18/04/2017

Thriller : la cuisine de l'horreur de "Mör" de Johana Gustawsson

 

Le titre du second roman de Johana Gustawsson interpelle. « Mör » ? Explication en quatrième de couverture : « Mör : en suédois, signifie tendre. S’emploie pour parler de viande. » Les amateurs de cuisine scandinave pourraient être tentés d’acheter cette enquête de la profileuse Emily Roy. La mode est à aux références culinaires ces derniers temps. Parsemer une intrigue de quelques bons repas, avec recettes en annexe, donne une saveur supplémentaire aux thrillers. Mais si parfois un des détectives suédois mange avec grand appétit des « kanelbulles », des « petits pains à la cannelle », tout en détaillant les photos des victimes mutilées, quand il est question de viande tendre, ce n’est pas du tout appétissant. Car il s’agit bien d’une histoire de cannibalisme qui est développée dans cette histoire à cheval entre Londres et Falkenberg en Suède.


Première victime découverte au bord d’un lac. Une jeune femme, nue, fesses, cuisses et seins découpés. La mort est donnée par strangulation. Karla, une policière suédoise est chargée de l’enquête. Au même moment, une vedette du cinéma anglais est enlevée à Londres. Falkenberg et Londres, les terrains de chasse habituels d’Emily Roy, profileuse canadienne pour Scotland Yard et Alexis Castells, romancière française (avec des origines catalanes comme l’indique son nom). Elles ont formé un redoutable duo dans « Block 46 », premier roman de Johana Gustawsson, française vivant à Londres.
■ Atout Asperger
Rapidement, les deux jeunes héroïnes vont faire le rapprochement avec les meurtres commis dix ans plus tôt dans un quartier de Londres. Le coupable, Richard Hemfield, qui a été arrêté et jugé, est enfermé dans un hôpital psychiatrique. Il a toujours clamé son innocence. Mais lors de son arrestation, il a tué un policier français en stage à Londres. Le fiancé d’Alexis... Si d’autres crimes sont en cours en Suède, et même en Angleterre, Hemfield serait donc innocent. Alexis ne supporte pas cette éventualité. Et va tout faire pour tenter de dé- mêler cet écheveau compliqué bourré de fausses pistes et de personnages aux lourds secrets de famille. Surfant sur le succès de son premier roman, Johana Gustawsson se permet même de rajouter des personnages secondaires au rôle prépondérant, notamment une stagiaire du procureur, Alienor Lindgergh, encore plus brillante qu’Emily question déduction tout en soufrant d’une forme d’autisme qui la coupe du monde réel. Mais avoir une « Asperger » dans son équipe se révèle d’une incroyable efficacité pour voir les faits avec un regard différent.
 ➤ « Mör » de Johana Gustawsson, Bragelonne, 21,50 €

10/04/2017

Roman : Mais qui a trucidé la jolie starlette dans le roman "VIP" de Laurent Chalumeau ?

 


Forcément, en refermant ce roman jubilatoire de Laurent Chalumeau, on se demande ce qui retourne du vrai et ce qui n’est que fiction pure et dure. Puis on se souvient qu’avant la première page du récit, il y a un avertissement vite parcouru et qui prend, une fois le livre refermé, toute sa signification. « Alors, personne ne le croira, mais tant pis : toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant existé serait fortuite et involontaire. Surtout, franchement, elle serait assez déprimante. » Mais pourquoi ce serait si déprimant vous demandez-vous ? Impossible de vous donner le fin mot de l’histoire, il est des précisions qu’il v
aut mieux ne jamais savoir avant de lire un roman. Dans la vraie vie non plus d’ailleurs... L’entame de « VIP » (comme Very important people) a tout du polar. Dans un appartement luxueux du Paris bourgeois, deux cambrioleurs fouillent les tiroirs à la recherche des objets de valeur. Une jeune femme, quasi nue, sort de la salle de bain. Panique. Des deux côtés. Maîtrisée, elle n’a pas le temps de donner l’alerte et de prévenir son amant qui doit la rejoindre dans quelques minutes.
Jeune actrice, primée d’un césar du meilleur espoir, Anaïs Carvin est une habituée des pages people. Pourtant les deux malfrats mettent du temps à la reconnaître. Sans maquillage elle a une tout autre apparence. Mais reste très belle. Beaucoup plus que le plus haut de gamme de leur banlieue minable. Encore plus quand ils enlèvent la serviette de bain.
■ Scandale étouffé
La starlette se croit seule et abandonnée mais un témoin ne rate rien de la scène. Patrice Corso est paparazzi. Il a eu l’info que la jolie mais très volage Anaïs serait rejointe par son nouvel amant. Un autre people, du croustillant. Patrice, qui a déjà perdu nombre de procès contre la comédienne, y voit l’occasion de se venger. Et de vendre cher ces clichés exclusifs pris depuis l’appartement en travaux en face de celui d’Anaïs. Même quand ça dérape, il continue à photographier et filmer. Juste avant que le viol ne débute, une quatrième personne arrive dans la pièce.
Et là, Patrice n’en croit pas ses yeux. Il voulait du scoop, mais à ce point... Du très haut niveau. Mais comment exploiter l’événement quand la scène se transforme en carnage ? Faisons confiance à Patrice qui sait que « Dans la presse caniveau, mon petit pote, t’es dégourdi ou tu dures pas. »
15 minutes plus tard pourtant, Patrice s’enfuit, terrorisé, laissant quatre morts dans l’appartement, dont sa starlette. La suite du roman décrit comment ce scandale sera méticuleusement étouffé, malgré la perspicacité de policiers et l’opiniâtreté d’une juge d’instruction.
Une description minutieuse du travail d’enquête par un Laurent Chalumeau particulièrement au fait. Et quand de grands intérêts entrent en jeu, dictature africaine et ambitions politiques, les quatre morts de la scène première sont rejoints par quelques lampistes pour noyer le tout. Mais tout ça n’est que fiction. Du moins, on l’espère.
 ➤ «VIP» de Laurent Chalumeau, Grasset, 18,90 €


11/11/2016

Thriller : Il est des crimes impossibles à regarder

LA PRUNELLE DE SES YEUX. Ce thriller d’Ingrid Desjours entraîne le lecteur dans le monde sombre de la cécité.

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Entre Maya et Gabriel, le courant passe immédiatement. La jeune fille, Française installée en Irlande, cherche un nouveau travail. L’homme, la cinquantaine triomphante, profite de sa fortune pour visiter l’île. Mais il a besoin d’un guide car il est aveugle. Le roman d’Ingrid Desjours débute comme une gentille comédie. La guide avenante, le beau malvoyant, généreux et passionnant. Ils poursuivent leur collaboration en France, dans divers lieux de province.

En parallèle à ces scènes presque bucoliques, la romancière raconte l’entrée d’un adolescent dans une école supérieure. Une boîte privée qui « fabrique » les futurs dirigeants du pays. Mais il ne s’intègre pas. Il est en réalité infiltré comme journaliste en devenir pour dénoncer les pratiques de bizutage. On comprend rapidement que Gabriel est le père du jeune garçon. Que ce dernier est mort assassiné et que c’est de ce jour qu’il est devenu aveugle. Une pathologie rare, la cé- cité de conversion. En clair, les yeux fonctionnent parfaitement, mais le cerveau refuse de convertir ces images, le plus souvent après un profond traumatisme psychologique.

Construit avec une précision chirurgicale, le roman alterne scènes dans l’école, quelques jours avant la nuit tragique, et piège présent qui se referme sur Maya. Car Gabriel est persuadé que c’est cette jeune femme, pourtant charmante avec lui, dont il pourrait presque tomber amoureux, qui est la responsable de la mort de son unique enfant. 

➤ « La prunelle de ses yeux », Ingrid Desjours, Robert Laffont, 20 € (« Les Fauves », précédent roman d’Ingrid Desjours vient de sortir en poche chez Pocket)

 

04/08/2016

DANS LA POCHE POUR LA PLAGE : Leçons d'un tueur

Saul Black a mis tous les ingrédients classiques du thriller américain contemporain dans son roman "Leçons d'un tueur". Xander, le tueur dérangé, la pléiade de victimes, Nell, la fillette innocente, Valerie, la flic alcoolique et même l'écrivain dépressif. Un puzzle qu'il assemble parfaitement dans une intrigue complexe et palpitante.

Le récit se scindera alors en trois parties distinctes. La suite du périple de Xander, l'attente du vieillard et de la fillette dans le froid et l'enquête de Valerie, la policière en charge de l'enquête. Saul Black (pseudonyme de Glen Duncan, auteur anglais pour l'instant plus spécialisé dans le fantastique, "Le dernier loup-garou") après ce départ bourré d'adrénaline, ralentit l'action pour mieux détailler la psychologie des différents protagonistes. Notamment Valerie, minée par cette enquête qui n'avance pas.

Le final, comme dans un bon film, se déroule dans la cabane des bois avec pour enjeu la vie de la petite Nell. Une grande réussite, de bout en bout.

« Leçons d'un tueur » par Saul Black, Pocket, 8,50 €

 

31/08/2015

Livres : Mère et fille, destin croisé et "Du même sang"

Lucy n'a quasiment pas connu sa mère, disparue quand elle était enfant. Dix ans plus tard, la jeune femme se retrouve confrontée à une autre disparition.

 

mcHugh, calmann-lévy, thrillerPremier roman de Lara McHugh, « Du même sang » est un thriller remarquablement construit, à l'ambiance trouble et aux nombreuses interrogations. Dans cette campagne reculée de l'Amérique profonde, il ne fait pas bon d'être une trop belle femme. Si en plus, on est une « étrangère » en l'occurrence originaire d'un autre état que le Missouri, on se retrouve rapidement avec toute la population à dos, accusée d'être une sorcière. Lila, quand elle arrive dans la petite ville d'Henbane au cœur des montagnes sauvages d'Ozark, est une jeune fille orpheline, un peu rebelle et à problèmes. Elle vient d'être placée comme employée dans la ferme de Crete Dane. Il a également une épicerie bar restaurant et plusieurs biens immobiliers. Il est riche et ambitieux. Lila va travailler pour lui, dans les champs puis au restaurant. Là elle rencontre Carl, le petit frère de Crete. Ouvrier dans le bâtiment, taciturne, il tombe amoureux de Lila. Elle aussi se jette dans ses bras. Rapidement une petite fille, Lucy, vient égayer le foyer.

Ce passé de Lucy, le lecteur ne le découvre que vers la moitié du roman. Un passé proche qui pèse encore sur les épaules de celle qui est devenue une adolescente. Lucy, indépendant, habituée à vivre seule depuis la disparition de sa mère et que son père, travaille loin et ne revient à la maison que pour noyer son chagrin dans l'alcool. Le roman de Lara McHugh alterne les points de vue. Lucy et Lila en priorité, puis quelques personnages secondaires. Les deux jeunes femmes semblent vivre les mêmes affres à dix années d'intervalle. La vie rêvée de Lila semble beaucoup moins heureuse qu'il n'en a l'air. Un terrible secret familial pèse sur ses épaules. Carl ne parle jamais de sa mère à Lucy. Mais quand Cheri, la meilleure amie de cette dernière disparaît, elle ne peut s'empêcher de mettre en relation ce fait divers avec sa propre histoire.

 

Récits parallèles

Quand le corps de Cheri est retrouvé démembré sommairement caché dans le tronc d'un immense arbre en bord de rivière, Lucy décide de faire toute la lumière sur ce meurtre. Et en remontant la piste, elle va croiser des hommes et des femmes qui dix ans plus tôt étaient également au centre de la vie de sa mère. Lila a-t-elle été victime du même tueur ? Mais pourquoi le corps n'a jamais été retrouvé ? En posant ces questions, Lucy comprend vite qu'elle met les pieds dans les plats. Jusqu'où peut elle aller sans subir le même sort que sa mère et son amie ? On suit avec anxiété sa progression, qui correspond au récit de Lila dix ans plus tôt. Jusqu'à ce dramatique dernier jour. Réflexion sur les liens familiaux, les secrets et l'entraide dans les petites communautés, ce roman pourrait facilement être adapté au cinéma ou en série, à la façon True Detective (saison 1), avec fausses pistes et véritables horreurs. D'ailleurs un projet existe avec Jennifer Garner en vedette.

 

 

« Du même sang » de Laura McHugh, Calmann-Lévy, 20,50 €

 

19/09/2014

DVD : Le droit au bonheur

Une famille idéale américaine fait trop rêver des laissés pour compte dans “Replicas”.

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Vous ne savez pas ce que c’est que d’élever votre enfant dans une voiture. » Bobby (James d’Arcy) n’a pas l’air très conciliant en disant cela à Mark (Joshua Close).

 

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Les deux hommes ont eu une soirée pour se jauger, se détester. L’affrontement entre ces deux pères de famille que tout oppose est au centre de ce thriller canadien qui sort directement en DVD. Mark, avocat, va passer quelques jours dans sa maison de campagne perdue dans la montagne. Il est accompagné de sa femme Mary (Selma Blair) et de son gamin de 8 ans. Leur humeur est morose. Ils viennent de perdre leur petite fille dans un accident. Dans cette maison isolée, le silence règne en maître. Jusqu’à l’arrivée des voisins, Bobby, sa femme et son enfant. Un trio un peu gauche et envahissant. Ils s’incrustent, s’invitent à dîner et s’extasient devant le luxe de la maison. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? L’ambiance, de pesante, va devenir angoissante avant de basculer dans l’horreur.

 

 

Imaginé par Joshua Cole, le scénario de ce film est mis en images par Jeremy Power Regimbal. Ces deux amis ont beaucoup investi dans cette production qui ne révolutionne pas le genre mais est d’une redoutable efficacité. Il fait saluer les performances des acteurs, notamment James d’Arcy, totalement fêlé et Selma Blair, parfaite en mère au cœur brisé mais qui s’accroche à ce qui lui reste de famille.

Tourné en 16 jours dans une grande maison aussi belle que terrifiante, ce film dérangeant, sans être à proprement parlé une œuvre d’auteur, s’aventure sur le terrain politique en soulignant l’énorme écart de revenus entre un couple bourgeois et une famille de laissés pour compte. Et en bonne production américaine, la morale l’emporte un peu trop facilement...

 

 

Replicas”, Wild Side Video, 14,99 euros.

24/04/2014

Cinéma : 96 heures de garde à vue inversée entre Lanvin et Arestrup

Un flic, Gérard Lanvin, se retrouve en garde à vue durant 96 heures. Pour l’interroger, son pire ennemi, un truand, Niels Arestrup, récemment évadé.

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Dans la catégorie des thrillers ou films policiers il y a les « agités » (course-poursuite, fusillades...) et les « cérébraux » (personnages complexes, intrigue à tiroirs...) « 96 heures » de Frédéric Schoendoerffer joue clairement dans la seconde catégorie. Avec une réussite certaine. Il est vrai que dans le genre “duel de personnalités”, l’affrontement entre Gérard Lanvin, le flic pris au piège, et Niels Arestrup, le truand qui n’a plus rien à perdre, on atteint des sommets de tension. Au final le spectateur passe 96 minutes scotché dans son fauteuil, pris dans ce face-à-face qui fait parfois penser à certaines légendes du cinéma français, de Garde-à-vue (Ventura/Serrault) aux Granges brûlées (Delon/Signoret).

 

La notion de course contre le temps est omniprésente tout au long de ce film. Avec quelques symboles évidents comme cette montre qui passe de main en main ou la reproduction du tableau de Dali, les montres molles, dans la luxueuse villa utilisée comme décor de l’affrontement en huis clos.

Carré, le patron de la BRB (Brigade de répression du banditisme) tombe dans un guet-apens au petit matin. Deux hommes s’introduisent chez lui et prennent sa femme en otage. Elle aura la vie sauve s’il collabore. Son contrat est simple : il doit faire sortir Kancel de prison à la faveur d’une fausse extraction. Kancel est une vieille connaissance de Carré. Il y a trois ans, c’est lui qui l’a interpellé en plein casse. Une action d’éclat qui a permis à Carré de prendre du galon. Kancel, dans sa cellule, a mis au point cette évasion avec un seul but : savoir qui l’a balancé. Et aussi récupérer les millions qu’il est parvenu à mettre en lieu sûr avant de se faire prendre.

Menotté dans la cave

Une fois libre, le truand, interprété par un Niels Arestrup, abonné aux rôles de dur après son triomphe dans « Un prophète », va se mettre dans la peau du flic pour soutirer le renseignement du suspect. Menotté dans une cave, surveillé en permanence, aveuglé par un spot, Carré va devoir se mettre dans la peau du coupable qui ne peut pas avouer.

Véritable morceau de bravoure, l’opposition entre ces « deux grands acteurs », de l’aveu même du réalisateur, porte ce film de bout en bout. Il y a bien quelques interventions extérieures pour faire avancer l’action (Sylvie Testud en policière tenace qui cherche son patron, Laura Smet la fille de Kancel), mais elles sont juste là pour couper ces longs plans séquences entre un homme piégé et son geôlier implacable.

Quant à savoir qui a donné Kancel et où sont les millions, il faut patienter durant plus de 90 minutes pour avoir les réponses. Ou du moins, croire savoir. C’est aussi le message du film : il faut se méfier des apparences et ne jamais céder aux tentations du manichéisme.

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Gérard Lanvin, l'exigence de l'excellence

 

96 heures, thriller, lanvin, arestrup, testud, smet, Schoendoerffer Grande gueule assumée, Gérard Lanvin fait plus que se bonifier avec l’âge. Cet ancien du Splendid (il fait encore aujourd’hui souvent référence à Coluche) aime les rôles forts. Encore plus quand il peut y apporter sa touche personnelle. Quand il reçoit le scénario de « 96 heures » il s’imagine immédiatement dans la peau de ce flic à la vie personnelle compliquée et secrète. Le tournage dans la villa isolée en forme de bateau, s’est passé dans une ambiance très studieuse. Gérard Lanvin, lors de la présentation du film aux Rencontres cinématographiques d’Avignon a salué l’attitude de l’équipe technique. « Pour tourner ce film, il fallait que l’ambiance soir lourde, sinon cela ne marchait pas. Les techniciens l’ont parfaitement compris. Il faut que le climat soit pesant dans ce genre de film. »

 

Pour Niels Arestrup ces scènes d’affrontement purement intellectuel « ont nécessité une sacrée concentration. C’était même un peu oppressant. Gérard et moi ce n’est pas qu’on se parlait mais sans doute qu’on essayait de préserver quelque chose de manière inconsciente, une étrangeté de l’autre. » Le résultat est très probant. Malgré des contraintes énormes, Gérard Lanvin passant près de la moitié du film menotté à un lit métallique au fond d’une cave. Le genre de défi physique qui motive encore plus un acteur toujours aussi méticuleux dans les choix de ses rôles.

 

 

 

14/04/2014

Livre : Seattle sur crimes dans "13 jours" de Valentina Giambanco

Première enquête de l'inspectrice Alice Madison sous la plume de Valentina Giambanco, « 13 jours » est un thriller à mille lieues du manichéisme.

 

13 jours, seattle, alice madison, valentina Giambanco, albin michel, thrillerSi Valentina Giambanco, malgré son origine italienne plante le décor de son premier roman à Seattle dans le Nord-Ouest des États-Unis, elle est anglaise depuis près de 30 ans. Après avoir travaillé dans le cinéma, elle se lance dans l'écriture avec « 13 jours », thriller qui rencontre immédiatement, et à juste titre, un grand succès en Grande-Bretagne et dans une dizaine de pays. Tous les ingrédients sont réunis dans ces 500 pages, de l'héroïne au passé complexe aux « méchants » animés par des vengeances sans fin.

Après quelques scènes courtes pour planter le décor et présenter succinctement les différents protagonistes, le lecteur entre dans le cœur du sujet avec la découverte d'une famille assassinée chez elle, les Sinclair. C'est la femme de ménage qui prévient la police. « La chambre des parents, grande ouverte, lui révéla la scène : quatre corps alignés sur le lit -les deux garçons entre les deux adultes- figés dans une immobilité de pierre, les mains liées et les yeux dissimulés par un bandeau, appuyés contre les oreillers luisants de sang. » L'enquête est confiée à Brown, un vieux de la vieille et sa toute nouvelle équipière, Alice Madison qui vient de rejoindre la criminelle.

 

Deux suspects

Rapidement les analyses des scientifiques déterminent la méthode du tueur : une balle dans la tête pour l'épouse et les deux enfants, une mort plus lente pour le père, étouffé par une surdose de chloroforme. Surtout quelques brins d'ADN sont retrouvés dans les liens et une empreinte sur un verre. Une vieille connaissance de la police de Seattle refait son apparition : Cameron. Insaisissable depuis des années, il est suspecté de plusieurs meurtres. Sinclair est un ami d'enfance de Cameron. Adolescents, ils ont été brièvement kidnappés au bord d'un lac. A l'époque ils étaient trois. Cameron et Sinclair ont pu s'échapper. David, le troisième de la bande, n'a jamais été retrouvé. Les kidnappeurs non plus.

La jeune Alice, pour sa première grosse affaire, est scrutée par son coéquipier. Elle ne le sait pas, mais elle passe un test. Brown a toujours une longueur d'avance sur elle, expérience oblige. Mais à force de travail et de réflexion, elle va rapidement trouver ce qui cloche dans cette scène de crime. La piste Cameron est trop évidente. Et si tout n'était qu'une machination pour faire porter le chapeau à cet homme au passé trouble et aux mains tâchées de sang ? Et que veut dire l'inscription « 13 jours » tracée sur un mur de la chambre ?

Valentina Giambanco joue avec nos nerfs. Un autre suspect fait son apparition, Alice va le traquer. Cameron aussi. Il existe un contentieux entre les deux tueurs. Ils sont animés par un même but : solder les coups reçus dans leur enfance. Ce final à trois s'annonce sanglant. Pour preuve cet extrait, réflexion d'un des protagonistes : « Il finirait par le trouver. Il lui faudrait sans doute un peu de temps, mais quand il l'aurait en face de lui, il exigerait des réponses et lui accorderait en retour une fin rapide. Ce serait le seul geste de compassion qu'il aurait à son égard, et il savait déjà qu'il en tirerait une grande satisfaction. On ne peut pas ressusciter les morts, alors autant s'accorder quelques petits plaisirs. » Toute l'ambiance du roman est dans cette citation...

Michel LITOUT

 

« 13 jours » de Valentina Giambanco, Albin Michel, 22,50 €

 

28/02/2014

Livres : La vie, la mort... un jeu !

Enfin ! Bretin et Bonzon achèvent enfin leur saga fantastico-policière du Complex. Un tome 3 encore plus étonnant que les précédents.

 

complex, eden, sentinelle, génération, bretin, bonzon, thriller, fantastique, le MasqueAprès « Eden » et « Sentinelle », la trilogie du Complex est enfin bouclée avec « Génération ». A la manœuvre, Denis Bretin et Laurent Bonzon, qui, quand ils écrivent en duo, abandonnent leurs prénoms pour le plus claquant Bretin & Bonzon. Le seul reproche que l'on peut leur faire, c'est la lenteur. Pas dans l'action du roman. Non, dans la parution de cet épilogue tant attendu de tous les lecteurs des deux premières parties de cette vaste saga fantastico-policière. Cinq ans c'est long. On retrouve donc les flics Renzo Sensini et Roman. Le bel Italien impassible au passé mystérieux et l'informaticien, un peu mou, trop gras et timide, mais à l'intelligence acérée et compétences techniques sans limite. Le duo travaille à Interpol. Du moins Roman car Renzo vient de démissionner.

 

L'Aubrac en décor

Les premières pages de ce troisième tome reviennent succinctement sur les événements précédents. La découverte du vaste complot par Sensini, la rédaction d'un rapport circonstancié et sa mise au placard immédiate. Visiblement il s'attaque à beaucoup plus fort que lui. D'autant que son amie, Iva, est éliminée. Un meurtre comme une simple mise en garde très explicite destinée à Sensini. Inquiet, ce dernier va immédiatement se rendre chez Léo, son ami prêtre retiré dans une maison isolée sur l'Aubrac. Une bonne partie du roman se déroule dans cette belle mais rude région de l'Aveyron. Dans la maison de Léo, déserte et transformée en camp de base par Sensini, dans une autre maison à proximité, la cave exactement où est détenu Léo, torturé par un homme se faisant appeler le Loup. Lentement mais sûrement, on devine la confrontation à venir entre ce dernier et Sensini. Une vieille dette à solder.

 

L'île du jeu

Une intrigue en plus dans la trame du roman déjà très riche. L'action se déplace parfois aux USA. En Virginie, là ou vit une certaine Tracy. Cette « gameuse » qui a pour pseudonyme RosaLux (pour Rosa Luxembourg) tente avec d'autres passionnés de jeux vidéo, d'atteindre le niveau 9 de l'île. Ce jeu, apparu récemment sur la toile, est unique. Il est réservé aux meilleurs. Si réel qu'on peut y laisser sa peau, au figuré.

La partie fantastique du roman est parfois un peu compliquée. Il faut s'accrocher et faire une sacrée gymnastique pour passer de la réalité à la réalité virtuelle puis à cette île, lieu imaginaire peuplé par des « partners » qui ont tout l'air d'être les maîtres du monde. Tels les Dieux sur l'Olympe, ils regardent les Humains courir en tous sens comme des cohortes de fourmis dérangées dans leur labeur programmé. Ils aiment bien jouer avec les mortels. Mais n'apprécient pas du tout quand on s'approche de leur repaire, le fameux niveau 10 de l'île. Pour se protéger ils ont une arme redoutable : Chitchine, tueur russe implacable.

L'attrait de ce roman fleuve de 400 pages consiste aussi dans la multiplicité des personnages. Les chapitres courts, très rythmés, empêchent le lecteur de s'ennuyer. Il est happé par le mouvement et l'inéluctable. Et en toile de fond on trouve une réflexion sur la manipulation des masses. Complex est un roman policier tirant sur le fantastique mais avec une bonne dose de politique pour ne pas mourir idiot.

Michel LITOUT

 

« Génération » (Complex, tome 3) de Bretin et Bonzon, éditions du Masque, 20 €

 

27/10/2013

Livres : Grosses pointures pour jeunes lecteurs

Harlan Coben et Elizabeth George, stars du thriller américain, se tournent vers un nouveau public composé d'adolescents et de jeunes adultes.

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La première, Elizabeth George, a pour héroïne Becca, une jeune Américaine de 16 ans, en fuite, dotée d'un pouvoir lui permettant d'entendre les pensées (les murmures) des gens qu'elle croise. Le second, Harlan Coben, raconte les péripéties de Mickey, 16 ans également, apprenti détective comme son oncle Myron, un des personnages récurrents du célèbre romancier américain. Ils ne se rencontrent pas, mais visent le même public : les jeunes adultes. Une cible commerciale alléchante aux USA, au point que deux des poids lourds de l'édition abandonnent leurs fans habituels pour tenter une incursion sur ce marché. Moins violent et sexuellement explicite, plus fleur bleu, ces thrillers bénéficient du grand savoir-faire de deux artisans talentueux. Les jeunes adoreront, les adultes regretteront une certaine fadeur de l'ensemble, autocensure américaine oblige.

« Saratoga Woods », le précédent roman d'Elizabeth George, racontait la fuite et l'installation de la jeune Becca sur Whidbey, une île de la côte ouest, là où la romancière est installée depuis des années. On retrouve Becca, se cachant de son beau-père, tentant de suivre une scolarité normale malgré son don (lire les pensées des gens) et le fait qu'elle vive dans une cabane au fond des bois. La petite communauté est en émoi. Nera, une femelle phoque au pelage étonnamment noir, vient de faire son apparition. L'animal, emblème de l'île, ne vient d'habitude qu'au printemps. Pourquoi est-elle en avance ? Les guetteurs s'interrogent et Annie, une scientifique, tente d'approcher l'animal pour lui prélever un bout d'ADN et découvrir qu'elle est sa véritable race.

La lutte de pouvoir autour de Nera constitue l'intrigue principale du roman, mais le lecteur sera peut-être plus sensible aux déboires de Becca et de Jenn, sa meilleure ennemie. Deux adolescentes, aux caractères bien trempés, hésitantes à faire le grand bond dans la vraie vie. Becca, amoureuse de Derric, le voit s'éloigner en raison de ses mensonges, Jenn, coincée dans une famille pauvre et nombreuse, tente de se forger un avenir plus prospère. Une jeunesse américaine décrite avec justesse par une romancière abandonnant temporairement son étiquette de « Reine du crime ».

 

L'autre Bolitar

Le crime, Harlan Coben le connait parfaitement. Lui aussi a vendu des millions d'exemplaires de ses romans policiers. Lui aussi a décidé d'écrire pour les jeunes. À 16 ans, Mickey Bolitar a déjà vécu son lot de tragédies : la disparition de son père, les difficultés de sa mère à surmonter le choc, l'installation chez son oncle Myron avec qui il ne s'entend pas. Des questions sur le passé de ses parents et sur ce qui est vraiment arrivé à son père le taraudent. Et le cauchemar ne s'arrête pas là. Ce matin, ce sont les policiers qui le réveillent pour lui apprendre une terrible nouvelle : son amie Rachel a été prise dans une fusillade. Il doit absolument découvrir ce qui lui est arrivé. Pour cela, il peut compter sur le soutien de l'énigmatique Ema et du déjanté Spoon. Mais Mickey sait aussi que la curiosité se paie cher. A quelques secondes près, tout peut basculer.

Comme son oncle Myron, personnage emblématique des romans d'Harlan Coben, Mickey ne renonce jamais. Il le prouve dans ces 300 pages bourrée de péripéties.

 

« L'île de Nera », Elizabeth George, Presses de la Cité, 19 €

 

« A quelques secondes près », Harlan Coben, Fleuve Noir et PKJ, 18,90 €