27/03/2017

Livres de poche : des auteurs originaux et rigolos

 


Quim Vargas est détective privé. Un vrai de vrai, qui officie à Bourges. Pour sa 3e enquête, son créateur, Olivier Bardy (un Catalan exilé dans le Berry) le plonge dans le grand cirque politico-médiatique de l’élection présidentielle. Exactement c’est son garde du corps, surnommé la Légion, qui a décidé de briguer le titre suprême. Jeux de mots dans chaque phrase, caricature hilarante : Bardy a beaucoup lu San-Antonio et en est devenu un digne disciple.
➤ « Môa président », De Borée, 9,90 €



Avec sa chienne Priscilla affublée d’une banane rose, Elvis sillonne les routes au volant de sa Cadillac ornée de cornes de vache pour aller donner des concerts. Abandonné à l’âge de 5 ans près des toilettes d’un restoroute, il a été recueilli par un couple d’épiciers fans de Georgette Plana, et est devenu Ze sosie officiel du King ! Nadine Monfils n’a pas son pareil pour imaginer des « monstres » littéraires.
➤ « Elvis Cadillac », Pocket, 6,30 €



Dans ‘Le Degré zéro de l’écriture’, Roland Barthes développe une savante théorie linguistique difficilement accessible aux non-initiés. Burnier et Rambaud s’en sont donnés à cœur joie en « dézinguant » le sabir du maître à travers ce dictionnaire « franco-Barthes » aussi iconoclaste que réjouissant. Tous les admirateurs de Barthes dotés du sens de l’humour sauront apprécier cet hommage repris en poche dans la collection « Le goût des mots ».
➤ « Le Roland-Barthes sans peine », Points, 5,90 €


25/07/2016

BD : Humour intergalactique dans un "Vaisseau spécial"

 

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S'il est un genre qui passe parfaitement en BD, c'est bien l'humour absurde. On prend une situation classique (le départ d'une mission spatiale pour les confins de l'univers) et en avant les gags. Dans un graphisme minimaliste de ligne claire niveau CE2, Yann Rambaud embarque le lecteur dans un vaisseau spatial délirant. Entre le capitaine pas très futé, un second obsédé par le ping-pong et un matelot totalement ignare, la mission est compromise. D'autant que l'équipage a totalement oublié de demander le but du voyage. Plus de 80 gags avec en plus un faire-valoir sexy, des robots au destin grandiose, un extraterrestre difforme et un monstre mal-aimé. Un auteur au potentiel humoristique sans limite.

« Vaisseau spécial », Vraoum !, 14 €

 

 

18/01/2013

Livre : Nicolas 1er, fin de règne

On va finir par le regretter notre Monarque Étincelant. Nicolas 1er n'est plus au pouvoir. Patrick Rambaud raconte ses derniers mois au Palais.

 

Nicolas 1er, sarkozy, hollande, rambaud, grasset, pamphletSoulagé. Patrick Rambaud remercie les Français d'avoir suivi son conseil à la fin de la cinquième chronique du règne de Nicolas 1er. En disant « Dégage ! » au « Sautillant monarque », le peuple a mis fin à un feuilleton à succès. Mais l'auteur le reconnaît dès les premières pages, « J'avoue, je n'avais pas le courage d'en reprendre pour cinq ans, tant ce travail de soutier épuise le style et le moral. » Exit donc sa « Désopilante Majesté » et place à François IV, Monsieur de la Corrèze, le roi normal. Un an après, cette version satirique et décalée de la campagne présidentielle nous remet en mémoire quelques péripéties déjà oubliées. Ainsi va la politique en France, superficielle et amnésique.

Dans cette Chronique, la dernière donc du règne de Nicolas 1er, Patrick Rambaud semble avoir pris encore plus de recul. On sent que l'auteur a mis sa plume de côté durant les joutes électorales. Comme pour laisser décanter les soubresauts d'une campagne menée au jour le jour, sans profondeur. Cela permet de mieux appréhender les erreurs des uns et des autres.

Avant l'affrontement final, notre « Croustillante Sérénité » assiste goulûment à la désignation du prétendant du « parti Social ». Il jubile quand il apprend la victoire de Monsieur de la Corrèze. Nicolas 1er et ses conseillers pensent pouvoir croquer sans difficulté ce « mou ». C'est aller vite en besogne. Premier à s'être déclaré, Monsieur de la Corrèze a surmonté l'obstacle DSK, puis bataillé contre Madame de Solférino et l'archiduchesse des Charentes. « Il aspirait au Trône dès le couffin et trépignait le jour des Rois s'il n'avait point la fève de la galette tant il désirait se coiffer de la couronne de papier doré. »

 

Feu Notre Prince

Le chroniqueur, comme lassé par les frasques du monarque en place, consacre presque plus de place au futur roi « normal ». Et malheureusement, il est beaucoup moins incisif. Difficile de retrouver la même méchanceté contre un homme au parcours droit et sans faille. De pamphlet, le livre devient presque éloge. Par bonheur, Nicolas 1er, avant de quitter le Palais, a dérapé de nombreuses fois. On appréciera notamment son passage au Pays Basque. Une des rares occasions où son service de sécurité a oublié de trier le peuple. Conspué, brocardé puis assiégé dans un bistrot, il découvre que la bataille sera beaucoup plus rude que prévue.

Battu, « Feu Notre Prince» a fait une sortie honorable. Apaisé, comme si lui aussi subissait ce règne et cette dernière année qualifiée de « matamoresque et dangereuse » par Patrick Rambaud. Le dernier chapitre est entièrement consacré à l'avènement de François IV. Et l'entrée en scène, enfin, de la première concubine. Bizarrement, elle est totalement absente de la campagne, mais c'est comme pour mieux exploiter les écarts de la « Marquise de Pompatweet » une fois installée au palais. Elle a un sacré potentiel cette intrigante au rôle obscur. On en regretterait presque que le feuilleton s'achève. A moins qu'un billettiste, de droite et talentueux si possible (oui, cela existe), se décide à prendre la relève de Patrick Rambaud, « écrivain précaire » selon sa biographie officielle, pour nous relater les dessous du règne de « François IV, dit le Normal ».

Michel Litout

« Tombeau de Nicolas 1er et avènement de François IV », Patrick Rambaud, Grasset, 16 €


08/01/2009

Nicolas Ier, deuxième

Patrick Rambaud propose un second volet de sa chronique acide et caustique du "règne de Nicolas Ier".

deuxieme chronique nicolas 1er.jpg


Pamphlet sans concession, moquerie argumentée, méchanceté assumée : ces 175 pages habilement troussées par un Patrick Rambaud au sommet de sa raillerie remettent la présidence de Nicolas Sarkozy dans une perspective totalement différente de l'image véhiculée par les médias. Certes l'auteur ne le nomme jamais, mais on le reconnaît dans chacun des titres pompeux qu'il l'affuble toutes les trois pages. Florilège : « Notre Foudroyant Monarque, Notre Electrique Souverain, Notre Grandiose Leader, Notre Terrible Seigneur, Notre Roublarde Majesté... »
Patrick Rambaud reprend donc le récit du règne au début 2008. Avec l'arrivée d'un nouveau personnage principal qui va encore plus donner de relief à ce texte. Il fallait remplacer l'Impératrice disparue (Cécilia). Un rôle dévolu à la comtesse Bruni, « qui souriait en professionnelle comme une princesse de roman-photo italien », devenant rapidement "Madame". Cette romance semble avoir pour unique but de faire oublier les désillusions du peuple qui gronde de plus en plus.
L'empereur Nicolas Ier semble cependant réellement attiré par l'intrigante italienne. Pour preuve cette réflexion au lendemain de sa première rencontre : « Elle est pétée de thunes ! » C'est une des autres constances de ce pamphlet, quand il parle, "Notre Nervosité Intense" est d'une extrême vulgarité.

« Narcisse and Co »
Vient enfin le mariage, discret, mais savamment caché pour en faire un événement de première importance. La Carlamania est décortiquée par un Patrick Rambaud sceptique sur cette trop belle histoire d'amour. Elle de gauche, lui de droite. Ils vont s'influencer, devenant meilleurs... Que nenni, pour l'auteur ce n'est qu'une double opération de communication : « On eût dit que Madame et Lui avaient signé un pacte et monté une société qu'on aurait pu nommer la Narcisse and Co. Ils s'aimaient beaucoup, mais d'abord eux-mêmes, et se célébraient l'un l'autre. Sa Majesté vantait à la moindre occasion la beauté extrême et l'étincelante intelligence de Madame, et Madame expliquait au monde entier les vertus et le brillant de Notre Prince Charmant, si travailleur, si tendre, si rapide."
Une année qui ne fut pas de tout repos pour "Notre Vorace Souverain". En France la situation se dégrade. Difficile de tenter de se glorifier quand le prix de l'essence explose, les usines ferment et les taxis manifestent. Il tente de se refaire à l'international. Une bonne propagande le présente comme le sauveur du monde. Mais selon Patrick Rambaud, "Notre Sautillant Monarque" semble plutôt être la risée des dirigeants des autres nations.
Cette deuxième chronique s'achève en octobre, alors que la crise mondiale de la finance éclatait, en raison des agissements « des milieux d'affaire que choyait Notre Majesté ». « Comment Notre Hardi Monarque allait-il empêcher la dérive puis le naufrage ? » En excellent feuilletoniste, Patrick Rambaud annonce un troisième épisode que l'on espère aussi croustillant et politiquement incorrect.

« Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier », Patrick Rambaud, Grasset, 13,50 €


10:42 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rambaud, grasset

28/12/2008

L'idiot du village

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Téléporté dans le temps, le héros de Patrick Rambaud retrouve le Paris du début des années 50. Mais comment vivre au quotidien, sans nostalgie, sa propre enfance ? Tout a commencé par une anomalie dans le journal du jour. Au lieu de découvrir les nouvelles de 1995, le narrateur feuillette un exemplaire de 1953 revenant sur la dernière grève à l'usine de la Régie Renault et du repli des forces vietminh au Laos. Un soir, alors qu'il reçoit des amis, il découvre un chien dans la cuisine. Plus tard c'est une jeune fille habillée comme dans les années 50 qu'il surprend dans sa chambre.
Visions fugitives, inexplicables. Et puis finalement, un jour, il se retrouve dans sa rue mais les bâtiments ont changé d'aspect, les voitures aussi. Plus de doute, il a fait un bond dans le passé.
A ce stade du récit, entre nostalgie et fantastique, Patrick Rambaud ne donne pas de clés au lecteur. Vers où veut-il nous conduire ? Mystère... Mais on ne peut pas s'empêcher d'imaginer nos propres réactions si l'on se trouvait à la place du héros. Comment vivrions-nous une plongée hyper-réaliste dans le monde de notre enfance, surtout en connaissant le futur ? Déambulant dans ce Paris encore populaire, pas encore défiguré par l'urbanisme débridé des années 70, notre héros se trouve quand même très démuni malgré sa belle carte de crédit. Constatant que le phénomène dure, il doit trouver un toit pour s'abriter et un travail pour subsister.
Devenu serveur dans un restaurant des Halles, il reprendra le contrôle de sa vie en discutant en salle avec un habitué du restaurant. Ce journaliste au Figaro suit les rebondissements de la vie politique française. Et le serveur se transforme en voyant extralucide : procès des époux Rosenberg, mur de Berlin, tremblement de terre en Grèce, Dien-Bien-Phuh, il est incollable. Toutes ses prévisions se réalisent et le journaliste l'embauche comme secrétaire particulier. Mais jouer les devins n'a pas que des bons côtés. Il ne peut s'empêcher d'aller traîner du côté de l'appartement de ses parents et revoit sa mère, sachant quelle n'a plus que quelques années à vivre. Il croise également dans la rue sa future femme : une fillette jouant dans un bac à sable. Cette " fantaisie romanesque", selon les termes mêmes de son auteur, est beaucoup plus profonde qu'il n'y paraît.

"L'idiot du village" de Patrick Rambaud Editions Grasset. 16 euros (Le Livre de poche, 5 euros)
PS : Patrick Rambaud devrait être très présent en janvier car il signe la deuxième partie de la chroniques du règne de Nicolas 1er. Caustique, acide, très lucide, ce texte que j'ai la chance de lire en ce moment et qui sera en librairie le 6 janvier, est salutaire en ces temps de sarkomania galopante... Il y analyse notamment le rôle de Carla Bruni, "Madame" dans le livre.