15/05/2017

Thriller : les ténèbres souterraines du "Jour du Chien" de Patrick Bauwen

 


Simple moyen de transport pour des millions de Franciliens, le métro est beaucoup plus pour certains détraqués. Ce monde clos, tel un iceberg, ne montre qu’une infime partie de son réseau. Là où les lumières n’existent pas, les ténèbres règnent. Le Chien en a fait son royaume, son territoire de chasse. Ce psychopathe, après avoir poussé d’innocentes victimes sous les rues des rames, se réfugie dans des salles à l’abandon. Là, il a quelques esclaves sur lesquels il peaufine son art de la vivisection.
Le nouveau thriller de Patrick Bauwen est violent. Ce Chien va marquer les esprits. Pourtant ce n’est qu’un personnage secondaire. Le récit se focalise sur Christian, un médecin aux urgences. Dépressif depuis la mort de sa femme, Djeen. Justement poussée dans le métro par le Chien. Quand en direct sur une application du genre de Périscope, il se fait agresser dans le métro, il découvre après coup que la jeune femme, morte depuis trois ans, assiste à la scène. Une intrigue pleine de chausse-trappes, avec en plus du Chien, un couple de politiciens corrompus, des fêtes nocturnes sans limites, un policier bourru et une belle juge, planche de salut de Christian dans sa déprime chronique.
Reste à savoir si Djeen est vivante. A moins que cela soit son fantôme, revenu des profondeurs sombres du métro, qui poursuit Christian et le Chien.
➤ « Le jour du Chien » de Patrick Bauwen, Albin Michel, 21,50 €

23/11/2016

Thriller : La glace de la résurrection dans "Le cadavre était presque parfait"

Un cadavre venu du passé sème le désordre sous l’œil débonnaire du héros très british imaginé par Giles Milton.

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Un bon héros récurrent de roman policier doit avoir un métier atypique. Terminé le temps ou commissaire ou détective privé suffisait à le rendre intéressant. Giles Milton, qui semble bien décidé à faire vivre plusieurs aventures à son personnage Jack Raven, n’a pas choisi la facilité côté CV. Jack, professeur british, est exactement « paléopathologiste, spécialisé en anthropologie médico-légale ». Ce que sa dernière cliente résume par « spécialiste en cadavre, c’est l’expert en criminologie archéologique le plus qualifié du milieu. »

En plein été, alors qu’il s’ennuie et se lamente car sa petite amie (une journaliste allemande) vient de le quitter, il reçoit une proposition qu’il ne peut refuser. Zakron, société américaine spécialisée en cryogénie veut ses lumières pour identifier le cadavre d’un homme entièrement nu et parfaitement conservé retrouvé dans les glaces du Groënland. Rapidement il s’aperçoit que sa venue n’est pas souhaitée par tous les membres du conseil d’administration. Pour eux, le cadavre est celui d’un soldat américain disparu en 1944. Tout est déjà réglé pour le rendre, avec les honneurs, à sa famille.

■ Dégeler le mort

En réalité, le mort, absolument préservé dans la glace, sera le premier à tester une nouvelle technique pour « réveiller » des cadavres gelés. Zakron conserve dans ses frigos de riches clients persuadés que dans un lointain avenir, ils pourront être dégelés, être rajeunis, devenir quasi immortels. Une expérience top secret qu’un vulgaire Anglais ne doit pas ébruiter.

Cela n’empêche pas Jack de continuer ses recherches. Sur la raison du décès et l’identité du mort. Quand il découvre la vérité, il est trop tard : l’expérience a débuté. Or il ne s’agit pas du tout d’un soldat américain. Les multiples cadavres qui jonchent les pages suivantes lui donnent malheureusement raison. Une seule chose importe désormais : arrêter ce massacreur venu du passé.

Entre polar classique, notamment avec l’intervention de policiers pas très futés, précis de science-fiction et récit historique voire fantastique, ce roman tape large dans les intérêts des lecteurs. Et comme l’ensemble est cohérent et parfaitement écrit, on en ressort avec l’impression d’être beaucoup plus intelligent concernant la seconde guerre mondiale au Groënland, les techniques de cryogénie et même les secrets pour séduire les jolies femmes américaines divorcées avec enfants à charge. Tout cela grâce aux lumières de Jack Raven.

➤ « Le cadavre était presque parfait », Giles Milton, Buchet Chastel, 22 €

 

10/08/2016

Livre : Kaput, tueur du passé

 

 

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Comment devient-on un assassin, un tueur ? Le narrateur de ces quatre romans, repris dans une intégrale au Fleuve Noir, raconte en détail sa longue descente aux enfers. Jusqu'à la scène finale (celle d'ouverture en l'occurrence) au cours de laquelle il perd la vie sous le couperet de la guillotine. Cezs romans, parus au début des années 50, étaient signés Kaput. En réalité c'est Frédéric Dard qui se cachait derrière ce pseudonyme. Auteur infatigable, il sortait un roman par mois, devenu un véritable pilier de la collection Spécial Police. Si San-Antonio, son héros de prédilection, était une version optimiste de la justice, autant Kaput est sombre. Des romans noirs qui étaient un peu inspirés de l'univers d'André Héléna. Bourré d'expressions d'argot, le récit de la vie de Kaput est publié dans sa version originale, exactement avec les expressions de l'époque. Un côté vintage qui plaira aux plus âgés.

« Un tueur, Kaput » de Frédéric Dard, Fleuve Noir, 21,90 euros

 

 

29/07/2015

DVD : La réalité pour ultime inspiration

james woods, larry cohen, brian dennehy, pacte, tueur, wildSideUn flic, par ailleurs écrivain, devient le « nègre », d'un redoutable assassin. « Pacte avec un tueur » est un film noir, typique des années 80.Blessé dans un hold-up, un policier en fait un best-seller. Des années plus tard, sans inspiration, un tueur va lui proposer de raconter sa vie jalonnée de meurtres. Avec deux objectifs : être le "gentil" de l'histoire et dénoncer les magouilles de son ancien patron, un riche homme d'affaires de Californie. Le scénario, alléchant, est signé Larry Cohen, une pointure dans sa catégorie. Lancé avec la création de la série des "Envahisseurs", il a multiplié les scripts, les vendant aux plus offrants, se réservant quelques réalisations, généralement les plus gore comme la série des "Monstres".

"Pacte avec un tueur" est longtemps resté dans les cartons des maisons de production. Larry Cohen espérait des "superstars" pour interpréter les deux rôles principaux. Finalement ce sera James Woods pour Cleve, le tueur et Brian Dennehy en policier, connu sous son nom de plume, Dennis Meechum. Après une scène d'ouverture nerveuse et sanglante (un hold-up dans le dépôt du commissariat où Dennis officie), on retrouve le flic dans une descente sur le port. Un peu enrobé, il a toutes les peines à suivre un voleur de diamants. D'ailleurs ce dernier est sur le point de lui tirer dessus quand un tueur providentiel fait son apparition et lui sauve la vie. Cleve tient à Dennis car il est persuadé que ce dernier est l'homme idéal pour raconter sa vie, son œuvre. Depuis une vingtaine d'années, Cleve officie comme tueur à gages pour un riche magnat. Licencié comme un malpropre, il veut se venger en dévoilant comment le milliardaire a acquis son pactole. Dennis, s'il refuse dans un premier temps, accepte car il n'a plus d'inspiration et ses éditeurs lui mettent de plus en plus la pression. Typique des films des années 80 s'appuyant sur un duo désapparié, "Pacte avec un tueur" est réalisé par John Flynn dont le plus gros succès reste "Haute Sécurité" avec Stallone.

Larry Cohen dans le texte

La sortie du film en DVD permet de retrouver cette ambiance des années 80, quand fumer partout était permis et que l'absence de téléphones portables simplifiait certains rebondissements. L'époque aussi où les producteurs avaient toujours le dernier mot. Dans les bonus, Larry Cohen revient sur la genèse de ce film et sa fin qu'il qualifie de "catastrophique". Il est vrai que la scène finale confine au ridicule quand la fille de Dennis se précipite dans les bras du méchant, armé de surcroît, se transformant en otage idiote et pathétique. Dans cette même interview de Larry Cohen, il distille avec fiel des piques sur les acteurs et les producteurs, révélant au passage qu'en plus de sa forte paranoïa (c'est toute la trame des Envahisseurs) il souffre d'une excroissance de l'ego quand il déclare sans ambages que le film aurait forcément été meilleur si c'était lui qui l'avait réalisé...

"Pacte avec un tueur", Wild Side, 19,99 euros le DVD, 24,99 euros le blu-ray

 

04/03/2015

DVD : Une vengeance à plus de 100 cadavres dans le film d'action "John Wick"

« John Wick » est colère. On lui vole sa voiture et on tue son chien. Malheur au petit voyou...

 

Depuis la mort de sa femme bien-aimée, John Wick (Keanu Reeves) passe ses journées à retaper sa Ford Mustang de 1969, avec pour seule compagnie sa chienne Daisy. Il mène une vie sans histoire jusqu’à ce qu’un malfrat sadique, nommé Iosef Tarasof (Alfie Allen), remarque sa voiture. John refuse de la lui vendre. Iosef, n’acceptant pas qu’on lui résiste, s’introduit chez John avec deux complices pour voler la Mustang et tuer sauvagement Daisy…

John remonte la piste de Iosef jusqu’à New York. Le malfrat est le fils unique d’un grand patron de la pègre, Viggo Tarasof (Michael Nyqvist). La rumeur se répand rapidement dans le milieu : le légendaire tueur cherche Iosef. Viggo met à prix la tête de John : quiconque l’abattra touchera une énorme récompense. John a désormais tous les assassins de New York aux trousses.

Film d’action absolu, les combats vont crescendo. Keanu Reeves s’est entraîné durant de longs mois pour maîtriser les arts martiaux. Mais comme son arme de prédilection reste le pistolet, il a imaginé le « gung-fu », mélange de kung-fu avec un gros calibre à la place du nunchaku. La mafia russe lancée à ses trousses est rapidement décimée. Ils ont beau être des dizaines à l’attaquer, ils ne font pas le poids. À l’arrivée, le spectateur pointilleux peut se mettre à compter le nombre de cadavres. À vue de nez, on dépasse la centaine... Réalisation nerveuse, dialogues minimalistes, acteurs secondaires excellents (Michael Nyqvist notamment), le film est un concentré d’adrénaline. Au rayon des bonus, le making of est fractionné en une dizaine de petits reportages du Code de conduite des tueurs à la présentation du Blue Circle, la boîte de nuit secrète réservée à la pègre new-yorkaise.

 

« John Wick », Metropolitan films, 19,99 le DVD, 24,99 euros le blu-ray

 

09/01/2013

Chronique : Jeu presque mortel

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Haro sur les jeux vidéos. Source fréquente de discorde familiale, entre frères et sœurs notamment, l'affaire peut aller beaucoup plus loin quand l'addiction aux manettes dépasse les bornes.

L'histoire se passe en Chine. Un bon père de famille se désespère. Son fils, 22 ans, titille le joystick à longueur de journée. Sans travail, ni volonté d'en trouver, il préfère vivre par procuration sur un jeu en ligne. Le père, à bout d'arguments a l'idée du siècle. Si son fils joue, c'est qu'il gagne et y trouve du plaisir. Pour le dégoûter, il faut qu'il perde.

Dans ses jeux favoris, style World of Warcraft ou Call of Duty, perdre c'est se faire tuer. Le paternel  recrute donc sur internet des tueurs à gages... virtuels. Ils ont pour mission de s'immiscer dans les parties du fils et de tout faire pour l'occire.

Imaginez, vous êtes en plein dégommage de terroristes à tire-larigot. Concentrés sur les tirs de l'ennemi. Et tout à coup, votre coéquipier, sans crier gare, vous abat froidement. Une fois, deux fois... De quoi piquer une crise d'épilepsie puissance mille. Le jeune joueur chinois se doute rapidement de l'embrouille. Il devine aussi que son père a organisé toute la mise en scène. Une petite explication plus tard, papa annule tous les contrats. Fiston a promet de lever le pied sur les parties et de chercher sérieusement du travail.

Tout est bien qui finit bien dans ce monde virtuel où l'on peut mourir 20 fois d'affilée, ou assassiner son propre fils, sans en faire le moindre cauchemar.

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce jeudi en dernière page de l'Indépendant.

07:39 Publié dans Humeur, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jeux, tueur, addiction

23/07/2011

Le Tueur devient capitaliste

Matz, Jacamon, Tueur, Casterman

Matz, Jacamon, Tueur, CastermanLe Tueur voudrait bien prendre sa retraite. Fatigué d'assassiner sur commande, il a envie de vivre paisiblement près de la femme qu'il aime et de son enfant. Mais pas facile de décrocher. Notamment quand on se retrouve catalogué agent cubain par les « Étasuniens ». Tuer des affreux pour des clients encore plus mauvais, cela forge une conscience politique. Dans le précédent album, il semblait avoir choisi son camp. Mais finalement un nouveau contrat (et une entourloupe des Cubains) le pousse à accepter une proposition d'un ancien de la CIA et du lieutenant d'un cartel colombien : créer une société pour exploiter le pétrole cubain. Matz, le scénariste, inverse radicalement le parcours du héros. Même s'il n'était pas spécialement sympathique, il semble devenir ouvertement détestable. Mais cela ne pourrait être qu'une impression.

Cette série, complexe et prenante, n'a jamais été politiquement correcte et encore moins simpliste. Niveau dessin, Jacamon se permet de plus en plus de très grandes cases pour une mise en page dépouillée. On admirera plus spécialement cette fois ses décors désertiques à la chaleur implacable très bien rendue par les couleurs.

« Le Tueur » (tome 9), Casterman, 10,40 €

12:24 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : matz, jacamon, tueur, casterman