13/11/2017

Bande dessinée : itinéraires artistiques parallèles

Remarquable travail graphique et éditorial réalisé par Samir Dahmani et Yunbo. Deux albums, deux romans, sur un même sujet, mais vu par des yeux différents et surtout dans une temporalité décalée.



Même si l’ordre de lecture importe peu, les deux récits étant totalement indépendants, mieux vaut débuter par « Je ne suis pas d’ici ». Une jeune dessinatrice sud-coréenne raconte son arrivée en France pour y suivre des études. Directement inspiré de sa propre histoire, ce récit montre une jeune femme déboussolée, perdue dans des pratiques sociétales radicalement différentes de son pays d’origine. Elle raconte sans détour ses mésaventures. Avec les Français, mais aussi ses compatriotes, eux aussi exilés. Un dessin très sensuel donne un tour intimiste à cette BD. Yunbo, après ses études à Angoulême, est retournée au pays. Même si elle a rencontré chez nous et aimé un étudiant au parcours un peu identique.



Samir Dahmani, en plus de ses doubles racines (né en France de parents maghrébins), a décidé d’apprendre le coréen pour rejoindre sa bien-aimée en Asie. Mais dans « Je suis encore là-bas », il ne raconte pas sa plongée dans cette civilisation différente. Il se base en fait sur le ressenti de son amie pour raconter la suite du voyage. Isnook est de retour en Corée après dix ans passés en France. Elle travaille pour une grosse société. Chargée d’accueillir et de servir d’interprète à un client français, elle va se replonger avec délice dans cette langue. Mais surtout elle va se rendre compte que c’est à cet étranger, qui ne la juge pas qu’elle va raconter tout son mal-être.
 ➤ « Je ne suis pas d’ici », Warum, 16 €
➤ « Je suis encore là-bas », Steinkis, 15 €

18:55 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : steinkis, warum, corée, angoulême, dessin

26/11/2016

BD : Abba, source d’inspiration permanente

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Que l’on aime ou pas, on connaît forcément le groupe Abba. Super star des années 70, le quatuor suédois, avec ses tubes planétaires, a marqué plusieurs générations. Et au-delà si l’on en croit cet album signé de Maarten Vande Wiele, jeune auteur belge flamand, qui signe un roman graphique aux dessins stylisés et couleurs acidulées. De nos jours, dans une petite ville de la côte belge, trois jeunes viennent de créer un groupe de musique reprenant les grands succès d’Abba. Mais il leur manque une « Frida », la chanteuse brune. AnneLène, vendeuse dans un magasin d’habits, chante à l’occasion. Elle vient de quitter son mec, déprime un peu et se dit que faire partie de ce groupe de passionnés ne peut pas la faire tomber plus bas. L’album raconte de façon très humaine la formation du groupe, les galères du début, les premiers succès et les tensions. Car comme dans la véritable histoire d’Abba, des histoires de coucheries perturbent la bonne marche de la machine à danser. Très rafraîchissant et authentique, une BD qui vous remettra Money ou Waterloo en tête…

➤ « Abba cherche Frida », Vraoum, 20 €

 

 

11:36 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : abba, steinkis, vraoum, vande wiele

09/10/2016

BD : Vie et mort d'Anna Politkovskaïa

Le 7 octobre 2006, Anna Politkovskaïa, journaliste dissidente russe, est abattue devant chez elle. Le jour même de l'anniversaire de Vladimir Poutine, son pire ennemi. La biographie dessinée de cette infatigable protectrice des Droits de l'Homme sort en France pour les dix ans de cette sinistre date. Écrit par Francesco Matteuzzi et dessiné par Elisabetta Benfatto, cet album en noir et blanc raconte les dernières années de la reporter, rendue célèbre après ses articles pour dénoncer les exactions de l'armée russe lors de la première guerre de Tchétchénie. Une femme pleine de doute, qui semblait savoir qu'un jour, elle rejoindrait ces témoins qui ont accepté de lui confier des informations. La BD est complétée par des témoignages et un entretien avec des journalistes italiens ayant connu personnellement Ana Politkovskaïa.

« Anna Politkovskaïa, journaliste dissidente », Steinkis, 16 €

 

 

08/06/2016

BD : Un mercredi tendre et émouvant

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Ce n'est pas une maison mais tout un immeuble qui est au centre de l'album « Mercredi », Juan Berrio, auteur complet espagnol. Un jour de semaine comme les autres, avec ses occupations routinières, l'extraordinaire et l'éternel recommencement de la vie quotidienne. Avec une virtuosité étonnante, l'auteur suit les différents habitants de l'immeuble, du jeune couple follement amoureux à la concierge maman poule en passant par le couple de petits vieux. Ils se lèvent, écoutent la radio, sortent, se rencontrent, vont faire leurs cours, déjeunent au restaurant, promènent leurs chiens. La douce poésie de la vie banale, de l'aventure au quotidien quand un voleur décide de sévir. L'amour frappe aussi en la personne d'une jolie touriste qui aime se faire photographier. Le dessin, ligne claire très stylisée, presque à angle droit, aux décors un peu de carton-pâte, donnent l'impression de se trouver dans une vieille comédie en noir et blanc. Une journée simple et finalement passionnante, avec au passage quelques très bonnes idées comme le dialogue sans cesse interrompu entre les deux jeunes amoureux.

« Mercredi », Steinkis, 15 euros

 

 

18/04/2016

BD : Roman graphique sur la création d'Israël

 

En 1947, Chaskel vit chichement à Budapest en compagnie de sa mère, malade. Il décide de rejoindre Jérusalem et son oncle qui y tient un café. Violoniste, il anime la salle, donne un coup de main en cuisine et surtout rencontre l'amour en déchargeant les fruits amenés par la belle Yaiza. Le jeune juif et la belle musulmane semblent avoir toute une vie de bonheur devant eux. Mais c'est sans compter sur la politique. Fin 1947, l'ONU accepte la partition de la Palestine. Le peuple juif fait la fête. Mais les Arabes fourbissent leurs armes. Après avoir fui la guerre en Europe, Chaskel se retrouve au cœur d'un autre conflit, tout aussi violent. Le roman graphique d'Alfonso Zapico, tout en noir et blanc, alterne séquences historiques et vie quotidienne. Avec à la clé un beau message contre tous les extrémismes et pour la tolérance religieuse.

"Café Budapest", Steinkis, 18 euros

 

14/03/2016

BD : Humour juif et familial

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Son trait réaliste et précis, toujours composé avec force et vigueur, donne une vision exacte de son quotidien : Asaf Hanuka nous plonge au cœur de la vie d'un dessinateur israélien vivant à Tel Aviv. Dessinateur mais également mari d'une épouse aussi active que lui et père de deux enfants qu'il tente, tant bien que mal, de protéger de la violence permanente de cette nation en perpétuelle guerre depuis sa création. Cette centaine de planches, entre désespoir, humour juif et tendresse familiale, raconte les nuits dans les abris quand les roquettes tombent, les questions sans fin de la petite dernière ou les tâches ménagères, parfois partagées, souvent délaissées par ce grand gamin en perpétuel doute. Asaf Hanuka, loin d'avoir une position définitive et arrêtée sur ce qui se passe dans cette région du monde, est en permanence partagé entre son envie de vivre en paix et la nécessité de se protéger, d'anticiper ces attentats.

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Il raconte notamment la psychose qui s'est installée depuis quelques mois partout dans le pays après les attaques au couteau. Et sa dernière planche sera une référence au 13 novembre. Ou comment la BD, avec finesse et intelligence, replace ces événements dans un contexte international encore plus angoissant.

« K.O. À Tel Aviv » (tome 3), Steinkis, 18 euros

 

15/02/2016

BD : Contes des indiens Jivaros

 

 

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Les Jivaros, tribus d'Indiens d'Amazonie, ont longtemps été associés à leur pratique de réduction des têtes. Vous ne trouverez pas une seule allusion à cette pratique dans « Anent », reportage dessiné d'Alessandro Pignocchi. Ce jeune chercheur en sciences cognitives, a fait de fréquents séjours en Amazonie au cœur de la forêt. Il aime particulièrement dessiner la faune locale. Sa vision de la région change quand il découvre « Les lances du crépuscule », livre témoignage de Philippe Descola paru à la fin des années 70. Cet ethnologue, élève de Lévi-Strauss, a passé trois années en immersion dans une tribu Achuar. Alessandro a dans un premier temps de réaliser un documentaire sur ces Indiens et leur évolution par rapport à la description de Descola. Ce sera finalement un album de BD, entièrement réalisé à l'aquarelle. Pignocchi se met en scène, quand il est jeune et ne connait pas l'existence des Achuar, puis ses séjours à la recherche des descendants des héros des « Lances ». L'occasion aussi de tenter de recueillir d'autres « Anent », ces chants sous forme de contes que les chasseurs interprètent avant de tuer leur gibier. Un peu ardu au début, le roman graphique devient passionnant au fur et à mesure que l'auteur se rapproche des ces Indiens, menacés mais encore très conscients de leurs traditions. Ces 160 pages donnent envie d'aller sur place. Chance, l'auteur donne en fin de volume tous les contacts pour passer quelques jours à Numbaïme ou Napurak.

« Anent », Steinkis, 20 euros

 

 

06:54 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jivaros, amazonie, pignocchi, steinkis

02/08/2015

BD : Bombe à Tel Aviv

 

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Mike's Place, bar à Tel Aviv, est un des rares endroits en Israël où la politique n'a pas droit de cité. Seule la bonne musique et l'esprit festif sont admis dans ce petit paradis de quiétude. Au printemps 2003, Jack Baxter, cinéaste américain, découvre cette oasis. Il tourne des dizaines de rushes sur les patrons, les barmen, les clients. Il veut faire de ce reportage une ode à l'entente entre les peuples, à la paix. Mais quelques jours avant son départ, un kamikaze d'Al Qaïda se font exploser à l'entrée du Mike's Place. Dom, la serveuse française est tuée, Jack grièvement blessé. Ce roman graphique en noir et blanc de 200 pages dessinées par Koren Shadmi raconte cette histoire où s'entremêle de multiples sujets, de l'amitié à l'amour en passant par la religion, forcément. Une œuvre en complément du film, rare témoignage du véritable Israël.

 

« Mike's Place », Steinkis, 20 euros

 

24/06/2015

BD : Cadavre encombrant

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La bande dessinée n'a pas de frontières. Si ce mode d'expression est très populaire en France et en Belgique, partout ailleurs en Europe il existe un vivier d'auteurs bourré de talent. Moins connus que les Italiens ou les Espagnols, les Grecs sont eux aussi d'excellents raconteurs d'histoire. Athanassios Pétrou a illustré un scénario de Tassos Zafiriadis et Yannis Palavos. Il a la barbe du Père Noël mais son costume n'est pas rouge. Que du noir. Logique, il est croque-mort. Dans cette Grèce souffrant de canicule, la chambre froide des Pompes funèbres Léonidas tombe en panne. Au plus mauvais moment. Dans un cercueil, le cadavre d'un vieux, découvert dans son appartement un mois après sa mort, pue abominablement. Le croque-mort est donc chargé de le conduire dans la campagne pour passer un week-end sans empuantir tout le quartier. Deux nuits et une journée avant l'enterrement le lundi matin. L'occasion pour le croque-mort de gamberger sur son existence, ses ratés, ses déceptions. Le dessin de Pétrou, en couleurs directes, est d'une grande beauté. Quant à l'histoire, elle prend aux tripes.

 

« Le croque-mort », Steinkis, 12,95 €

 

19/02/2015

BD : Retour aux sources pour les descendants de pieds-noirs

 

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Fille de pied-noir. Longtemps Olivia Burton a souffert de cette étiquette forcément péjorative dans la bouche de ses amis, plutôt urbains et de gauche. Ce passé, elle a préféré l'oublier, l'occulter. Mais il refait surface dès qu'elle se retrouve en famille et à la mort de sa grand-mère, l'envie de retourner sur la terre des ses ancêtres est plus forte que la peur de se retrouver dans une zone désertique et peu sûre. En 2011 elle prend l'avion et avec pour seul bagage une adresse et un contact, va découvrir un pays qui saura la séduire car il est « beau comme l'Amérique ». Olivia Burton a mis sur papier ce périple et c'est Mahi Grand qui s'est chargé de l'illustrer, d'un trait simple en noir et blanc, hormis les reproductions de quelques photos aux couleurs si vivantes. Mais là où le récit devient passionnant, c'est quand Olivia doit composer avec son guide, un Algérien, lui aussi déraciné car vivant en France depuis des décennies. Deux parcours, deux découvertes pour une relation qui fait des étincelles mais apporte tout son sel au voyage. Une très belle BD, entre éducation politique et douce nostalgie.  

 

« L'Algérie c'est beau comme l'Amérique », Steinkis, 20 €

 

07:56 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : burton, mahi grand, algérie, steinkis