22/06/2017

DVD et blu-ray : Chasser ses cauchemars au plus profond de la forêt

 


Drame psychologique, film d’horreur, déambulation forestière ? Impossible de cataloguer «Dans la forêt», film de Gilles Marchand où on retrouve un peu de l’esprit de Dominik Moll, coscénariste. Tourné dans la forêt suédoise, cette histoire vire rapidement à l’épreuve initiatique pour les deux enfants de la distribution.
Tom (Timothé Vom Dorp) et Ben (Théo Van de Voorde) vont rejoindre pour un mois de vacances leur père (Jérémie Elkaïm) en Suède où il vit et travaille depuis sa séparation avec la mère des enfants. Perdus dans ce pays qu’ils ne connaissent pas où l’on parle une langue incompréhensible, ils sont totalement dé- pendant de leur père. Un homme mystérieux, qui semble préférer le plus jeune, Tom, lui racontant des histoires à faire peur et tentant de le persuader qu’il est différent, qu’il a un don. Première frayeur pour le spectateur. Ce n’est qu’un début. Tom a des visions, il
est hanté par un homme défiguré, le «Diable» comme il explique à son frère, ado et moqueur. Mais quand ils partent à trois passer quelques jours dans une cabane au cœur des bois, le diable devient omniprésent et l’angoisse, renforcée par le jeu pour une fois impeccables des enfants, transforme le film en boule d’angoisse oppressante. Que va-t-il se passer dans ces forêts isolées, le père est-il fou, le salut viendra-t-il de ces trois campeurs croisés par hasard ?
Coproduit par Jérémie Elkaïm, le film laisse un peu sur sa faim sur les explications de ces étranges phénomènes, reste une ambiance, des décors et quelques images fortes, que tout être normal risque de retrouver un jour ou l’autre dans ses pires cauchemars.
Dans les bonus, le réalisateur revient longent sur la genèse du projet, le choix des acteurs et la difficulté du tournage effectué à la dure en conditions réelles.
➤ «Dans la forêt», Pyramide Vidéo, 19,99 €

01/06/2017

DVD et blu-ray : Rêves brisés de « La Communauté »

 


Thomas Vinterberg, réalisateur de « La Communauté », a largement puisé dans ses souvenirs d’enfance pour écrire le scénario de ce film moderne et nostalgique. Moderne car il montre comment dans les années 70 au Danemark, une certaine idée de la solidarité et du collectivisme permettait à des hommes et femmes de vivre en communion avec amis et inconnus. Nostalgie car ces expériences communautaires ont quasiment toutes disparu, victimes de l’évolution de la société de plus en plus individualiste.



Sur l’impulsion de sa femme, présentatrice à la télévision nationale, Erik décide de conserver la vaste maison qu’il vient d’hériter à la mort de son père. C’est beaucoup trop grand pour ce couple uni qui a une fille, Freja, adolescente.Ils ouvrent alors les nombreuses chambres à une dizaine d’amis et tel un entretien d’embauche, décident de qui peut ou ne peut pas vivre avec eux. Le début du film montre cette période enthousiaste. Anna (Trine Dyrholm) retrouve de sa jeunesse avec l’apport de ces nouvelles personnalités. Freja se découvre un frère de substitution et Henrich, le plus sceptique au début, se laisse séduire par la douce folie de ses colocataires. Mais comme trop souvent dans les histoires de couple, l’amour fait des siennes. Heinrich succombe aux charmes d’une de ses étudiantes. Et Anna, dans l’esprit de la communauté, demande à ce qu’elle vienne vivre dans la maison commune. Un ménage à trois impossible...
On retient du film l’interprétation deTrineDyrholm,touchante dans la peau de cette femme blessée qui tente de faire bonne figure. On apprécie aussi les bonus, notamment un long entretien avec le réalisateur qui se livre un peu plus sur son histoire personnelle.
➤ « La communauté », Le Pacte Vidéo, 19,99 €

18/04/2017

Thriller : la cuisine de l'horreur de "Mör" de Johana Gustawsson

 

Le titre du second roman de Johana Gustawsson interpelle. « Mör » ? Explication en quatrième de couverture : « Mör : en suédois, signifie tendre. S’emploie pour parler de viande. » Les amateurs de cuisine scandinave pourraient être tentés d’acheter cette enquête de la profileuse Emily Roy. La mode est à aux références culinaires ces derniers temps. Parsemer une intrigue de quelques bons repas, avec recettes en annexe, donne une saveur supplémentaire aux thrillers. Mais si parfois un des détectives suédois mange avec grand appétit des « kanelbulles », des « petits pains à la cannelle », tout en détaillant les photos des victimes mutilées, quand il est question de viande tendre, ce n’est pas du tout appétissant. Car il s’agit bien d’une histoire de cannibalisme qui est développée dans cette histoire à cheval entre Londres et Falkenberg en Suède.


Première victime découverte au bord d’un lac. Une jeune femme, nue, fesses, cuisses et seins découpés. La mort est donnée par strangulation. Karla, une policière suédoise est chargée de l’enquête. Au même moment, une vedette du cinéma anglais est enlevée à Londres. Falkenberg et Londres, les terrains de chasse habituels d’Emily Roy, profileuse canadienne pour Scotland Yard et Alexis Castells, romancière française (avec des origines catalanes comme l’indique son nom). Elles ont formé un redoutable duo dans « Block 46 », premier roman de Johana Gustawsson, française vivant à Londres.
■ Atout Asperger
Rapidement, les deux jeunes héroïnes vont faire le rapprochement avec les meurtres commis dix ans plus tôt dans un quartier de Londres. Le coupable, Richard Hemfield, qui a été arrêté et jugé, est enfermé dans un hôpital psychiatrique. Il a toujours clamé son innocence. Mais lors de son arrestation, il a tué un policier français en stage à Londres. Le fiancé d’Alexis... Si d’autres crimes sont en cours en Suède, et même en Angleterre, Hemfield serait donc innocent. Alexis ne supporte pas cette éventualité. Et va tout faire pour tenter de dé- mêler cet écheveau compliqué bourré de fausses pistes et de personnages aux lourds secrets de famille. Surfant sur le succès de son premier roman, Johana Gustawsson se permet même de rajouter des personnages secondaires au rôle prépondérant, notamment une stagiaire du procureur, Alienor Lindgergh, encore plus brillante qu’Emily question déduction tout en soufrant d’une forme d’autisme qui la coupe du monde réel. Mais avoir une « Asperger » dans son équipe se révèle d’une incroyable efficacité pour voir les faits avec un regard différent.
 ➤ « Mör » de Johana Gustawsson, Bragelonne, 21,50 €

13/08/2016

DVD et blu-ray : Petit Pelé deviendra grand

pelé, brésil, footabll, suède, ginga, wild side vidéoEn plein jeux olympiques de Rio, pour oublier un peu les déboires tricolores, rien de tel qu'un petit biopic pour se changer les idées. Mais pour rester dans le ton, intéressons-nous à un sportif brésilien. "Pelé, naissance d'une légende" raconte la jeunesse du grand joueur de foot. Gamin, il joue au foot pieds nus dans la rue avec une pelote de tissus. Pauvre, il cire des chaussures pour aider sa famille. Mais il a de l'or dans les pieds et un recruteur le repère. Il ira au club des Santos et intègrera l'équipe nationale pour revenir de la Suède, à 17 ans, champion du monde. Sur près d'un tiers du film, Pelé n'est qu'un enfant, volontaire mais tiraillé entre l'envie de jouer au foot et de faire plaisir à ses parents. Il choisira le foot un peu plus tard, imposant au plus haut niveau ce jeu instinctif et magique que les Brésiliens désignent sous le nom de Ginga. Un peu trop académique parfois, le film devient plus palpitant durant la compétition en Suède. On retrouve avec plaisir dans le rôle de l'entraîneur brésilien Vincent d'Onofrio, acteur américain tout terrain capable de passer des vestiaires de foot à la police criminelle de New York sans oublier ses débuts en soldat névrosé dans "Full Metal Jacket". Un DVD accompagné d'un élégant livret de 48 pages reprenant les grandes unes de la presse sportive française sur la carrière du dieu vivant du football.

"Pelé, naissance d'une légende", Wild Side Vidéo, 19,99 € le DVD, 24,99 € le blu-ray.

 

01/07/2016

Thriller : L'île maudite de Viveca Sten

 

 

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Le nouveau thriller de Viveca Sten (déjà quatre titres parus chez Albin Michel) se passe comme d'habitude sur l'île de Sandhamn. On retrouve les deux héros récurrents de cet univers adapté à la télévision, Thomas, policier et Nora, avocate. Quand Thomas est chargé d'une enquête sur le suicide suspect d'un étudiant, il ne se doute pas que son enquête va le ramener vers son île natale. Exactement sur le rivage duquel on aperçoit, Korsö, la base militaire chargée de défendre Stockholm d'une hypothétique invasion maritime. Dans ces baraquement, il y a quarante ans, l'élite de l'armée suédoise formait ses recrues. Avec parfois des pertes. L'intrigue mêle passé et présent, avec une série de meurtres inexpliqués. A force de travail et de recherches, Thomas parviendra à les relier et se lancera sur les traces d'un tueur particulièrement rancunier.

« Les secrets de l'île », Viveca Sten, Albin Michel, 22 euros

 

 

14/05/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : L'Eurovision des bizarreries

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Ce soir, c'est Eurovision (que j'adore, comme vous le savez). Chaque année, des millions de personnes regardent le concours et en France on croira à la victoire tout au long de la soirée, jusqu'au moment fatidique des votes. Selon les spécialistes (oui il existe des spécialistes de ce genre de compétition), Amir, le représentant français, a de fortes chances de l'emporter. Ou du moins de monter sur le podium. Enfin il ne pointera pas dernier... si l'on en croit les bookmakers anglais.

Histoire de ne pas terminer dans les abysses du classement, les sélectionneurs nationaux ont même accepté l'inacceptable : le refrain de la chanson est en anglais.

Bizarre quand on sait que la représentante autrichienne, Zoë Straub, âgée de 19 ans, interprétera "Loin d'ici", un titre aux accents pop et aux paroles bon enfant entièrement dans la langue de Molière.

Autre étrangeté, la favorite de la compétition, d'origine coréenne, chante pour l'Australie. L'île continent se situe pourtant aux antipodes du Vieux monde. Simplement les organisateurs ont accordé une dérogation à ce pays qui, paraît-il, adore le concours. Encore plus bizarre, le métier du candidat russe : quand il ne vocalise pas, il gère une pâtisserie en ligne pour chiens.

Par contre on n'aura pas droit au chanteur bélarus nu avec des loups. Non seulement on lui a interdit cette chorégraphie, mais en plus il a été éliminé en demi-finale. De même la chanteuse moldave et son accompagnateur robot ne seront pas invités à la finale de ce soir.

Bizarre, mais pas trop.

 

08/01/2016

Thriller : Deux femmes et des meurtres

 

 

Deux femmes sur les traces d'un ou plusieurs tueurs en série. Dans « Block 46 » de Johana Gustawsson, Emily et Alexis enquêtent entre Londres et la Suède.

 

Johana Gustawsson, londres, suède, bragelonneDeux époques, trois lieux : Johana Gustawsson n'a pas choisi la facilité pour son premier thriller en solo. Cette journaliste française, originaire de Marseille, n'a pourtant plus rien à voir avec le Sud. Elle vit à Londres et son mari, Suédois, lui a fait découvrir la côte ouest de la péninsule scandinave. Son « Block 46 » se déroule en Angleterre et dans la ville de Falkenberg.

Le lien entre ces deux lieux : des meurtres selon un même mode opératoire. La question récurrente de ce roman est : un serial killer et deux territoires de chasse, ou un tueur dominant et un élève dominé, chacun chez soi ?

Un travail pour Emily Boy, une des deux héroïnes imaginées par Johana Gustawsson. Cette Canadienne, brillante profileuse, est installée à Londres depuis quelques années. Elle collabore avec Scotland Yard. Par un petit matin, dans un parc, des promeneurs découvrent le cadavre d'un enfant grossièrement dissimulé sous des feuilles mortes. Il a été étranglé, dénudé, lavé. Puis le sadique lui a retiré les yeux et arraché la trachée. Une victime de plus pour ce serial killer qui, depuis quelques mois, a déjà frappé à plusieurs reprises à Londres.

 

Meurtre en Suède

Au même moment, l'autre personnage principal de l'histoire, Alexis Castells, écrivaine française installée à Londres et spécialisée dans les tueurs en série, part en urgence en Suède. Elle est sans nouvelles de sa meilleure amie, Linnéa, styliste en bijouterie. En compagnie d'une autre amie et du futur époux de Linnéa, elle se rend à Falkenberg, ville côtière recouverte de glace en ce mois de janvier rigoureux. Ils n'ont pas le temps de se rendre à la villa de Linnéa. La police vient de retrouver son cadavre au bord de la plage. Énuclée, la trachée arrachée. Cette information arrive jusqu'à Emily qui se transporte immédiatement en Suède. Avec l'aide d'Alexis, elle va tenter de tracer le portrait de ce tueur et ses recherches vont la mettre sur la trace d'un certain Erich, ancien déporté à Buschenwald.

Le lecteur lui est déjà en partie dans la confidence. Entre les différentes scènes en Suède ou à Londres, on suit la survie d'Erich dans ce camp de la mort. Privations, sévices, travail forcé. Il est affecté dans un premier temps au nettoyage des fours. Cela donne quelques passages particulièrement durs comme cette description : « Face à Erich, plusieurs dizaines de corps nus ou vêtus de haillons étaient pendus à des crochets fixes à quelques centimètres du plafond, comme des pièces de viande. Les visages, tordus par la peur et la douleur, semblaient encore vivants. » Erich sera finalement affecté au Block 46, celui des expérimentations médicales. Il va devenir le bras droit d'une médecin nazi fou, disséquant à longueur de journée des corps décharnés de déportés exécutés quelques minutes auparavant. Toute l'horreur du roman est concentrée dans ces courts passages parfois insoutenables.

Fan d'Agatha Christie, Johana Gustawsson attend les dernières pages pour dévoiler l'identité du tueur. Un dénouement remarquablement amené et qui surprend le lecteur. Des deux héroïnes, Emily, la plus effacée, semble pourtant la plus porteuse. Souhaitons que la profileuse au caractère si fragile revienne dans une nouvelle enquête.

Michel Litout

« Block 46 », Johana Gustawsson, Bragelonne, 20 €

 

 

04/04/2013

Chronique : Robot pour être vrai

 

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Une série télé, avant de se transformer en succès d'audience lors de sa diffusion, doit faire parler d'elle sur internet. Ce soir, sur Arte, les premiers épisodes de « Real Humans » sont l'exemple parfait de ce travail fait en amont. Le buzz fait autour de cette série suédoise en 10 épisodes dure depuis plusieurs mois. Elle s'attaque de front au phénomène des robots. Pas les machines chargées de fabriquer des voitures ou de nettoyer votre maison comme cet aspirateur en forme de tortue. Non, les vrais robots, ceux imaginés par les auteurs de science-fiction. Leur apparence est 100 % humaine. Leurs réactions aussi. Dans cette Suède prospère et apaisée, posséder un robot de compagnie, un « Hubot » est devenu banal. Toujours souriants et d'humeur constante, ils deviennent parfois les chouchous de la famille. Ou les souffre-douleur... 

Le robot, selon la loi d'Asimov, ne peut pas nuire aux humains. Ni mentir. Voilà qui aurait bien arrangé un gouvernement aujourd'hui dans l'embarras. Cependant, certains se sont émancipés et tentent de survivre dans la nature. Comme les esclaves marrons de nos anciennes colonies. Sauf qu'ils sont blonds avec d'immenses yeux bleus. 

Si une partie de la population dénonce  ces « voleurs de travail », d'autres humains sont sous le charme. Dans tous les sens du terme. Ils militent même pour la légalisation du mariage mixte entre humain et hubot. Un combat d'avenir pour la descendance de Frigide Barjot... A voir (et à y réfléchir), ce soir sur Arte à 20 h 50, en replay sur Arte+7. 


Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce jeudi en dernière page de l'Indépendant. 

29/05/2012

Quand trop de kitch tue le kitch à l'Eurovision...

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Samedi soir, je me faisais une joie de regarder le concours de l'Eurovision, un œil rivé sur les piques caustiques des twittos. Et j'ai été déçu... Le second degré est délicat à manier. Pour se moquer d'un programme, encore faut-il qu'il ait un minimum de substance. Hélas, voilà bien longtemps que cette gigantesque foire de la chanson formatée touche le fond... sans en avoir. Comment se gausser des mamies russes ? Ou de la coiffure de la chanteuse albanaise ? Certains candidats s'avèrent déjà tellement ridicules dans le kitch qu'ils annihilent d'entrée toute critique.

En lisant les tweets sur l'Eurovision, je n'ai pas plus souri qu'en la regardant tout court. Pour être honnête, quelques réflexions sur les gymnastes de la chanteuse française Anggun ont fait mouche. « C'est les pompiers gymnastes qui sautent partout là ? Planquez les bouteilles de champagne » ironise @Nophie alors que @Goethe59 estime que la 22e place de la France (sur 29) c'est parce que « Nos gymnastes étaient trop habillés... Je vois que ça ! ». Anggun n'a récolté quasiment que des éloges. Le choix était bon, la chanson assez entraînante.

Mais selon la majorité des commentateurs, la défaite était inéluctable, notamment car en Europe « la France n'est pas aimée » regrette @Aurelie_Mallow. A la fin du concours, certains comme @NaMy_24 ont demandé le recours suprême : « Hollande devrait retirer les troupes françaises de l'Eurovision. »

(Chronique "ça bruisse sur le net" parue en dernière page de l'Indépendant ce lundi 28 mai)

12/05/2012

La Suède des lourds secrets dans "Hanna était seule à la maison" de Carin Gerhardsen

 

Adolescente étranglée sur un ferry, jeune mère retrouvée morte dans un container : double crime pour les policiers suédois Sjöberg et Westman.

 

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Coup d'essai coup de maître. « La maison en pain d'épices », premier roman policier de Carin Gerhardsen s'est imposé comme un de ces petits bijoux de suspense psychologique à la suédoise. Avec « Hanna était seule à la maison », l'ancienne consultante en informatique devenue romancière confirme son talent. On retrouve les deux policiers de Stockholm au centre de la première enquête: Conny Sjöberg, le père de famille placide, et Petra Westman, belle, célibataire et parfois imprudente. Conny et Petra, faux couple, dont les déboires personnelles apportent encore plus d'humanité à un thriller qui vous fera frissonner jusqu'à la dernière page.

 

Avant de retrouver les figures connues, la romancière plante le décor, présente les personnages secondaires. Une jeune fille, issue d'une famille à problèmes, est étranglée sur un ferry qui fait la liaison entre Stockholm et la Finlande. Sa petite sœur de 14 ans se retrouve seule, confrontée à une situation qu'aucune adolescente ne devrait connaître.

 

En faisant son jogging, l'inspectrice criminelle Petra Westman découvre au milieu des buissons un nourrisson dans un état d'épuisement avancé, à proximité du cadavre d'une femme sans aucun papier d'identité.

 

Au même moment, une petite fille de 3 ans se réveille et découvre qu'elle est seule chez elle. Son papa est en voyage à l'étranger et sa maman est sortie avec son petit frère. Hanna se retrouve sans personne, enfermée à clé dans l'appartement familial. Et le temps s'écoule...

 

 

 

On tremble pour Hanna

 

Le roman se déroule sur trois plans différents, qui vont au final se rejoindre pour un coup de théâtre époustouflant. Si la majeure partie du récit est constitué du déroulement des enquêtes, les passages les plus marquants sont ceux décrivant l'enfermement de la petite fille. Hanna n'a que 3 ans mais est persuadée qu'elle peut se débrouiller comme une grande. Elle trouve à manger (un plat surgelé qui n'a pas le même goût que celui de sa maman mais qui reste délicieux), parvient à s'habiller, se passe de couches et va aux toilettes (une fois sur deux, mais c'est mieux que rien) et même allumer la télé (mais pas choisir le programme). On va suivre l'évolution de sa pensée, le rejet de sa mère qui l'abandonne, l'espoir que son papa (en voyage d'affaires au Japon) revienne le plus vite possible. Inquiète, elle décide de téléphoner pour demander de l'aide. Elle compose des numéros au hasard. Tombe finalement sur une vieille dame qui croit à son histoire et va tout faire pour la retrouver. Mais d'autres dangers guettent Hanna, innocente fillette, proie facile pour ces prédateurs cachés dans l'ombre, en Suède comme ailleurs...

 

Le portrait de la Suède proposé par Carin Gerhardsen est peu réjouissant. Petra harcelée par son supérieur hiérarchique, Sjöberg, mari aimant, obsédé dans ses rêves par une femme rencontrée au cours de sa précédente enquête. Une femme avec laquelle il va franchir le Rubicon. Pourquoi une adolescente est prête à se prostituer pour quelques billets ? Qu'est-ce qui empêche de réagir un jeune homme sous la coupe d'un père violent et d'une mère infirme ?

 

C'est sombre, peut reluisant mais terriblement humain. Et l'auteur, en bon feuilletoniste, ménage le suspense, notamment dans l'évolution des sentiments de ses deux principaux personnages. On referme ce livre en se disant, à juste titre, vivement la suite.

 

 

« Hanna était seule à la maison », Carin Gerhardsen, Fleuve Noir, 19,90 €