03/04/2017

Livre : Les pouvoirs déclinants du héros de "Super normal"

 

 

 

Paru en 1977, ce roman de Robert Mayer est considéré par tous les passionnés de comics comme une œuvre culte. Un basculement vers un enrichissement du genre. Alors qu’auparavant les héros étaient sans peur et sans reproches, vivant des aventures linéaires sans relief, ce journaliste newyorkais les a humanisés. L’histoire se déroule alors que les superhéros ont tous disparus. Devenus inutiles. Le plus célèbre d’entre eux est retombé dans l’anonymat sous le nom de David Brinkley. Marié, père de deux petites filles, il a pris du poids, est devenu journaliste rewriter (celui qui reste dans un bureau) et il n’utilise, bien entendu, plus ses pouvoirs. Mais quand une vague d’attaques embrase la ville, il ressort son uniforme. Le roman, en plus d’être particulièrement marrant, ouvre aussi des pistes qui n’étaient pas d’actualité à l’époque comme l’écologie ou la fascination du peuple pour les loosers.
Une pépite qui tombe à point pour comprendre la mode des superhéros qui déferle sur le monde depuis une dizaine d’années.
➤ « Super Normal » de Robert Mayer, Aux forges de Vulcain, 21 €

06/03/2017

Roman : Jean-Marie Rouart explore les désirs de la vieillesse

 


La vieillesse implique-t-elle l’abandon de toute passion ? Cette question est au centre de ce roman de Jean-Marie Rouart de l’Académie française. Pour le narrateur, un riche intellectuel qui dirige une revue d’art, la vieillesse c’est avant tout « Une jeunesse perdue », titre de l’ouvrage.
Il se morfond, constatant que le poids des ans lui enlève fougue et audace lui permettant de conquérir des femmes aux corps doux et parfaits. Aujourd’hui, « quand un miroir se trouvait à portée, je m’observais sans pitié. La flétrissure de mon visage m’affligeait. (…) Cet implacable travail du temps sur mon corps, jamais il ne m’était apparu aussi flagrant que depuis que j’avais besoin qu’il se montrât alerte et séduisant ». Il se croit perdu, incapable de passion. Jusqu’à sa rencontre avec Valentina, une superbe Russe dont il tombe amoureux.
A moins qu’il ne la désire simplement pour une dernière étreinte avec le corps jeune et ferme d’une « femme tempête ».
➤ « Une jeunesse perdue » de Jean-Marie Rouart. Gallimard. 19 € 

07/09/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Les cernes de la vie

cernes, journalisme, retraite, vieillesse

Ce matin, en sortant de la douche, je prends conscience que j'ai des cernes. De belles et grosses valises définitivement ancrées sous les yeux.

Cette constatation me plonge dans le passé. J'ai 20 ans et étudie le journalisme dans une école près de Bordeaux. Le directeur de l'époque, mon maître de mémoire arbore lui aussi des cernes. J'admire ce signe d'intense travail, de lecture et d'écriture de tous les instants. Mon visage, encore poupin, est à mille lieues de ces signes extérieurs d'intellectuel posé. Il est vrai que le directeur en question multiplie les casquettes. Responsable de l'école, il ne s'en occupe que trois jours par semaine, du lundi au mercredi. Le reste du temps il vit à Paris, écrit des scénarios, des romans, signe des enquêtes dans les magazines. Deux vies en une, en somme. Aucune occasion de s'ennuyer, ma hantise. D'autant qu'à Bordeaux la rumeur court qu'il entretient une relation avec une jeune et charmante étudiante de 20 ans sa cadette.

Ces cernes sous les yeux, signature de son statut d'homme hyperactif, ne sont plus un signe recherché de nos jours. La fraîcheur avant tout. Pour s'en persuader, regardez dans votre quotidien préféré les photos des départs à la retraite qui se multiplient dans les pages villages. Je suis frappé par l'apparente jeunesse de ces futurs inactifs. Une vie de labeur certes, mais sans les stigmates.

Je suis encore très loin de la retraite (dans une bonne dizaine d'années, voire plus), mais j'en porte déjà les marques. Et paradoxalement, je m'en réjouis.