12/07/2017

De choses et d'autres : Tous les touristes sont bons à prendre


Incroyable. Encore moqué il y a quelques mois en raison de ses soucis techniques récurrents, le téléphérique de Brest est devenu depuis le début de l’été une des attractions touristiques de la préfecture du Finistère. Les deux cabines du téléphérique, prévu initialement comme un moyen de déplacement doux pour les urbains Bretons, s’est transformé en un lieu qu’il faut absolument visiter et emprunter avant de quitter la ville. Pourtant ils étaient nombreux à se moquer de ce téléphérique planté au-dessus de la rade, loin de tout sommet enneigé.Et quand la mairie de Perpignan a envisagé de construire elle aussi un téléphérique, les ricanements ont été encore plus sardoniques. Paradoxe des gens pleins de certitudes. Comme à la fin du XIXe siècle quand les opposants à la tour de M. Eiffel menaient campagne contre cette abomination qui allait défigurer la plus belle ville du monde. On connaît la suite... Le téléphérique de Brest, à une autre échelle, est sur le point de suivre le même chemin. 
Le tourisme obéit à des règles parfois très complexes. Les responsables sont persuadés que seules les « beautés naturelles » peuvent attirer. Alors qu’en réalité, pour quelques milliers de plagistes en bord de mer,il y a des millions de visiteurs à la Cité de Carcassonne, au Pont du Gard ou sur le Canal du Midi. Des réalisations humaines pas destinées à attirer le chaland mais qui sont devenues au fil du temps les meilleurs atouts de la région. 
Alors imaginez aujourd’hui la renommée du Pays catalan si le projet de téléphérique entre la plaine et le Canigou avait abouti. Le département serait la première destination touristique d’Occitanie mais même de France et d’Europe. Il faut parfois faire confiance aux fous ambitieux. Ce sont souvent des visionnaires.

Chronique parue le 12 juillet en dernière page de l'Indépendant. 

24/07/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : La tour du rêveur

Nichée au fond du vallon, elle émerge des arbres, majestueuse. Une tour surmontée de verdure, dernier vestige d'un château en ruines. Visible depuis la petite route qui mène au hameau homonyme, elle m'a tapé dans l'œil par sa majesté et son faîte de buissons. Je n'ai qu'une envie : la voir de plus près. Il faut deviner, entre ronces et orties (mes mollets garderont quelques jours les traces de la balade), le début du chemin qui mène à sa base. Après l'asphalte brûlant, place à la fraîcheur de la sente qui serpente vers le petit torrent dont on devine le gargouillis tout en bas. Chênes et châtaigniers à la pente et masquent l'édifice. Un mur écroulé, un bout de rempart, me voilà enfin nez à nez avec elle. J'enjambe une ficelle, de celles qui servent à lier les bottes de foin, fais semblant de ne pas voir le panneau « propriété privée » et pénètre dans l'édifice par une ouverture dans la muraille effondrée. Haute de 30 mètres, la tour semble encore très solide. Le rez-de-chaussée donne par deux ouvertures sur le vallon. Vue à pic, calme et repos. Les graffitis sur les murs oscillent entre banale obscénité et déclaration d'amour. Mon imagination va plus loin. Lorsque le château était habité, que des gardes surveillaient les environs à l'affût d'envahisseurs. Je reste là à rêver quelques minutes. Je fais le plein d'images, de sensations, un peu déçu de ne pouvoir monter plus haut. Car si mon esprit est leste à s'envoler dans les siècles passés, mon corps, lui, m'empêche d'escalader ces murs de pierre branlants. La tour gardera une part de mystère. Ce n'est sans doute pas plus mal.

02/06/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Étonnants touristes (1)

Jeune, j'ai beaucoup voyagé. Aujourd'hui, je me contente de faire un peu de tourisme. La semaine dernière, durant trois jours et en compagnie de mon épouse qui elle aussi en avait bien besoin, j'ai tout coupé pour un séjour dans un hôtel de la Costa Brava. Trois jours au calme, loin de l'actualité et des soucis du quotidien. En théorie.

Dans la réalité, notre chemin a croisé d'étonnants touristes. Français, bien évidemment... Premier choc à la réception de l'hôtel. Un groupe de quatre personnes, deux couples, accapare la jeune femme au sourire radieux. Elle a du mérite. Son badge nous apprend qu'elle s'appelle Svetlana. Zen, Svetlana, malgré les grimaces d'un petit moustachu en short et sandales ouvertes (avec chaussettes). « J'ai demandé vue sur la mer. Je n'ai pas la vue. Vous devez m'offrir le repas de midi en dédommagement ! ». Nous observons le pauvre homme monter dans les tours. Il devient rouge. Gare à la crise d'apoplexie. Discrètement, Svetlana demande à un responsable qui, fort de son expérience, renifle le vindicatif un peu lourd et donne son accord.

Il est tout fier maintenant le petit moustachu. Il appelle bruyamment sa femme restée en retrait. « Monique ! Monique ! ». La prend à témoin pour se vanter de son efficacité et de s'étonner auprès de ses amis : « Vous auriez dû négocier le repas du midi. Quand, même, on n'a pas la vue ! ». Nous avançons d'un pas, persuadés que notre tour arrive. Perdu, c'est Monique qui part à l'assaut de la pauvre Svetlana.

À suivre...

27/11/2013

BD : Sokal envoie son canard à la mer

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Canardo enchaîne les enquêtes avec une régularité de chronomètre depuis une dizaine d'années. Le canard détective privé, anti-Donald de légende, n'a pourtant pas l'intention de se remettre à travailler. Il a accepté de garder son neveu, Marcel, adolescent à la langue bien pendue, pendant les vacances chirurgicales de sa sœur et de son mari (il vient de lui payer une nouvelle poitrine dans une clinique aux Seychelles...). Notre héros va devoir cependant partir en urgence au Koudouland, île paradisiaque mais où des terroristes viennent d'enlever la femme d'un riche entrepreneur immobilier. Il rejoint donc pour les rivages du lagon d'un célèbre mérou à pois rouge au centre d'une polémique internationale. Un peu plus décousue et moins sombre que les précédents albums, cette enquête de Canardo semble marquer un tournant dans la série. Carrément en retrait, Canardo est comme absent. Le vieux canard en a marre de l'aventure. Et franchement il ne supporte pas cette chaleur. Vite, que Sokal son créateur le remettre dans les brumes et pluies glacées du Belgambourg...

 

« Canardo » (tome 22), Casterman, 10,95 €