09/10/2017

Livre : Randonnée et Pyrénées, toutes les passions d’un grand montagnard

 


Il se revendique comme un des premiers « pyrénéens ». Gérard Caubet a ces montagnes dans la peau. Il a été un des précurseurs du métier d’accompagnateur en montagne. Un marcheur, escaladeur, tout terrain, dans cette chaîne si particulière, unique au monde. Il a fait des émules et cela a donné La Balaguère, tour-opérateur spécialiste des Pyrénées. La marque de fabrique de la Balaguère : raconter en randonnant. Les accompagnateurs, comme Gérard Caubet, vous font partager leur connaissance du paysage, des vallées, des hommes. Plus qu’une promenade, c’est une immersion dans un monde qui est proposé. Des années durant, Gérard Caubet a traversé, exploré et aimé ces Pyrénées. Du nord au sud, de l’Atlantique à la Méditerranée, sans exclusive. Un conteur hors pair, qui a décidé de mettre sur papier ces histoires, ces paysages qu’il connaît si bien.
■ Le fond du Capcir
« Étonnantes Pyrénées » est sa dernière production et passionnera tous ceux qui aiment les beaux paysages et les récits qui se cachent derrière certaines cartes postales. Des montagnes à découvrir à travers des chapitres thématiques ou géographiques. Dans la partie vallées, on retiendra le focus sur le Capcir, cette région surnommée « petite Sibérie » mais que Gérard Caubet nomme « petit Canada », trouvaille des locaux car « touristiquement plus glamour ». Ce climat rude en hiver et un relief doucement vallonné permettent l’émergence de la pratique de ski de fond « à portée de toutes les bourses et en réaction au ski alpin trop cher, trop frime, trop tout ». Du Capcir, à partir du milieu des années 70, le ski de fond a essaimé des écoles sur l’ensemble de la chaîne pyrénéenne.
Volet historique passionnant avec le sentier cathare soustitré «Châteaux à gogo ! » Gérard Caubet y retrace l’invention du sentier, surfant sur la mode du catharisme, cette religion perdue, devenue presque philosophie de vie avec ses principes simples. Un chapitre qui lui donne l’occasion de sortir du cadre strict de la montagne, le sentier débutant dans les Corbières et la visite de ses nombreux exploitants viticoles. Il y a châteaux et châteaux. Et gare à la gueule de bois si on ne consomme pas avec modération certaines productions locales gouleyantes et goûteuses. 
➤ « Étonnantes Pyrénées » de Gérard Caubet, La Balaguère et Rando éditions, 25 €

18/06/2017

Roman : le Capcir façonne « La maison Bataille » d'Olivier Szulzynger


Roman rural et familial, « La maison Bataille » d’Olivier Szulzynger, connu pour avoir longtemps coordonné les scénarios de « Plus belle la vie », est un regard assez cru sur la désertification de la montagne catalane. A cause de la crise agricole mais aussi et surtout de la mésentente dans certaines familles obligées de fuir la misère et incapables de trouver un terrain d’entente pour assurer une transmission d’héritage sereine.

« La maison est ramassée sur elle-même. La façade est en pierre sèche. Il n’y a pas d’ouverture au rez-de-chaussée, et seulement une rangée de quatre fenêtres au premier et au deuxième étage. Les fenêtres, étroites comme des meurtrières, sont fermées par des volets verts en bois. La peinture s’écaille. Le noir rouille des ardoises contraste avec le gris jaunâtre du mur. Pierres contres pierres. Minéral. » Telle est la maison Bataille plantée sur les hauts de Camporeils dans ce Capcir si redoutable en hiver.
Frédéric, compositeur atteint d’une tumeur au cerveau, compte se retirer dans cette demeure familiale qu’il n’a fréquentée que de rares étés. C’est là qu’a débuté la saga des Bataille. Maniant à la perfection la narration avec une quantité importante de personnages, l’auteur, dont c’est le premier roman, fait le pari de délaisser la chronologie pour multiplier les allers-retours aux différentes époques.

■ Regard lucide
Il y a André, le patriarche, celui qui a imposé les Bataille comme les maîtres du Capcir dans l’entre-deux-guerres. Puis ses enfants, Jeanne, Marie, Pierre et Louis. Enfin les petits enfants dont André, Sylvie et Frédéric. C’est ce dernier qui sert de pivot au roman. Son retour à Camporeils et ses souvenirs de son père et de ses tantes.


L’essor des Bataille débute par une déception. André, en 1920, veut quitter ces montagnes pour l’Argentine et ses immenses plaines propices à l’élevage de masse. Son père refuse. Il reste donc sur l’exploitation et transforme sa frustration en ambition politique. Elu maire, il rayonne sur la région, envisage d’avoir des responsabilités nationales. La seconde guerre le fauche en pleine gloire.
Sa fille, Jeanne reprend le flambeau. Mariée à un employé de banque, elle va œuvrer en coulisses pour sa promotion, devenant une cadre du Crédit Agricole, de ces responsables qui ont œuvré pour la modernisation de l’agriculture fran- çaise. A l’opposé, Marie vivote à Narbonne, ne revenant à la maison familiale qu’en été, pour les vacances d’été. Une écriture concise, précise, donne toute sa force à cette saga qui pourrait s’étaler sur des heures à la télévision. Mais Olivier Szulzynger sait faire court et direct. Exemple avec le sentiment de Frédéric, partagé entre sa réussite artistique et ses attaches paysannes : « En sautant d’un monde à l’autre, on court le risque de trébucher et de tomber dans le vide. »
Histoire d’une maison, d’une famille, d’une région, ce roman est un regard lucide sur l’évolution des mentalités d’une génération à l’autre.
➤ « La maison Bataille », Olivier Szulzynger, Editions de l’Aube, 22 € 

14/07/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Un grand Tour (1/3)

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Le Tour de France exerce une forte fascination sur des millions de Français. On pourrait croire qu'il est question de performances sportives, d'exploits individuels, de « cocorico ».

Plus prosaïquement, on a tous un souvenir, soit de passage du peloton près de chez soi, soit de découverte de paysages grandioses au cœur du pays, sans parler des endroits connus et que l'on se plaît à retrouver dans le direct télé. Mardi, en quittant les Pyrénées pour rejoindre le pied de la Montagne noire, la grande boucle a traversé le Lauragais. Région que j'ai longtemps écumée en « localier ».

Une bouffée de nostalgie, à près de 45 km/h. Il me semble reconnaître la descente vers Villeneuve-la-Comptal. Route incontournable pour aller couvrir les reportages dans la Piège. J'ai droit à deux passages pour cause d'échappée. En ville, la remontée le long du cours de la République me permet de revoir d'un côté les cafés, de l'autre la Halle aux Grains, l'agence du journal à moins de 50 mètres. Des centaines de spectateurs. J'essaie de distinguer des visages, des façades. Juste une impression d'ensemble, mais reste intact le plaisir d'être téléporté durant quelques secondes dans des lieux que l'on a arpenté des centaines de fois.

L'étape se poursuit route de Revel. Cette longue ligne droite que je prenais tous les jours pour aller travailler. Une dernière vue aérienne me fait craquer : le moulin du Cugarel, la Collégiale, le grand bassin au loin. Toute la magie des images du Tour, entre découvertes et souvenirs personnels. (A suivre)

13/07/2016

Beau livre : deux passionnés de vélos à la rencontre des hommes

Traverser les Pyrénées, à vélo, en une semaine, en passant par les plus grands cols : Jerôme Yager et Victor Ferreira ont réalisé un rêve.

Passionnés de vélos, Jérôme Yager et Victor Ferreira ont rapidement trouvé des terrains de jeu commun. Le premier, journaliste à l'Indépendant dans le Lauragais a rencontré le second à Castelnaudary. Ancien légionnaire, il est resté près de ces plaines quand il a quitté l'uniforme. Devenu photographe et vidéaste, du bas du Lauragais, par moment, les Pyrénées offrent une vue magnifique. La Montagne Noire semblant bien banale, les deux hommes ont décidé de mettre à l'épreuve leurs montures à deux roues (et surtout leurs muscles) dans une traversée du massif contée dans ce beau livre richement illustré des photos de Jules Clamens, étudiant en audiovisuel à l'université de Madrid.

Énergique Jean Lassalle

Loin d'être un simple « roadbook » reprenant étape par étape les sept journées harassantes sur des pentes pouvant aller à plus de 13 %, le livre est une mine d'informations sur ces montagnes mais aussi et surtout une belle réflexion sur l'amitié, l'adversité et la volonté de rencontrer des gens. Du Pays Basque aux plages de Sainte-Marie-la-Mer, durant une semaine intense, ils ont enrichi leur imaginaire, touché la légende (Pourtalet, Tourmalet). Ils ont croisé des cyclistes anglais, des producteurs locaux, d'anciens champions ou François Bayrou, maire de Pau qui affirme sans ambages (et donne ainsi une autre explication à son obstination présidentielle) : « le maître mot de la culture, des valeurs pyrénéennes, c'est l'indépendance ».

Parmi les temps forts, la rencontre avec Jean Lassalle, député des Pyrénées-Atlantiques, chantre de ces Pyrénées fortes et éternelles. Son discours, ses convictions, sa vision du pays convainquent les auteurs. Leur donne une envie encore plus forte de sillonner ce pays, ces routes en lacets, ces communautés isolées. « L'échange a été réciproque, l'énergie coule aussi dans nos veines. Notre pèlerinage sera traversé par d'autres moments comme celui-là, entre écoute, échange, partage d'idées et le sentiment de faire partie d'une même communauté modestement montagnarde : celle des Pyrénées et, qui sait, peut-être des hommes que la terre fait honneur de recevoir ».

Au final, les deux auteurs semblent comme transfigurés. Comme si chaque coup de pédale était un morceau d'humanité mieux compris, mieux assimilé. Les Pyrénées n'ont pas fini de charmer et fasciner, cyclistes, randonneurs ou simples terriens capables de lever la tête vers les cimes.

« La traversée des Pyrénées » de Jérôme Yager, Victor Ferreira et Jules Clamens, Les Presses littéraires, 27 €.

 

13/11/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Identité régionale


Dans moins d'un mois toute la France votera pour désigner les conseillers régionaux. Les listes sont connues, mais dans six des nouvelles régions, le nom définitif du territoire n'est toujours pas arrêté.
Un beau débat en perspective. Chaque terroir veut éviter d'être fondu dans une appellation générique trop large. Si Occitanie semble en bonne voie chez nous et Aquitaine chez les voisins basques, béarnais, limousins et charentais, cela n'empêche pas certains plaisantins (auxquels j'avoue appartenir) d'imaginer des solutions plus biscornues. En choisissant la piste de l'acronyme comme PACA, certaines trouvailles se révèlent carrément hilarantes. Ainsi Aquitaine - POitou - Limousin donne la région APOIL.
Dans le même ordre d'idée Roussillon n Occitanie n Midi se transforme en région ROM ce qui, si elle était dirigée par l'extrême-droite, ne manquerait pas de faire jaser. Plus littéraire, Pyrénées - Occitanie - Languedoc - Aveyron - Roussillon nous conduit direct au pays du POLAR. En voulant faire plaisir à trop de monde on pourrait même devenir Pyrénées - Occitanie - Roussillon - Catalan soit un assez peu engageant PORC. Se méfier également des acronymes qui une fois prononcés deviennent moins aguicheurs comme Causses - Languedoc - Occitanie - Aveyron - Catalan, soit CLOAC...
A choisir, la région qui procurerait du rêve à l'envi reste Pyrénées - Ariège - Roussillon - Aveyron (DIte) Septimanie. Mais soyons lucides, ce n'est pas demain la veille que je me retrouverai au PARADIS.

08/07/2015

DVD : Drame de la ruralité

« Un village presque parfait » ou l'humour rural à l'épreuve de la ville.

 

village, parfait, meunier, bourdon, astier, pyrénées, M6Premier film de fiction de Stéphane Meunier (réalisateur du célèbre documentaire « Les yeux dans les Bleus »), « Un village presque parfait » aborde le problème de la désertification des campagnes françaises. Le petit village de Saint-Loin-la-Mauderne ne mérite qu’à moitié son nom. Loin, pas de problème. De tout même. Mauderne... beaucoup moins. Germain (Didier Bourdon), le maire, tente de revitaliser la petite commune pyrénéenne. Une usine de conditionnement du poisson de rivière a bien fonctionné dans le temps, mais aujourd’hui elle est fermée. Il existe bien un projet de réouverture en scoop, mais il faut des aides. De Bruxelles notamment. La bonne nouvelle arrive un jour à la mairie : la subvention va être débloquée. A une condition : qu’il y ait un médecin installé au village. Comment les villageois vont-ils attirer un docteur dans ce trou perdu ?

Grâce à des appuis dans la capitale, ils vont parvenir à faire « descendre » Meyer (Lorant Deutsch), chirurgien esthétique obligé de se mettre au vert quelque temps. Entre cet apôtre de la superficialité et les très rationnels campagnards, cela va rapidement faire des étincelles. Mais chacun va y trouver son intérêt.

On appréciera dans ce film, manquant un peu de rythme, la vision très mélancolique des gens de la campagne. Des ruraux attachés à leurs racines incapables de quitter la vallée qui les a vus naître. Pour les interpréter la distribution a tapé fort avec des trognes étonnantes. Didier Bourdon, en maire bougon et manipulateur, est excellent. Denis Podalydès apporte la touche d’intelligence, Elie Seimoun la débrouillardise et Lionnel Astier, la sincérité. On croise également Armelle et Pierre Menès dans des contre-emplois jubilatoires.

En bonus, le making of (avec notamment la rencontre entre le réalisateur et les véritables habitants du village qui ont quasiment tous participé à la figuration) et les interviews des principaux acteurs et du producteur.

 

 

« Un village presque parfait », M6 Vidéo.

 

12/06/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Nom d'une région !

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La réforme territoriale lancée par le président Hollande a tout l'air d'un feuilleton imaginé par des technocrates parisiens pour détourner l'attention des provinciaux de la véritable crise. Les fusions, désirées ou imposées, s'annoncent sources inépuisables de conflits. Comme toujours en France (et là pas de spécificité régionale...), beaucoup plus de mécontents que de satisfaits se font connaître dès que l'on envisage le moindre changement.

Prenons le Languedoc-Roussillon. Il a l'opportunité, en fusionnant avec Midi-Pyrénées, de devenir la 3e région la plus peuplée de France. Plus fort que PACA et Aquitaine, laissées en l'état. Problème, on ne doit être que dix (et je compte large) a y voir une chance contre plusieurs millions à ne pas vouloir changer les frontières d'un iota...

Et je ne vous parle même pas des débats sans fin quand il faudra trouver le nouveau nom. Un sondage du Figaro place « Occitanie » largement en tête. Outre l'aspect moyenâgeux de l'appellation il faudra surtout convaincre les Catalans. Je vous souhaite bien du plaisir messieurs les technocrates.

Heureusement il reste des endroits plus consensuels. Les institutions de Bourgogne et France-Comté se déclarent favorables à leur union pour devenir plus attractives. Par contre, question nom, l'histoire devient plus épineuse. La Burgondie remporte les suffrages. Mais tous les fans de la série Kaamelott, dans laquelle le chef Burgonde est un gros sauvage, ivrogne et ignare, qui rote et pète à table en riant de bon cœur, riront de concert eux-aussi. Côté attractivité, peut mieux faire...

 

 

26/05/2013

BD : Soldat et père "Pour un peu de bonheur"

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En quelques albums et notamment « L'envolée sauvage », Laurent Galandon s'est imposé comme un des meilleurs raconteurs d'histoires du moment. Ce jeune scénariste, passionné de cinéma, a trouvé sa voie et sa voix. Des récits entre l'éclairage historique et la force des sentiments. « Pour un peu de bonheur » se déroule en 1919 dans un petit village des Pyrénées. Un soldat est de retour dans sa famille. Mais il n'est pas revenu indemne. Il a laissé la moitié de son visage dans les tranchées. Une gueule cassée qui intrigue dans cette petite communauté alors qu'un mystérieux tireur fait de gros dégâts dans le cheptel. Il y a plusieurs thèmes dans cette BD, de l'amour du père pour son enfant à la possibilité d'avoir une seconde chance dans la vie. Un album dessiné par A. Dan, un illustrateur connu pour ses travaux sur la nature. Ses cases pyrénéennes n'en ont que plus de puissance.

« Pour un peu de bonheur » (tome2), Bamboo Grand Angle, 13,70 €