11/02/2017

De choses et d'autres : Extermination du cafard

Étonnant téléscopage entre la fiction et la réalité. Philippe Ségur, romancier de Perpignan, vient de publier début janvier une fantaisie littéraire intitulée « Extermination des cloportes ». Dans ce roman, le personnage principal, professeur voulant devenir écrivain et qui a des soucis de voisinage avec sa copropriété, se réveille un matin avec l’étrange sensation d’avoir des cloportes dans les yeux. Des insectes qui l’empêchent de voir la réalité en face.

Pas de fiction pour une Indienne de 42 ans selon une dépêche de l’agence France Presse : « Ce n’était pas une idée qui lui trottait dans la tête mais un cafard bien vivant. Ressentant une sensation désagréable derrière les yeux au réveil, la femme se rendit dans une clinique locale où lui fut pratiqué un lavage nasal. Ceci fait, on la renvoya chez elle. Mais la douleur était toujours là. Ce n’est que lorsqu’un spécialiste examina ses canaux nasaux à l’aide d’un endoscope que fut découverte la terrible vérité. ‘J’ai vu des petites pattes bouger à l’intérieur’, raconte le médecin. Poussant plus loin ses recherches, quelle ne fut pas sa surprise : « j’ai réalisé que j’observais en fait le postérieur d’un cafard », se souvient-il avec horreur. Le blattoptère en goguette était entré par les narines de la femme pendant son sommeil et avait si bien avancé qu’il se trouvait presque à la base du crâne. Le passager clandestin fut finalement aspiré hors du nez, gigotant et bien vivant. » Philippe Ségur doit bien rigoler dans son coin...

10:05 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cafard, ségur

17/01/2017

Roman : Aveuglement du petit copropriétaire

Avec sa verve habituelle, Philippe Ségur raconte les déboires d’un couple dans « Extermination des cloportes ».

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Don Dechine, professeur de lycée, a le secret espoir d’écrire un roman. Pas n’importe lequel, le chef-d’œuvre qui lui vaudra direct le Nobel de littérature. Don Dechine s’y croit un peu. Beaucoup même. Ce n’est pas la modestie qui l’étouffe. Dans son appartement de la ville de Nî- mes, il vit avec sa femme Betty, gentille demoiselle qui espère elle aussi faire carrière dans l’éducation nationale. Encore faut-il qu’elle passe son doctorat.

Le roman de Philippe Ségur, professeur de droit constitutionnel et de philosophie politique à l’université de Perpignan, déroute dans les premières pages. Don et Betty sont pleins de bonnes volontés. Ils planifient leur travail comme des enfants sages et vertueux. Mais rapidement les engrenages se grippent. Et ils finissent dans le canapé à regarder les sept saisons des Soprano, tout en dégustant du Maury, vin préféré du héros et cité une bonne dizaine de fois dans le roman. Tout change quand Don, un matin, se réveille avec la bizarre impression d’avoir des cloportes dans l’œil. Des bestioles noires qui se baladent devant lui, perturbant sa vue. Une idée kafkaïenne parfaitement amenée par l’auteur jusqu’à la révélation du toubib de famille : Don souffre de la maladie de Fuchs.

A moyenne échéance il deviendra aveugle. Il n’existe pas de traitement. Peut-être une opération, mais Don refuse. « Je préférais continuer d’élever des cloportes et regarder le monde derrière ma vitre sale. » La comédie va-t-elle sombrer dans le mélodrame ? Pas du tout. N’oubliez pas que c’est Philippe Ségur qui est aux manettes. L’humour l’emporte toujours avec cet auteur à l’optimisme chevillé au corps.

■ « Granch » rêvé

Don fait comme si de rien n’était, cache même ses problèmes de vision à sa douce Betty. Pourtant il l’adore : « Avec Betty, nous faisons tout ensemble. Le travail, les courses, le sport et même l’amour. C’est dire si nous sommes proches. » Une bonne partie du roman raconte les aléas de la copropriété. Don et Betty affrontent le syndic qui veut leur faire payer des charges considérables. Ils décident alors de vendre et d’acheter un « granch » (une grange transformée en ranch…) à la campagne. Des passages très édifiants sur les pratiques des banques et autres assurances où on croit dé- celer du vécu.

Un roman vivifiant en ces sombres heures d’une société trop souvent ré- signée et manquant cruellement de fantaisie.  

➤ « Extermination des cloportes », Philippe Ségur, Buchet Chastel, 18 €