05/03/2017

Livre : Maigret, des romans avant une série télé

 


Depuis dimanche dernier, France 3 diffuse une nouvelle version des enquêtes du commissaire Maigret, policier issu de l’imagination foisonnante de Georges Simenon. Après Jean Richard et Bruno Kremer c’est l’étonnant Rowan Atkinson qui endosse le costume (et la pipe) du plus célèbre enquêteur du 36 quai des orfèvres. Un choix qui a dérouté certains (l’acteur britannique est surtout connu pour les pitreries de Mr Bean), mais qui finalement s’en tire parfaitement. Que cela ne vous empêche pas de relire les romans d’origine. Justement les éditions Omnibus viennent de ressortir un gros volume reprenant les quatre romans adaptés par la télévision anglaise.
➤ « Le commissaire Maigret enquête » de Georges Simenon, Omnibus, 672 pages, 20 €

17/05/2016

Littérature : Simenon au long cours

S'il est un romancier dont l'œuvre ne risque pas de tomber dans l'oubli, c'est bien Georges Simenon. L'homme aux milliers de femmes et aux centaines de romans, créateur de Maigret, est très régulièrement réédité en livre de poche mais aussi sous forme de recueils copieux et exhaustifs. Même ses écrits de jeunesse sont à redécouvrir.

Dans "Mes apprentissages", on retrouve le Simenon reporter au long cours. Journaliste, il a sillonné tout le globe, des USA à Tahiti en passant par l'Amérique latine ou la Méditerranée. Un de ses premiers papiers est son périple sur les canaux de France. Paru en 1931, il raconte notamment le Canal du Midi : "Et la péniche s'en va entre les platanes des rives, qui donnent l'ombre la plus lumineuse qui soit." Les écrits de Simenon restent, les platanes ont quasiment tous disparus...

« Mes apprentissages, reportages 1931-1946", Georges Simenon, Omnibus, 1 056 pages, 28 euros

 

02/11/2015

Livre : Deux Simenon dans l'Histoire

Georges est romancier mondialement connu. Christian un raté qui sombre dans le nazisme. L'histoire de la fratrie Simenon vue par Patrick Roegiers.
 
Loin de ne concerner que l’Allemagne et l'Italie, le fascisme puis le nazisme ont contaminé toute l'Europe. En Belgique, le plus ardent défenseur de de la suprématie aryenne était Léon Degrelle, fondateur du mouvement Rex. Catholique, Wallon, populiste et férocement opposé aux Juifs, il a plongé dans le moule du Furher. Son mouvement, avant la déclaration des hostilités, sans déplacer les foules, remportait un beau succès. En se penchant sur la destinée de « L'autre Simenon », Patrick Roegiers raconte surtout cette période trouble de la Belgique. Quand le fanatisme autorisait la violence. Au milieu des années 30, Léon Degrelle sillonne le pays. Il tient meeting sur meeting. L'entrée étant payante, il remplit les caisses de son parti politique.
Dans le public un certain Christian Simenon, frère de Georges, le déjà très célèbre romancier, créateur du commissaire Maigret. Christian est fasciné par les gesticulations de cet homme sur l'estrade. Le roman plonge le lecteur dans la frénésie de ces réunions publiques qui parfois ressemblent plus à des combats de boxe. Il décrit Degrelle : « Rien n'était spontané dans son attitude. Tout était étudié. Tel un roué comédien, il implorait paumes ouvertes, menaçait du doigt, comprimait d'une main son coeur ou tendait vers le ciel l'index de l'imprécateur. Faussement furieux, il se dressait sur ses ergots et gérait à la perfection ses effets. (…) Le public frissonnait d'aise. Les hourras s'amplifiaient. La salle tanguait sous la verbosité déferlante du pétroleur populiste et carriériste mégalomane. » Léon Degrelle est un personnage abject, mais en ces temps troublés, il parvient à s'imposer.
 
Un vrai tueur
Et dès que la Belgique est envahie par les troupes nazies, il se retrouve en première ligne pour dénoncer, déporter, emprisonner, torturer et tuer. Christian Simenon reste en Belgique, contrairement à son frère qui trouve refuge en France. Mais si le premier collabore ouvertement avec l'occupant, le second n'est pas aussi irréprochable que ce que l'Histoire retiendra. Il a fait partie de ces millions d'hommes et de femmes qui n'ont pas résisté. Sans véritablement collaborer non plus. Mais presque. Ce qui vaudra à Georges Simenon une brève interdiction de publier à la Libération.
Le destin de Christian est plus tragique. Patrick Roegiers revient avec une rare violence sur le massacre de Courcelles et la participation de Christian. De simple fonctionnaire de Rex, il devient un tueur. Consentant. « Et soudain, l'envie de tuer lui était venue comme une folie nécessaire. Il s'était désigné pour cette mission. Et il devait l'accomplir. » Dès qu'il presse sur la gâchette, il sait que c'en est fini de sa vie. Il bascule de l'autre côté, celui qui lui permet enfin de faire quelque chose que son frère, lui n'a jamais fait. Sur le papier Georges a raconté des centaines de meurtres, mais n'a jamais tué. Christian, si.
Avec des faits historiques incontestables, Patrick Roegiers a imaginé cet affrontement indirect entre deux frères rivaux. Mais ce n'est qu'un roman puisque la fin imaginée par l'auteur belge est différente de la réalité. Un récit puissant, au style riche et très imagé, qui dévoile un pan ignoré de l'histoire de l'Europe.
Michel Litout
« L'autre Simenon », Patrick Roegiers, Grasset, 19 €
 

 

 

17/05/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Terrible Chambre bleue de Mathieu Amalric

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Un classique du roman policier, un acteur inspiré, une réalisation au cordeau, un ton et une ambiance : 'La chambre bleue' de Mathieu Amalric a tout du bon film français. Présenté hier dans la catégorie 'Un certain regard' au festival de Cannes, il est en salles depuis hier et vaut véritablement le détour.

 

 

Mathieu Amalric, auréolé du succès de son 'Tournée' sur les stripteaseuses américaines bien en chair, change totalement de registre. Dans le texte de Simenon on retrouve les basiques de ses polars provinciaux : le couple de notables, l'ami d'enfance, l'adultère, des morts, les gendarmes et un juge. Tout commence dans cette chambre bleue d'un hôtel d'une petite ville de province. Un couple y fait l'amour. Julien, l'ami d'enfance (Mathieu Amalric) est en plein adultère avec Esther la femme du pharmacien (Stéphanie Cléau). Des mots d'amour. Des promesses. A la vie à la mort. Mais ces scènes d'une grande sensualité (Amalric filme sa compagne à la ville) sont entrecoupées de l'interrogatoire de Julien par un juge d'instruction teigneux. L'amant est en garde à vue. On se doute qu'il y a eu mort mais on ne sait pas encore qui. Ni comment. Depuis le bureau exigu du juge, loin du bonheur de la chambre bleue, Julien revit cette année terrible. Dans une ambiance de plus en plus oppressante, tendue, il va se désintéresser de son sort. Jusqu'à scruter, absent, les détails de la tapisserie du tribunal lors de la réquisition du procès.

Amoureux, fébrile, parfois halluciné, Mathieu Amalric confirme qu'il a une présence formidable à l'écran : aussi bon acteur que réalisateur.

09/03/2010

Inépuisable Simenon

Simenon romans du monde.jpgLa monumentale oeuvre de Georges Simenon (plus de 200 romans) permet une perpétuelle redécouverte de ses écrits. Les éditions Omnibus, depuis de nombreuses années, proposent régulièrement un autre regard sur les textes de l'écrivain francophone le plus traduit de par le monde. Si l'an dernier c'étaient les « Romans américains » qui étaient mis à l'honneur, cette fois ce sont les « Romans du monde » qui sont repris dans deux gros volumes de 800 pages chacun. Ces romans sont nés des voyages de Simenon dans les années 30, notamment au Proche-Orient, en Afrique, en Amérique centrale ou aux lointaines Galapagos. De ces périples, il a rapporté un grand nombre de reportages ainsi que la matière de nombreux romans qui, loin de tout exotisme de carte postale, dépeignent avec acuité la spécificité des sociétés qu'il découvre. Ces romans sont présentés et replacés dans leur contexte historique par Jean-Baptiste Baronian. Ce dernier explique qu'on « retrouve dans ces romans du désenchantement et des illusions perdues, les thèmes chers à l'auteur comme la fuite, la perception de l'autre et, en l'occurrence, l'aveuglement de l'homme blanc dans ces terres de colonisation. » (« Romans du monde de Georges Simenon », Omnibus, 26 euros chaque volume)

Certes, Georges Simenon a beaucoup écrit. Mais comment « entrer » dans ce monument de la littérature ? Quel titre choisir ? D'une façon très subjective, John Simenon, le fils de l'écrivain, propose en un seul volume « Les essentiels de Georges Simenon ». 11 romans parmi les plus marquants, du « Bourgmestre de Furnes » (1939) à « Les Innocents » (1972). Ils font partie de ce que Simenon appelait ses « romans durs », ceux où il disait se permettre de livrer la vérité sur ses personnages, la quête de l'homme nu. (« Les essentiels de Georges Simenon », Omnibus, 25 €)

06:44 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : simenon, omnibus