20/05/2017

De choses et d'autres : le vert ne sied pas aux travestis

La parité est une des revendications des écolos. Pour les élections législatives, le parti vert se veut exemplaire. Mais parfois cela pose des problèmes comme dans cette circonscription parisienne. La candidate, Douchka Marcovic, a pour suppléant Thierry Schaffauser. Avant le lancement de la campagne, ils passent par la case photo officielle. Et Thierry, fervent défenseur des minorités, arrive dans ses plus beaux habits... de femme. Ce membre du Strass (syndicat des travailleurs du sexe), souriant, un chien dans les bras, se présente aux électeurs sous son apparence de tous les jours : en travesti. Sympa mais pas du goût des responsables du parti pas si progressiste quand il y a un risque de passer sous les 5 %, la barre du remboursement des frais de campagne. Dans un premier temps ils demandent à refaire la photo. Puis retirent carrément l’investiture au « fautif ». Moralité : le vert ne va pas du tout aux robes des travestis.
(Chronique parue le 20 mai en dernière page de l'Indépendant)

29/01/2015

Cinéma : Michel et Mylène à la campagne dans "Les nuits d'été"

Michel, respectable notaire de province, devient le week-end Mylène, la travestie, dans sa maison de campagne. « Les nuits d'été » de Mario Fanfani offre un rôle en or à Guillaume de Tonquédec.

 

 

Une maison perdue dans les forêts des Vosges. Derrière les fenêtres, des hommes se réunissent. Ils sont tous habillés en femmes. À la fin des années 1950, dans cette province totalement oubliée par l’évolution des mœurs, ils n’ont pas d’autre solution que de se cacher pour assumer leur différence. Mario Fanfani signe avec « Les nuits d’été » un film à l’ambiance trouble, où les apparences sont trompeuses, les pulsions fortes et les envies tenaces. Une ode à la liberté, à l’amour et la transgression. On en ressort bouleversé et forcément plus compréhensif face à des êtres écorchés vifs, stigmatisés bien qu’ils ne fassent de mal à personne.

 

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Vivons heureux, vivons cachés

Mylène est une bourgeoise chic. Tailleur parfaitement coupé, talons aiguilles, permanente et maquillage soignés, elle est assise sur un canapé, les mains sur les genoux, le buste droit, la poitrine mise en valeur. Mylène veut être parfaite. Comme si elle passait un examen devant son amie Flavia. Et puis Mylène s’énerve, perd sa voix haut perchée, retrouve son ton grave. Michel (Guillaume de Tonquédec) reprend le dessus. Flavia s’efface elle aussi pour redevenir Jean-Marie (Nicolas Bouchaud). Dans cette maison de campagne perdue dans les sombres forêts des Vosges, deux hommes, deux amis, tentent de vivre leur différence le temps d’un week-end. Michel est notaire. Marié à Hélène (Jeanne Balibar), père d’un petit garçon qu’il adore, il se travestit chaque week-end en compagnie de cet artisan tailleur, connu lors de la dernière guerre.

L’idée de ce film est venue à Mario Fanfani en feuilletant un livre de photo américain. Des clichés pris dans la « Casa Susanna », une villa de campagne du New Jersey. Sur ces images, sans le moindre commentaire, des hommes effectuent des activités telles que prendre le thé, faire du jardinage ou jouer au Scrabble. Tous déguisés en femmes, en parfaites ménagères... « Ces photos très denses et romanesques m’ont inspiré, confie le réalisateur. Je les ai beaucoup regardées, elles sont restées près de moi. Ces hommes font des gestes de transgression. Pour l’époque, ils étaient très en avance. Mais aussi en retard car ils se transforment en femmes très traditionnelles. » Cette ambiance il l’a recréée dans cette France de province prise dans le carcan du Gaullisme. Il ajoute à son intrigue les débuts de la prise de conscience contre la guerre d’Algérie. Jeanne, la bourgeoise cloîtrée dans son intérieur cossu, est la plus politisée. Elle dénonce l’envoi d’appelés se faire tuer pour une terre qui n’est pas la France. En écho, Jean-Marie recueille Pascal, surnommé Chérubin, jeune appelé qui préfère déserter.

Le film alterne trois ambiances. L’intérieur bourgeois du couple Michel et Hélène, la salle enfumée d’une boîte de nuit où des travestis chantent en play-back pour les soldats français et américains (l’action se déroule en Alsace) et la maison de campagne, rebaptisée « Villa Mimi » par la petite bande. Paradoxalement, si dans les deux premiers lieux on a en permanence l’impression que chacun joue un rôle, le naturel, le vrai, est évident quand ils se retrouvent tous ensemble loin des jugements de notre société. Un film vivifiant, joyeux et dramatique à la fois, où chacun trouve des clés pour explorer les parts cachées de sa personnalité.

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De Tonquédec, « un acteur bosseur »

 

tonbon.JPGPour mener à bien son projet, Mario Fanfani ne devait pas se tromper dans son casting. Si plusieurs des travestis dans les seconds rôles sont des amis du réalisateur, le rôle-titre revient à Guillaume de Tonquédec que l’on n’attend pas dans ce genre de composition. Acteur de théâtre, il a acquis une réelle notoriété en endossant depuis quelques années le costume de Renaud Lepic. Pourtant, le réalisateur ne le connaissait pas avant le casting. « Je n’ai pas la télévision. Plusieurs acteurs pressentis ont décliné le rôle. Lui avait une réelle envie de le faire. Guillaume est un acteur très bosseur, à l’américaine. Il n’hésite pas à prendre du temps pour travailler le personnage. » Et d’expliquer qu’il a répété d’autres rôles « en portant un corset destiné à lui modifier la taille ». Chez lui « il portait des talons aiguilles devant sa femme de ménage... » Son rôle de metteur en scène a surtout consisté à « assurer la direction physique des comédiens ». Ils ont dû apprendre à marcher avec des chaussures de femmes. « Chacun a fabriqué son propre personnage. Ils ont choisi vêtements et perruques ». À l’arrivée, le spectateur oublie rapidement le sexe des uns et des autres. Homme ou femme ? Simplement des personnages, avec leurs qualités et leurs défauts. Et au final Mario Fanfani est très fier d’avoir réalisé un film universel qui raconte simplement « l’histoire d’un couple pas comme les autres ».

09/11/2014

Cinéma : Toutes les facettes de la féminité dans le film de François Ozon avec Romain Duris et Anaïs Demoustier

 

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François Ozon aborde un sujet sensible dans son film « Une nouvelle amie » ou comment un veuf fait revivre son épouse, pour leur bébé et sa meilleure amie.

 

 

François Ozon n'a pas la réputation d'être un réalisateur consensuel. Au contraire, il aime déranger, interpeller, faire réagir son public par des sujets complexes voire tabous. Il ne déroge pas à ses bonnes habitudes dans « Une nouvelle amie », histoire d'un triangle amoureux joué à deux. Claire (Anaïs Demoustier) et Laura (Isild Le Besco) se connaissent depuis l'école élémentaire. Amie de classe, de cour de récréation, de vacances... Deux fillettes, l'une blonde l'autre rousse, inséparables qui se jurent une amitié éternelle. Devenues adultes et étudiantes, c'est ensemble qu'elles font tourner la tête des hommes. Quand Laura se marie avec David (Romain Duris), Claire est témoin. Elle échangent leur rôle quand la rousse se marie avec Gilles (Raphaël Personnaz). Laura tombe enceinte, donne naissance à une petite fille. Mais la grossesse se passe mal, la jolie blonde, malade, ne survit pas à ces neuf mois de douleur. Le film débute par l'oraison funèbre de Laura par Claire. La voix tremblante, l'amie de toujours réitère la promesse faite à la mourante : elle serait toujours présente pour aider sa fille et son mari.

 

Qui manipule qui ?

Après ce rapide résumé en images d'une amitié forte, François Ozon prend plus de temps pour planter l'ambiance. Claire n'arrive pas à surmonter son chagrin. Elle pose des congés, reste à traîner dans sa grande maison. Surtout, elle n'ose pas reprendre contact avec Gilles. Trop peur de raviver des plaies. Ce sont ses jambes lors d'une footing qui la conduisent inconsciemment devant la maison de Gilles. Claire hésite. Et finalement décide d'entrer. Sans frapper. Presque en intrus. Ce qu'elle découvre la fige sur place. Une certaine Virginia donne le biberon au bébé. Claire la connaît parfaitement tout en la voyant pour la première fois. Cette nouvelle amie, si différente, rencontrée par l'entremise de Gilles, va servir de factotum pour remplacer Laura. Ce sera le secret du veuf et de la meilleure amie. Un lourd secret qui va considérablement compliquer leur vie mais aussi leur permettre, à tous les deux, à sortir de la dépression et, qui sait, permettre à l'enfant de vivre avec une présence féminine forte malgré la mort de sa mère.

Une nouvelle fois François Ozon fait un film autour de la manipulation. Si au début, on a l'impression que c'est Romain Duris qui tire les ficelles, plus l'intrigue progresse et devient complexe, plus on se doute que Claire n'est pas la simple oie blanche du début. Chaque personnalité dévoile sa complexité et toutes ses facettes de sa féminité. Un film au sujet par excellence casse-gueule, mais parfaitement maîtrisé en ces temps obscurs de chasse à la théorie du genre.

 

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La promesse d'un César pour Romain Duris

 

ozon, duris, demoustier, isild le besco, nouvelle amie, travestiLa performance de Romain Duris dans ce film de François Ozon lui permettra certainement de décrocher un César lors de la prochaine cérémonie.

L'acteur fétiche de Cédric Klapish (lancé dans le Péril Jeune et personnage récurrent dans la trilogie de l'Auberge espagnole), intègre pour la première fois l'univers de François Ozon. Il abandonne donc sa peau de jeune minet, bourreau de coeurs et parfait pote, pour une composition beaucoup plus complexe. Un pari osé qu'il remporte haut la main en épousant parfaitement le corps et l'esprit de Gilles. Amoureux fou de sa femme, il sombre dans la dépression quand elle meurt après la naissance de leur premier enfant. Pourtant il faut bien s'occuper de ce bébé braillard. Et trouver des solutions pour le contenter, l'éduquer, lui offrir une vie normale. En homme torturé, écartelé entre raison et folie, image du père omniprésent et de la mère absente, Romain Duris marque les esprits. Nommé quatre fois aux Césars (deux fois en tant que meilleur espoir puis meilleur acteur dans « De battre mon coeur s'est arrêté » et « L'arnacoeur »), il n'a jamais remporté la moindre statuette symbole de l'excellence du cinéma français. Sa composition dans « Une nouvelle amie » pourrait enfin rendre justice à son immense talent. Reste à savoir dans quelle catégorie...

06/10/2013

BD : "Mauvais genre", l'histoire d'un couple maudit par Chloé Cruchaudet

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La guerre 14/18 a laissé de profondes plaies dans la société française. Visibles et cachées. Dans « Mauvais genre », Chloé Cruchaudet raconte, sans pathos, le terrible destin de Paul et Louise. Marié juste avant son départ sur le front, Paul plonge dans un cauchemar sans fin. On retrouve les classiques de la guerre des tranchées : morgue des gradés, rats, famine, cadavres... Suffisamment pour pousser Paul à se mutiler (un doigt en moins, l'index pour ne plus pouvoir appuyer sur la gâchette). Mais cela ne suffit pas. Il déserte et va se cacher dans une chambre d'hôtel en région parisienne. Il va y rester plusieurs semaines avant de craquer et sortir. Mais pour ne pas être pris, il se déguise en femme. Voilà comment Paul se transforme en Suzanne. La vie du couple est radicalement modifiée, Paul découvrant les joies du travestissement et de l'amour libre. Une mascarade qui durera toute la guerre. C'est à l'armistice que cela se complique. Un récit captivant tiré d'une histoire vraie.

 

« Mauvais genre », Delcourt, 18,95 €