12/04/2017

Cinéma : Père raté et fils par procuration

 


Loïc (Gérard Jugnot) a tout raté avec son fils. Même à son enterrement il arrive en retard. Un paradoxe pour cet ancien pilote de rallye. Il y a 20 ans, quand ce bébé est venu agrandir sa famille, il ne pensait que voiture, compétition et victoires. Toujours sur les routes, il est absent. Et quand sa femme divorce, il choisit sa carrière sportive et ne demande même pas la garde alternée. 20 ans plus tard, il n’a plus que des regrets et sombre dans une grave dépression. Pourtant le malheur de l’un fait le bonheur d’un autre. Mort dans un accident de voiture, le cœur du fils de Loïc a été transplanté sur un autre jeune, malade et en attente de greffe. Cet organe de son fils, toujours battant ailleurs, obsède Loïc. Il va donc sortir de sa déprime pour se lancer à la recherche du receveur. Le voir, le rencontrer, comprendre et tenter de reconstruire sur de nouvelles bases une vie à la dérive.



Normalement, la loi française interdit aux familles des donneurs de connaître l’identité du receveur. C’est même puni sévèrement par la loi. Mais Gérard Jugnot passe outre pour le besoin de son film (un ami chirurgien pirate le fichier) et quitte sa Bretagne pluvieuse pour Toulon et sa rade radieuse. Là il observe Hugo (François Deblock) dans sa vie quotidienne. Et Loïc n’en croit pas ses yeux. Celui qui vit avec le cœur de son fils mène une existence dissolue. Cascades en scooter volé, nuits dans des boîtes de nuit à boire plus que de raison et chercher la bagarre. Le père éploré respecte pourtant sa parole donnée au chirurgien de ne pas le contacter directement jusqu’à ce qu’il lui sauve la mise lors d’un braquage foireux.
La première partie du film, uniquement en mode observation, permet à Gérard Jugnot de faire un joli numéro de l’adulte catastrophé face à l’insouciance des jeunes. Quand ils se parlent enfin, le courant ne passe pas. Hugo, longtemps condamné à ne pas quitter sa chambre pour cause de constitution chétive est dé- terminé à rattraper le temps perdu depuis sa transplantation réussie. Et cela durera ce que cela durera, avec cependant un rêve d’avenir : aller en Australie et se donner une seconde chance. Fin de la première partie, chacun dans son monde.
■ Provence VS Bretagne
Mais quelques semaines plus tard, Hugo vient frapper à la porte de Loïc. Seul, désargenté, il se raccroche à cette ultime bouée, ce père de procuration par cœur interposé. Sans trop de trémolos, les deux caractères opposés vont se rapprocher. Loïc va reprendre goût à la vie, veillant sur ce grand enfant, comme pour rattraper le temps non passé avec son véritable fils. De son côté, Hugo va découvrir un homme bourru mais foncièrement gentil. Et enthousiaste quand il parle mécanique. Surtout le jeune Toulonnais va tomber amoureux d’une jolie Bretonne (Gaia Weiss), trouver sa voie dans la cuisine et se stabiliser.
Plus qu’une gentille comédie, ce film de Gérard Jugnot est un hymne à la seconde chance. Seconde chance pour un père absent, seconde chance pour un malade redevenu autonome après une greffe, seconde chance pour un jeune à la dérive. Trop optimiste ? Mais dans le fond, n’est-ce pas ce que l’on voudrait tous pour notre existence et se dire, au final, malgré les coups et les embûches, « C’est beau la vie quand on y pense ».
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La 11e réalisation de Gérard Jugnot

Il a mis beaucoup de temps pour revenir à la réalisation. Gérard Jugnot, consacré comme acteur comique du temps de la troupe du Splendid, a beaucoup écrit et joué les « petits gros » avant de se lancer derrière la caméra. Auréolé du succès des Bronzés, il s’écrit un rôle sur mesure dans « Pinot simple flic », énorme succès aux box office, 2,4 millions d’entrées. Devenu valeur sûre du cinéma comique français, il multiplie les premiers rôles chez les autres et se réserve quelques personnages plus profonds dans ses propres films.
Un premier avant-goût dans « Casque bleu » puis la consécration avec « Monsieur Batignole » sur la triste époque de la collaboration et de la déportation des Juifs. Plus de 1,5 million d’entrée en 2002 malgré la gravité du sujet. Jugnot, avec l’âge, se bonifie et confirme. Et puis il participe à l’énorme succès des « Choristes » l’année suivante. Tout lui réussi jusqu’à la sortie de « Rose et noir » en 2009. Ce film en costumes sur l’inquisition et l’homosexualité manque complètement sa cible. Moins de 80 000 entrées. Plus qu’un bide...
Un arrêt net à une carrière florissante. Jugnot se tourne alors vers la télévision, accepte des petits rôles et met beaucoup de temps pour revenir à la réalisation avec cette comédie optimiste qu’est « C’est beau la vie... » Il y retrouve quelques uns de ses fidèles comme Bernard Le Coq ou Isabelle Mergault, sa grande copine de radio, avec qui il a traversé plusieurs décennies, progressant ensemble des très petits rôles des débuts (figuration pour Jugnot, dévêtus pour Mergault), au succès éclatant, au théâtre comme au cinéma. 

19/03/2017

DVD et blu-ray : Ce Ciel ressemble à l'Enfer

 


Sonia (Noémie Merlant) et Mélanie (Naomi Amarger) n’ont absolument rien en commun. La première a un père d’origine maghrébine. L’islam elle en a beaucoup parlé avec son grand-père quand elle était enfant. La seconde est élève en seconde S, brillante, investie dans une association humanitaire, musicienne dans l’âme (le violoncelle). Toutes les deux tombent dans filets des recruteurs de l’État islamique. Deux parcours différents pour au final une seule et unique ligne d’arrivée : l’enfer de la Syrie, chair fraîche pour de pseudos combattants pour un monde plus religieux. « Le ciel attendra » est un film à montrer à tous les jeunes Français. Sans exception. Marie-Castille Mention-Schaar a monté ce film dans l’urgence.
■ Un mal profond
Car le mal est profond dans notre société. Aidée d’Emilie Frèche au scénario, elle a imaginé le parcours de deux jeunes filles, embrigadées dans les rangs de Daech. Une œuvre de fiction inspirée de parcours réels. Dans le DVD, on trouve en bonus quelques scènes coupées mais surtout un long entretien de la réalisatrice. Marie-Castille Mention-Schaar raconte la genèse du film.
Ses interrogations puis son travail de terrain avec Dounia Bouzaar pour avoir une matière véridique avant l’écriture du scénario en collaboration avec Emilie Frèche. Une fois le projet monté, à trois jours du dé- but du tournage, le 13 novembre 2015 a failli tout remettre en question. Mais après un week-end d’interrogations et une large concertation de l’équipe (et notamment des jeunes actrices), la décision a été prise de continuer. Comme un devoir pour expliquer les dérives de ces adolescentes, comme la jeune fille héraultaise, interpellée il y a quelques jours après avoir épousé un djihadiste avec qui elle comptait commettre un attentat contre la Tour Eiffel. Un nouveau télescopage entre ce film essentiel et l’actualité. 
➤ « Le ciel attendra », UGC, 19,99 € le DVD et le blu-ray

08/01/2017

DVD et blu-ray : Débarquement immédiat !

Ils se connaissent très bien depuis « Mais qu’est-ce qu’on a fait un bon dieu » : Philippe de Chauveron a voulu retrouver Ary Abittan et Medhi Saddoun dans une comédie autour des migrants. José (Ary Abittan), policier à la PAF, doit reconduire Akim (Medhi Saddoun) en Afghanistan. Mais l’avion a un problème et doit se poser à Malte. Commence une galère pleine de péripéties comiques pour le duo renforcé d’un second policier interprété par un Cyril Lecomte au potentiel comique énorme et malheuresuement souvent pal exploité.

➤ «Débarquement immédiat», UGC Vidéo, 14,99 €

26/10/2016

Cinéma : La ronde qui ne compte pas pour des prunes

La bande dessinée jeunesse a longtemps eu un problème avec le sexe féminin. Il a fallu attendre longtemps pour que des héroïnes s’accaparent les premières pages des magazines. Les éditions Dupuis ont ouvert la voie avec la pulpeuse Natacha. Dans les années 90, une autre fille a percé dans le 9e art : Tamara. Elle aussi avait des formes généreuses comme l’hôtesse de l’air de Walthéry, mais l’adolescente imaginée par Zidrou et Darasse se désespère de ces courbes un peu trop marquées.

Tamara est grosse, sa quête de l’amour en devient plus compliquée. Sur grand écran, cette BD beaucoup moins superficielle qu’il n’y paraît, devient une comédie entre leçon de vie, romance à l’eau de rose et scènes de la vie scolaire en milieu hostile. Moins osé que la BD, le film d’Alexandre Castagnetti, fait une première infidélité au physique de Tamara. Héloïse Martin, l’interprète de la replète jeune femme est tout sauf grosse. Un petit peu enveloppée peut-être. A moins que cela ne soit les gros pulls qui faussent son apparence. Mais une fois cet aspect occulté, on se retrouve face à un divertissement très prenant. Le casting y fait beaucoup. Car à côté de la « star » Rayanne Bensetti, belle gueule découverte sur TF1 et parfait dans le rôle de Diego, l’amoureux de Tamara, on trouve de très bons comédiens, judicieusement utilisés pour des respirations très réussies dans l’intrigue.

La mère de Tamara, Sylvie Testud, est touchante dans sa recherche d’amour perpétuelle. Son petit ami, beaupère de Tamara et père de la petite Anaïs, Cyril Gueï évite la caricature. Nos deux préférées restent Blanche Gardin, irrésistible dans le rôle de la voisine alcoolique et surtout Jelilah, meilleure amie de Tamara, interprétée par Oulaya Amamra, jeune comédienne surdouée, à mille lieues de son rôle de dealeuse désespérée dans Divines. 

Redécouvrir la BD

Pour la sortie du film, les éditions Dupuis proposent un album hors série de la série de Zidrou et Darasse reprenant les histoires à l’origine du long-métrage. L’occasion de retrouver la Tamara originelle, beaucoup plus enveloppée qu’Héloïse Martin, mais tout aussi craquante.

➤ « Tamara, la revanche d’une ronde », Dupuis, 10,60 €

 

10:16 Publié dans BD, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tamara, bensetti, rayane, dupuis, ugc, martin

19/09/2016

De choses et d'autres : Rayane !!!

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Ce samedi, sous mon autre casquette de critique cinéma, je me rends à l'avant-première de Tamara, un film adapté d'une BD de Zidrou et Darasse. Série que j'apprécie depuis des années, les affres au quotidien d'une jeune fille un peu enrobée. Arrivé dans la salle, je me me sens pris à un guet-apens. L'assistance (plus de 150 personnes) est composée à 80 % d'adolescentes. De 7 à 16 ans, elles papotent bruyamment en se montrant des photos sur leurs smartphones. Et régulièrement, l'une ou l'autre bondit sur son siège, se tourne vers le fond de la salle en criant « voilà Rayane ! »

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J'ai beau être à l'écoute des modes, tenter de me tenir au courant des dernières nouveautés, je passe forcément à côté de certains trucs. Le phénomène Rayane Bensetti par exemple. Ce jeune acteur français interprète Diego dans le film, le petit ami de Tamara. L'archétype du beau gosse. Agitées avant qu'il n'arrive, lorsqu'il fait son entrée, bondissant, le fan-club se déchaîne. Les flashes crépitent. Et ce n'est que le début. La traditionnelle séance de questions se transforme en foire d'empoigne à selfies. Une marée humaine de gamines surexcitées se précipite sur la scène. Pour approcher leur idole elles jouent des coudes, poussent, trépignent. Même face à la première ligne de l'Usap elles fonceraient sans crainte.

Rayane, depuis sa victoire à « Danse avec les stars », a acquis une énorme popularité. Les quelques cinéphiles venus voir le film ont dû patienter plus de 35 minutes avant de découvrir les première images, les dernières admiratrices s'accrochant au cou de Rayane malgré l'extinction des lumières. Mais au final, le film est excellent.