25/06/2016

Livre : Evangile tueuse entre Lauragais et Rennes-le-Château

François-Claudius Simon, policier imaginé par Guillaume Prévost, enquête sur les secrets de l'abbé Saunière

Les mystères de Rennes-le-Château sont une mine inépuisable pour les romanciers. Guillaume Prévost, par ailleurs historien apporte son grain de sel dans les nombreuses hypothèses pour justifier la richesse de l'abbé Saunière, le sulfureux curé du petit village audois. L'action se déroule en 1920. Le lecteur retrouve François-Claudius Simon, le héros récurrent imaginé par le romancier. Une cinquième aventure pour prolonger un feuilleton digne des meilleures séries.

Emoi au Sacré-coeur de Paris. Un curé est retrouvé assassiné. Dans une mise en scène très macabre : « ses bras croisés sur ses cuisses retenaint une masse sanguinolente et molle, de la taille d'un gros poing fermé. On avait pris soin d'entourer la chose d'une espèce de ronce et d'enfoncer une croix de bois à son sommet. » Ce que le religieux a entre les bras c'est tous simplement son cœur. Parmi les suspects, les participants à la prière nocturne. Dont François-Claudius dont le nom est inscrit sur le rigiste.

 

De Limoux au Lauragais

En plein marasme (il tourne alcoolique après sa séparaton avec son amour, restée à Moscou, enceinte), cette mise en cause le remet sur les bons rails. Il va devoir se disculper et découvrir qui est ce tueur, surnomme « L'enfant de choeur » et qui a également tué à Castelnaudary et Carcassonne.

Le roman se déroule en grande partie dans l'Aude, entre l'église de Rennes et une grotte de la Montagne Noire. Une partie locale savoureuse dans sa description du département au début du siècle dernier. La force du roman reste le foisonnement de personnages et les multiples rebondissements, avec au final des révélations sur l'enfance du héros, abandonné par sa mère, élevé par des religieux et finalement au centre de cette histoire de cinquième évangile (la première en vérité) remettant en cause tous les dogmes de la chrétienté actuelle. 

« Cantique de l'assassin » de Guillaume Prévost, NiL, 20 euros

 

02/01/2014

Livre : Secrets d'alchimistes à la sauce Loevenbruck

Mais qui se cache sous le pseudonyme de Fulcanelli ? La question lancinante est en filigrane de ce polar d'Henri Loevenbruck.

 

henri Loevenbruck, fulcanelli, mystère, alchimie, trésor, polar, flammarionAlchimie, spiritisme, ésotérisme... Autant de pratiques aujourd'hui désuètes mais qui étaient très à la mode il y a un siècle. Dans ce polar mené tambour battant, Henri Loevenbruck emmène ses lecteurs sur les traces du mystérieux Fulcanelli. Si pour le commun des mortels Fulcanelli ne dit absolument rien, par contre les spécialistes et passionnés de transmutation de plomb en or s'étripent encore (par publications interposées) pour savoir qui se cachait derrière ce pseudonyme. Il a publié deux livres, régulièrement réédités. La légende veut qu'il a également laissé un carnet manuscrit avec le début de sa dernière grande œuvre, contenant des révélations si tonitruantes qu'il a préféré les cacher aux profanes.

Un siècle plus tard, ce mystérieux carnet refait surface dans une enquête policière. Radenac, flic de base, est contacté par la fille d'un riche collectionneur. Elle a retrouvé son père mort dans son fauteuil. A priori une crise cardiaque (il allait sur ses 92 ans). Mais l'héritière remarque qu'un titre manque dans sa collection de livres anciens. Le fameux carnet signé Fulcanelli.

Radenac, cartésien mais surtout séduit par la belle orpheline, demande l'aide de son copain Ari Mackenzie, le héros récurrent des romans de Henri Loevenbruck. Ari, ancien des services secrets français, est une pointure du sujet. Mais il a une théorie : Fulcanelli n'existe pas, c'est l'invention du préfacier et de l'illustrateur des deux livres parus dans les années 20. Donc cet hypothétique carnet, s'il existe, est lui aussi un faux.

Il faudra une succession de meurtres pour que Ari revienne sur ses certitudes. Un homme retrouvé poignardé devant une toile symbolique de l'œuvre de Fulcanelli, dans une vieille église de Séville. Et un autre membre d'une société secrète d'alchimistes, découvert mort dans sa maison de campagne au centre d'une savante et macabre mise en scène. En creusant un peu, Ari parvient même à prouver que le nonagénaire n'a pas cassé sa pipe tout seul. Une accumulation de cadavres pour une enquête entre chasse au trésor et course poursuite pétaradante.

 

Carnet de moleskine

Tout l'attrait de ce roman est dans l'enquête minutieuse menée par l'auteur sur les multiples hypothèses autour de la véritable identité de Fulcanelli. Et plutôt que de voir l'ensemble avec le regard expert de Mackenzie, il fait intervenir Radenac, totalement néophyte et donc ouvert à toutes les suppositions. Une bonne partie de ces 400 pages est constituée des notes de Radenac sur son carnet de moleskine. Il y passe en revue les différents « fulcanisables », de Eugène Canseliet, le préfacier à Pierre Dujols, libraire en passant par Julien Champagne, l'illustrateur ou Camille Flammarion, célèbre astrologue, ami des précédents et intime avec la famille de Lesseps, les « protecteurs » de Fulcanelli.

Et pour couronner le tout, Henri Loevenbruck n'oublie pas de faire progresser l'histoire d'amour entre le héros et une jolie libraire, Lola, fil rouge des aventures de Mackenzie. Ces deux-là s'aiment trop pour être heureux. A moins que l'adversité ne les rapproche et leur ouvre enfin les yeux...

Michel LITOUT

« Le mystère Fulcanelli », Henri Loevenbruck, Flammarion, 21 €