presses de la cité, créole, océan indien, thrillerDernières miettes de l'empire colonial français, les départements d'Outre-mer ont chacun leur particularité. La Réunion, ancienne île Bourbon, était déserte avant l'arrivée de premiers colons. Sauvage, inhospitalière, elle a été domptée au fil des siècles par une population très métissée. Michel Bussi, en plantant son thriller dans ce décor en cinémascope, décrit la nature mais surtout les hommes et femmes, de toutes races et de toutes religions, s'entassant sur ce bout de terre de plus en plus étroit. Ils sont comme piégés dans une île paradisiaque se transformant inexorablement en purgatoire avant de symboliser l'enfer brûlant, comme la lave bouillonnante de son volcan, le Piton de la Fournaise. On est loin de la carte postale. Pourtant en refermant ce polar, on a envie de découvrir en vrai la plage de Boucan Canot, les champs de cannes ou la fameuse anse des Cascades, théâtre de la scène finale.

 

L'épouse disparue

Vacances en famille pour les Bellion. Martial, son épouse Liane et la petite Sofa, six ans, profitent de la piscine de l'hôtel Alamanda à Saint-Gilles. En plein après-midi, Liane va faire une sieste dans la chambre climatisée. Une heure plus tard, Martial la rejoint. Il découvre la chambre vide. Les vêtements de Liane ont disparu, du sang souille le lit. Panique du jeune Métropolitain en villégiature. Il demande à la direction de l'hôtel de prévenir la gendarmerie. C'est Aja Purvi, gendarmette ambitieuse qui se déplace. Si ce n'est les traces de sang, elle pencherait pour l'escapade amoureuse de la belle Liane. Martial s'offusque. Pour lui il s'agit d'un enlèvement. Aja lance l'enquête, interroge le personnel de l'hôtel et découvre rapidement que Martial n'a pas tout dit. Une femme de ménage a bien vu Liane rentrer dans sa chambre, mais jamais elle n'en est ressortie. Par contre Martial lui a emprunté son chariot à linge pour charrier des valises. Le mari serait-il le coupable ?

 

« Une île, un monde »

Michel Bussi, dans les 100 premières pages ne dévoile rien de l'intrigue véritable. Il renseigne le lecteur avec les déductions d'Aja. Et tout se complique quand Martial prend la fuite avec sa fillette. A-t-il quelque chose à se reprocher ? Que s'est-il passé quelques années auparavant, ici à la Réunion, qui terrorise tant ce père protecteur ?

Une course poursuite s'engage entre forces de l'ordre et Martial sur le terrain escarpé et sauvage de l'île. Cela donne l'occasion à l'auteur de décrire ce petit bout de terre :  « Une île, un monde, proclame le slogan touristique de La Réunion. Sur quarante kilomètres carrés est rassemblé un échantillon représentatif des inégalités entre les peuples des cinq continents. Un laboratoire de l'humanité. Cette île est une terrasse posée sur le rebord du monde pour observer l'avenir du genre humain. » « A l'ombre, en tongs, un verre de punch à la main » précise Christos, le second flic de l'enquête, le plus humain du récit.

On ne comprendra le fin mot de la machination que dans les 100 dernières pages, menées tambour battant, notamment à l'anse des Cascades, « une féerie aquatique dans un écrin de palmiers, de badamiers et de vacoas qui semblent avoir été plantés là par un jardinier méticuleux. Le paysage est fermé par des pitons volcaniques d'où coule un rideau continu de cascades. » Bienvenue à La Réunion, île du futur où il est impossible d'oublier le passé.

Michel Litout

« Ne lâche pas ma main », Michel Bussi, Presses de la Cité, 21 €