26/05/2017

BD : Sommes-nous tous exceptionnels ?

 


Paul Baron est moyen. Parfaitement moyen. Taille, poids, QI, endettement… Il est dans la norme. Pas exceptionnel. Pourtant l’exceptionnel est son quotidien. Il est employé du Guide mondial des records, ce livre mis à jour chaque année qui permet à des anonymes d’être distingués en avalant trois hotdogs en 30 secondes ou en faisant tournoyer sept bâtons de majorette en même temps. Ce métier, il l’a aimé au début, mais depuis a perdu la flamme. Car pour un record validé, il y en a des centaines refusés et autant de déception pour ceux qui, un temps, se sont crus exceptionnels. Cette jolie fable écrite par Tonino Benacquista et dessinée par Nicolas Barral prend un tour tragique quand Paul reçoit une lettre d’un lecteur du guide désirant y faire son entrée en battant le record… du tueur de personnes qui le méritent. Une critique intelligente des dérives de notre société du spectacle, du surprenant et de la réussite érigés en règle absolue.
➤ « Le guide mondial des records », Dargaud, 14,99 €

22/03/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Record mondial de connerie et de perte de temps

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Dans le genre de bêtise particulièrement gratinée et consternante, le nouveau record du monde battu cette semaine par cinq jeunes Autrichiens. Le défi consistait à regarder la télévision durant 96 heures d'affilée dans un centre commercial. Les fesses au fond d'un canapé, au vu de tous dans cette galerie commerçante, ils ont réalisé l'"exploit" de rester 96 heures devant un écran qui retransmettait les programmes d'une chaîne de télévision, partenaire bien évidemment. Quatre garçons et une fille de 19 à 24 ans (comme quoi les garçons obtiennent la palme de l'idiotie) ont explosé les 91 heures franchies par des Canadiens en décembre 2014. Un marathon sur canapé sponsorisé par un magasin spécialisé en meubles et... télévisions. Pour éviter de sombrer dans le sommeil, les jeunes disposaient d'un vélo d'appartement, de café et de boissons énergisantes. Sans oublier les cinq minutes par heure pour se rendre aux toilettes.

Le Guiness Book des records inscrira le nom de Johannes, Markus, Zivan, Nadine et Dominik dans sa prochaine édition. A leur place, j'aurais honte en racontant à mes petits-enfants l'exploit international qui m'a valu cette reconnaissance. D'autant que le record ne tiendra pas longtemps. Sans aucun doute, cinq nouveaux "champions" atteindront un jour les 100 heures.

Difficile cependant de l'imaginer en France. Les émissions de Michel Drucker assurent un sommeil de plomb au bout de 10 minutes. Et la lobotomie menace les concurrents face à Cyril Hanouna.

19/11/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Il fait chaud


Moi je vous le dit : le monde est complètement détraqué. Hier à 13 heures, le thermomètre de ma voiture affiche 25°. Le 18 novembre, 25° ! Aussi chaud qu'un mois de juin. Ou la température moyenne d'un mois de juillet dans le nord de la France. 
En temps normal, ce réchauffement climatique (l'été indien pour les climato-sceptiques) représentait la discussion de prédilection du Français ordinaire. La météo, thème de conversation préféré des Français croit-on. Trop chaud, trop froid, trop venté, un élément dérange toujours. En réalité le temps qu'il fait ne nous passionne pas, il a simplement l'avantage de constituer un motif de conversation consensuel. La chaleur excessive de ce mois de novembre pas comme les autres ne discrimine pas. Tout le monde la subit de la même façon, quels que soient son âge, son sexe ou sa religion. Ennemie universelle ou alliée de poids pour les habitants du Sud qui se félicitent de ne pas frissonner en hiver. Le sujet par excellence pour lancer une conversation. 
Mais depuis vendredi dernier, malgré la COP21 qui se profile dans à peine un mois, chacun paraît moins sensible aux variations du thermomètre. Même si certaines des victimes sont tombées sous les balles car elles profitaient de cette douceur pour prendre un verre en terrasse. Des records de chaleur ont peut-être été battus. Mais tout le monde s'en moque. Sans doute le signe que ce qui arrive au pays est grave, très grave.

09/10/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Une star de la BD est née

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Le crowfunding ou financement participatif en français dans le texte, entre dans les mœurs. Si certains projets restent sur le bord du chemin, d'autres remportent un succès foudroyant. La plateforme Ulule vient d'exploser tous les records avec l'initiative d'une jeune dessinatrice de BD. Il y a quatre ans, Laurel quitte la grisaille de Metz pour s'installer avec mari et enfant à San Francisco. Co-créatrice d'une société de jeux vidéo pour smartphone, elle dessine les décors et personnages principaux. Tout ne se passe pas "Comme convenu" (titre de l'histoire) et face aux difficultés du quotidien, elle trouve un exutoire en racontant ses aléas sur son blog. Trois ans plus tard, à la tête de 260 pages, elle décide d'éditer ce pavé via le crowfunding. Elle calcule le budget nécessaire et arrive à la somme de 9 167 euros (en réalité 10 000 dollars tout rond). Une heure après l'ouverture du compte, l'objectif est atteint. Au bout de 24 heures, elle se retrouve à la tête d'un pactole de 100 000 euros. Hier, elle flirtait avec les 120 000 euros, soit plus de 1 300 % de la somme escomptée. Et il reste encore 28 jours de souscription... Son livre, avant même d'être imprimé, connaît le succès. Surtout, Laurel est rémunérée à la hauteur de son investissement. En se passant des intermédiaires (éditeurs, distributeurs, libraires), elle augmente considérablement ses droits d'auteur. Pour les fans, elle propose un pack à 3 186 euros avec visite de l'atelier, planche originale, tour en décapotable et dîner au pied du Golden Gate Bridge. Mais attention, le "trajet vers la Californie n'est pas compris dans le pack".

27/04/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Big Vahine

tahiti, hamburger, record, grosse bouffe, nutrition, PapeeteJ'ai toujours été tenté par les concours de nourriture. Gros mangeur devant l'éternel, engloutir le maximum de mets semble le sport extrême par excellence inventé pour ma grassouillette personne. Un reste de bon sens m'a cependant empêché de franchir le pas. L'animation proposée actuellement dans un fast-food de Tahiti est taillée à la mesure de mon estomac. Au menu un cheeseburger de 1 kilo (cinq tranches de viande, trois de fromage...) accompagné de 400 grammes de frites. Si le client parvient à finir l'assiette en moins de 20 minutes, c'est la maison qui régale. Gros succès pour l'enseigne avec plusieurs centaines de réservations. Pas étonnant que ce défi se déroule en Polynésie française. Là-bas, manger gras et en grosse quantité est devenu la norme.

Il y a 20 ans, quand j'ai débarqué dans ce territoire d'Outre-mer pour y travailler quelques années, j'avais la tête remplie de clichés : le lagon, les cocotiers et les vahine. Surtout les vahine, déesses gracieuses aux longs cheveux ornés de fleurs de tiare. La réalité était tout autre. Surtout les vahine.

L'abus de hamburgers, de chips et de soda dans le biberon dès l'âge de six mois a légèrement distordu le tableau. De la grâce il en restait un peu, mais difficile de la distinguer derrière les couches de graisse. D'ailleurs la campagne de promotion du fast-food est vivement dénoncée par l'association locale des diététiciens "dans un contexte d'explosion de l'obésité et du diabète."

Rassurons-nous, cela ne durera pas : le restaurant va vite mettre la clé sous la porte à force de nourrir à l'œil des centaines de Tahitiens.

09/12/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Records en vues

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 La faute à Internet encore et toujours, il va falloir nous habituer à revoir nos échelles de grandeur. Avant, un disque d'or correspondait à un million de galettes vendues. Aujourd'hui le succès d'un artiste ne se compte plus au nombre de ventes mais à celui des vues sur les plateformes de diffusion des clips.

Sur les 10 vidéos les plus regardées sur Youtube depuis sa création, 9 sont des clips. Seule une scène où un enfant se fait mordre le doigt par son petit frère s'intercale à la 5e place avec 749 millions de clics. Après on trouve les valeurs sûres, de Jennifer Lopez à Lady Gaga.

Mais elles ne jouent pas dans la même cour que Psy, le Coréen du « Gangnam Style » dont le tube en 2012 explose tous les records et accule carrément Youtube dans ses derniers retranchements. Pour calculer le nombre de vues, les techniciens expliquent que le compteur « est codé sur la base d'un entier de 32 octets, ce qui permettait d'atteindre les 2 147 483 647 consultations. » Nombre ahurissant dépassé par Psy, qui a obligé le site à tout revoir (passer à 64 octets) pour atteindre désormais plus de 9 millions de milliards de vues maximum. Record impossible à atteindre, même si tous les humains consacraient le reste de leur vie à regarder en boucle cette vidéo (cauchemars en prime).

Chez la concurrence, Dailymotion, les chiffres sont beaucoup moins vertigineux. A vrai dire, les millions ne se trouvent pas tant du côté des vues que de celui des amendes. La plateforme vient de se voir condamnée à payer 1,2 million d'euros à TF1 pour la diffusion de contenus protégés. A chacun ses records...

01/01/2013

Chronique : dernier bilan de 2012, ras le Psy

2012 sur le net : que reste-t-il d'une année de surf virtuel ? Tentative de bilan, épisode 6/6.

 

gang.JPG

L'année 2012 ne restera pas dans les annales comme celle de la réélection de Barack Obama ou du retour au pouvoir des socialistes en France. Cela aurait pu être celle de la fin du monde, mais au final, s'il n'en reste qu'un pour symboliser cette année, ce sera le chanteur coréen Psy. Internet a une nouvelle fois accouché d'un « phénomène » que personne n'a vu venir. Les plus « branchouilles » des veilleurs du net annonçaient le déferlement de la K-pop sur le reste du monde. C'est une parodie de cette musique sucrée et aseptisée, alliée à une danse aussi simple que ridicule, qui a mis tout le monde d'accord. Le clip « Gangnam Style » affole le compteur de YouTube depuis quelques mois. Avec plus d'un milliard de vues (1,083 exactement à 24 heures du réveillon) il pulvérise tous les records. Et ce n'est pas prêt de cesser. Il suffit d'imaginer, ce soir, les hordes de fêtards avinés en train de danser à la Psy. Après la traditionnelle chenille car tradition et bon goût français ne font pas toujours bon ménage. 

Mais comment expliquer l'inexplicable ? Quel sociologue osera décortiquer la signification cachée de ces pas de danse pour en découvrir la substantifique moëlle ? A moins que tout bêtement le physique de Psy ne plaise aux foules. Là où les groupes de K-pop sont nombreux, beaux et excellents danseurs, Psy est rondouillard, pataud et plein d’auto-dérision. Un nouveau Monsieur Tout-le-monde, mais à l'échelle planétaire.


Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue lundi 31 décembre en dernière page de l'Indépendant.


 

16/10/2012

Chronique : Week-end nauséeux entre Baumgartner et le hashtag de la honte

 

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Sensations fortes assurées le week-end dernier. Dimanche, enfin, l'Autrichien inconscient a sauté. Après quelques faux départs (lire chronique du 11 octobre) Félix Baumgartner a battu des records (altitude et vitesse en chute libre). Le tout diffusé en direct sur la plate-forme dédiée et des milliers d'autres sites, dont celui de l'Indépendant. Le problème pour le grand froussard que je suis, c'est que les images étaient d'une qualité telle que je me suis surpris à avoir le vertige. Et quand je l'ai vu chuter en tourbillonnant sur lui-même, j'étais limite nausée. Quelques heures plus tard, les images embarquées, encore plus impressionnantes, renforçaient le malaise. Un exploit, d'accord, mais un exploit de malade ! 

Enfin, pour être honnête, la nausée, la vraie, celle qui vous fait rendre tripes et boyaux, m'est venue en découvrant sur Twitter le phénomène du week-end : le mot-clé ou hashtag #unbonjuif. Sous couvert d'humour (tendance Dieudonné), des petits rigolos (selon eux), de sinistres racistes (en fait), ont multiplié les blagues de très mauvais goût. A côté, la sortie de Le Pen sur Michel Durafour fait songer aux Teletubbies.

Vous ne lirez pas d'exemple dans cette chronique, ce serait trop d'honneur pour ces tristes individus. Et j'avoue que le fait même d'en parler me fait culpabiliser. Je crois dénoncer, mais ne suis-je pas complice en m'indignant ? Informer n'est pas cautionner, mais dans le cas présent la frontière me semble très ténue car jamais internet n'aura autant servi de déversoir à une haine antisémite primaire.

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant.