18/12/2016

Série télé : The Young Pope, la religion rock’n’roll

De toutes les séries proposées en cette année 2016, « The Young Pope » de Paolo Sorrentino remporte aisément la palme de l’originalité. Il ne pouvait pas en être autrement par le réalisateur italien récemment remarqué par « The Youth » et multiprimé avec « La Grande Bellezza ».

Série originale Canal +, « The Young Pope » est interprété par Jude Law. Dans un présent parallèle, le concile vient d’élire le nouveau pape. A la surprise de tout le monde, un jeune cardinal américain l’emporte et devient Pie XIII. Beau, insouciant, orphelin au passé mystérieux, il se pose beaucoup de questions sur son rôle, le pouvoir et sa relation avec Dieu. N’ayant pas de réponses dans un premier temps, sa première décision est de ne plus apparaître en public.

Une catastrophe pour les relations publiques (et surtout le marketing) du Vatican dirigées par une Cécile de France interloquée mais immédiatement séduite par cet homme d’église beau, intelligent et charmeur.

Les 10 épisodes de 50 minutes permettent de mieux faire connaissance avec ce drôle d’oiseau. Et les intrigues de ce petit état que l’on pourrait qualifier d’exotique. Une dimension politique personnifiée par le secrétaire général interprété par Silvio Orlando, véritable révélation pour le public français de cette série. Il a des côtés sombres, manipule son petit monde et tente de sauver la maison en recourant au chantage. Mais c’est avant tout un homme, il tombe amoureux de Sœur Mary (Diane Keaton), mère de substitution de Pie XIII et le soir s’occupe d’un enfant handicapé, comme pour se faire pardonner toutes ses exactions.

La série prend ensuite une dimension plus spirituelle, le jeune pape se révélant en relation directe avec Dieu et capable de miracles. Jude Law est plus que convaincant, on découvre d’ailleurs dans les bonus qu’il semble véritablement habité par le personnage. Un pape très rock’n’roll, fumant comme un pompier tout en étant très sportif. Le tout est sublimé par des musiques très actuelles et un générique qui déménage. La plus originale mais également de loin la meilleure série de 2016.  

➤ « The Young Pope » (saison 1), Studiocanal, coffret 4 DVD.

 

11/09/2015

Cinéma : Vieillir, la belle affaire des personnages de "Youth"

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Dans un palace médicalisé, 'Youth' de Paolo Sorrentino suit deux vieux artistes en fin de carrière, tentant de se remémorer leurs succès et déceptions.

 

 

Présenté au festival de Cannes en sélection officielle, 'Youth' de Paolo Sorrentino est reparti bredouille. Encore une de ces injustices qui offusque sur le moment, mais s'oublie vite. Incompréhensible que Michael Caine n'ait pas remporté le prix d'interprétation. Mais le jury présidé par les frères Coen a été plus sensible aux accents de vérité de Vincent Lindon qu'au personnage de Fred Ballinger, ancien chef d'orchestre interprété par l'acteur britannique octogénaire. Le film aurait pu aussi remporter la palme de la meilleure musique... si cette catégorie existait.

Consolons-nous en profitant de cette fable très poétique sur la difficulté de durer quand on est un créateur. Au cœur des alpages suisses, protégé de la foule et du peuple, quelques privilégiés profitent des installations pour se reposer. Fred Ballanger, ancien maestro, compositeur de renom, a cessé de se produire. Il se repose, tentant de soigner son apathie sur les conseils de sa fille (Rachel Weisz), son agent. Il côtoie Mick Boyle (Harvey Keitel), un ami d'enfance, réalisateur toujours en activité, entouré de jeunes pousses du scénario pour mettre le point final à son prochain film, son testament.

Miss Univers et Maradona

Sur les transats il y a également une ancienne star du foot (portrait touchant d'un Maradona humble et nostalgique), la toute récente miss Univers et Jimmy Tree (Paul Dano), star planétaire mondialement connue pour son rôle de super-héros. Jimmy, qui observe les résidents pour composer son prochain personnage, aime à bavarder avec Fred. Il comprend cet artiste, à la tête d'une œuvre considérable, mais qui n'est connu que pour un 'tube'. Jimmy clairvoyant reconnaît que sa seule erreur est d'avoir cédé, une fois, à la légèreté. Et Fred de renchérir : "La légèreté est une perversion."

Le film est d'une beauté à couper le souffle. Les décors d'abord, tout à été tourné dans les Alpes suisses, entre sombres forêts, prairies fleuries, rocailles arides et bâtisses de luxe. Les acteurs ensuite. Les jeunes de Miss Univers (Madalina Diana Ghenea, ancien mannequin à la plastique parfaite) à la jeune masseuse (Luna Zimic Mijovic), jouant avec son corps avec une grâce époustouflante. La musique aussi, signée David Lang. Même les 'vieux' sont attachants.

On ne sort pas indemne du film. Sous couvert de légèreté, le réalisateur italien pose les bonnes questions sur la vieillesse, le temps qui passe et ces regrets qui nous obsèdent.

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Michael Caine, maestro du 7e art

caine, keitel, youth, sorrentinoThème récurrent du film de Paolo Sorrentino, la vieillesse et la fin de carrière ne semblent pas toucher directement l'immense acteur qu'est Michael Caine. À plus de 80 ans, il donne corps à ce musicien retiré du monde, au point qu'il refuse obstinément de reprendre la baguette, même pour un ultime récital devant la reine d'Angleterre. Juste pour des 'raisons personnelles' qu'il refuse d'expliciter au chef du protocole ébahi de ce refus inhabituel.

Michael Caine, vieux monsieur aux cheveux blancs, mondialement connu pour son rôle de majordome de Batman, a des dizaines de films à son actif. Il a déjà remporté deux oscars (meilleurs seconds rôles) mais est toujours passé à côté d'une récompense majeure. Comme cette année à Cannes. Dans 'Youth', il partage la vedette avec Harvey Keitel et une autre légende du cinéma : Jane Fonda. Elle aussi, malgré le poids des ans, dure dans un monde avide de jeunesse, de nouveauté. La faute à leur talent, éternel lui.

07:36 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : caine, keitel, youth, sorrentino