04/12/2017

Littérature : Une romancière abreuvée de réalité

 


Dans quelle mesure est-il possible de parler de la région sans tomber dans la caricature du roman de terroir ? Perpignan ou les Corbières comme décor d’une histoire d’amour brutale et compliquée, crédible ou farfelu ? Les sceptiques doivent d’urgence se plonger dans le second roman de Chelsea Cunningham. « Si Dieu est une femme, elle est romancière », se déroule entièrement à Perpignan avec quelques excusions sur la côte vermeille et à Lagrasse, dans les Corbières audoises. Décor local mais personnages universels. Zoé parle. Adam écoute. Zoé est une jeune femme un peu fantasque, allongée sur le canapé d’Adam, psy. Le classique jeu du chat et de la souris s’installe entre eux. Zoé, en racontant des bribes de sa vie inventée, tente de séduire Adam, incapable de rester dans son rôle neutre de thérapeute.
■ Faire semblant


Zoé invente car elle se persuade d’être une romancière ? Elle va puiser dans la vie d’Adam pour en faire une fiction crédible. Adam, au tournant de sa vie, va sombrer dans le piège. Ainsi, Zoé quitte le cabinet tout sourire «C’était bon, Adam était tout à elle, buvait ses paroles, ne la quittait pas des yeux, attendait ses visites avec impatience, se sentait encore libre mais était, sans nul doute pieds et poings liés. » Mais la romancière (la vraie, pas le personnage), née à Londres mais installée depuis de nombreuses années dans les PyrénéesOrientales qu’elle connaît à merveille, complique le jeu avec l’intervention de Bianca, la femme d’Adam. Paradoxalement c’est elle qui semble la plus « compliquée », la plus en mal d’émancipation. Femme au foyer, grande-bourgeoise, elle fait semblant depuis trop longtemps. Le soir, avec son époux, « elle se contentait de parler pour éviter que le silence ne s’installe pour de bon. » Lucide. Trop parfois. «Elle savait qu’Adam vivait avec elle parce qu’il n’avait pas, pour d’heure, d’autres idées. » « Si nous avons toutes et tous un talent particulier, Bianca avait trouvé le sien » : faire semblant.
Ce roman, ciselé et tranchant comme un bistouri, explore aussi les traumatismes de l’enfance. Adam, en manque d’amour de la part de sa mère, a longtemps vénéré la bonne de la maison. Jusqu’à ses 7 ans et cet événement tragique que, tout en étant psy, il ne parvient toujours pas à exorciser. 
➤ «Si Dieu est une femme, elle est romancière» de Chelsea Cunningham, Trabucaïre, 13 €

04/10/2008

Aux sources des mystères pyrénéens



Georges Gianadda a beaucoup écrit. Des milliers de reportages pour les pages de l'Indépendant du Midi. Reporter, puis grand reporter, il a laissé traîner son regard curieux sur quantité de gens, d'événements, de lieux. Une emprise sur le réel, le tangible, qui est la bible de tout journaliste un tant soit peu sérieux. Georges, dans sa longue carrière, ne s'est jamais écarté de ce chemin. Mais parfois, visiblement, il aurait préféré interviewer des lutins, une fée voire un Dieu en personne pour donner un peu plus de sens à ses papiers. Ce qu'il n'a pas réussi (ou oser) faire dans les pages de son journal, il le propose dans ce roman, récit fabuleux d'une légende oubliée : « Pyrène la fée des fontaines ».
Tout commence à Lourdes. La cité mariale. Georges, un journaliste justement, observe le ballet des pèlerins. En compagnie de son photographe, il prépare un reportage. Ils croisent un vieil homme et rapidement une conversation s'engage. L'inconnu, savant ayant exploré les particules élémentaires avant de se reconvertir dans la philosophie, prétend au journaliste curieux que cela fait plusieurs siècles que les humains viennent de se recueillir en ce lieu. Car il y a des milliers d'années, Lourdes était un des lieux du « culte de Mari, la déesse-mère ». « Ces cultes païens ont été remplacés par celui de la vierge Marie », explique le vieillard. « Ce qui est troublant c'est l'homophonie entre Mari et Marie. » « Ce qui est moins étonnant, c'est que tous les cultes, y compris celui voué à la vierge Marie, soient liés aux sources et à l'eau. Il s'agit après tout du matériau de base qui a fondé le monde vivant. » Et pour achever sa démonstration, il se propose d'expliquer au journaliste d'où vient le nom de Pyrénées.
L'auteur change alors totalement de monde et de genre. Il entre de plain-pied dans des contrées légendaires peuplées de demi-dieu, de fées et autres monstres mythologiques. Des pages riches en trouvailles, coups de théâtre et dialogues imagés, sur un ton léger et rêveur. Georges Gianadda, le journaliste cartésien, s'efface totalement au profit de son double, beaucoup moins connu, le conteur du merveilleux. Une véritable découverte pour le lecteur, une renaissance (pour ne pas parler de reconversion) pour cet habile manieur de plume.
« Pyrène la fée des fontaines » de Georges Gianadda. Editions Trabucaire. 10 euros.


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