14/07/2017

BD : Angoisse entre terre et mer

 


Olivier Mégaton fait partie de ces réalisateurs français qui n’ont pas peur de faire dans le cinéma de genre. Il a réalisé Taken 2 et 3 et signe le scénario d’une BD qui pourrait tout à fait faire une série B horrifique comme il en sort tant sur le marché de la vidéo. Scénario écrit en collaboration avec Sylvain Ricard maîtrisant parfaitement la narration de la BD et dont le dessin a été confié à l’Italien Genzianella qui a déjà à son actif les cinq tomes de Bunker scénarisés par Bec. On retrouve d’ailleurs beaucoup des univers du scénariste aveyronnais dans ce « Ni terre ni mer ». Une bande de jeunes adultes, deux garçons et trois filles, part en mer sur un voilier. Pris dans une tempête, le frêle esquif s’échoue sur le rivage escarpé d’une île isolée dominée par un phare. Deux hommes vivent dans ce bâtiment loin de tout. Rapidement, les naufragés vont paniquer car leurs « sauveteurs » ne sont pas très accueillants. Quand un premier rescapé est retrouvé assassiné, l’angoisse monte d’un cran. Et les secrets viennent encore compliquer l’entente des rescapés. Car ce naufrage n’est pas dû au hasard. Il y a deux ans, ils avaient aussi fait une croisière. Mais au départ ils étaient six. Chapeau au dessinateur qui parvient à insuffler beaucoup de suspense psychologique malgré l’économie de décors.
➤ « Ni terre ni mer » (tome 1/2), Dupuis, 14,50 €

12/07/2017

DVD et blu-ray : « Split » ou la horde qui est en nous

 


A la base, « Split », film horrifique de M. Night Shyamalan,est une réflexion médicale assez élaborée sur le trouble dissociatif de l’identité. Le scénario est basé en grande partie sur les relations entre un patient(James McAvoy) et sa psychiatre (Betty Buckley). Le malade souffre de ce fameux trouble, mais puissance 23. Quand le docteur le reçoit,il est parfois Dennis ou Patricia à moins qu’il n’ait endossé l’identité de Hedwig, Kevin ou Barry Ils sont 23 au total, une véritable horde. Pour en faire un film passionnant, ce qui est le cas, il fallait trouver un ressort particulier et surtout un acteur hors normes. L’idée c’est que parmi les multiples identités qui se disputent la même enveloppe charnelle, se trouve un vrai psychopathe. Au dé- but du film, trois jeunes filles, après un anniversaire, se font raccompagner chez elles par un parent. Mais l’adulte n’a pas le temps de pénétrer dans l’habitacle que Dennis prend sa place.Trois coups de gaz somnifère et les filles se réveillent enfermées dans une pièce sans fenêtre, meublée de lits de camps.
■ Formidable James McAvoy
Un long cauchemar va débuter pour le trio car si Dennis n’ose pas trop les toucher, il n’en va de même de Patricia. Mais parfois c’est Helwig qui vient apporter les repas aux prisonnières. Helwig,de son propre aveu, est un gamin de 9 ans. Il va nouer une relation plus poussée avec Casey (Anya Taylor Joy), celle des trois qui comprend le plus vite ce qui leur arrive. Casey introvertie, taciturne, dure. Un traumatisme dans l’enfance l’a transformée. Elle saura manipuler Helwig pour tenter de s’échapper.
Le nouveau film de M. Night Shyamalan est un petit bijou de précision et d’intelligence. On pourrait lui reprocher d’être très bavard, voire beaucoup trop, mais les longs dialogues entre le malade et son toubib donnent toute leur intensité aux différents changements de personnalités. James McAvoy, dans ce rôle totalement fou, a été salué par la critique et le public car avec simplicité, il parvient parfaitement à passer d’homme à femme, d’adulte à enfant, de lettré à brute épaisse. Le final, avec un soupçon de fantastique, est expliqué dans les bonus parle réalisateur qui en une simple phrase dévoile son idée de départ. Mais on n’en dira pas un mot ici car dans les films de ce réalisateur talentueux mais parfois inégal, la fin est toujours surprenante, voire multiple puisqu’une alternative est proposée dans les suppléments.

➤ « Split », Universal Pictures Video, 14,99 € le DVD, 17,99 € le blu-ray


03/07/2017

Polar : Âme prisonnière d’un amas de chair

 


Ne pas devenir folle. Continuer à y croire. Survivre. Sarah s’accroche. Mais comme le laisse entendre le plan du roman noir d’Elsa Marpeau, son histoire passe par trois phases : le paradis, le purgatoire puis l’enfer.
Sarah est la femme active typique de notre société. Jeune,belle, célibataire, à force de travail et de persuasion elle est parvenue à se faire une place dans un monde exclusivement masculin : les rallyes automobiles. Jusqu’au jour du crash. Une sortie de route à pleine vitesse. Son copilote est tué sur le coup. Elle, ramassée en morceaux. Des plaies mais surtout une colonne vertébrale abîmée. Elle va se retrouver bien malgré elle définitivement sur quatre roues. Moteur et vitesse en moins.
■ Immobilité
La première partie du roman passe du pessimisme à l’espoir. Sarah broie du noir. Après de multiples opérations et un long séjour à l’hôpital, elle est envoyée dans un centre de rééducation sur les hauteurs du Massif central. « Elle passera le printemps, l’été au centre, clouée dans son fauteuil. Cet ersatz grimaçant de sa voiture. Avant elle se confondait avec l’acier et le vent; aujourd’hui elle est acier et immobilité. » Le désespoir la gagne jusqu’à sa rencontre avec Clémence. Une autre cabossée de la vie. Cancer du sein. Suivi d’une dépression. Elle est belle, joyeuse, dessine et peint avec talent.
Un rayon de soleil pour le quotidien morne de Sarah.Les soins quotidiens d’un kiné très doux et investi la font progresser et elle n’est pas indifférente au regard ténébreux d’un aide soignant. Peut-elle devenir amoureuse ? Dans son état ? « À moins d’un pervers pour qui les blessures sont autant de fentes ouvertes sur des pénétrations inédites, personne ne peut la trouver attirante ». Et de conclure, mais peut-être à tort, « qui pourrait toucher sans dégoût ce corps brisé ? »
Le roman est une longue introspection dans la tête de cette handicapée. Il bascule dans l’angoisse quand Clémence disparaît du jour au lendemain. Sarah est persuadée qu’elle a été enlevée, qu’il se trame des choses affreuses dans ce centre loin de tout. De quoi devenir folle. Jusqu’à son entrée dans l’enfer, dernière partie de ce roman d’une rare âpreté dans ses cinquante dernières pages.
 ➤ « Les corps brisés » d’Elsa Marpeau, Série Noire Gallimard, 19 €

18/04/2017

Thriller : la cuisine de l'horreur de "Mör" de Johana Gustawsson

 

Le titre du second roman de Johana Gustawsson interpelle. « Mör » ? Explication en quatrième de couverture : « Mör : en suédois, signifie tendre. S’emploie pour parler de viande. » Les amateurs de cuisine scandinave pourraient être tentés d’acheter cette enquête de la profileuse Emily Roy. La mode est à aux références culinaires ces derniers temps. Parsemer une intrigue de quelques bons repas, avec recettes en annexe, donne une saveur supplémentaire aux thrillers. Mais si parfois un des détectives suédois mange avec grand appétit des « kanelbulles », des « petits pains à la cannelle », tout en détaillant les photos des victimes mutilées, quand il est question de viande tendre, ce n’est pas du tout appétissant. Car il s’agit bien d’une histoire de cannibalisme qui est développée dans cette histoire à cheval entre Londres et Falkenberg en Suède.


Première victime découverte au bord d’un lac. Une jeune femme, nue, fesses, cuisses et seins découpés. La mort est donnée par strangulation. Karla, une policière suédoise est chargée de l’enquête. Au même moment, une vedette du cinéma anglais est enlevée à Londres. Falkenberg et Londres, les terrains de chasse habituels d’Emily Roy, profileuse canadienne pour Scotland Yard et Alexis Castells, romancière française (avec des origines catalanes comme l’indique son nom). Elles ont formé un redoutable duo dans « Block 46 », premier roman de Johana Gustawsson, française vivant à Londres.
■ Atout Asperger
Rapidement, les deux jeunes héroïnes vont faire le rapprochement avec les meurtres commis dix ans plus tôt dans un quartier de Londres. Le coupable, Richard Hemfield, qui a été arrêté et jugé, est enfermé dans un hôpital psychiatrique. Il a toujours clamé son innocence. Mais lors de son arrestation, il a tué un policier français en stage à Londres. Le fiancé d’Alexis... Si d’autres crimes sont en cours en Suède, et même en Angleterre, Hemfield serait donc innocent. Alexis ne supporte pas cette éventualité. Et va tout faire pour tenter de dé- mêler cet écheveau compliqué bourré de fausses pistes et de personnages aux lourds secrets de famille. Surfant sur le succès de son premier roman, Johana Gustawsson se permet même de rajouter des personnages secondaires au rôle prépondérant, notamment une stagiaire du procureur, Alienor Lindgergh, encore plus brillante qu’Emily question déduction tout en soufrant d’une forme d’autisme qui la coupe du monde réel. Mais avoir une « Asperger » dans son équipe se révèle d’une incroyable efficacité pour voir les faits avec un regard différent.
 ➤ « Mör » de Johana Gustawsson, Bragelonne, 21,50 €

10/04/2017

Roman : Mais qui a trucidé la jolie starlette dans le roman "VIP" de Laurent Chalumeau ?

 


Forcément, en refermant ce roman jubilatoire de Laurent Chalumeau, on se demande ce qui retourne du vrai et ce qui n’est que fiction pure et dure. Puis on se souvient qu’avant la première page du récit, il y a un avertissement vite parcouru et qui prend, une fois le livre refermé, toute sa signification. « Alors, personne ne le croira, mais tant pis : toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant existé serait fortuite et involontaire. Surtout, franchement, elle serait assez déprimante. » Mais pourquoi ce serait si déprimant vous demandez-vous ? Impossible de vous donner le fin mot de l’histoire, il est des précisions qu’il v
aut mieux ne jamais savoir avant de lire un roman. Dans la vraie vie non plus d’ailleurs... L’entame de « VIP » (comme Very important people) a tout du polar. Dans un appartement luxueux du Paris bourgeois, deux cambrioleurs fouillent les tiroirs à la recherche des objets de valeur. Une jeune femme, quasi nue, sort de la salle de bain. Panique. Des deux côtés. Maîtrisée, elle n’a pas le temps de donner l’alerte et de prévenir son amant qui doit la rejoindre dans quelques minutes.
Jeune actrice, primée d’un césar du meilleur espoir, Anaïs Carvin est une habituée des pages people. Pourtant les deux malfrats mettent du temps à la reconnaître. Sans maquillage elle a une tout autre apparence. Mais reste très belle. Beaucoup plus que le plus haut de gamme de leur banlieue minable. Encore plus quand ils enlèvent la serviette de bain.
■ Scandale étouffé
La starlette se croit seule et abandonnée mais un témoin ne rate rien de la scène. Patrice Corso est paparazzi. Il a eu l’info que la jolie mais très volage Anaïs serait rejointe par son nouvel amant. Un autre people, du croustillant. Patrice, qui a déjà perdu nombre de procès contre la comédienne, y voit l’occasion de se venger. Et de vendre cher ces clichés exclusifs pris depuis l’appartement en travaux en face de celui d’Anaïs. Même quand ça dérape, il continue à photographier et filmer. Juste avant que le viol ne débute, une quatrième personne arrive dans la pièce.
Et là, Patrice n’en croit pas ses yeux. Il voulait du scoop, mais à ce point... Du très haut niveau. Mais comment exploiter l’événement quand la scène se transforme en carnage ? Faisons confiance à Patrice qui sait que « Dans la presse caniveau, mon petit pote, t’es dégourdi ou tu dures pas. »
15 minutes plus tard pourtant, Patrice s’enfuit, terrorisé, laissant quatre morts dans l’appartement, dont sa starlette. La suite du roman décrit comment ce scandale sera méticuleusement étouffé, malgré la perspicacité de policiers et l’opiniâtreté d’une juge d’instruction.
Une description minutieuse du travail d’enquête par un Laurent Chalumeau particulièrement au fait. Et quand de grands intérêts entrent en jeu, dictature africaine et ambitions politiques, les quatre morts de la scène première sont rejoints par quelques lampistes pour noyer le tout. Mais tout ça n’est que fiction. Du moins, on l’espère.
 ➤ «VIP» de Laurent Chalumeau, Grasset, 18,90 €


11/11/2016

Thriller : Il est des crimes impossibles à regarder

LA PRUNELLE DE SES YEUX. Ce thriller d’Ingrid Desjours entraîne le lecteur dans le monde sombre de la cécité.

thriller,prunelle,yeux,desjours,robert laffont,bête noire

Entre Maya et Gabriel, le courant passe immédiatement. La jeune fille, Française installée en Irlande, cherche un nouveau travail. L’homme, la cinquantaine triomphante, profite de sa fortune pour visiter l’île. Mais il a besoin d’un guide car il est aveugle. Le roman d’Ingrid Desjours débute comme une gentille comédie. La guide avenante, le beau malvoyant, généreux et passionnant. Ils poursuivent leur collaboration en France, dans divers lieux de province.

En parallèle à ces scènes presque bucoliques, la romancière raconte l’entrée d’un adolescent dans une école supérieure. Une boîte privée qui « fabrique » les futurs dirigeants du pays. Mais il ne s’intègre pas. Il est en réalité infiltré comme journaliste en devenir pour dénoncer les pratiques de bizutage. On comprend rapidement que Gabriel est le père du jeune garçon. Que ce dernier est mort assassiné et que c’est de ce jour qu’il est devenu aveugle. Une pathologie rare, la cé- cité de conversion. En clair, les yeux fonctionnent parfaitement, mais le cerveau refuse de convertir ces images, le plus souvent après un profond traumatisme psychologique.

Construit avec une précision chirurgicale, le roman alterne scènes dans l’école, quelques jours avant la nuit tragique, et piège présent qui se referme sur Maya. Car Gabriel est persuadé que c’est cette jeune femme, pourtant charmante avec lui, dont il pourrait presque tomber amoureux, qui est la responsable de la mort de son unique enfant. 

➤ « La prunelle de ses yeux », Ingrid Desjours, Robert Laffont, 20 € (« Les Fauves », précédent roman d’Ingrid Desjours vient de sortir en poche chez Pocket)

 

04/08/2016

DANS LA POCHE POUR LA PLAGE : Leçons d'un tueur

Saul Black a mis tous les ingrédients classiques du thriller américain contemporain dans son roman "Leçons d'un tueur". Xander, le tueur dérangé, la pléiade de victimes, Nell, la fillette innocente, Valerie, la flic alcoolique et même l'écrivain dépressif. Un puzzle qu'il assemble parfaitement dans une intrigue complexe et palpitante.

Le récit se scindera alors en trois parties distinctes. La suite du périple de Xander, l'attente du vieillard et de la fillette dans le froid et l'enquête de Valerie, la policière en charge de l'enquête. Saul Black (pseudonyme de Glen Duncan, auteur anglais pour l'instant plus spécialisé dans le fantastique, "Le dernier loup-garou") après ce départ bourré d'adrénaline, ralentit l'action pour mieux détailler la psychologie des différents protagonistes. Notamment Valerie, minée par cette enquête qui n'avance pas.

Le final, comme dans un bon film, se déroule dans la cabane des bois avec pour enjeu la vie de la petite Nell. Une grande réussite, de bout en bout.

« Leçons d'un tueur » par Saul Black, Pocket, 8,50 €

 

31/08/2015

Livres : Mère et fille, destin croisé et "Du même sang"

Lucy n'a quasiment pas connu sa mère, disparue quand elle était enfant. Dix ans plus tard, la jeune femme se retrouve confrontée à une autre disparition.

 

mcHugh, calmann-lévy, thrillerPremier roman de Lara McHugh, « Du même sang » est un thriller remarquablement construit, à l'ambiance trouble et aux nombreuses interrogations. Dans cette campagne reculée de l'Amérique profonde, il ne fait pas bon d'être une trop belle femme. Si en plus, on est une « étrangère » en l'occurrence originaire d'un autre état que le Missouri, on se retrouve rapidement avec toute la population à dos, accusée d'être une sorcière. Lila, quand elle arrive dans la petite ville d'Henbane au cœur des montagnes sauvages d'Ozark, est une jeune fille orpheline, un peu rebelle et à problèmes. Elle vient d'être placée comme employée dans la ferme de Crete Dane. Il a également une épicerie bar restaurant et plusieurs biens immobiliers. Il est riche et ambitieux. Lila va travailler pour lui, dans les champs puis au restaurant. Là elle rencontre Carl, le petit frère de Crete. Ouvrier dans le bâtiment, taciturne, il tombe amoureux de Lila. Elle aussi se jette dans ses bras. Rapidement une petite fille, Lucy, vient égayer le foyer.

Ce passé de Lucy, le lecteur ne le découvre que vers la moitié du roman. Un passé proche qui pèse encore sur les épaules de celle qui est devenue une adolescente. Lucy, indépendant, habituée à vivre seule depuis la disparition de sa mère et que son père, travaille loin et ne revient à la maison que pour noyer son chagrin dans l'alcool. Le roman de Lara McHugh alterne les points de vue. Lucy et Lila en priorité, puis quelques personnages secondaires. Les deux jeunes femmes semblent vivre les mêmes affres à dix années d'intervalle. La vie rêvée de Lila semble beaucoup moins heureuse qu'il n'en a l'air. Un terrible secret familial pèse sur ses épaules. Carl ne parle jamais de sa mère à Lucy. Mais quand Cheri, la meilleure amie de cette dernière disparaît, elle ne peut s'empêcher de mettre en relation ce fait divers avec sa propre histoire.

 

Récits parallèles

Quand le corps de Cheri est retrouvé démembré sommairement caché dans le tronc d'un immense arbre en bord de rivière, Lucy décide de faire toute la lumière sur ce meurtre. Et en remontant la piste, elle va croiser des hommes et des femmes qui dix ans plus tôt étaient également au centre de la vie de sa mère. Lila a-t-elle été victime du même tueur ? Mais pourquoi le corps n'a jamais été retrouvé ? En posant ces questions, Lucy comprend vite qu'elle met les pieds dans les plats. Jusqu'où peut elle aller sans subir le même sort que sa mère et son amie ? On suit avec anxiété sa progression, qui correspond au récit de Lila dix ans plus tôt. Jusqu'à ce dramatique dernier jour. Réflexion sur les liens familiaux, les secrets et l'entraide dans les petites communautés, ce roman pourrait facilement être adapté au cinéma ou en série, à la façon True Detective (saison 1), avec fausses pistes et véritables horreurs. D'ailleurs un projet existe avec Jennifer Garner en vedette.

 

 

« Du même sang » de Laura McHugh, Calmann-Lévy, 20,50 €

 

19/09/2014

DVD : Le droit au bonheur

Une famille idéale américaine fait trop rêver des laissés pour compte dans “Replicas”.

replicas, horreur, thriller, close, d'Arcy, selma blair, wild side video

Vous ne savez pas ce que c’est que d’élever votre enfant dans une voiture. » Bobby (James d’Arcy) n’a pas l’air très conciliant en disant cela à Mark (Joshua Close).

 

replicas, horreur, thriller, close, d'Arcy, selma blair, wild side video

 

Les deux hommes ont eu une soirée pour se jauger, se détester. L’affrontement entre ces deux pères de famille que tout oppose est au centre de ce thriller canadien qui sort directement en DVD. Mark, avocat, va passer quelques jours dans sa maison de campagne perdue dans la montagne. Il est accompagné de sa femme Mary (Selma Blair) et de son gamin de 8 ans. Leur humeur est morose. Ils viennent de perdre leur petite fille dans un accident. Dans cette maison isolée, le silence règne en maître. Jusqu’à l’arrivée des voisins, Bobby, sa femme et son enfant. Un trio un peu gauche et envahissant. Ils s’incrustent, s’invitent à dîner et s’extasient devant le luxe de la maison. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? L’ambiance, de pesante, va devenir angoissante avant de basculer dans l’horreur.

 

 

Imaginé par Joshua Cole, le scénario de ce film est mis en images par Jeremy Power Regimbal. Ces deux amis ont beaucoup investi dans cette production qui ne révolutionne pas le genre mais est d’une redoutable efficacité. Il fait saluer les performances des acteurs, notamment James d’Arcy, totalement fêlé et Selma Blair, parfaite en mère au cœur brisé mais qui s’accroche à ce qui lui reste de famille.

Tourné en 16 jours dans une grande maison aussi belle que terrifiante, ce film dérangeant, sans être à proprement parlé une œuvre d’auteur, s’aventure sur le terrain politique en soulignant l’énorme écart de revenus entre un couple bourgeois et une famille de laissés pour compte. Et en bonne production américaine, la morale l’emporte un peu trop facilement...

 

 

Replicas”, Wild Side Video, 14,99 euros.

24/04/2014

Cinéma : 96 heures de garde à vue inversée entre Lanvin et Arestrup

Un flic, Gérard Lanvin, se retrouve en garde à vue durant 96 heures. Pour l’interroger, son pire ennemi, un truand, Niels Arestrup, récemment évadé.

96 heures, thriller, lanvin, arestrup, testud, smet, Schoendoerffer

Dans la catégorie des thrillers ou films policiers il y a les « agités » (course-poursuite, fusillades...) et les « cérébraux » (personnages complexes, intrigue à tiroirs...) « 96 heures » de Frédéric Schoendoerffer joue clairement dans la seconde catégorie. Avec une réussite certaine. Il est vrai que dans le genre “duel de personnalités”, l’affrontement entre Gérard Lanvin, le flic pris au piège, et Niels Arestrup, le truand qui n’a plus rien à perdre, on atteint des sommets de tension. Au final le spectateur passe 96 minutes scotché dans son fauteuil, pris dans ce face-à-face qui fait parfois penser à certaines légendes du cinéma français, de Garde-à-vue (Ventura/Serrault) aux Granges brûlées (Delon/Signoret).

 

La notion de course contre le temps est omniprésente tout au long de ce film. Avec quelques symboles évidents comme cette montre qui passe de main en main ou la reproduction du tableau de Dali, les montres molles, dans la luxueuse villa utilisée comme décor de l’affrontement en huis clos.

Carré, le patron de la BRB (Brigade de répression du banditisme) tombe dans un guet-apens au petit matin. Deux hommes s’introduisent chez lui et prennent sa femme en otage. Elle aura la vie sauve s’il collabore. Son contrat est simple : il doit faire sortir Kancel de prison à la faveur d’une fausse extraction. Kancel est une vieille connaissance de Carré. Il y a trois ans, c’est lui qui l’a interpellé en plein casse. Une action d’éclat qui a permis à Carré de prendre du galon. Kancel, dans sa cellule, a mis au point cette évasion avec un seul but : savoir qui l’a balancé. Et aussi récupérer les millions qu’il est parvenu à mettre en lieu sûr avant de se faire prendre.

Menotté dans la cave

Une fois libre, le truand, interprété par un Niels Arestrup, abonné aux rôles de dur après son triomphe dans « Un prophète », va se mettre dans la peau du flic pour soutirer le renseignement du suspect. Menotté dans une cave, surveillé en permanence, aveuglé par un spot, Carré va devoir se mettre dans la peau du coupable qui ne peut pas avouer.

Véritable morceau de bravoure, l’opposition entre ces « deux grands acteurs », de l’aveu même du réalisateur, porte ce film de bout en bout. Il y a bien quelques interventions extérieures pour faire avancer l’action (Sylvie Testud en policière tenace qui cherche son patron, Laura Smet la fille de Kancel), mais elles sont juste là pour couper ces longs plans séquences entre un homme piégé et son geôlier implacable.

Quant à savoir qui a donné Kancel et où sont les millions, il faut patienter durant plus de 90 minutes pour avoir les réponses. Ou du moins, croire savoir. C’est aussi le message du film : il faut se méfier des apparences et ne jamais céder aux tentations du manichéisme.

_______________________________

Gérard Lanvin, l'exigence de l'excellence

 

96 heures, thriller, lanvin, arestrup, testud, smet, Schoendoerffer Grande gueule assumée, Gérard Lanvin fait plus que se bonifier avec l’âge. Cet ancien du Splendid (il fait encore aujourd’hui souvent référence à Coluche) aime les rôles forts. Encore plus quand il peut y apporter sa touche personnelle. Quand il reçoit le scénario de « 96 heures » il s’imagine immédiatement dans la peau de ce flic à la vie personnelle compliquée et secrète. Le tournage dans la villa isolée en forme de bateau, s’est passé dans une ambiance très studieuse. Gérard Lanvin, lors de la présentation du film aux Rencontres cinématographiques d’Avignon a salué l’attitude de l’équipe technique. « Pour tourner ce film, il fallait que l’ambiance soir lourde, sinon cela ne marchait pas. Les techniciens l’ont parfaitement compris. Il faut que le climat soit pesant dans ce genre de film. »

 

Pour Niels Arestrup ces scènes d’affrontement purement intellectuel « ont nécessité une sacrée concentration. C’était même un peu oppressant. Gérard et moi ce n’est pas qu’on se parlait mais sans doute qu’on essayait de préserver quelque chose de manière inconsciente, une étrangeté de l’autre. » Le résultat est très probant. Malgré des contraintes énormes, Gérard Lanvin passant près de la moitié du film menotté à un lit métallique au fond d’une cave. Le genre de défi physique qui motive encore plus un acteur toujours aussi méticuleux dans les choix de ses rôles.