13/06/2017

Cinéma : Une famille unie autour du vin

 


Une année. Il faut une année complète pour « fabriquer » un vin. Mais il en faut beaucoup plus dans cette Bourgogne pour que le breuvage gagne ses lettres de noblesse. Il existe des crus où le vin doit être vite bu, d’autres où il ne gagne ses galons de grand cru qu’à l’issue de longues années de maturation, en fûts puis en bouteilles. Dans l’exploitation familiale au cœur d’une région devenue riche à force de faire des breuvages d’exception, le temps de la relève est venu. Le patriarche, malade, est hospitalisé depuis des années. Juliette (Ana Girardot) a pris la relève, un peu contrainte et forcée. Son jeune frère, Jérémie (François Civil), l’aide un peu, mais il est fort occupé par la naissance de son fils et le travail sur l’exploitation de son épouse.



Tout change quand Jean (Pio Marmai) est de retour. Jean, l’aîné, le grand frère protecteur ayant préféré faire le tour du monde que de rester les pieds collés à cette terre collante quand il pleut trop. Cela fait plus de quatre ans qu’il n’a pas donné signe de vie. Installé en Australie à la tête d’un immense vignoble, il revient du jour au lendemain, à quelques jours du début des vendanges. Du décès du père aussi. Mais la vigne, elle, se moque de la mort. Le raisin est arrivé à maturité. Il faut lancer la récolte. Un beau symbole de la suprématie totale et absolue, quoi qu’il arrive, de la vie sur la mort, de la continuité face à l’abandon.
Ce film « agricole » du réalisateur du « Péril Jeune» ou de « L’auberge espagnole » s’intéresse avant tout aux trois enfants, perdus face à l’enchaînement des difficultés. Car en plus des vendanges, il faut gérer l’héritage. Et les lois françaises font que pour conserver le domaine en l’état, il faut payer 500 000€ de droits de succession. Or les frères et la sœur, s’ils ont des problèmes de riches, n’en ont pas les moyens.
■ Réconciliations
De plus, Jean est partagé entre ces racines et sa nouvelle vie. Car s’il est revenu tenter de se réconcilier avec son père mourant, il a laissé en Australie une compagne et un petit garçon de 4 ans. Pour lui, il est évident qu’il faut vendre. Mais Juliette, pourtant toujours en admiration devant ce grand frère qui l’a aidé, éduqué et protéger, ne veut pas qu’il décide pour elle. Jérémie, hésitant, va tenter d’oublier les rancœurs contre son frère qui n’est même pas venu aux obsèques de leur mère.
Le film montre aussi, sur une année complète au fil des travaux de la vigne (de la taille aux vendanges) comment ces trois, éloignés par la force des choses, vont se retrouver et gagner en complicité. C’est au final le véritable intérêt de plus de « Ce qui nous lie », qui bascule de film ancré dans la réalité viticole pré- sente vers une histoire universelle sur la famille, ses joies, séparations et retrouvailles. Notamment quand, dans l’adversité, les trois, comme dans leur enfance heureuse, s’unissent et font face à toutes les difficultés.
------------------

De la vigne au vin
 


Tout en consacrant l’essentiel de l’intrigue aux personnages, le film de Cédric Klapisch prend parfois des allures de documentaires quand il est question de la vigne et du vin. Les premières images montrent ces vignobles aux couleurs changeantes au fil des saisons. De l’austère dépouillement de l’hiver à vert tendre du bel été en passant par l’or de l’automne. La vigne, filmée sous toutes ses coutures, est presque un personnage à part entière, aux humeurs changeantes mais toujours au rendez-vous des saisons. Que cela soit la taille ou les vendanges, les propriétaires l’arpentent inlassablement, surveillant chaque cep et guettant le moindre signe de maladie jusqu’au jour du début des vendanges. En quelques scènes joyeuses, le réalisateur capte la dureté de cette période mais aussi sa joie liée au travail de groupe.
Ensuite vient le travail dans le chai. Le pressage, l’assemblage et le vieillissement. C’est aussi là, dans cette fraîcheur ancestrale que le vin est élaboré par petites touches personnelles, habitudes et goût des vignerons.
Sans verser dans la démonstration un peu trop pédagogique, on sort de ce film avec un savoir supplémentaire. Surtout on apprend que certains goûteurs-testeurs, dont ceux de la famille de Jean, Juliette et Jérémie, ne crachent pas. Au contraire, ils dégustent jusqu’au bout et profitent de cette ivresse divine provoquée par l’alcool. La fonction première du vin que des aristocrates de la dégustation ont trop souvent tendance à occulter.

09/09/2015

BD : Piquette bordelaise

vin, bordeaux, liotti, bunisset, glénat

L'idée de l'album est excellente : faire une critique sans concession des grands propriétaires des domaines viticoles bordelais. Malheureusement le résultat n'est qu'à moitié convaincant tant le personnage principal de cette BD d'Isabelle Bunisset (scénario) et Giuseppe Liotti (dessin) est insupportable. Sans compter avec la love story qui conclu cet album comme un cheveu sur la soupe (ou un vin bouchonné si l'on veut rester dans le domaine du cliché viticole). Annabelle, jeune divorcée, journaliste dans un grand magazine parisien, est envoyée pour un reportage de trois mois dans le Bordelais. Elle doit faire les portraits dithyrambiques des familles détenant les plus grands crus de la région. Elle découvre une société repliée sur elle-même, maniant la méchanceté avec brio, sans pitié pour les concurrents et bouffie de la renommée mondiale de ses vins. Ce serait savoureux si celle qui les dénonce n'était pas aussi détestable qu'eux. Grande bourgeoise en permanence dans l'ironie, rien n'importe plus que ses chaussures de luxe, ses tenues trop élégantes pour être honnêtes et ses anxiolytiques (la vie est tellement dure...) Et le pire : elle est la fille honteusement pistonnée du grand patron du magazine. Si Annabelle existait dans la vraie vie, on n'aurait qu'une envie : lui botter le cul !

 

« Vin, gloire et bonté », Glénat, 19,50 €

 

06:33 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vin, bordeaux, liotti, bunisset, glénat

13/04/2014

BD : les vignes et les livres des Gens Honnêtes de Gibrat et Durieux

 

gens honnêtes, gibrat, durieux, bordeaux, vin, dupuis, aire libre

En plein vignoble du Bordelais, une petite librairie vivote. Elle est tenue par Philippe Manche. Ce presque sexagénaire, ancien commercial, passé par la petite entreprise (coiffeur dans les TGV, thème du premier tome de la série), file le parfait amour à distance avec Camille. Mais comme la vie est souvent un gros tas de crottin, la belle le plaque temporairement pour se lancer dans un tour du monde. Seul (si l'on excepte sa mère, veuve qui vient de s'amouracher du maire du village), il déprime sérieux. Heureusement il peut compter sur Isabelle, l'opposante rebelle au notable, pour le distraire de son spleen et à Ducousso, un maçon taciturne qui aime qu'on lui fasse la lecture. Ce troisième tome du feuilleton écrit par Gibrat et dessiné par Durieux est d'une finesse étonnante. Personnages forts et entiers, petits secrets, rebondissements : tout y est pour transformer ces « Gens honnêtes » en vedettes d'une saga attachante.

 

« Les gens honnêtes » (tome 3), Dupuis, 15,50 €

 

19/09/2013

ÇA BRUISSE SUR LE NET : Energie « vinique »

 

intel, vin, wine, bell, énergie

Les vignerons de la région n'ont plus de souci à se faire pour leur avenir. Les ordinateurs portables pourraient devenir leur planche de salut. La bonne nouvelle vient de Californie, des bureaux de recherches du géant Intel®. Ces puces et processeurs, les véritables « intelligences » de nos ordinateurs, ont de moins en moins besoin d'énergie pour fonctionner. La preuve grâce aux expériences du docteur Genevieve Bell. Dans son labo, elle a fait fonctionner le processeur Intel® grâce à l'énergie... d'un verre de vin. Elle plonge deux électrodes dans le liquide et le mélange entraîne une réaction avec l’acide acétique. Un courant électrique infime mais suffisant.

 

Mais comment a-t-elle eu cette idée on ne peut plus iconoclaste ? Je soupçonne un scénario moins politiquement correct. Un jour, lassée de ses recherches absconses enfermée dans un labo sans âme, elle craque et ouvre une bonne bouteille pour oublier son travail aliénant. Pas de chance, un big boss passe dans les parages. « Docteur Bell, vous buvez au travail ? » « Euh.... Vous vous méprenez. C'est pour les besoins d'une expérience... Une nouvelle énergie... » Voilà, selon moi, comment Genevieve Bell a découvert l'énergie « vinique ». Et mon esprit tordu imagine la suite de l'histoire : devenue alcoolique, elle suit une cure de désintoxication, se détourne du vin et sombre dans la boulimie. Depuis elle tente de faire fonctionner ses processeurs en plantant les électrodes dans des milkshakes. A moins que pour compenser elle se tourne vers le sexe. Les électrodes ? Pas de commentaires. 

Chronique "ça bruisse sur le net" parue ce jeudi en dernière page de l'Indépendant. 

11:53 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : intel, vin, wine, bell, énergie

14/01/2012

Présidentielle : à la santé des candidats


Le site internet « Le vin des présidents » vient de lancer un sondage original demandant aux amateurs de vin d'associer un cru à chaque candidat à l'élection présidentielle afin de définir leur « oeno-profil ». 11 régions sont proposées aux internautes, dont le cru minervois pour le Languedoc. Hier, plus de 3700 votes étaient enregistrés, donnant une bonne indication sur l'image de chacun.
Nicolas Sarkozy, reste très « bling bling » puisque 50 % des votants lui associent le champagne. Breuvage lié au luxe et à la fête, le champagne est également le vin reflétant le mieux la personnalité de Dominique de Villepin. Ces deux candidats semblent à l'opposé complet du minervois, présenté sur le site comme un vin dont les qualités sont d'être « chaleureux, envoûtant, souple et épicé », puisqu'ils ne sont que 3 % des internautes à leur trouver une ressemblance avec ce vin rouge produit dans l'Aude et l'Hérault.
Le champion du minervois est Nicolas Dupont-Aignan, avec un 26 % à prendre avec prudence car les votes sont peu nombreux sur son nom.
François Hollande (et le parti socialiste en général) a toujours obtenu des scores élevés en Languedoc. Mais son nom n'est associé qu'à 11 % au minervois. Pourtant, si l'on a mauvais esprit, les défauts du minervois collent parfaitement avec la caricature du candidat socialiste aux Guignols : « lourd, mou, simple »...
Enfin, Marine Le Pen n'est minervois qu'à 4 %. Les votants préfèrent l'associer à 25 % à un vin d'Alsace. Un vin très féminin, puisqu'il est également celui qui symbolise le mieux... Eva Joly.