06/12/2016

De choses et d'autres : 2016, hécatombe politique

L’année 2016 restera certainement dans les annales comme celle qui compte le plus de « morts politiques ». A l’étranger comme en France.

Quand François Hollande annonce son renoncement à se représenter à la présidence de la République, il ne fait que suivre le mouvement. Tout a commencé quand David Cameron a donné sa démission de Premier ministre après la victoire du Brexit. Persuadé de l’emporter, il avait mis son poste en balance. Perdu. De la même façon, Matteo Renzi, en voulant réformer son pays, s’est heurté à un mur infranchissable. Obligé de rentrer dans le rang.

Hillary Clinton, donnée victorieuse par les sondages, a finalement perdu (malgré une large avance en voix) face au populiste Trump. Carrière terminée, elle peut se transformer en gentille grand-mère très disponible. Nicolas Sarkozy, persuadé que son histoire d’amour avec la France pouvait recommencer, devra se contenter de Carla. Le rejet est total, irrémédiable. Juppé aussi a été victime des sondages. La victoire qui lui était promise, est finalement revenue à l’étonnant François Fillon, le seul qui pour l’instant doit apprécier 2016.

Le prochain sur la liste pourrait bien être Manuel Valls. En démissionnant de Matignon pour endosser le simple costume de candidat à la primaire de la gauche, il prend le risque de se retrouver totalement démuni en janvier et d’être la première victime… de 2017. 

29/11/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Si Facebook était une fiction

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 En ces temps peu propices à la grosse rigolade (n'oublions jamais que François Fillon, de Droopy, le chien triste de Tex Avery, s'est transformé en pitbull, incarnation de cette droite qui ne plaisante pas et assume sa dureté) marrons-nous un peu avec ces fausses pages Facebook inventées par Virginie Spies. Un statut en dit souvent beaucoup sur l'humeur du moment. La sémiologue et chroniqueuse de l'Obs résume l'actualité avec des pages Facebook imaginaires. C'est ainsi que hier, François Fillon dit simplement « Je vous ai compris ». Un statut très gaullien aimé par Frigide Barjot et 312 409 retraités. De son côté, Alain Juppé s'abonne à la page « Caisse de retraite ». Plus loin, Manuel Valls souhaite « une bonne semaine à tous ». Si Claude Bartolone aime, François Hollande se contente du commentaire sec « 11 h 45 dans mon bureau » agrémenté du mot-dièse #RasLeBol. Virginies Spies ne se limite pas à la politique, elle adore aussi la presse people. Pour preuve, elle signale que Cyril Lignac vient de rejoindre Tinder, le célèbre réseau social de rencontres amoureuses. Une jolie façon de signaler, par la bande, sa rupture avec Sophie Marceau. Bref, en deux statuts, un commentaire et deux actualités (Fidel Castro est devenu ami du Che Guevarra), cette fausse page Facebook résume parfaitement le week-end. Mais tout est faux. Ce n'est pas pour rien que Virginie Spies l'a nommée « Facebook Fiction ».

22/11/2016

De choses et d'autres : Plus dure sera la chute pour l'ancien président trop pressé

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Après un échec, la renaissance en politique n’est pas chose aisée. Nicolas Sarkozy pourrait en faire un nouveau livre qui le propulserait immédiatement en tête des ventes. Mais bien vendre un programme ne signifie pas être victorieux dans les urnes. Bête politique comme rarement le microcosme en aura enfanté, Nicolas Sarkozy a cru jusqu’au bout pouvoir se relever de sa défaite en 2012. Aujourd’hui, sa troisième place, la pire dans un scrutin à deux tours, le plonge dans les oubliettes de la vie publique. Pour certains, il va falloir passer par une phase de désintoxication. Laurent Joffrin, dans son éditorial pour Libération y va même de sa petite larme : « Pour un peu, Sarkozy va nous manquer ».

Tout avait mal commencé pour l’ancien président. Certains sites ont comparé sa façon de voter avec celle de ses challengers. Quand Alain Juppé reste longuement dans la file et que François Fillon semble un quidam parmi tant d’autres, Nicolas fonce, double tout le monde, vote, serre quelques mains et part sans même payer les deux euros. Résultat, dès midi sur les réseaux sociaux, sa façon de bousculer les lignes, de tout faire au pas de charge, qui a longtemps été un atout, devient une tare.


Sarkozy passe devant tout le monde dans son... par LeHuffPost

Parti le dernier en campagne, Nicolas Sarkozy a cru pouvoir rattraper son retard avec quelques sprints dans les dernières semaines. Mais à trop vouloir doubler la piétaille, un jour, elle vous fait un croc-en-jambe. 

(Chronique parue le mardi 22 novembre en dernière page de l'Indépendant du Midi)

12/11/2016

De choses et d'autres : Précis de « gentillesses » politiques

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Le capitaine Haddock aurait fait un excellent homme politique. Du moins dans sa propension à insulter à tout-va à l’aide de jurons très imagés.

L’insulte en politique compte une longue histoire racontée avec force exemples édifiants par Bruno Fuligni dans un dictionnaire dont la nouvelle édition, « Spécial présidentielle 2017 », vient rafraîchir les mémoires. On ira avec délectation vers les entrées des possibles présidentiables comme Nicolas Sarkozy (« Pas méchant mais pas d’allure. En fait il est bien plus fade qu’on ne le croit » Ségolène Royal) ou Alain Juppé (« C’est Fabius en pire. Ce dernier avait un soupçon de sensibilité, l’autre je ne le pense pas » Nicolas Sarkozy).

Plus loin dans le temps, député puis sénateur des Pyrénées-Orientales, Jules Pams faisait les frais de la verve de Clemenceau : « Pams, ce n’est pas un nom, c’est un bruit ». On notera d’ailleurs qu’au début du XXe siècle, les insultes étaient très virulentes. De même le dénigrement antisémite n’était pas une légende, pour preuve les propos de Léon Daudet sur Léon Blum ou de Charles Maurras sur Abraham Schrameck, particulièrement nauséabonds.

➤ « Petit dictionnaire des injures politiques », L’Editeur, 19 €

 

09/11/2016

De choses et d'autres : Frites à volonté !

 

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Cette primaire de la droite commence à me plaire. Partie sagement, avec respect et sujets sérieux, elle s’emballe depuis le débat de la semaine dernière. Les outsiders - Copé, Le Maire et NKM - ont sorti les ergots pour tenter de griffer la carapace des vieux durs à cuire et essayé de déstabiliser Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.

Et puis il y a les meetings. Comme s’il avait déjà oublié l’affaire Bygmalion, Nicolas Sarkozy les enchaîne à tour de bras. Parfois on se demande si l’épuisement ne le guette pas quand il affirme, en réponse aux parents d’enfants qui ne veulent pas de porc à la cantine, qu’il suffit de servir aux gamins « une double ration de frites ».

Les frites à la cantine. Quels bons souvenirs. Ce n’était pas tous les jours malheureusement. Et il y avait rarement du « rabe ». Si j’avais 40 ans de moins, j’envierais presque les petits juifs et musulmans de la France de Sarkozy. « Allah est grand, un peu plus de frites s’il vous plait ».

Cette histoire de « double ration de frites » résume la campagne des primaires. Pourquoi se casser la tête à trouver des solutions compliquées quand on peut faire simple ? Pas assez de policiers ? On embauche. Trop de dé- ficit ? On vire des fonctionnaires (mais pas les policiers récemment engagés). L’agriculture va mal ? Obligation de faire pousser des patates. Faudra bien, puisqu’on ne mangera que des frites... 

03/11/2016

De choses et d'autres : La confession d'Askolovitch

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Le titre de son papier publié hier matin sur Slate.fr prend des airs de confession : « Invité par Sarkozy, j’ai écrit la pire merde de ma carrière ». Claude Askolovitch, journaliste politique, fait plus que se flageller, il se renie en bloc, quand il pensait être important (rédacteur en chef du Journal du Dimanche) et acceptait d’être traité comme un VIP.

« En 2008, raconte-t-il dans l’article, l’Élysée me propose de venir au G20, pas comme journaliste accrédité presse, dans les bétaillères de l’information, mais directement dans Air Sarko One, pour un périple embedded. » Catalogué à gauche, Askolovitch qui travaillait à l’Obs, est passé à la concurrence en 2007, chez Lagardère.

S’il se dénigre aujourd’hui, huit ans après le « crime », c’est en raison du lynchage par l’émission de Yann Barthès de Nicolas Domenach. Cet autre journaliste politique a couvert le voyage africain de Manuel Valls dans la dé- légation officielle. Résultat, le papier de Domenach, selon Askolovitch, « n’est pas un reportage : c’est une tautologie sur la com’vallsienne. » Mais il n’est pas de ceux qui hurlent avec les loups. Car il est déjà passé par là. Depuis il a rompu les ponts : « Quand je m’approcherai à nouveau d’un grand politique, ce sera dans une distance étrange, dépressive », reconnaît-il. Et d’expliquer ce qui devrait être une ligne de conduite pour tous les journalistes, « je me vaccine contre les mignardises. » 

27/09/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Votes primaires

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Pour la première fois de son histoire, la droite française se lance dans des primaires pour désigner son candidat à la présidentielle. De Gaulle doit bien ricaner dans sa tombe. Preuve que les idées de démocratie participative ne cessent de progresser, les chantres de l'homme providentiel se tournent aux aussi vers une désignation plus transparente.

Avec pas mal de risques. De scission dans un premier temps. On ne s'affronte pas durant deux mois pour se rabibocher trois jours plus tard en ayant oublié toutes les vacheries balancées en public. Si Juppé l'emporte, que vont faire les soutiens de Sarkozy, beaucoup plus nombreux que ceux du maire de Bordeaux ?

A l'inverse, Juppé battu osera-t-il se rallier au panache du maire de Pau et monarque du Béarn ? Autre difficulté en vue, la validité des résultats. Pas à cause de procurations douteuses (elles sont tout simplement interdites) mais par la volonté affichée de militants de gauche d'aller voter, juste pour faire barrage à l'ancien président. Il leur en coûtera deux euros, mais ils estiment que c'est le prix à payer pour éviter le retour de Nicolas Sarkozy, encore plus détesté à gauche depuis qu'il marche ouvertement sur les plate-bandes du Front national.

Résultats contestables aussi avec les votes probables de certains soutiens de François Hollande beaucoup plus machiavéliques. Eux, au contraire, vont se déplacer pour aider Nicolas Sarkozy à l'emporter, adversaire le plus à la portée de l'actuel président. Un sacré micmac pour désigner celui que tous les sondages donnent comme futur président de la République.

09/09/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Reconversions

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Un élu abandonne rarement ses mandats, son pouvoir, pour se reconvertir dans le privé. L'exemple de Roselyne Bachelot, nouvelle voix de RMC l'après-midi (sur le créneau horaire occupé par Brigitte Lahaie, il fallait oser), n'est pas isolé. Ancienne pharmacienne, elle a occupé des postes de ministre avant de tout plaquer et se lancer dans cette carrière de confidente des auditeurs.

De même, pour continuer d'exister, Daniel Cohn-Bendit assure une chronique chaque matin sur Europe1 et Jean-Louis Debré anime sa propre émission sur Paris Première.

Nicolas Sarkozy a failli suivre le même chemin. Battu en 2012, il annonce son retrait de la politique. Avec l'ambition, jamais avouée mais flagrante : engranger le plus d'argent possible en donnant des conférences excessivement rémunératrices (un rôle de comique aurait également pu lui rapporter gros). Mais le démon de la politique lui est chevillé au corps. Il part à nouveau en campagne. S'il perd à la primaire, il ne lui restera que la retraite. À 61 ans. Un paradoxe pour celui qui voudrait en prolonger l'âge légal de quelques années.

L'an prochain, si Hollande renonce ou perd, je le verrais bien devenir commandant de paquebot. Un gros, un énorme. L'antithèse du pédalo.

Valls dispose du physique et du rictus propres aux vigiles de supermarché. Les petits voleurs feront demi-tour aussi sec.

Quant à Jérôme Cahuzac, à la fin de son procès, son avenir d'acteur semble tout tracé. Les yeux dans les yeux, il peut endosser tous les rôles. De méchants, de préférence.

06/09/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Adresses bidons pour vrais candidats à la présidentielle

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Pour trouver des informations sur internet, les utilisateurs utilisent les moteurs de recherche. L'occasion pour des malfaisants de détourner l'intelligence limitée de ces algorithmes. Principales victimes, les hommes politiques.

La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a été doublement le dindon de la farce. Si par hasard vous tapiez dans Google le titre du manifeste politique du chef de file des Républicains, "Tout pour la France", on vous proposait un site idoine sous l'adresse www.toutpourlafrance.net. Un clic plus loin, vous avez sous les yeux un site de vente en ligne de... nains de jardins. Méchant et petit (j'ai failli retirer cette deuxième appréciation par crainte d'être mal interprété, mais je fais confiance aux lecteurs pour ne pas y voir une pique supplémentaire contre ce grand homme d'État n je m'enfonce...).

Vous n'aimez pas les nains de jardin mais vous voulez que Nicolas Sarkozy soit élu président en 2017 ? Tapez tout simplement Sarkozy2017. Vous voilà sur un site avec sa photo plein écran. Problème, il dit "Oops" dans une bulle de bande dessinée avec en titre : "Sarkozy : les scandales et les casseroles". Promesses non tenues, mensonges à la pelle et bien évidemment affaire Bygmalion, le site n'épargne rien à l'ancien président. Il est victime de "cybersquatting". En clair, ses opposants (anonymes) ont été les premiers à déposer les noms de domaines et en profitent pour lui tailler des croupières.

A ce jeu, dès que Hollande sera candidat, parions qu'on tombera sur un site spécialisé sur les pédalos en tapant Hollande 2017.

14/06/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Treize à la douzaine

 

 

Non, cette chronique n'est pas la suite de celle d'hier où je parlais des huîtres de Leucate. Les douze dont il est question présentement sont les candidats à la primaire de la droite. Hier matin, Henri Guaino, entre crainte de nouveaux débordements de supporters plus dangereux que des grévistes de la CGT et le bilan de la tuerie d'Orlando, a annoncé en direct sur France Inter qu'il se portait candidat- le douzième donc. Ils seront au minimum treize puisque Nicolas Sarkozy attend le dernier moment avant de se déclarer. Henri Guaino, pour rappel, a mené l'essentiel de sa carrière comme conseiller occulte. Longtemps plume de l'ancien président, il se prend à se rêver un destin national. Comme de Gaulle, son idole. D'ailleurs s'il se lance, c'est au nom du gaullisme. Mais c'est tout son problème. Il semble tout droit sorti des années 60-70. Un phrasé littéraire obsolète, la « grandeur de la France » en permanence au bord des lèvres ; c'est à se demander s'il n'a pas passé les 40 dernières années dans un caisson cryogène. Quelqu'un va-t-il se dévouer pour lui expliquer que la guerre froide est terminée, que la troisième voie inspirée par le grand commandeur de la France Libre est devenue la risée de tous les diplomates ? Surtout que son credo du nationalisme a été récupéré par tous les extrêmes, de Chevènement à Mélenchon à gauche en passant par Dupont-Aignan et Le Pen à droite. Le gaullisme est mort et enterré. Comme son créateur. Henri Guaino en se portant candidat à la primaire n'est que la personnification d'un fantôme politique.

Michel Litout