21/03/2017

Thriller : Gamins américains à l’école de la vengeance

 


Un innocent, une fois condamné, peut devenir la pire des racailles. Car rien de plus marquant et de formateur que l’injustice. Le nouveau thriller de Claire Favan, romancière française mais qui aime placer ses intrigues dans l’Amérique actuelle, raconte d’abord une erreur judiciaire.
Max, un jeune Américain, vivant seul avec sa mère, survivant en accumulant les petits boulots, est accusé du meurtre d’un adolescent, son meilleur ami. Il nie, mais l’enquête, expédiée et à charge, le condamne à la réclusion à perpétuité. Quelques années plus tard, le véritable meurtrier est retrouvé. Max est libéré et largement indemnisé. Mais cela ne lui fait pas oublier le shérif qui l’a arrêté, l’avocat qui l’a mal défendu, le juge qui l’a condamné ou le maton qui l’a placé entre les mains de son colocataire de cellule.
Max sort de son enfermement avec un seul et unique but : se venger. Il achète un campingcar et rode dans l’entourage de ses tortionnaires. Il est patient. Et surtout a envie de faire du mal indirectement à ses victimes. Il enlève trois de leurs très jeunes enfants et les dresse littéralement comme des chiens. Cameron, Randall et Dylon deviendront ses bras armés. Des gamins coupés du monde, endoctrinés pour haïr la société, formés pour tuer vite et sans le moindre remord.
Trois anges de la mort que Max teste en groupe ou en solo. A trois, ils peuvent massacrer une famille de quatre personnes. En solitaire ils tuent des clochards, des dealers ou des commerçants pour voler le contenu du tiroir-caisse. Cameron, le premier formé, est le plus intelligent, Randall le plus fort et violent, Dylon le plus lâche, mais il sait aussi tuer froidement, même des « innocents » s’il est en difficulté.
■ Ange ou flic ?
Toute la première partie du roman est consacrée à cette phase d’apprentissage, au domptage de ces petits anges. A la fin, Cameron, persuadé que Max lui ment, dé- cide de s’enfuir. Il sera adopté par une famille de Floride. La seconde partie de déroule 15 ans plus tard. Cameron, comme pour se racheter de ses années de violence qui sont toujours restées secrètes, est devenu policier.
Un inspecteur brillant, aux résultats exceptionnel. Normal car « entre sa connaissance pratique du mal et l’apprentissage de la théorie, Cameron a une bonne longueur d’avance sur les flics lambda. » Sur la piste d’un tueur en série, il le localise après avoir utilisé comme appât la seule rescapée de ses griffes. Une arrestation largement médiatisée, c’est comme ça que Max retrouve la trace de Cameron. Max qui depuis a d’autres anges tout aussi bien dressés qu’il va lancer aux trousses de son premier enfant, celui qui l’a trahi.
Un univers très sombre, où toutes les limites sont bannies. Pourtant à la base, Max comme Cameron n’ont pas de prédestination à la violence. Ils deviennent tueurs par hasard, au gré des erreurs de certains ou de la volonté des autres. C’est aussi la principale interrogation du roman de Claire Favan : dans le fond, n’est-on pas tous un peu prédestinés à devenir des assassins ?  
➤ « Dompteur d’anges » de Claire Favan, Robert Laffont, 20 €

11/11/2016

Thriller : Il est des crimes impossibles à regarder

LA PRUNELLE DE SES YEUX. Ce thriller d’Ingrid Desjours entraîne le lecteur dans le monde sombre de la cécité.

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Entre Maya et Gabriel, le courant passe immédiatement. La jeune fille, Française installée en Irlande, cherche un nouveau travail. L’homme, la cinquantaine triomphante, profite de sa fortune pour visiter l’île. Mais il a besoin d’un guide car il est aveugle. Le roman d’Ingrid Desjours débute comme une gentille comédie. La guide avenante, le beau malvoyant, généreux et passionnant. Ils poursuivent leur collaboration en France, dans divers lieux de province.

En parallèle à ces scènes presque bucoliques, la romancière raconte l’entrée d’un adolescent dans une école supérieure. Une boîte privée qui « fabrique » les futurs dirigeants du pays. Mais il ne s’intègre pas. Il est en réalité infiltré comme journaliste en devenir pour dénoncer les pratiques de bizutage. On comprend rapidement que Gabriel est le père du jeune garçon. Que ce dernier est mort assassiné et que c’est de ce jour qu’il est devenu aveugle. Une pathologie rare, la cé- cité de conversion. En clair, les yeux fonctionnent parfaitement, mais le cerveau refuse de convertir ces images, le plus souvent après un profond traumatisme psychologique.

Construit avec une précision chirurgicale, le roman alterne scènes dans l’école, quelques jours avant la nuit tragique, et piège présent qui se referme sur Maya. Car Gabriel est persuadé que c’est cette jeune femme, pourtant charmante avec lui, dont il pourrait presque tomber amoureux, qui est la responsable de la mort de son unique enfant. 

➤ « La prunelle de ses yeux », Ingrid Desjours, Robert Laffont, 20 € (« Les Fauves », précédent roman d’Ingrid Desjours vient de sortir en poche chez Pocket)

 

19/09/2016

Rentrée littéraire : Sadorski, le pire des salauds

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Pour raconter l'occupation allemande, Romain Slocombe n'y va pas par quatre chemins : il se met dans la peau des pires salauds et raconte à la première personne leurs motivations nauséabondes. Après l'écrivain dénonciateur de juifs dans « Monsieur le commandant », place à Léon Sadorski, inspecteur de la police française, spécialisé dans les renseignements généraux et plus spécialement la surveillance des Juifs. Sado pour les collègues, vénère le maréchal Pétain et collabore avec la Gestapo. Aussi quand il est arrêté un matin et conduit à Berlin pour subir plusieurs jours d'interrogatoires il ne comprend pas du tout. Il se retrouve dans la peau des ces « sous hommes » qu'il aime malmener au quai des Orfèvres.

Le bourreau dans le rôle de la victime, c'est l'essentiel de la première partie de ce roman policier historique, sélectionné dans le première liste du Goncourt. La suite se déroule à Paris, Sadorski devra retrouver une de ses anciennes maîtresses suspectée d'activité antinazis.

Un roman témoignage, aux scènes parfois dures, mais qui reflètent l'époque. En préambule, l'auteur et l'éditeur préviennent ne pas « cautionner les propos tenus par le personnage principal ». Car Sadorski, effectivement, est le pire des salauds.

« L'affaire Léon Sadorski », Romain Slocombe, Robert Laffont, 21 €

 

01/09/2016

Rentrée littéraire : Petits désagréments et gros poissons chez le "Capitaine Frites"

L'Afrique est parfois folklorique. Celle du « Capitaine frites » d'Arnaud Le Guilcher est au-delà des clichés.

 

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Quand une femme vous pourrit la vie, divorcer n'est pas toujours la meilleure solution. Arthur Chevillard plaque tout pour fuir sa Morgane et quand on lui propose un boulot dans un pays africain, il signe. Arthur débarque à Yabaranga, capitale du Konghia, pays pauvre placé sous la coupe d'un président, élu à vie. Le job d'Arthur a tout du gag. Ce spécialiste en poissons (c'est comme ça qu'il a rencontré Morgane) doit étudier la possibilité d'implanter une variété de poisson amazonienne dans les rivières locales.

Après plusieurs mois à vivre aux frais de l'Etat, le feu vert est donné et un Indien d'Amazonie débarque avec deux spécimens de pirarucus. Les ennuis débutent pour Arthur, obligé de travailler. Heureusement, il y a Fée-Morgane, une beauté locale « Fée-Morgane et moi on a joué au docteur pendant deux jours et deux nuits. J'avais l'impression de bâfrer dix-neuf parts de gâteaux après une interminable grève de la faim. » Langage imagé pour cet auteur qui a certainement beaucoup lu San-Antonio.

On retrouve « l'esprit Dard » dans les titres de chapitres (« Guère épais », « Président ciel » ou le très local « A boubou de nerfs »). L'humour est omniprésent. Même si parfois on devine un peu de désespoir dans la vie décousue d'Arthur. Et ce n'est qu'un début. Quand sa femme débarque à Yarabanga, c'est immédiatement la guerre totale. Une Morgane très remontée et suffisamment persuasive pour lui chiper sa Fée-Morgane. Le voilà en pleine guérilla féminine et obligé de faire ceinture. L'occasion pour l'auteur de faire cette comparaison culte : « A ce tarif, je ne me laisse plus que quelques semaines avant de me frotter aux arbres... Si je veux pas être papa de petits arbustes, j'espère que les platanes du coin portent des stérilets. » Arnaud Le Guilcher a l'imagination débridée et excessive. Reste à savoir si les poissons amazoniens vont supporter le marigot africain, eux qui ont la réputation de ne pas avoir peur des piranhas.

« Capitaine frites » d'Arnaud Le Guilcher, Robert Laffont, 18€ (le précédent roman d'Arnaud Le Guilcher, « Ric-Rac », sort en poche chez Pocket le 1er septembre)

 

03/08/2016

THRILLER : La Norvège, son pétrole et ses sectes

Ce thriller efficace brouille les piste entre secte chrétienne, intégristes islamistes et anciens nazis.

La Norvège, pays nordique prospérant sur ses réserves pétrolières, a tout pour être un petit paradis. Pourtant, le pays n'est pas à l'abri de certaines dérives. On se souvent du massacre commis par le néo-nazi Breivik et le roman policier d'Ingar Johnsrud ne va en rien rassurer les lecteurs. Les pratiques politiques de ce pays sont parfois très peu recommandables. Première partie d'une trilogie, cette enquête du commissaire Fredrik Beier débute par une multitude de fausses pistes. Le héros, à peine remis d'un grave accident qui l'a laissé claudiquant, divorcé et en deuil de son dernier enfant, est sur la touche. Il tente de retrouver un peu d'allant dans son métier. Mais le traumatisme est important.

Un flic au bord de la rupture, incapable de se concentrer et encore moins de faire des efforts physiques. Quand la chef du principal parti de droite demande à la police de retrouver sa fille et son jeune enfant, disparue depuis quelques semaines, c'est vers Beier que la hiérarchie se tourne. Le sujet est sensible, mais sans risque. A priori. La jeune femme, une brillante chimiste, a tout plaqué pour rejoindre une secte chrétienne retirée dans une ferme. Beier n'a pas le temps de se rendre à « La lumière de Dieu » qu'un tueur y commet un massacre.

Cinq morts et le reste de la communauté envolé. Principal suspect : un islamiste radical pris pour cible par le pasteur retrouvé égorgé.

Ennemis intérieurs

Beier conserve l'affaire et bénéficie même de l'aide d'un membre des services secrets norvégiens. Kafa Iqbal, originaire du Pakistan, est la spécialiste de ce milieu religieux, « la jeune femme élancée avait la peau plutôt olivâtre que mate et une raie sur le côté partageait ses cheveux noirs et épais. Son visage était large avec des mâchoires arrondies, le menton fin et bien dessiné. Ses yeux brillaient comme deux pièces de monnaie qui vous regardait bien en face. » Si la collaboration est très délicate dans un premier temps, ils vont apprendre à s'apprécier (voire un peu plus car Beier n'est pas insensible à ce charme oriental), notamment quand ils croisent le tueur, un monstre de violence qui cache bien son jeu derrière un masque en silicone.

L'hypothèse musulmane s'évapore rapidement, simple mise en scène pour lancer les enquêteurs sur une piste erronée. En vérité, les ennemis de la secte sont intérieurs et très haut placés. Ce pavé sans temps mort, donne également un éclairage intéressant sur le passé du pays, quand dans les années 40, certains politiques locaux trouvaient un grand intérêt à collaborer avec l'Allemagne aryenne.

Et la force du roman réside dans son final, totalement ouvert, avec un sacré challenge à relever pour Beier et Iqbal dans les prochains épisodes.

« Les adeptes » d'Ingar Johnsrud, Robert Laffont, 21 €.

 

17/04/2016

Thriller : Le tueur en série, le policier et la folie

Claire Favan rejoint les meilleurs du roman noir avec "Serre-moi fort", angoissant du début à la fin.

Composé de trois parties distinctes, 'Serre-moi fort ', roman noir de Claire Favan paru dans la collection 'La Bête Noire 'de chez Robert Laffont, conduit le lecteur au bout de la folie.

Cela commence tout doucement. Nick, un adolescent raconte, à la première personne, la disparition de sa sœur. Une jeune fille adorée par ses parents. Ils ne croient pas à la fugue. La police piétine. Quand ils ont la certitude qu'elle a été enlevée par un tueur en série appelé 'l'Origamiste', ils sombrent dans la dépression. Le frère, tente de colmater les brèches et de trouver une place dans cette famille brisée. Quelques années plus tard, Adam Gibson, policier sur le fil du rasoir (sa femme vient de mourir après des années de lutte contre le cancer) hérite d'une grosse affaire. Dans une grotte isolée, des gamins ont découvert 24 cadavres. Des jeunes femmes, étranglées puis momifiées. Et certaines des victimes font partie des disparues attribuées à l'origamiste.

Adam va se consacrer corps et âme à l'enquête. Au détriment de ses enfants, quasiment abandonnés depuis la mort de leur mère. Claire Favan a l'art de brouiller les pistes dans ce roman. Le tueur est-il véritablement celui que l'on croit ? Le policier a-t-il encore la tempérance nécessaire à son travail ? Tout devient clair dans la troisième partie se déroulant entièrement dans un hôpital psychiatrique. Clair étant une façon de parler car en réalité, la noirceur du roman ne fait que s'amplifier, l'horreur croître et l'angoisse nous tétaniser.

"Serre-moi fort" de Claire Favan, Robert Laffont, 20 euros.

 

19/12/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Mes petites Belges, celle d'une vie et l'autre de 3'

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Chaque matin, c'est mon rayon de soleil, mon bonheur de vivre, mon moment jubilatoire. Cette petite Belge est devenue essentielle à mon équilibre quotidien. Ceux qui me connaissent pestent déjà : « Allez, une fois, il va encore nous parler de sa femme. » Perdu ! Car j'ai deux Belges dans ma vie. Mon épouse, depuis plus de 20 ans et Charline.

Charline Vanhoenacker, journaliste en poste à Paris qui a quitté les pages sérieuses du Soir pour les plages plus rigolotes des billets d'humeur sur France Inter. Très tôt le matin dans un premier temps, quand elle animait la tranche 5 heures - 7 heures, puis à un horaire plus civilisé, 7 h 55, juste avant le journal de 8 heures, le plus écouté de la radio. Des chroniques de 3', mordantes, méchantes, avec cet humour typique des Belges sans foi ni loi. Elles sont reprises dans un recueil de 250 pages et autant d'éclats de rires et de piques sanglantes.

Un régal dans lequel elle ridiculise sans distinction Sarkozy et Hollande, Marine Le Pen et Ségolène Royal. A mettre entre toutes les oreilles ou toutes les mains.

« Bonjour la France ! », Charline Vanoenacker, Robert Laffont, 18 euros.

 

Beaux livres et sublimes cadeaux, la sélection de fin d'année du Litoulalu

Au pied du sapin, n'oubliez pas d'offrir quelques beaux livres, ce sont des cadeaux qui s'adaptent toujours aux personnalités des êtres choyés.

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, L'art de Tibet

 

Longtemps considéré comme un dessinateur commercial, Tibet n'a pas connu de son vivant la pleine reconnaissance de son talent. Pourtant , le créateur de Chick Bill et de Ric Hochet est le parfait exemple de l'artiste ignoré car trop productif. Pour vivre de son crayon, Tibet dans ses jeunes années a dû multiplier les projets et les collaborations. Un rythme d'enfer qu'il n'a jamais abandonné une fois le succès en vue. En publiant entre deux et trois albums par ans, sur un demi siècle, il fait partie de ceux qui ont le plus produit en une carrière. Pourtant, que de chefs-d'œuvre dans ces histoires et couvertures fournies aux magazines qui le publiait. Cette somptueuse biographie, alliée à une exposition à la galerie parisienne Daniel Maghen, permet de découvrir les originaux de Tibet, avec crayonnés et notes dans les marges. De plus quelques raretés sont reprises comme une histoire complète du détective Dave O'Flinn, ancêtre de Ric Hochet, parue en 1952.

« Mystères », Daniel Maghen, 59 euros

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, Petit écran mais très grands souvenirs

Ce livre objet permet de nous replonger dans les grandes heures de la télévision. Patrick Mahé, emblématique directeur de la rédaction de Télé 7 jours a ouvert les archives de son magazine pour retracer l'évolution de cet objet devenu si important dans notre vie. La préface est d'Antoine de Caunes, dont la famille a véritablement traversé toute l'histoire de la télévision française. Parmi les bonus offerts dans le livre, on trouve la couverture d'un exemplaire de 1961 où Jacqueline Joubert, la plus célèbre des speakerines, pose en compagnie de son fils, Antoine qui un demi siècle plus tard sera aux manettes du Grand journal. Quant au papa, Georges de Caunes, le livre revient sur sa mésaventure de naufragé volontaire sur une île du Pacifique Sud. Su sport aux variétés en passant par les jeux et la télé-réalité, ce sont tous les genres qui sont célébrés avec un énorme chapitre pour ce qui fait de plus en plus la spécificité du petit écran : les séries, digne descendants des feuilletons du 19e siècle

« Les archives de la télévision », Chêne, 216 pages et de nombreux fac-similés, 45 euros

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, Double dose de bulles

Il était prédestiné à faire de la bande dessinée. Malabar, le personnage des célèbres chewing-gums fait d'énormes bulles roses. Une façon de s'exprimer qui a donné l'idée aux agences de publicité chargées de la promotion du produit de s'adresser directement aux consommateurs par l'intermédiaire de vignettes puis d'histoires. Le personnage, imaginé par Jean-René Le Moing (illustrateur qui a fait l'essentiel d sa carrière dans l'ombre au journal Pilote), a ensuite été confié à des signatures plus prestigieuses. Frank Margerin le premier a calqué son univers à celui du grand blond au tee-shirt jaune. Durant une année il multiplié les planches de commande lui assurant confort financier et rodage intensif avant de se consacrer à son héros plus adulte, Lucien. Poirier, Yannick et Dimberton lui ont succédé avant Olivier Taffin et Régis Loisel en 1982. Cette saga des aventures publicitaires de Malabar est reprise dans une jolie intégrale collectée et commentée par Alain Lachartre. Un album au délicieux goût de nostalgie, comme l'arôme tutti frutti des gommes d'antan...

« Malabar », Dupuis, 384 pages, 28 euros

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, Le pavé de Sherlock Holmes

 

Monument de la littérature anglo-saxonne, les aventures de Sherlock Holmes ont révolutionné le genre policier. Dans une nouvelle traduction d'Eric Wittersheim, les éditions Omnibus proposent l'intégrale des nouvelles dans une édition illustrée des dessins d'origine signés Sidney Paget. On retrouve donc les 56 nouvelles, dans leur ordre chronologique, parue entre 1891 et 1927, avec une grosse interruption de dix ans, après la mort du héros puis sa résurrection à la demande des lecteurs. Une version ultime d'exceptionnelle qualité pour le plus grand personnage de la littérature policière.

« Les aventures de Sherlock Holmes », Omnibus, 820 pages, 39 euros

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, Paris, l'éternelle

 

Il fait du bien ce livre de Marie-Hélène Westphalen. Il retrace un siècle de vie à Paris, de 1880 à 1980. La capitale parisienne, durement touchée le 13 novembre dernier, a besoin d'être aimée. Des débuts de Picasso à la vie spécifique dans le village de « Ménilmuche », on retrouve entre les différents des documents d'époque porteur de forte nostalgie. Comment ne pas s'extasier devant le manuscrit du « J'accuse » de Zola, rêver en parcourant une brochure publicitaire pour le Lido, célèbre cabaret ou tout simplement réviser sa géographie en détaillant les stations du métro en 1900. Et puis surtout, comment ne pas avoir une pensée pour les victimes devant une photo sur une double page montrant la terrasse du Flore, bondée de gens heureux.

« L'âme de Paris », Les Arènes, 108 pages et de nombreux fac-similés, 34,80 euros

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, L'ivresse des mots

 

Grand expert de la langue française et des mots en général, Alain Rey vient de signer un essai sur l'ivresse. Un essai dans les beaux livres ? Normal car ce texte d'une très grande intelligence est illustré de calligraphies de Lassâd Metoui. Une association étonnante mais qui permet de transformer ce texte parfois un peu trop pointu en superbe œuvre d'art. De l'origine du pastis en passant par les différentes méthodes pour faire le vin à travers les époques, devenez incollable sur cet alcool éthylique, l'appellation chimique de ce qui fait tourner la tête des hommes et des femmes depuis de siècles. Savant et savoureux

« Pourvu qu'on ait l'ivresse », Robert Laffont, 352 pages, 30 euros

 

Les portraits de la création

 

Louis Monier, photographe français, emprisonne dans ses boitiers depuis cinquante ans les portraits des plus grands créateurs de la planète. Dans ce volumineux livre en noir et blanc, ce sont des centaines d'artistes qui sont photographiés, leurs carrières expliquées par des textes synthétiques d'Olivier Bosc. Borges, Hossein, Louis Malle : tous ont marqué leur domaine. Louis Monier les a rencontré et les montre tels qu'ils sont souvent : passionnés et passionnants.

« Création j'écris ton nom », Éditions Vents de sable, 192 pages, 39 euros

 

 

Robert Laffont, Flammarion, dupuis, tibet, chêne, beaux livres, omnibus, Radioscopie d'un passionné

 

Mort il y a moins d'un an, Jacques Chancel a marqué l'histoire de la radio. Comme pour se rappeler à notre bon souvenir, il est au centre d'une biographie hommage coordonnée par son épouse, Martine. On retrouve de larges extraits de ses précédents livres, quand il se racontait en toute humilité, de très nombreuses photos et des hommages de ses collègues, amis et invités, de Philippe Bouvard à Gabriel Matzneff. Jacques Chancel c'était Radioscopie du France Inter et Le grand échiquier mais il semble avoir vécu mille vies, de ses débuts de journaliste en en Indochine, la création d'Antenne 2 avec Marcel Jullian ou la direction de collections de prestigieuses maisons d'éditions comme Juillard. Enfin une large part est faite à l'autre grande passion de cet homme de Bigorre : le sport.

« Les années Chancel », Flammarion et Radio France, 204 pages, 24,90 euros

 

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Napoléon est certainement le personnage de l'Histoire française qui a le plus été adapté au cinéma u à la télévision. Son incroyable épopée, de simple soldat à empereur régnant sur la moitié de l'Europe pour terminer en exil au milieu de l'Atlantique Sud offre des centaines d'angles et d'interprétation. Hervé Dumont a collecté dans encyclopédie tous les films mettant en scène le grand homme. Pas moins de 1000 dont plus de la moitié sont toujours inédits en France. Napoléon a pris les traits de Charles Boyer, Marlon Brando ou Christian Clavier. Il a inspiré les plus grands réalisateurs comme les plus obscurs. De la tragédie à la comédie satirique, la vie de l'empereur brille dans les cinémas. Et ce n'est pas près d'arrêter...

« Napoléon, l'épopée en 1000 films », Ides et Calendes, 724 pages, 39 euros

 

 

 

17/10/2015

Livre : Lettres de Marcel Pagnol

 
Recueil de lettres adressées à des collègues et amis, ce livre coordonné par son petit-fils Nicolas permet de cerner l’extraordinaire professionnalisme de Marcel Pagnol. S’il débute au théâtre, très vite il se tourne vers le cinéma et invente le statut de scénariste-réalisateur-producteur. Une seule casquette pour être absolument maître de ses œuvres. Par contre il ne peut pas se passer de comédiens. Alors il choisit les meilleurs et leur offre des rôles de légende. De Fernandel à Raimu, il a permis à ces Provençaux de conquérir toute la France. Mais pas sans difficultés quand on découvre les rapports parfois houleux du réalisateur avec ces stars de l’époque. La première partie, la plus passionnante aussi, retrace les longues années de collaboration entre Pagnol et Raimu. Les deux hommes s’apprécient, mais leurs caractères entiers brouillent parfois les cartes. Les fâcheries sont récurrentes. Violentes parfois. Même les huissiers sont intervenus... Pourtant on retient surtout l’indéfectible amitié des deux hommes..
 

 

J’ai écrit le rôle de ta vie”, Robert Laffont, 21 euros.
 

25/09/2015

Livre : Les tourments d'une mère

 

Colm Tóibín imagine les tourments d'une mère face au sacrifice de son fils. Une réécriture de la mort de Jésus dans « Le Testament de Marie. »

 

Colm Tóibín, jésus, marie, dieu, robert laffontJamais elle n'a cru à cette légende. Jamais elle n'a cautionné son sacrifice. Jamais elle n'a accepté son départ, son abandon. Mais jamais, non plus, elle n'a cessé de l'aimer, son fils, le sien, pas celui de Dieu. Marie raconte à la première personne les derniers moments de son fils, Jésus. Elle se sent obligée de dire sa vérité car depuis quelques temps deux hommes viennent la voir tous les jours pour qu'elle raconte une version très déformée de la crucifixion et des dernières heures de celui qu'ils considèrent comme le fils de Dieu. Or Marie sait que la réalité est tout autre.

Colm Tóibín, écrivain irlandais au verbe lyrique et puissant, a écrit un tout nouveau testament avec les yeux d'une mère bouleversée par l'aveuglement de son fils, comme pris au jeu de ses disciples qu'elle décrit comme une « horde écumant le pays telle une avide nuée de sauterelles en quête de détresse et de peine. » Pour elle il n'y a pas eu de miracles, pas de signes divins, juste un aveuglement. Quand ces deux visiteurs viennent chez elle, Marie leur interdit de s'assoir sur une chaise. « J'ai décidé qu'elle resterait vide. Elle appartient à la mémoire, elle appartient à un homme qui ne reviendra pas, dont le corps est poussière mais qui avait autrefois une puissance dans le monde. Il ne reviendra pas. La chaise est pour lui car il ne reviendra pas. » Les deux hommes, sans doute des apôtres chargés de la protéger ou de la surveiller la contredisent. « Ton fils reviendra ».Et Marie de répondre : « Cette chaise est pour mon mari ».

 

Chair, os et sang

Le roman, court et intense, revient sur quelques passages de la vie de Jésus. Les noces de Cana ou la résurrection de Lazare. Mais l'essentiel du texte raconte le dernier jour, le jugement par Pilate puis la montée vers la colline et la mise en croix. Un symbole encore très présent dans les cauchemars de la narratrice. « J'ai eu le souffle coupé en voyant la croix. Elle était déjà toute prête. Elle l'attendait. Bien trop lourde pour être portée. » Cachée dans la foule qui réclame la mort de celui qui prétend être le fils de Dieu, Marie vit intensément ce fameux chemin de croix.

Mais elle y voit tout autre chose. Quand elle croise son regard, elle pousse un cri, veut se précipiter vers lui. « C'était l'enfant à qui j'avais donné naissance et voilà qu'il était plus vulnérable qu'il ne l'avait été même alors. Quand il était bébé, je m'en souviens, je le berçais en pensant que j'avais désormais quelqu'un pour veiller sur moi quand je serais vieille. Si j'avais pu imaginer, même en rêve, qu'un jour viendrait où je le verrais ainsi, tout sanglant au milieu d'une foule zélée avide de le faire saigner davantage, j'aurais crié de même, et ce cri aurait jailli d'une partie de moi qui est le centre de mon être. Le reste n'est que chair, os et sang. » Une mère, souffrant pour son enfant malgré ses errements et trahisons, voilà la vérité que raconte Colm Tóibín dans ce remarquable texte.

Michel Litout

 

« Le Testament de Marie », Colm Tóibín, Robert Laffont, 14 €